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Valleyfield, mémoires et résistances
Valleyfield 1946
Revenir en arrière pour regarder vers l’avant

Pour la classe ouvrière au Québec, 1946 est une année excep­tion­nelle, alors que le capi­ta­lisme nord-amé­ri­cain tente un retour à la nor­male après cinq années de guerre. La guerre froide pointe à l’horizon, les États-Unis, à peine sortis du conflit avec l’Allemagne nazie, déci­dant de confron­ter l’Union sovié­tique. En Angleterre, le pre­mier ministre conser­va­teur Winston Churchill affirme qu’un rideau de fer s’est abattu sur l’Europe la divi­sant en zones, com­mu­niste à l’est et « libre » à l’ouest, et qu’il appar­tient aux pays capi­ta­listes d’aider à « libé­rer » l’Europe. Au Canada, ce tour­nant bel­li­queux prend forme au sein du gou­ver­ne­ment. Des mili­tantes et des mili­tants de gauche et des syn­di­ca­listes sont sus­pec­tés d’être « à la solde » de l’URSS. Plusieurs sont arrê­tés à la suite d’une affaire d’« espion­nage » qui don­nera lieu à des accu­sa­tions, des empri­son­ne­ments et des vies bri­sées, même si la plu­part des per­sonnes « accu­sées » seront fina­le­ment dis­cul­pées.

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L'accès à la justice, quelle justice?
La population trans : oppression ou émancipation
Dimension historique et théorique
1 avril 2020
No 16 - Automne 2016

Transsexuel-les, trans­genres, trans

Depuis long­temps, il est reconnu que le corps mas­cu­lin ou fémi­nin d’une per­sonne ne cor­res­pond pas auto­ma­ti­que­ment à son iden­tité de genre. Le terme « iden­tité de genre » ou « iden­tité sexuelle » (terme géné­ra­le­ment uti­lisé dans les textes juri­diques) décrit la com­pré­hen­sion qu’une per­sonne a d’elle-même comme homme ou comme femme ou comme per­sonne non binaire, peu importe le genre assi­gné à la nais­sance. À ne pas confondre avec l’« orien­ta­tion sexuelle » qui concerne l’attirance sexuelle et affec­tive d’une per­sonne envers des hommes ou des femmes, ou les deux.

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Valleyfield, mémoires et résistances
L’indépendance, toujours à l’ordre du jour, Entrevue avec Pierre LaGrenade
Les enjeux pour le mouvement populaire

Ce n’est pas d’hier que la ques­tion dite natio­nale domine la société à Valleyfield et dans la région du Suroît. Après la Conquête, le nou­veau sei­gneur de Beauharnois nommé par l’administration colo­niale, Edward Ellice, s’empare des terres et devient « une sorte de tyran régio­nal, très impo­pu­laire, fré­quem­ment dénoncé[2] ». Lors de l’insurrection répu­bli­caine de 1837-1838, les Patriotes sont très actifs dans la région. Dans les années sub­sé­quentes, les capi­ta­listes anglo-cana­diens prennent le contrôle de l’économie locale qui culmine avec l’installation de la Montreal Cotton. Les pro­fits sont énormes, les salaires misé­rables. L’intervention de l’armée colo­niale est fré­quente pour répri­mer les mou­ve­ments de grève. Des « admi­nis­tra­teurs » délé­gués par la Cotton, tous anglo­phones, sont pré­sents aux séances du conseil muni­ci­pal pour sur­veiller ce qui se passe, car, jusque dans les années 1950, Valleyfield est une véri­table « com­pany town ». Dans la ville ségré­gée, il y a les quar­tiers pour les patrons anglo­phones, ceux pour le per­son­nel tech­nique et d’encadrement (majo­ri­tai­re­ment bri­tan­niques et écos­sais) et ceux pour la masse ouvrière cana­dienne-fran­çaise à 95 %.

Durant les années 1970, une nou­velle géné­ra­tion de mou­ve­ments sociaux prend forme avec au pre­mier plan les syn­di­cats. Valleyfield devient une ville mili­tante où les syn­di­ca­listes en mènent large. En 1976, un jeune ensei­gnant, Laurent Lavigne, est élu dans le comté sous la ban­nière du Parti qué­bé­cois (PQ). La défaite du OUI au pre­mier réfé­ren­dum de 1980 fait mal. Pour plu­sieurs mili­tantes et mili­tants, la stra­té­gie « éta­piste » pensée par le ministre Claude Morin consti­tue une erreur, qui fait glis­ser le PQ dans le piège de la « gou­ver­nance pro­vin­ciale ».

En 1995, Jacques Parizeau relance le projet. Le deuxième réfé­ren­dum fait appel à une coa­li­tion large au sein de laquelle les syn­di­cats et les mou­ve­ments popu­laires trouvent leur place. Un orga­nisme visant à coa­li­ser les indé­pen­dan­tistes, les Partenaires pour la sou­ve­rai­neté, est créé pour mobi­li­ser la popu­la­tion qui vient très près de l’emporter contre l’État fédé­ral ; celui-ci s’efforce de contrer la vague sou­ve­rai­niste par tous les moyens, y com­pris par la vio­la­tion des lois élec­to­rales. Plus tard, le gou­ver­ne­ment péquiste crée le Conseil de la sou­ve­rai­neté du Québec. Quand le PQ perd les élec­tions en 2003, ce conseil devient un peu plus auto­nome, et intègre les indé­pen­dan­tistes de l’Union des forces pro­gres­sistes (UFP). En 2013, le Conseil adopte un nou­veau nom, les Organisations unies pour l’indépendance du Québec, les OUI Québec. Des col­lec­tifs (des tables régio­nales) se mettent en place un peu par­tout au Québec, y com­pris à Valleyfield, où Pierre LaGrenade, tou­jours très impli­qué dans la vie poli­tique et sociale de sa ville, devient son porte-parole.

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L'accès à la justice, quelle justice?
Selon que vous serez puissant ou misérable… Les inégalités sociales et genrées dans l’accès à la justice familiale
Dimension historique et théorique
30 mars 2020
No 16 - Automne 2016

Les sépa­ra­tions conju­gales figurent parmi les situa­tions où les Québécoises et les Québécois ont le plus de chances d’avoir affaire au droit, à ses pro­fes­sion­nelles et pro­fes­sion­nels, voire à la jus­tice. Trois des dix cap­sules les plus consul­tées sur le site Educaloi concernent le droit de la famille[2] et plus d’une affaire sur deux enten­dues par la Cour supé­rieure relève de cette matière[3]. Comptant parmi les faits sociaux majeurs de la période contem­po­raine, la mas­si­fi­ca­tion des sépa­ra­tions (envi­ron un divorce pro­noncé pour deux mariages célé­brés[4]) tend à aug­men­ter la « demande » de ser­vices juri­diques, trans­for­mant le rôle des juristes et de l’institution judi­ciaire. Montée en puis­sance du règle­ment à l’amiable, déclin des pro­cé­dures pour adul­tère ou cruauté, finan­ce­ment public de la média­tion fami­liale, recours aux gref­fiers spé­ciaux (habi­li­tés à homo­lo­guer la plu­part des ententes) et limi­ta­tion du nombre d’audiences contra­dic­toires devant les juges consti­tuent les prin­ci­pales trans­for­ma­tions du trai­te­ment judi­ciaire des sépa­ra­tions depuis le milieu des années 1980. Mode le plus emblé­ma­tique du pas­sage en jus­tice, le procès est ainsi bien moins fré­quent qu’auparavant : en 30 ans, le nombre de causes fixées au fond, pour des divorces, a dimi­nué de 72 % (voir le Tableau 1, Volumétrie). Les formes de recours à la jus­tice se sont consi­dé­ra­ble­ment diver­si­fiées : une mino­rité des couples passent de longues heures devant une juge ou un juge, tandis que d’autres ne le voient jamais. Ainsi, l’accompagnement des rup­tures par les pro­fes­sion­nels du droit varie beau­coup d’un couple à l’autre, et même entre les deux ex-conjoints, selon leur milieu social et selon leur sexe.

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Valleyfield, mémoires et résistances
Socialistes à Valleyfield
Les enjeux pour le mouvement populaire
29 mars 2020
No. 22 - Automne 2019

Depuis long­temps, Valleyfield et la région du Suroît sont tra­ver­sées de luttes popu­laires, y com­pris lors de l’insurrection répu­bli­caine de 1837-1838.

Le moment syndicaliste

À la fin des années 1940, Valleyfield se démarque par les grandes luttes ouvrières, ani­mées entre autres par des mili­tants com­mu­nistes comme Madeleine Parent et Kent Rowley[1]. Leurs grandes capa­ci­tés d’organisation syn­di­cale ont laissé des traces, davan­tage cepen­dant que leurs convic­tions de gauche. La féroce répres­sion contre le Parti com­mu­niste auquel s’identifiaient ces syn­di­ca­listes explique en partie le fait que la gauche orga­ni­sée a plutôt dis­paru du pay­sage après le cycle des grandes luttes syn­di­cales. Une autre raison se retrouve dans la dis­so­lu­tion, ou pour­rait-on dire, l’autodissolution du Parti com­mu­niste, inca­pable de se recréer une iden­tité au moment où ses pra­tiques sta­li­niennes et ses théo­ries rela­ti­ve­ment far­fe­lues[2] ont pro­vo­qué un déclin dont les com­mu­nistes ne se sont jamais rele­vés. Dans les années 1950-1960, la grande majo­rité des com­mu­nistes, dans toutes les régions du Québec, ont sim­ple­ment aban­donné cette tra­di­tion.

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L'accès à la justice, quelle justice?
Seul-e devant la justice : état de la situation québécoise
État de la situation
28 mars 2020
No 16 - Automne 2016

Plusieurs acteurs de la scène judi­ciaire qué­bé­coise constatent depuis une ving­taine d’années l’augmentation mar­quée du nombre de per­sonnes non repré­sen­tées par une avo­cate ou un avocat (PNRA) devant les tri­bu­naux – civils, cri­mi­nels et admi­nis­tra­tifs – ainsi qu’à tous les niveaux d’instance (pre­mière ins­tance et appel). En raison de l’inexistence de sta­tis­tiques judi­ciaires pro­vin­ciales et de l’absence de culture de recherche au sein du minis­tère de la Justice, on ne peut qu’estimer l’ampleur réelle du phé­no­mène à partir de chiffres glanés dans les rap­ports d’activités des tri­bu­naux ou des confé­rences de la magis­tra­ture. On peut ainsi esti­mer qu’au moins 25 % des demandes d’appel dépo­sées à la Cour suprême du Canada émanent de PNRA, que 40 % des accusé-es devant les ins­tances cri­mi­nelles sont des PNRA et que 50 % des dos­siers judi­cia­ri­sés en matière fami­liale concernent au moins une PNRA[2].

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Valleyfield, mémoires et résistances
Des enjeux urbains en mutation
Les enjeux pour le mouvement populaire

À l’été 2017, Denis Lapointe, le pre­mier magis­trat de la ville annonce qu’il ne bri­guera pas le poste de maire qu’il occupe depuis 22 ans. Il affirme que « des jeunes ont leurs idées » et qu’il est normal de leur lais­ser la place pour qu’ils pour­suivent la crois­sance de la ville de Salaberry-de-Valleyfield. En face de lui s’ébauche un nou­veau projet, le Mouvement Renouveau Valleyfield. Mais rapi­de­ment, ce mou­ve­ment s’estompe, ses trois fon­da­teurs, Miguel Lemieux, Sébastien Poiré et Guillaume Massicotte, ayant décidé de faire cam­pagne comme can­di­dats indé­pen­dants. Néanmoins, on sent un cer­tain vent de chan­ge­ment. Plus de 25 per­sonnes déposent leur for­mu­laire de can­di­da­ture, ce qui est un nombre inédit, dont six femmes (une pre­mière !). Le 4 novembre 2017, le ver­dict tombe. Le conseil de ville fait peau neuve : un nou­veau maire, Miguel Lemieux, est élu, de même que cinq nou­veaux membres, deux femmes et trois élus de moins de 35 ans. Les élec­trices et les élec­teurs n’ont pour­tant montré la porte à aucun can­di­dat sor­tant. Le mot chan­ge­ment est sur toutes les lèvres : en réa­lité, il s’agit d’une muta­tion plutôt que d’une trans­for­ma­tion.

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L'accès à la justice, quelle justice?
L’accès à la justice pour les victimes de discrimination au Québec : un point de vue interne
État de la situation
26 mars 2020
No 16 - Automne 2016

J’ai eu le pri­vi­lège d’œuvrer à la direc­tion de deux ins­ti­tu­tions publiques impor­tantes de défense des droits au Québec : la Commission des droits de la per­sonne et des droits de la jeu­nesse (ci-après : la Commission), notam­ment à titre de vice-pré­sident et pré­sident par inté­rim (2005-2010), et le Protecteur du citoyen, à titre de vice-pro­tec­teur (2010-2015). Je par­ta­ge­rai ici quelques réflexions concer­nant les forces et les défis ren­con­trés par la Commission dans son rôle de recours en cas de dis­cri­mi­na­tion et je pro­po­se­rai quelques idées de réforme afin de la rendre encore plus per­for­mante.

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Valleyfield, mémoires et résistances
Un mouvement féministe fort et engagé
Les enjeux pour le mouvement populaire

Le mou­ve­ment des femmes s’est orga­nisé et struc­turé à Valleyfield dans les années 1970, une époque de grande effer­ves­cence. Plusieurs groupes de femmes se sont formés dans la région et des comi­tés de condi­tion fémi­nine dans les syn­di­cats. En ras­sem­blant les femmes, en fai­sant de l’éducation popu­laire, en déve­lop­pant des res­sources, ces groupes ont joué un rôle majeur dans l’organisation de la lutte pour faire pro­gres­ser l’égalité entre les hommes et les femmes.

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L'accès à la justice, quelle justice?
Justice néolibérale : quand la logique du marché intègre les institutions judiciaires
Dimension historique et théorique
24 mars 2020
No 16 - Automne 2016

« Qu’est-ce que le néo­li­bé­ra­lisme ? Un pro­gramme de des­truc­tion des struc­tures col­lec­tives capables de faire obs­tacle à la logique du marché pur.[2] » Cette asser­tion du célèbre socio­logue Pierre Bourdieu illustre avec puis­sance les effets dra­co­niens que peut pro­vo­quer le néo­li­bé­ra­lisme sur la société et ses struc­tures. Ce der­nier doit donc être com­pris comme une idéo­lo­gie, un « dis­cours fort », dont la mobi­li­sa­tion et la domi­na­tion ont une influence sur la struc­ture, la forme et la fonc­tion des ins­ti­tu­tions sociales[3]. Il s’agit alors d’une « repré­sen­ta­tion du monde social actuel dans son ensemble » qui est d’une pro­fonde cohé­rence[4].

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