Démocratie : entre dérives et recomposition – No 17, hiver 2017

À propos de ce numéro

Sous la poussée des mouvements socialistes et de libération nationale, la démocratie devient un enjeu social. Aux droits politiques s’ajoute une panoplie de droits établis dans une perspective de justice sociale et de paix. Cependant, des interprétations fort différentes des principes se sont imposées, selon les rapports de force.

Ainsi, la démocratie américaine est restée raciale jusque dans les années 1960.. La moitié du monde (les femmes) a été exclue de la démocratie bourgeoisie pendant une bonne partie du vingtième siècle. Les démocraties « populaires » mises en place à l’ombre de l’URSS sont restées aux mains d’une petite élite politique jusqu’à la fin des années 1980. Dans le tiers-monde, plusieurs nouveaux États sont devenus, selon l’expression imagée du Marocain Abraham Serfaty (1926-2010), des « démocratures » avec de minces façades dissimulant mal le pouvoir occulte de petites minorités. Le dossier explore comment des mouvements tentent d’aller au-delà de la démocratie de façade.

 

Table des matières

DOSSIER – démocratie : entre dérives et recomposition

Introduction au dossier

Enjeux contemporains

  • Premières Nations. Histoires et attentes à l’endroit de la démocratie au Canada
  • Justin Trudeau dans la matrice « people »
  • Comment dépasser la crise de la forme « parti » et démocratiser la politique
  • La longue bataille de la lutte pour la réforme du mode de scrutin
  • La Russie de Poutine : le miroir grossissant d’une dérive
  • La démocratie en péril : le cas des États-Unis

Histoire et théorie

  • Au-delà de la Commune imaginaire
  • Peuple et représentation.

Autour de quelques enjeux actuels des démocraties contemporaines.

  • Entrevue avec Razmig Keucheyan
  • Démocratiser la sphère publique par l’exercice de la liberté politique
  • De l’institution au conflit : démocratie et pensée émancipatrice
  • Le municipalisme contre l’État
  • De la perversion de la démocratie
  • Le marketing politique et la dénaturation du politique
  • Penser ensemble la vie et la politique : exception, violence, démocratie

Résistances

  • Après le communisme : le commun et la commune
  • Mouvements sociaux et approfondissement de la démocratie : expériences québécoises
  • Comment le mouvement étudiant démocratise les structures du militantisme
  • Retrouver la force démocratisante du syndicalisme
  • Démocratie et éducation : à retenir du FSM de 2016
  • L’effet hacker sur la démocratie

PERSPECTIVES

Introduction à la section dédiée à l’Université populaire des NCS, dans le cadre de l’espace « émancipation » du Forum social mondial 2016

  • Les dessous de la crise en Syrie. Entretien avec Gilbert Achcar
  • Démocratiser la démocratie
  • Haïti actuelle. Les nouvelles formes d’un blocage historique
  • Construire une politique du peuple
  • Le laboratoire bolivien

Université populaire des NCS 2016

  • Rapports d’atelier

NOTES DE LECTURE

 

Lisez quelques extraits de ce numéro ci-dessous.

De l’institution au conflit : démocratie et pensée émancipatrice

Par Simon Tremblay-Pepin
Sous la poussée des mouvements socialistes et de libération nationale, la démocratie devient un enjeu social. Aux droits politiques s’ajoute une panoplie de droits établis dans une perspective de justice sociale et de paix. Presque tous les États et les peuples finissent par endosser ces principes, certains après de longues périodes de convulsion politique. Cependant, des interprétations fort différentes des principes se sont imposées, selon les rapports de force. Ainsi, la démocratie américaine est restée raciale jusque dans les années 1960, bien au-delà de l’abolition officielle de l’esclavage (1865). La moitié du monde (les femmes) a été exclue de la démocratie bourgeoisie pendant une bonne partie du vingtième siècle. Les démocraties « populaires » mises en place à l’ombre de l’URSS sont restées aux mains d’une petite élite politique jusqu’à la fin des années 1980. Dans le tiers-monde, plusieurs nouveaux États sont devenus, selon l’expression imagée du Marocain Abraham Serfaty (1926-2010), des « démocratures » avec de minces façades dissimulant mal le pouvoir occulte de petites minorités. Toutes ces situations et bien d’autres ont été la scène d’âpres combats. À travers la résistance sociale et politique, la démocratie a été conquise ici et là.
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Comment dépasser la crise de la forme « parti » et démocratiser la politique

Par Bernard Rioux
Le parti de l’émancipation ne peut se construire et se renforcer que dans la mesure où il sera un instrument de la construction d’un pouvoir populaire apte à confronter les pouvoirs de la classe dominante dans toutes les sphères de la société et dans toutes leurs dimensions. Cela ne sera possible que si ce parti politique sait s’inscrire au cœur des luttes économiques, environnementales et féministes en faisant des classes populaires les acteurs de cette lutte.
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Au delà de la Commune imaginaire

Par Pierre Beaudet
Les mouvements doivent eux-mêmes se démocratiser, car, ce faisant, ils préfigurent les contours d’une démocratie authentique, de ce qui pourrait être mais n’est pas encore. Il faut combattre les clivages et les disparités qui existent dans les organisations, comme dans la société. Ce qui implique une « action positive » en faveur des femmes, des jeunes, des gens provenant de minorités ethniques ou culturelles. Plus encore, il faut éviter la concentration du pouvoir dans des cercles restreints et rehausser la qualité des assemblées. De cette façon, le peuple se construit un nouveau savoir, par un travail collectif, organisé. Les intellectuel-le-s peuvent aider ce processus. Ces femmes et ces hommes peuvent-ils accepter de sortir de leurs tours d’ivoire ? Peuvent-ils contribuer à « décoloniser » la science et à créer une nouvelle épistémologie du savoir ? Peuvent-ils se lier au peuple, laisser tomber leurs privilèges et se dédier à la cause de l’émancipation ? Peuvent-ils œuvrer en pensant « que l’arme de la critique ne saurait remplacer la critique des armes et que la force matérielle ne peut être abattue que par la force matérielle », sans oublier que la théorie peut aussi se changer « en force matérielle, dès qu’elle pénètre les masses».
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