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Pour une solution ayitienne durable, populaire et souveraine

CONJONCTURE - Nouveaux Cahiers du socialisme - No. 34 - Automne 2025

Cet article est tiré d’une présentation donnée dans le cadre du colloque La Grande Transition en mai 2025 à l’Université du Québec à Montréal.

La République d’Ayiti[1] traverse une crise multidimensionnelle, mêlant instabilité politique, pauvreté extrême, insécurité et dépendance économique. Cet article propose une analyse critique de cette crise, mettant en lumière les causes structurelles liées à la domination néocoloniale, au capitalisme et à l’exclusion sociale. Une lecture critique de la crise ayitienne insiste sur la nécessité d’une rupture radicale avec les logiques néolibérales et impérialistes, pour reconstruire un État populaire, souverain et autonome[2]. Il y sera discuté des pistes de solutions endogènes, fondées sur l’émancipation populaire, la reconstruction de la souveraineté nationale et l’autogestion communautaire, comme fondements d’un projet politique alternatif et durable.

Une crise fabriquée, pas une fatalité

Depuis l’indépendance en 1804, Ayiti subit les violences cumulées du colonialisme, de l’impérialisme et du capitalisme mondialisé, conditions structurelles qui expliquent la persistance de ses crises. La déstabilisation politique récurrente, l’accaparement des richesses par une élite liée aux intérêts étrangers et la marginalisation de la majorité populaire sont les conséquences directes d’un système socioéconomique inégalitaire et dépendant.

La crise profonde que traverse Ayiti n’est pas seulement une crise de gouvernance ni même une crise sécuritaire. Elle ne peut être comprise sans faire référence aux rapports de production et aux classes sociales. L’oligarchie haïtienne, en alliance avec des puissances étrangères, comme les États-Unis, et les institutions financières internationales, maintient la population dans une condition de prolétariat précarisé, exploité à la fois localement et dans le cadre du capitalisme mondial[3].

Voici quelques caractéristiques de la crise ayitienne :

une exploitation économique : la majorité des travailleuses et travailleurs ruraux et urbains vivent de la subsistance ou de l’économie informelle, sans accès aux moyens de production ni aux ressources ;

une dépossession historique : la rançon de 1825, paiement forcé d’indemnités à la France qui l’a réclamé en « dédommagement » de l’indépendance, ainsi que les interventions militaires et politiques étrangères ont affaibli l’appareil productif national[4].

une dépendance et un néocolonialisme qui se perpétuent : les politiques imposées par la Banque mondiale et le Fonds monétaire international (FMI) structurent l’économie autour de l’exportation de l’industrie textile, de la sous-traitance[5] et de l’aide internationale, maintenant ainsi la dépendance d’Ayiti.

Regardons les faits contemporains. Ayiti est dans une situation d’effondrement, mais ce qui prévaut maintenant remonte à plus de 39 ans. Un bref survol de la question sécuritaire nous permet de le démontrer.

Les crises à la suite du départ de Duvalier fils de 1987 à 1994 ont été marquées du sceau des coups d’État et de répressions paramilitaires ainsi que d’une présence notable du narcotrafic. Les premiers germes du banditisme social faits de rapts, d’enlèvements, d’exécutions sommaires, d’incendie de bâtiments publics, etc., vont émerger vers la fin des années 1990 et seront encore plus nombreux pendant la période allant de 2004 à 2007. En même temps, on observe le démantèlement de l’armée[6] et l’instrumentalisation de la police déjà infiltrée par les organisations criminelles. « Le trafic de drogue et le crime organisé menacent d’anéantir irrémédiablement l’autorité de l’État… en Haïti, au Mexique et en Jamaïque », de dire John Negroponte, numéro deux du département d’État américain en 2008[7].

Cette spirale infernale de violence va s’accentuer durant la présidence de Michel Martelly et de Jovenel Moïse, périodes au cours desquelles les gangs armés seront instrumentalisés pour mater la résistance de la population face à une politique inique, corrompue et à relents dictatoriaux.

Ces gangs armés ont été fédérés à la suite de la recommandation d’Hélène Lalime, la représentante du Bureau intégré des Nations unies en Haïti (BINUH). Ils circulaient en toute impunité sous la présidence de Moïse, soulignant ainsi leur accointance de facto avec le pouvoir. Ce sont les mêmes gangs qui se sont relativement autonomisés et qui agissent aujourd’hui.

Ce détour était nécessaire pour éviter les raccourcis qui ne regardent la situation que de manière superficielle, voulant faire croire – c’est le discours dominant ou médiatique – qu’il y a une guerre civile en Ayiti. Il faut donc comprendre que cette situation délétère de banditisme social et politique ne date pas d’aujourd’hui et est la résultante de crises plus profondes dans la société.

Mais maintenant, quels sont les termes du problème ?

Un climat de terreur provoquant des déplacements massifs de personnes

Les gangs contrôlent et terrorisent des quartiers entiers (plus de 85 %) de la zone métropolitaine de la capitale, Port-au-Prince. Plus d’un million de personnes[8] sont des déplacé·e·s internes – un chiffre qui a triplé en un an : en décembre 2024, il s’agit du plus grand nombre de déplacements dans le monde en raison de la violence liée à la criminalité[9]. On déplore des milliers de morts : 4 239 entre le 1er juillet 2024 et le 28 février 2025 selon le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme (HCDH), dont plus de 90 % ont été tués par des armes à feu. Des milliers de femmes sont violées : 6 250 signalées en 2024 et 1 250 pour les seuls mois de janvier et février 2025 d’après les organismes de femmes et des droits de la personne[10]. Des résidences privées partent en fumée. Des institutions sont flambées ou pillées : universités, hôpital public, écoles secondaires, ministères, centre de documentation, hôtels, sites patrimoniaux, la liste n’en finit pas… Certaines villes de province sont aussi tombées aux mains des gangs armés dans le département du Centre, l’Artibonite, Saut-d’Eau, Mirebalais. L’étau se resserre sur le pays.

L’État est totalement absent et l’appareil gouvernemental est incapable d’agir, ou plutôt, il y a une totale absence de volonté d’agir, ceci dans le but de faire durer la crise afin de laisser la place à une solution concoctée par les puissances qui imposent leurs diktats au Conseil présidentiel de transition[11] et consorts, pour qu’elles jugulent la crise et l’avancée inexorable des gangs mieux armés que les forces de l’ordre – l’ONU estime qu’entre 270 000 et 500 000 armes à feu circulent de manière illicite, la plupart entre les mains des gangs. Les forces de l’ordre, supportées par « les puissants amis d’Ayiti », n’arrivent pas à mettre au pas les bandes armées alors qu’elles n’ont pourtant aucune difficulté à disperser les manifestations citoyennes. La provenance des armes et munitions des gangs est une évidence sachant qu’Ayiti ne les fabrique ni ne les produit et qu’il y a en principe un embargo sur ce pays concernant l’achat d’armes. On constate également l’accaparement de terres agricoles ou à visée touristique stratégique.

Pendant que tout est fait pour empêcher une stabilisation de la situation afin de permettre la vie au pays, des rapatriements de masse, au sens de retours massifs imposés à ceux et celles qui ont quitté Ayiti, sont effectués par ceux-là mêmes qui provoquent et alimentent le chaos. Plus de 200 000 Ayitiennes et Ayitiens sont menacés de déportation des États-Unis d’Amérique du Nord, près de 200 000 ont été refoulés de force en 2024 dont 97 % depuis la République dominicaine. Les autres triment et vivent le racisme primaire ou la xénophobie, et le mépris dans les autres pays où ce peuple se trouve désormais disséminé. Cette tragédie a des répercussions non seulement sur les personnes de la communauté ayitienne de la diaspora, telles que le stress, la détresse, les pertes économiques, mais aussi à l’intérieur du pays puisque des centaines de milliers de personnes survivent et échappent en partie à la famine grâce aux transferts financiers ou en nature effectués directement par les migrantes et migrants à l’intention de leur famille ou de leur communauté.

Échec total des « solutions » imposées et faillite des élites locales

Cette situation ne vient pas de nulle part. Elle est enracinée dans l’histoire longue de domination, d’inégalités, de dépossession du peuple ayitien. Et surtout, c’est une crise où la voix, les besoins et les aspirations du peuple sont étouffés, exclus des processus de décision.

Depuis plus d’un siècle, Ayiti subit une série d’interventions ou d’ingérences étrangères qui n’ont jamais respecté sa souveraineté. À titre illustratif, mentionnons :

  • l’occupation américaine de 1915 à 1934 ;
  • le soutien occidental à la dictature des Duvalier ;
  • les interventions armées depuis les années 1990 ;
  • la Mission des Nations unies pour la stabilisation en Haïti (MINUSTAH), déployée de 2004 à 2017, censée « stabiliser » le pays, mais qui a laissé un héritage de violences sexuelles, d’impunité, et même… une épidémie de choléra. On parle de 20 ans de missions onusiennes (MINUSTAH et Bureau intégré des Nations unies en Haïti, BINUH) et de milliards dépensés qui n’ont donné aucun résultat durable ;
  • l’ingérence dans les élections (Michel Martelly, Jovenel Moïse) ;
  • l’imposition d’Ariel Henry par un tweet du consortium des ambassadeurs du Core Group ;
  • l’imposition par les puissances internationales du Conseil présidentiel de transition pour mettre en œuvre leur propre projet pour Ayiti (élections, référendum, constitution) et la mise à l’écart de toute initiative visant à une véritable transformation de la société ;
  • la décision d’envoyer une force « anti-gang » en Ayiti qui vient d’être votée aux Nations unies le 26 septembre 2025.

Aujourd’hui encore, les décisions sont prises à Washington, Ottawa, Paris ou à l’ONU – pas à Port-au-Prince, pas à Ouanaminthe, pas à Cité Soleil, pas à Raboteau…

Comme on peut le voir, la crise, ou plutôt les crises que traverse Ayiti actuellement, n’est donc pas une crise ayitienne. C’est une crise du système impérialiste en Ayiti. C’est le résultat d’une logique et d’un projet néocolonial fait d’ingérences, de décennies de pillages, de tutelles, de cooptation politique, d’ONGisation du pays, de missions dites « de paix » qui ont détruit l’État.

Concrètement, ces missions étrangères n’ont pas renforcé l’État ayitien, elles l’ont remplacé. Elles ont protégé des gouvernements corrompus, pas le peuple. Elles occupent le terrain mais ne construisent rien de durable. Elles sont accompagnées d’une aide humanitaire qui arrive par avion, distribuée par les ONG, pendant que l’État ayitien est tenu à l’écart. Les élites haïtiennes, souvent complices, ont abandonné le peuple pour le profit et le pouvoir. Ces élites politiques corrompues accaparent le pouvoir avec la bénédiction de la « communauté internationale ».

Le résultat de cette conjonction entre l’aide internationale et les élites rapaces, cleptomanes, se résume ainsi : 60 % de la population vit sous le seuil de pauvreté ; le Parlement est dysfonctionnel ; des gangs armés contrôlent des quartiers, des routes et même des villes.

Chacune des interventions étrangères a affaibli un peu plus la souveraineté d’Haïti. Pendant ce temps, les Ayitiens et Ayitiennes continuent à vivre dans l’angoisse permanente, c’est-à-dire dans la peur des enlèvements, de la faim, de l’exil forcé.

Les soi-disant « solutions » importées ont désarmé la société haïtienne au lieu de l’accompagner dans son émancipation. Elles ont détruit la capacité d’organisation autonome du peuple. Elles ont rendu l’État dépendant, inefficace, fantomatique. Il est temps de rompre avec cette logique d’assistance permanente qui infantilise le peuple ayitien.

Une solution ayitienne, populaire et souveraine

Aujourd’hui, il est temps de dire : la solution viendra des Ayitiens et des Ayitiennes eux-mêmes et elles-mêmes. Une solution ayitienne est impérative : une solution populaire et souveraine.

La résistance du peuple ayitien se poursuit, malgré une situation socioéconomique très difficile et un quotidien fait d’angoisse, d’incertitude et de chagrin. À mains nues et sans le soutien du gouvernement, la population agit pour limiter les nuisances causées par les bandes armées et les enlèvements en série. Cette action s’accompagne d’une colère à la hauteur des agressions, de la mort et des rançons. La situation a un impact énorme sur la « transnation » de la diaspora, en particulier sur les couches précaires qui doivent soutenir leurs proches à Ayiti.

Malgré ce sombre tableau, la population ayitienne prend des initiatives. Ainsi l’érection du canal de la dignité à la frontière ayitiano-dominicaine, grâce aux expertises ayitiennes, à des fonds de la diaspora et de certaines régions du pays, porte déjà fruit : la filière rizicole reprend vie dans la zone[12]. Notons aussi l’acte héroïque de cette population qui a décidé d’empêcher la réouverture de la frontière après l’arrogante fermeture par la République dominicaine. La solidarité active des régions non infestées par les gangs qui reçoivent et hébergent des milliers de déplacé·e·s en dépit de leur propre vulnérabilité est remarquable. Enfin, des expériences d’agriculture biologique se mettent en place, démarrées surtout par les organisations paysannes et les organisations de femmes.

Aujourd’hui, les forces vives ayitiennes pensent que l’alternative ne saurait être qu’ayitienne et se construit sans bruit au sein des masses. En attendant, il faut régler la question sécuritaire – démanteler les gangs –, créer des opportunités économiques pour occuper les jeunes et diminuer le chômage, continuer à promouvoir le nécessaire retour aux processus démocratiques, rebâtir les institutions étatiques, rendre justice, redonner confiance à la population.

Cette solution doit se construire autour des axes suivants qui ne constituent cependant que des pistes de réflexion.

Refondation démocratique

Une solution durable passe par une refondation de la démocratie participative et populaire s’appuyant sur un dialogue inclusif qui rassemble les forces vives de la nation, vraies bâtisseuses de la démocratie : les mouvements sociaux, les collectivités territoriales, les syndicats, les comités de quartier, les organisations populaires de jeunes, la frange progressiste de la diaspora.

Il faut redonner du pouvoir aux structures locales (CASEC[13], ASEC[14]) et aux conseils communaux, en leur donnant des moyens réels. Cette nouvelle démocratie serait enracinée dans le peuple car c’est lui qui doit écrire les règles du jeu et non les ambassades.

La sécurité par le peuple, pour le peuple

On ne peut parler de solution sans aborder la question de l’insécurité. Mais, il ne s’agit pas de répondre par des interventions militaires étrangères, encore moins de recourir à des mercenaires, comme c’est le cas maintenant, ou à des opérations répressives aveugles ni par l’envoi d’une nouvelle force militaire étrangère, sorte d’occupation déguisée.

Il s’agit plutôt de réfléchir à un désarmement, construit avec les communautés, à des programmes de réinsertion, de formation et de réparation pour les très jeunes, qui sont engagés dans la criminalité et instrumentalisés. En même temps, il faut une reconstruction de la police formée sur les droits de la personne.

Parallèlement, une justice transitionnelle doit être mise en place : pour juger les crimes politiques, les abus de pouvoir et rendre justice aux victimes. Il faut aussi encourager des formes de justice communautaire, encadrée, enracinée dans les pratiques locales. Il existe déjà dans les campagnes, à travers le vaudou, des mécanismes et des pratiques traditionnelles pour gérer et régler les conflits communautaires.

Un projet économique radicalement différent : une relance économique populaire

Le modèle néolibéral actuel enrichit une minorité et détruit toute velléité de production nationale. Il faut relancer l’économie populaire par :

  • une réforme agraire qui redistribue la terre aux paysans, propulsant ainsi la revitalisation de l’agriculture paysanne ;
  • la mise sur pied de coopératives autogérées agricoles et artisanales, financées par l’État et les banques publiques, dans lesquelles les paysans, paysannes, travailleurs et travailleuses détiennent collectivement les outils de production. Ce modèle permettrait de relancer une agriculture vivrière indépendante, garante de souveraineté alimentaire[15] ;
  • une politique de protection du marché local, pour permettre aux productrices et producteurs ayitiens de survivre face aux importations étrangères et de s’éloigner du modèle néolibéral qui repose sur le développement de zones franches, des importations massives et de la dette ;
  • la lutte contre la corruption.

Donc, ce qu’il faut, ce n’est pas une aide d’urgence, mais un projet de société ayitien construit sur les réalités du pays, non sur les rapports de la Banque mondiale. Aucun avenir ne peut se bâtir sans la reconquête de notre autodétermination.

Des services publics pour toutes et tous

Un pays ne se construit pas sans éducation, sans santé, sans services de base. L’État doit devenir un acteur central du développement, au lieu d’être un simple gestionnaire de misère.

Reconquête de la souveraineté politique et économique

Toute solution durable doit reposer sur la souveraineté nationale. Cela signifie rompre avec la dépendance aux puissances impérialistes, choisir ses alliances. Cela signifie travailler avec les pays du Sud global, notamment les Caraïbes et l’Afrique, redéfinir notre rapport à l’importation, à l’aide internationale.

Et surtout mettre fin à la domination de l’économie par une élite compradore, l’oligarchie, alliée aux intérêts étrangers.

Conditions de réussite et obstacles

Bien sûr, une telle transformation ne sera pas facile. Les obstacles sont nombreux. L’oligarchie économique défendra ses privilèges ; des puissances étrangères refuseront une Ayiti souveraine ; des structures armées chercheront à saboter toute alternative.

Mais rien de cela ne pourra tenir si le peuple est organisé. La clé, c’est la mobilisation populaire : des syndicats, des mouvements de femmes, des étudiants et étudiantes, des paysans et paysannes. C’est aussi l’éducation politique : redonner au peuple les outils pour comprendre, critiquer et agir. Cela permettra de juguler la crise de confiance.

Conclusion

« Se pa etranje k ap sove Ayiti. Se Ayisyen k ap fè sa, ansanm[16] ».

Nous avons essayé toutes les solutions venues d’en haut et elles ont échoué. Aujourd’hui, il est temps de faire confiance à la force du peuple haïtien, à son intelligence, à sa dignité.

Une solution durable de gauche n’est pas une utopie, c’est une nécessité. C’est la seule voie qui place l’humain, le peuple, la justice sociale et la souveraineté au cœur du projet national. La solution viendra des entrailles du peuple ayitien, de sa capacité à se relever, à s’unir, à s’organiser. Aujourd’hui, plus que jamais, il est temps de les écouter, et de reconstruire avec eux et elles — et non sans eux et elles — une Ayiti libre, juste et digne.

Et notre rôle, ici, maintenant, c’est de porter cette voix, de la relayer, de la renforcer, pour que plus jamais personne ne dise qu’Ayiti est incapable de se gouverner. Ayiti est debout. Et tant qu’elle résiste, nous devons être à ses côtés. En ce sens, il est important d’activer la solidarité entre les peuples. L’appel qui suit commence par une interpellation pour ici et maintenant.

Vive la solidarité entre les peuples !

Appel à la solidarité internationale

Les Ayitiens et Ayitiennes font appel à une solidarité des peuples. Pas à une solidarité d’ONG ni de diplomates.

  • Soutenez les syndicats ayitiens.
  • Reliez-vous aux luttes des paysans et paysannes, des femmes, des étudiants et étudiantes, des journalistes indépendants et indépendantes.
  • Exigez que vos gouvernements cessent de soutenir les corrompu·e·s, de militariser Ayiti, de piller ses ressources.

Nous n’avons pas besoin d’occupation. Nous avons besoin de respect. Nous avons besoin que le monde écoute enfin ce que dit le peuple ayitien.

L’avenir d’Ayiti ne viendra ni d’une caserne ni d’un bureau d’ambassade. Il viendra des luttes locales, de la solidarité internationale des peuples, de la capacité du peuple ayitien à s’organiser et à décider pour lui-même.

Plus que jamais, Ayiti a besoin de ses allié·e·s. Il est impératif d’être solidaire du peuple d’Ayiti, de ses mouvements populaires et de sa classe ouvrière en lutte et réclamant son droit à la sécurité et à l’autodétermination.

À l’heure où Ayiti dépérit sous les coups répétés des gangs armés téléguidés par l’oligarchie tant ayitiene qu’internationale, où Ayiti s’agenouille sous les assauts continus des forces impérialistes, néolibérales autant des grands ténors que des forces émergentes, où Ayiti s’enfonce dans une crise sociale, économique, écologique, sanitaire, humanitaire sans précédent dans l’indifférence de ses dirigeantes et dirigeants menés par leurs intérêts personnels et inféodés aux intérêts étrangers, où les Ayitiennes et les Ayitiens sont pourchassés, humiliés, vilipendés, refoulés de manière arbitraire et inhumaine presque partout au Nord et même au Sud, le silence complice, voire coupable, des forces progressistes, retentit dans le cœur meurtri de la communauté ayitienne.

Devant cette indifférence contraire aux principes de la solidarité internationale et aux intérêts trans-stratégiques des luttes dans le contexte actuel de montée de la droite, du fascisme, du racisme, nous nous questionnons sur les raisons de cette posture et nous nous inquiétons en tant que Québécois, Québécoises et néoQuébécois, néoQuébécoises sur la nécessaire vitalité du secteur progressiste. Nous constatons l’apathie des forces progressistes du Québec. Nous nous inquiétons aussi pour l’avenir de notre terre d’adoption dans la conjoncture mondiale.

Ceci est un cri de nos entrailles déchirées, une sonnette d’alarme pour un réveil des forces progressistes du Québec et d’ailleurs à contribuer au grand faisceau de solidarité planétaire nécessaire et urgente face à l’alliance néolibérale, fasciste, impérialiste et coloniale des forces rétrogrades.

Progressistes de tous les pays unissons-nous !

Ce combat est celui de toute la gauche internationale !

Et vive la lutte du peuple ayitien !

 

Par Chantal Ismé, militante féministe internationaliste


  1. On a repris l’ancien nom donné par les Taïnos qui en même temps correspond à la graphie du créole.
  2. Jean-Alix René, Haiti après l’esclavage. Formation de l’État et culture politique populaire (1804-1846), Communication Plus, 2019.
  3. Samir Amin, Le développement inégal. Essai sur les formations sociales du capitalisme périphérique, Paris, Éditions de Minuit, 1973.
  4. Michel-Rolph Trouillot, Silencing the Past. Power and the Production of History, Boston, Beacon Press, 1995.
  5. Actuellement remise en question par le non-renouvellement de la loi Hope/Help en raison des tarifs de Trump.
  6. Rétablie, officiellement du moins, par Moïse Jovenel [NDLR].
  7. Cité dans Claude Moïse, La question sécuritaire, d’une année à l’autre. Similarités entre 2004-2007 et 2020-2022, CIDIHCA et Zémès SA, 2022, p. 97.
  8. 1 041 229 de déplacé·e·s d’après les chiffres de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), Rapport sur l’état de la migration dans le monde, 2024.
  9. Ibid.
  10. Source : Organisation panaméricaine de la santé (OPS).
  11. Le Conseil présidentiel de transition a été formé le 12 avril 2024, un mois après la démission du premier ministre Ariel Henry dont le gouvernement assure l’intérim après l’assassinat de Jovenel Moïse en 2021.
  12. Au moment de publier cet article, les bandes armées ont mis le feu dans plusieurs plantations rizicoles.
  13. Conseil d’Administration de la Section Communale.
  14. Assemblée de Section Communale.
  15. René, 2019, op. cit.
  16. Ce n’est pas l’étranger qui sauvera Ayiti. Ce sont les Ayitiens et Ayitiennes qui le feront ensemble.

 

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