Zapatisme : la rébellion qui dure

Un ouvrage coordonné par Bernard Duterme

Mis en ligne le 13 avril 2014

« Nous avons dit aux puis­sants “Nous voici” et à notre pays et au monde nous avons crié “Nous voici”… et pour être vus, nous avons caché nos visages, et pour être nommés, nous avons nié notre nom. »

Zapatisme : la rébellion qui dure, Bernard Duterme, Éditions Syllepse, juin 2014

Le 1er jan­vier 1994, un cla­que­ment de fusils a retenti dans les mon­tagnes du Chiapas pour annon­cer une tem­pête et une pro­phé­tie. De Zapata à Porto Alegre, de Che Guevara à Pancho Villa, de Santiago du Chili à Caracas, la révolte ouvre la voie à l’émancipation. Une longue his­toire qui enchante nos mémoires.

Deux longues décen­nies ont passé depuis le sou­lè­ve­ment armé des zapa­tistes du Chiapas dans le Sud-Est mexi­cain, le jour de l’entrée en vigueur de l’Accord de libre-échange nord-amé­ri­cain.

Aujourd’hui pour­tant, à coup de mobi­li­sa­tions déto­nantes et de com­mu­ni­qués fleu­ris du sous-com­man­dant Marcos, la rébel­lion des indi­gènes mayas enca­gou­lés défraie à nou­veau la chro­nique, sur fond de ten­sions pal­pables.

Guérilla gué­va­riste, mou­ve­ment civil d’affirmation iden­ti­taire, forum alter­mon­dia­liste, auto­gou­ver­ne­ment rebelle… la dyna­mique zapa­tiste a revêtu au fil du temps des formes diverses pour reven­di­quer d’abord, construire ensuite – sur ses propres ter­ri­toires désor­mais « auto­nomes de fait » – la demo­cra­cia, la liber­tad y la jus­ti­cia.

La via­bi­lité d’une telle expé­rience pro­fon­dé­ment éman­ci­pa­trice et radi­ca­le­ment démo­cra­tique est ques­tion­née.

Fragmentation poli­tique des régions indi­gènes, stra­té­gies contre-insur­rec­tion­nelles et assis­tan­cia­lisme gou­ver­ne­men­tal, péné­tra­tion des trans­na­tio­nales de l’industrie extrac­tive, tou­ris­tique, agro-expor­ta­trice… l’adversité du contexte est tan­gible. Tout comme les limites internes de la rébel­lion dont les logiques d’action, sociales et poli­tiques, peuvent conver­ger ou se heur­ter.

Comment se pro­filent aujourd’hui les pers­pec­tives du mou­ve­ment zapa­tiste ? Quelle signi­fi­ca­tion recèle cette cri­tique en actes du modèle éco­no­mique domi­nant et d’un cer­tain rap­port au poli­tique ?

Au Mexique et au-delà, quelle est la portée de cette lutte, aussi aty­pique que légi­time, pour la dignité, la redis­tri­bu­tion et la recon­nais­sance ?

« Le zapa­tisme n’est pas une nou­velle idéo­lo­gie poli­tique, ni un réchauffé de vieilles idéo­lo­gies. Le zapa­tisme n’est pas, n’existe pas. Il se contente de servir, comme servent les ponts, pour tra­ver­ser d’un côté à l’autre. C’est pour­quoi, dans le zapa­tisme, tous ont leur place, tous ceux qui veulent tra­ver­ser d’un côté à l’autre… Il n’y a ni recettes, ni lignes, ni stra­té­gies, ni tac­tiques, ni lois, ni règle­ments, ni consignes uni­ver­selles. Il y a seule­ment une aspi­ra­tion : construire un monde meilleur, c’est-à-dire neuf. En résumé : le zapa­tisme n’appartient à per­sonne, et pour cela, il est à tout le monde », sous-com­man­dant Marcos.

Zapatisme : la rébel­lion qui dure, Bernard Duterme (coord.), Éditions Syllepse, juin 2014

Les commentaires sont fermés.