ENTRE NATIONAL-POPULISME ET NÉOFASCISME

État des lieux de l’extrême droite au Québec en 2019

Par Mis en ligne le 16 septembre 2019

DÉFINITIONS ET TRAITS CARACTÉRISTIQUES

Originellement consti­tué à partir de dif­fé­rentes expé­riences mili­tantes visant à confron­ter des mani­fes­ta­tions d’extrême droite à Montréal, le col­lec­tif Montréal Antifasciste s’est prin­ci­pa­le­ment atta­ché au cours des deux der­nières années à docu­men­ter et à révé­ler au grand jour les dif­fé­rents mou­ve­ments et orga­ni­sa­tions qui mettent de l’avant des croyances et des poli­tiques d’exclusion plus radi­cales que ce que pro­posent géné­ra­le­ment les pro­grammes de la droite « clas­sique ». De plus, sur­tout parce que nos res­sources sont limi­tées, nous avons omis de cibler les mou­ve­ments n’ayant actuel­le­ment que peu ou pas d’activité publique dans notre ville, comme le mou­ve­ment anti­avor­te­ment ou, plus lar­ge­ment, la droite catho­lique, bien que nous nous effor­cions de les garder à l’œil. Ainsi, il s’agit moins d’une approche théo­rique que d’une démarche prag­ma­tique. Notre objec­tif n’est pas de pro­duire une grande théo­rie sur le déve­lop­pe­ment de l’extrême droite au XXIe siècle, mais plutôt de four­nir des muni­tions intel­lec­tuelles et pra­tiques au milieu mili­tant et à la popu­la­tion afin d’empêcher la nor­ma­li­sa­tion du racisme, de la xéno­pho­bie et de l’islamophobie et de contri­buer à la conso­li­da­tion des mou­ve­ments anti­ra­cistes et anti­fas­cistes.

Il nous faut aussi insis­ter sur le fait que notre approche relève d’un souci de com­mo­dité et de rapi­dité. Nous ne pré­ten­dons pas réduire le pro­blème à l’extrême droite comme telle. Nous sommes conscient-e-s du fait que cer­taines poli­tiques publiques (comme la Loi sur la laï­cité de l’État [projet de loi 21]) et pra­tiques de l’État (comme la bru­ta­lité poli­cière et les contrôles fron­ta­liers) ainsi que dif­fé­rents sys­tèmes d’oppression au sens large ont des réper­cus­sions bien plus dom­ma­geables que l’extrême droite à elle seule. Toutefois, nous croyons que des groupes numé­ri­que­ment res­treints, mais déter­mi­nés, ont la capa­cité d’influencer la société de manière dis­pro­por­tion­née, et que même lorsque cela paraît impro­bable, ces groupes repré­sentent une menace qu’il faut neu­tra­li­ser en tant que telle. C’est le mandat que nous nous sommes donné.

Une car­to­gra­phie exhaus­tive de l’extrême droite qué­bé­coise pour­rait faci­le­ment faire l’objet d’un essai beau­coup plus long ; ce qui suit n’est qu’un modeste aperçu. Notre prio­rité, en l’occurrence, est de cerner les traits carac­té­ris­tiques des dif­fé­rents milieux d’extrême droite et de nommer les groupes actuel­le­ment les plus actifs au Québec. Nous avons dû igno­rer ou mettre de côté de nom­breux élé­ments en raison des contraintes d’espace. Nous vous invi­tons à consul­ter notre site Internet (http://​mon​treal​-anti​fas​ciste​.info) pour un examen plus détaillé et appro­fondi.

Bien que cer­tain-e-s d’entre nous étu­dient et confrontent l’extrême droite depuis des dizaines d’années, notre tra­vail dans le cadre de Montréal Antifasciste revêt un carac­tère pra­tique, et c’est la pra­tique qui a condi­tionné à la fois ce que nous avons pu apprendre et notre manière de concep­tua­li­ser la situa­tion. Sur la base de cette expé­rience, nous avons déter­miné que les croyances fon­da­men­tales de l’extrême droite qué­bé­coise sont :

  • L’islamophobie ;
  • L’opposition à un « sys­tème global » défini en termes sim­plistes et étroi­te­ment iden­ti­fié aux partis libé­raux fédé­ral et pro­vin­ciaux (per­son­ni­fiés pour plu­sieurs par Justin Trudeau, qui est uni­ver­sel­le­ment honni, dia­bo­lisé, ridi­cu­lisé et accusé tous les maux ima­gi­nables ; entre autres lubies, Trudeau serait le fils illé­gi­time de Fidel Castro et il sou­tien­drait secrè­te­ment la pédo­phile et l’introduction de la charia au Canada);
  • La croyance qu’un pro­ces­sus insi­dieux est en marche pour rem­pla­cer gra­duel­le­ment des groupes de per­sonnes aux­quels les droi­tistes s’identifient (les Québécois-e-s « de souche », les per­sonnes blanches, etc.) par des per­sonnes issues d’autres cultures ou « races » (la mesure dans laquelle ce rem­pla­ce­ment serait pla­ni­fié, et par qui, varie d’un groupe à l’autre et entre les indi­vi­dus).

Au-delà de ces traits géné­raux qui unissent les diverses ten­dances de l’extrême droite, il existe un cer­tain nombre de dif­fé­rences, la plus saillante étant sans doute l’écart entre, d’un côté, un groupe de mili­tants beau­coup plus grand, mais beau­coup moins cohé­rent poli­ti­que­ment, par­ta­geant de nom­breuses carac­té­ris­tiques avec la « droite clas­sique », et, d’un autre côté, une ten­dance plus res­treinte, mais adhé­rant à des posi­tions idéo­lo­giques beau­coup plus rigou­reuses s’inspirant expli­ci­te­ment du fas­cisme his­to­rique et du supré­ma­cisme blanc. Dans notre tra­vail, nous dési­gnons le pre­mier groupe comme « natio­nal-popu­liste » et le deuxième comme « fas­ciste », « néo­fas­ciste » ou « néo­nazi », selon les cas.

D’après ce que nous avons pu voir, autant dans leurs croyances fon­da­men­tales que dans la bifur­ca­tion poli­tique décrite ci-dessus, l’extrême droite qué­bé­coise répond aux mêmes sché­mas qui existent ailleurs au Canada.

Les prin­ci­pales orga­ni­sa­tions natio­nales-popu­listes du Québec sont La Meute (fondée en 2015) et Storm Alliance(fondée en 2016). Si, ini­tia­le­ment, la pre­mière s’opposait avant tout à « l’islam radi­cal » tandis que la seconde disait se battre contre « l’immigration illé­gale », leurs prio­ri­tés poli­tiques sont aujourd’hui plus ou moins iden­tiques. Le grou­pus­cule Front patrio­tique du Québec (FPQ), beau­coup plus petit et mar­gi­nal, a aussi joué un rôle impor­tant dans ce milieu à plu­sieurs égards ; il a régu­liè­re­ment cri­ti­qué La Meute pour son « fédé­ra­lisme » et plu­sieurs de ses membres et sym­pa­thi­sants ont par­ti­cipé à la créa­tion de groupes de « sécu­rité » d’extrême droite dans le but de « pro­té­ger » leurs orga­ni­sa­tions et d’intimider leurs oppo­sant-e-s. Il nous faut éga­le­ment men­tion­ner la pré­ten­due Vague bleue, une mobi­li­sa­tion qui a eu lieu à Montréal le 4 mai 2019 et dont une seconde édi­tion a eu lieu à Trois-Rivières le 27 juillet sui­vant. Adoptant une approche éprou­vée par le FPQ, ces ras­sem­ble­ments sont orga­ni­sés par des élé­ments du milieu natio­nal-popu­liste, mais servent à ras­sem­bler des per­sonnes mal infor­mées au sujet des prin­cipes poli­tiques qui les sous-tendent, en les flan­quant de divers groupes de « sécu­rité » d’extrême droite comp­tant des élé­ments néo­fas­cistes. Bien que la seconde édi­tion se soit avérée un échec lamen­table (de quelque 300 par­ti­ci­pant-e-s à Montréal, le ras­sem­ble­ment a rétréci à moins de 75 per­sonnes à Trois-Rivières), cette for­mule risque fort d’être reprise à l’avenir.

La ten­dance néo­fas­ciste, quant à elle, est beau­coup plus étroite que le milieu natio­nal-popu­liste, et on n’y retrouve actuel­le­ment que deux orga­ni­sa­tions notables : Atalante (basée à Québec et active depuis 2016), et la Fédération des Québécois de souche (décen­tra­li­sée, mais com­por­tant vrai­sem­bla­ble­ment un centre au Saguenay). Parallèlement, il y a eu un cer­tain nombre de pro­jets poli­tiques semi-for­mels plus dis­crets animés au fil des ans par des néo­fas­cistes et des néo­na­zis. L’exemple le plus impor­tant des der­nières années est sans doute le groupe Alt-Right Montreal/​Stormer Book Club, dont l’existence a été révé­lée en mai 2018 par la Montreal Gazette. Tous les groupes asso­ciés à cette ten­dance s’identifient d’une manière ou d’une autre à la tra­di­tion du fas­cisme et/​ou du natio­na­lisme blanc.

LE MILIEU NATIONAL-POPULISTE

L’apparition de La Meute (et, à un moindre degré, de Storm Alliance) a signalé un chan­ge­ment impor­tant au sein de l’extrême droite qué­bé­coise. Il s’agissait des pre­miers groupes depuis les années 1990 qui sem­blaient capables de s’adresser à une base plus large que leurs propres membres. En d’autres termes, ils étaient les pre­miers groupes depuis long­temps à pré­sen­ter un véri­table poten­tiel de crois­sance. Les groupes qui avaient été actifs dans les années pré­cé­dentes, comme l’Ordre des Templiers, PEGIDA Québec, la Coalition des citoyens concer­nés (sic) ou le Mouvement répu­bli­cain du Québec, n’avaient jamais vrai­ment été autre chose qu’une poi­gnée d’individus (par­fois même un seul indi­vidu) se pré­sen­tant comme une « orga­ni­sa­tion ». Le seul groupe ayant eu une cer­taine portée avant 2016, Les Insoumis, n’a quant à lui jamais vrai­ment été en mesure de recru­ter au-delà de la région de Sherbrooke, même si ses membres sont venus à Montréal à plu­sieurs reprises pour par­ti­ci­per aux évé­ne­ments orga­ni­sés par d’autres groupes. Ce qui res­semble le plus à un pré­sage de ce qui allait venir est la « Marche du silence » orga­ni­sée à Montréal le 24 sep­tembre 2015 contre le projet de loi 52 du Parti libé­ral du Québec (comp­tant sur la par­ti­ci­pa­tion de membres des Insoumis et d’autres mili­tant-e-s anti-immi­gra­tion), même si les dif­fé­rentes mani­fes­ta­tions orga­ni­sées en faveur de la Charte des valeurs qué­bé­coises en 2013 consti­tuaient en quelque sorte d’autres signes avant-cou­reurs.

Le milieu natio­nal-popu­liste com­porte une impor­tante diver­sité de pers­pec­tives sur dif­fé­rents enjeux, que reflète la volonté sans cesse répé­tée de pré­ser­ver « l’unité » en accep­tant des per­sonnes affi­chant des opi­nions diver­gentes pourvu qu’elles adhèrent à « la cause » (laquelle est rare­ment pré­sen­tée de façon pré­cise). Par consé­quent, ce milieu est beau­coup moins cohé­rent, mais aussi beau­coup plus grand et sus­cep­tible de se trans­for­mer que la droite néo­fas­ciste. Afin de contrer la fâcheuse ten­dance à décrire tous les groupes d’extrême droite comme « fas­cistes », il est utile de passer en revue cer­tains des attri­buts du milieu natio­nal-popu­liste :

  • Les natio­naux-popu­listes sont nom­breux et nom­breuses à insis­ter sur le fait qu’ils et elles « ne sont pas racistes », et l’opposition à la dis­cri­mi­na­tion raciale fait même partie des décla­ra­tions de prin­cipes de La Meute et de Storm Alliance. Bien que cette pos­ture s’appuie sur l’affirmation fal­la­cieuse vou­lant que « l’Islam [n’est] pas une race », ils sont très nom­breux à le croire sin­cè­re­ment, et cette atti­tude les dif­fé­ren­cie d’autres cou­rants de l’extrême droite. Cela fait en sorte qu’un cer­tain nombre de per­sonnes de cou­leur, d’anciens musul­mans ou d’Autochtones sont les bien­ve­nus dans les mobi­li­sa­tions natio­nales-popu­listes (même si cette inclu­sion sym­bo­lique, vue de l’extérieur, a sou­vent un carac­tère par­ti­cu­liè­re­ment embar­ras­sant…). Cela rend par ailleurs ces groupes plus accep­tables aux yeux d’une partie de la société blanche qui, bien qu’elle soit raciste, n’est pas prête à l’admettre ouver­te­ment.
  • Une impor­tante partie du mou­ve­ment natio­nal-popu­liste adhère à un dis­cours homo­na­tio­na­liste et/​ou fémo­na­tio­na­liste, et prône ainsi un idéal du Québec que rejettent d’emblée d’autres seg­ments de l’extrême droite. L’opposition à « l’Islam radi­cal » et à « l’immigration illé­gale » est sou­vent for­mu­lée sous l’angle des droits des femmes et des per­sonnes LGB (en excluant plus sou­vent qu’autrement les droits des per­sonnes trans) et même par­fois dans un cadre « fémi­niste ». À de rares excep­tions près, les membres de ce milieu pré­tendent être en faveur des droits des femmes (c’est d’ailleurs une poli­tique offi­cielle de La Meute et de Storm Alliance) et l’opposition aux pra­tiques miso­gynes est l’un des cli­chés anti­mu­sul­mans les plus répan­dus. De plus, de nom­breuses femmes sont actives dans ce mou­ve­ment et plu­sieurs occupent des rôles d’autorité. Cela dit, le mou­ve­ment reste dominé par des hommes ; outre les cas rap­por­tés d’agressions et de har­cè­le­ment sexuel entre les membres, un bref examen des comptes sur les médias sociaux révèle un large éven­tail de mèmes, gags et com­men­taires que la plu­part des gens trou­ve­raient sexistes ou sexuel­le­ment objec­ti­vants, et il reste que les prin­ci­paux lea­ders de ces groupes sont pra­ti­que­ment tous des hommes.
  • Ce milieu n’est pas soudé autour d’une posi­tion unique concer­nant l’indépendance du Québec. Bien qu’on n’y trouve que très peu de fédé­ra­listes purs et durs, voire aucun, les opi­nions varient d’un sou­tien aveugle à l’indépendance (le FPQ et le Parti patriote) à une posi­tion miti­gée selon laquelle ces ques­tions sont secon­daires, car dans l’immédiat le Canada comme le Québec doivent être défen­dus contre les « immi­grants illé­gaux » et « l’Islam radi­cal » (La Meute/​Storm Alliance). Ce manque d’unité a d’ailleurs été à l’origine de nom­breux conflits entre indi­vi­dus et même entre groupes ; La Meute a ainsi sou­vent été accu­sée d’être « fédé­ra­liste ».
  • Le milieu natio­nal-popu­liste affiche géné­ra­le­ment une cer­taine sym­pa­thie à l’égard des peuples autoch­tones, qui sont dépeints comme les vic­times de ce même sys­tème « glo­ba­liste » qui main­tient les Québécois-es (et les Canadien-ne-s) sous son joug. On trouve aussi la posi­tion, que par­tagent même cer­tains néo­fas­cistes, vou­lant que les mou­ve­ments contem­po­rains doivent s’inspirer des alliances his­to­riques entre Canadiens-Français et peuples autoch­tones contre les Anglais. Cette posi­tion s’appuie sur une inter­pré­ta­tion super­fi­cielle et com­plai­sante de l’histoire du Québec, qui nie le rôle des Canadiens fran­çais dans la colo­ni­sa­tion et le géno­cide des Premières Nations, et sur une logique d’appropriation vou­lant que « tous les Québécois » soient eux-mêmes d’une cer­taine manière « autoch­tones » en raison d’une sup­po­sée (et lar­ge­ment mythique) ascen­dance autoch­tone. Cette ver­sion alam­bi­quée de l’histoire les mène à conclure qu’aucun tort his­to­rique ne mérite vrai­ment de redres­se­ment, mais qu’il faut plutôt cher­cher à construire une alliance contre les « mon­dia­listes » (ou les libé­raux, les enva­his­seurs, etc.). Quoi qu’il en soit, cer­tain-e-s Autochtones (ou per­sonnes se pré­sen­tant comme telles) ont effec­ti­ve­ment par­ti­cipé à des mani­fes­ta­tions natio­nales-popu­listes sur une base indi­vi­duelle, arbo­rant même à l’occasion le dra­peau de la Société guer­rière Mohawk. De plus, un cer­tain nombre de ten­ta­tives ont été faites pour tisser des rela­tions au sein de com­mu­nau­tés autoch­tones, mais les liens concrets, si tant est qu’il y en ait, revêtent jusqu’à ce jour un carac­tère extrê­me­ment mar­gi­nal. En outre, ces efforts semblent aussi super­fi­ciels qu’intéressés, car les authen­tiques reven­di­ca­tions poli­tiques et récla­ma­tions ter­ri­to­riales for­mu­lées par cer­taines com­mu­nau­tés autoch­tones font vite res­sor­tir le carac­tère réac­tion­naire de nom­breux mili­tants natio­naux-popu­listes.
  • L’antisémitisme n’est pas une orien­ta­tion domi­nante du mou­ve­ment natio­nal-popu­liste, et les Juifs sont rare­ment ou jamais men­tion­nés dans les com­mu­ni­ca­tions offi­cielles de ces orga­ni­sa­tions. Contrairement aux natio­naux-popu­listes du Canada anglais, tou­te­fois, il ne semble pas y avoir eu de connexion entre les natio­naux-popu­listes du Québec et l’extrême droite juive. Cela dit, les grilles d’analyse com­plo­tistes déve­lop­pées par l’antisémitisme chré­tien au fil des siècles se voient clai­re­ment trans­po­sées dans la croyance en un com­plot « mon­dia­liste » très répan­due dans ce mou­ve­ment, lequel com­plot est très sou­vent illus­tré par l’évocation du mil­liar­daire juif hon­grois George Soros en sinistre mani­pu­la­teur de la gauche poli­tique et sociale du monde entier. De plus, il faut tout de même noter qu’un grand nombre d’individus au sein de ce mou­ve­ment affichent ouver­te­ment des sen­ti­ments anti­sé­mites et il n’est pas rare de tomber sur, par exemple, des réfé­rences « humo­ris­tiques » à l’Holocauste. Nous obser­vons par ailleurs que l’imaginaire anti­sé­mite, sous l’influence de cer­tains indi­vi­dus, prend de plus en plus de place dans les médias sociaux du milieu natio­nal-popu­liste.
  • De nom­breuses per­sonnes du cou­rant natio­nal-popu­liste ne se consi­dèrent pas elles-mêmes comme étant « d’extrême droite ». Quelques rares indi­vi­dus disent même se consi­dé­rer « de gauche », bien que cette pos­ture semble être, plus sou­vent qu’autrement, un stra­ta­gème mal­hon­nête pour pré­tendre « savoir de quoi [ils] parlent » lorsqu’ils se moquent de la vraie gauche (laquelle aurait en fait été détour­née par les isla­mistes, les hips­ters et le fémi­nisme inter­sec­tion­nel!). Le plus sou­vent, les natio­naux-popu­listes se disent « ni de gauche, ni de droite », mais sim­ple­ment « pour le peuple » et « contre la cor­rup­tion ». Un refrain sou­vent entonné est que le gou­ver­ne­ment ou les anti­fas­cistes sont « fas­cistes » et « racistes » envers les Québécois, les Canadiens, ou sim­ple­ment, « les blancs ».
  • Bien que le mou­ve­ment natio­nal-popu­liste tende à se posi­tion­ner contre « l’élite » et « les poli­ti­ciens », ses membres sont très majo­ri­tai­re­ment sym­pa­thiques à l’appareil répres­sif de l’État, soit l’armée et la police. De nom­breuses figures de proue du mou­ve­ment sont d’anciens membres des forces armées, et lorsqu’ils mani­festent, les membres de ces groupes se font un point d’honneur de remer­cier la police, allant par­fois jusqu’à scan­der des slo­gans pro police. Rappelons d’ailleurs que La Meute a été fondée par d’anciens mili­taires et a compté d’ex-policiers parmi ses figures diri­geantes.
  • Enfin, les membres du mou­ve­ment natio­nal-popu­liste ne rechignent pas à col­la­bo­rer avec des groupes et indi­vi­dus ouver­te­ment racistes ou fas­cistes. Bien que la très grande majo­rité se dise « pas racistes », ils défendent régu­liè­re­ment la par­ti­ci­pa­tion d’organisations ouver­te­ment racistes à leurs mobi­li­sa­tions, ont sou­vent des liens dans les médias sociaux avec des membres de ces groupes, et plaident en faveur de « l’unité » avec les fas­cistes contre leurs oppo­sants (les anti­fas­cistes, le gou­ver­ne­ment, etc.). En tant que tel, le mou­ve­ment natio­nal-popu­liste consti­tue un immense bassin de recrues poten­tielles, ou du moins d’alliés poten­tiels, pour les forces d’extrême droite plus radi­cales. (Notons d’ailleurs qu’un très grand nombre de natio­naux-popu­listes, y com­pris de nom­breuses per­sonnes en posi­tion d’autorité ou per­çues comme des lea­ders, suivent les pages d’Atalante et de la FQS sur Facebook, par exemple.)

Les indi­vi­dus qui adhèrent à ce genre de croyances ne sortent bien sûr pas de nulle part, et on les trou­vait aupa­ra­vant en péri­phé­rie de partis poli­tiques plus « légi­times ». On peut sup­po­ser que le prin­ci­pal fac­teur qui a fait croître leur nombre est une série de cam­pagnes isla­mo­phobes orches­trées de haut en bas par cer­tains poli­ti­ciens et conglo­mé­rats média­tiques depuis le pre­mier « débat sur les accom­mo­de­ments rai­son­nables » en 2007. Il s’est en fait agi d’un pro­ces­sus continu, où le Parti qué­bé­cois sous la direc­tion de Pauline Marois (2007-2014) et l’empire média­tique Québecor (sous la gou­verne de Pierre-Karl Péladeau, un riche homme d’affaires ayant lui-même briè­ve­ment dirigé le PQ de 2015 à 2016) ont tous deux joué un rôle de pre­mier plan. Québecor Media, le plus impor­tant conglo­mé­rat média­tique au Québec (et le troi­sième plus impor­tant au Canada), offre une pla­te­forme extra­or­di­naire à de nom­breux pro­pa­gan­distes de droite, comme Richard Martineau, Mathieu Bock-Côté, Lise Ravary et d’autres, tout en publiant un flux constant d’articles stig­ma­ti­sant divers groupes mino­ri­taires dans la société qué­bé­coise, en par­ti­cu­lier les per­sonnes musul­manes. S’étant retiré du Conseil de presse du Québec en 2010, l’entreprise Québecor ne rend pra­ti­que­ment plus de comptes à per­sonne et pour­suit impu­né­ment, jour après jour, son entre­prise de condi­tion­ne­ment idéo­lo­gique de la popu­la­tion qué­bé­coise. En plus de ce géant média­tique, un autre fac­teur pou­vant servir à mesu­rer à la fois l’attrait poten­tiel du mou­ve­ment natio­nal-popu­liste et sa récente expan­sion a été le déve­lop­pe­ment du phé­no­mène des radios pou­belles, prin­ci­pa­le­ment dans la région de Québec. (Les radios pou­belles sont une forme par­ti­cu­lière de radio conçue sur mesure pour les hommes de 18 à 45 ans des classes ouvrière et moyenne vivant en ban­lieue et qui cultive leurs pires ins­tincts avec un bom­bar­de­ment constant de propos vio­lem­ment réac­tion­naires sur divers sujets, tom­bant sou­vent dans la dia­bo­li­sa­tion et le har­cè­le­ment de boucs émis­saires dési­gnés, comme les fémi­nistes, les gau­chistes, les envi­ron­ne­men­ta­listes, les étu­diants, les immi­grants et les musul­mans.) Non seule­ment ces radios ont-elles fait la pro­mo­tion des idées d’extrême droite, elles se sont aussi régu­liè­re­ment employées à légi­ti­mer les orga­ni­sa­tions natio­nales-popu­listes en invi­tant leurs porte-parole à s’exprimer en ondes et à défendre leurs acti­vi­tés lorsqu’elles ont fait l’objet de cri­tiques.

Finalement, les échecs répé­tés du mou­ve­ment indé­pen­dan­tiste de ten­dance social-démo­crate, avec le déclin du sou­tien popu­laire au projet sou­ve­rai­niste, d’une part, et l’incapacité du Parti qué­bé­cois à résis­ter au virage aus­té­ri­taire néo­li­bé­ral, d’autre part (cer­taines des mesures d’austérité les plus dra­co­niennes ayant été impo­sées par des gou­ver­ne­ments indé­pen­dan­tistes entre 1994 et 2003, puis entre 2012 et 2014), ont créé les condi­tions pro­pices à la réémer­gence d’un natio­na­lisme iden­ti­taire ayant davan­tage en commun avec le mou­ve­ment conser­va­teur des années 1920 qu’avec le projet indé­pen­dan­tiste porté par la géné­ra­tion du baby-boom.

Certaines villes et régions ont aussi eu leurs propres per­son­na­li­tés et enjeux loca­li­sés qui ont favo­risé le déve­lop­pe­ment du milieu natio­nal-popu­liste. Par exemple, sur la Côte-Nord, Bernard « Rambo » Gauthier a su exploi­ter sa popu­la­rité en tant qu’« homme du peuple » bourru et mal dégrossi pour cata­ly­ser une cer­taine influence poli­tique (limi­tée, mais bien réelle) avec laquelle il a popu­la­risé un sen­ti­ment isla­mo­phobe et anti-immi­grant for­mulé en termes fami­liers : « Moé sauver des étran­gers au détri­ment des miens, ben y’en est cris­se­ment pas ques­tion ! On est assez dans marde comme ça pour en rajou­ter ! » En 2007, le conseil muni­ci­pal de la petite loca­lité de Hérouxville, en Mauricie, adop­tait un fon­ciè­re­ment raciste « code de conduite pour les immi­grants », lequel jouait sur divers pré­ju­gés et sté­réo­types au sujet des mino­ri­tés eth­niques et reli­gieuses, en par­ti­cu­lier les per­sonnes musul­manes, en insi­nuant qu’il fal­lait expres­sé­ment leur inter­dire de se livrer à des pra­tiques miso­gynes comme la lapi­da­tion des femmes et la muti­la­tion géni­tales. (Le conseiller muni­ci­pal à l’origine du code de conduite d’Hérouxville, André Drouin, s’est plus tard impli­qué dans le groupe d’extrême droite RISE Canada et s’est pour un temps asso­cié à la Fédération des Québécois de souche qui, après sa mort en 2017, a fait son éloge dans sa revue Le Harfang en le dési­gnant comme un « cou­ra­geux com­bat­tant ».)

Malgré ce contexte déjà pas­sa­ble­ment sor­dide, ça n’est qu’en 2016, dans le contexte des cam­pagnes élec­to­rales de Donald Trump et de Marine Le Pen et suite à la créa­tion de La Meute, que ce milieu amorphe a gra­duel­le­ment com­mencé à prendre conscience de lui-même et à se consti­tuer en mou­ve­ment.

Un tour­nant déci­sif a été le mas­sacre au Centre cultu­rel isla­mique de Québec, le 29 jan­vier 2017, lorsqu’Alexandre Bissonnette est entré dans la mos­quée et a ouvert le feu sur les fidèles, tuant six per­sonnes et en bles­sant plu­sieurs autres. (Bien que le carac­tère isla­mo­phobe de cette attaque soit indis­cu­table, Bissonnette n’était affi­lié à aucun groupe connu.) La tuerie de la mos­quée de Québec a en quelque sorte pré­ci­pité les choses pour l’extrême droite. Les mili­tant-e-s se sont senti-e-s atta­qué-e-s lorsque la police a annoncé avoir entre­pris des enquêtes sur les dis­cours hai­neux en ligne, et c’est à ce moment que leurs appré­hen­sions se sont cris­tal­li­sées autour de la Motion M-103, un projet de loi (non contrai­gnant) d’initiative par­le­men­taire condam­nant l’islamophobie qui avait été déposé à la Chambre des com­munes quelques mois plus tôt. Pour bon nombre de ces mili­tant-e-s, l’introduction de ce projet de loi repré­sen­tait un moment char­nière.

Ainsi, l’année 2017 a été une période de crois­sance rapide tandis que les orga­ni­sa­tions natio­nales-popu­listes ont pris la rue à plu­sieurs reprises, ce qui a contri­bué à accroître leur visi­bi­lité et l’influence de leur dis­cours. Bien que cela ait repré­senté un impor­tant pas en avant pour ces groupes, un examen de la par­ti­ci­pa­tion à leurs mobi­li­sa­tions révèle qu’ils sont restés inca­pables de mobi­li­ser à la même échelle que les prin­ci­paux mou­ve­ments sociaux, dont la gauche radi­cale :

  • Le 4 mars 2017, dans le cadre d’une jour­née natio­nale d’action contre la Motion M-103, près de 200 per­sonnes se sont réunies sous la ban­nière de La Meute à Montréal, tandis qu’une cen­taine d’autres mani­fes­taient à Québec (le même jour, envi­ron cent per­sonnes ont marché à Saguenay et des groupes plus modestes se sont mobi­li­sés à Trois-Rivières et Sherbrooke).
  • Le 23 avril 2017, une mani­fes­ta­tion orga­ni­sée par le Front patrio­tique du Québec sur le thème « Un peuple se lève contre le PLQ » a réuni envi­ron 100 per­sonnes au centre-ville de Montréal.
  • Le 28 mai 2017, envi­ron 50 per­sonnes ont par­ti­cipé à une autre mani­fes­ta­tion contre le PLQ orga­nisé par le Front patrio­tique du Québec à Montréal.
  • Le 1er juillet 2017, envi­ron 60 per­sonnes, dont des membres de La Meute, ont répondu à l’appel lancé par Storm Alliance et se sont réunies à Roxham Road, à la fron­tière avec les États-Unis et près de la petite ville d’Hemmingford, pour « sur­veiller » les pas­sages irré­gu­liers et inti­mi­der les réfu­gié-e-s, dont le nombre avait consi­dé­ra­ble­ment aug­menté en raison des mesures anti-immi­gra­tion ins­tau­rée par l’administration Trump aux États-Unis. (Une contre-mani­fes­ta­tion tapa­geuse orga­ni­sée par Solidarité sans fron­tières a empê­ché les mili­tant-e-s anti-immi­gra­tion de se rendre direc­te­ment au point de pas­sage.)
  • Le 20 août 2017, à Québec, La Meute a réussi à mobi­li­ser un large éven­tail de per­son­nages d’extrême droite pour une mani­fes­ta­tion contre « l’immigration illé­gale » ; après avoir été confi­nés à un sta­tion­ne­ment sous-ter­rain pen­dant plu­sieurs heures par une contre-mobi­li­sa­tion anti­fas­ciste déter­mi­née, entre 200 et 300 membres et sym­pa­thi­sant-e-s de La Meute ont pu mar­cher briè­ve­ment en silence dans les rues avoi­si­nant l’Assemblée natio­nale.
  • Le 30 sep­tembre 2017, Storm Alliance a orga­nisé sa plus grande mani­fes­ta­tion à la fron­tière à ce jour, lorsqu’une cen­taine de per­sonnes se sont réunies au pas­sage fron­ta­lier de Saint-Bernard-de-Lacolle, où un camp (vide au moment de la mani­fes­ta­tion) avait été érigé pro­vi­soi­re­ment pour accueillir les réfu­gié-e-s. À nou­veau, plus d’une cen­taine d’antiracistes et d’antifascistes de Montréal et des col­lec­ti­vi­tés fron­ta­lières avoi­si­nantes leur ont bloqué le pas­sage.
  • Le 25 novembre 2017, à Québec, une mani­fes­ta­tion conjointe orga­ni­sée par Storm Alliance et La Meute pour « sou­te­nir la GRC » et dénon­cer « l’immigration illé­gale » a attiré tous les prin­ci­paux pans de l’extrême droite qué­bé­coise, y com­pris un contin­gent néo­fas­ciste ; en tout, entre 300 et 400 per­sonnes y ont par­ti­cipé.
  • Le 15 décembre 2017 (et ce, bien que le réseau TVA se soit préa­la­ble­ment rétracté), des dou­zaines de per­sonnes se sont ras­sem­blées devant une mos­quée de Montréal que le réseau d’information isla­mo­phobe avait fau­ti­ve­ment accusé de vou­loir exclure des femmes d’un chan­tier rou­tier adja­cent à la mos­quée.

Il est impor­tant de noter que toutes les mobi­li­sa­tions men­tion­nées ci-dessus com­por­taient des petits groupes de néo­fas­cistes ainsi que des indi­vi­dus clai­re­ment sym­pa­thiques au supré­ma­tisme blanc et au néo­na­zisme.

Les mani­fes­ta­tions natio­nales-popu­listes se sont pour­sui­vies en 2018. Le Front patrio­tique du Québec a réussi à réunir une cen­taine de per­sonnes le 15 avril, lors d’une mani­fes­ta­tion contre les Libéraux, et Storm Alliance et La Meute ont conti­nué à coopé­rer en orga­ni­sant une mani­fes­ta­tion conjointe à la fron­tière, le 19 mai, tou­jours contre « l’immigration illé­gale », et ont mobi­lisé pour une autre mani­fes­ta­tion à la fron­tière le 3 juin, celle-là orga­ni­sée par la pro­pa­gan­diste supré­ma­ciste de Toronto, Faith Goldy. Il faut aussi sou­li­gner qu’en 2018, les orga­ni­sa­tions natio­nales-popu­listes ont mobi­lisé leurs membres à deux reprises pour se rendre à Ottawa dans le cadre de mani­fes­ta­tions orga­ni­sées par des groupes du Canada anglais :

  • Le 18 février, lors d’une mani­fes­ta­tion orga­ni­sée par la Chinese Canadian Alliance, un groupe qui semble n’avoir été formé que pour réagir à une fausse accu­sa­tion ayant fait les man­chettes plus tôt la même année vou­lant qu’un homme d’origine asia­tique ait arra­ché le hijab d’une jeune fille à Toronto. (Notons au pas­sage que des docu­ments rendus publics récem­ment par le lea­der­ship de La Meute révèlent que le groupe a reçu 5 000 $, soit près de la moitié de son budget annuel, « des Chinois » [sic], vrai­sem­bla­ble­ment en échange de son appui à la mani­fes­ta­tion de la Chinese Canadian Alliance sur la col­line par­le­men­taire.)
  • Le 8 décembre, lors d’une mani­fes­ta­tion orga­ni­sée par le groupe ACT ! for Canada contre le Pacte mon­dial sur les migra­tions des Nations Unies ; cette mani­fes­ta­tion est notable pour la pré­sence d’une diver­sité de mili­tant-e-s d’extrême droite, dont les natio­na­listes blancs d’ID Canada et le poli­ti­cien danois d’extrême droite, Rasmus Paludan.

Malgré ces exemples et dif­fé­rentes ten­ta­tives infruc­tueuses menées par La Meute et Storm Alliance pour mettre en place des sec­tions locales fonc­tion­nelles à l’extérieur de la pro­vince, les acti­vi­tés du mou­ve­ment natio­nal-popu­liste qué­bé­cois sont res­tées dis­tinctes et géné­ra­le­ment sépa­rées des mou­ve­ments sem­blables dans le Canada anglais, sans tou­te­fois leur être hos­tiles. (Selon l’évolution de la situa­tion, il n’est pas impos­sible que le Parti popu­laire du Canada de Maxime Bernier brasse un peu les cartes, car ce parti a accueilli dans ses rangs des indi­vi­dus natio­naux-popu­listes de par­tout au pays, ce qui les regroupe dans un cadre pan­ca­na­dien commun.)

Cela dit, après une période de crois­sance rapide entre 2016 et 2018, le milieu natio­nal-popu­liste a souf­fert d’épuisement et de conflits internes. Sa prin­ci­pale orga­ni­sa­tion, La Meute, a été secouée par des crises répé­tées et de nom­breux mili­tants clés ont aban­donné le milieu en citant des pro­blèmes per­son­nels ou des frus­tra­tions face à l’incapacité du mou­ve­ment à dépas­ser ses limites actuelles. En moins de deux ans, les deux fon­da­teurs de La Meute (Éric Venne et Patrick Beaudry) ont quitté l’organisation ou été forcés de partir sous le coup d’accusations de mal­ver­sa­tion finan­cière (à cet égard, on ne saura peut-être jamais s’il s’est agi de fraude ou d’incompétence). Puis, en novembre 2017, l’organisation a été visée par des révé­la­tions d’agressions sexuelles, dont plu­sieurs plaintes à l’endroit d’Éric Proulx, un membre du conseil de La Meute, qui a fina­le­ment été expulsé.

En juin 2019, La Meute a connu une autre crise impor­tante, lorsque la majeure partie des diri­geants du groupe (plus de 35 sur une qua­ran­taine, dit-on) ont démis­sionné en masse juste avant la Saint-Jean-Baptiste et dans la foulée d’une ten­ta­tive ratée d’évincer Sylvain Brouillette, qui avait assumé le rôle de grand chef depuis l’expulsion de Beaudry en 2017. Les membres s’étaient plaints que Brouillette refu­sait de par­ta­ger les res­pon­sa­bi­li­tés ou de divul­guer des ren­sei­gne­ments, malgré le fait qu’il était lui-même mani­fes­te­ment inca­pable de s’acquitter de toutes les tâches qui lui incom­baient. L’un des prin­ci­paux points de litige concer­nait le fait qu’il tar­dait à révé­ler des ren­sei­gne­ments finan­ciers, ce qui retar­dait tou­jours plus la créa­tion offi­cielle de La Meute en tant qu’organisation à but non lucra­tif. Brouillette a réussi à reprendre le contrôle en moins d’une semaine, après quoi plu­sieurs de ses rivaux ont publié sur Facebook des vidéos et des photos d’eux-mêmes détrui­sant leurs cas­quettes, chan­dails, dra­peaux et écus­sons de l’organisation en signe de pro­tes­ta­tion. La pous­sière n’est pas encore com­plè­te­ment retom­bée au moment d’écrire ces lignes, mais il semble qu’un grand nombre des membres clés de La Meute aient décidé par la suite de se joindre à Storm Alliance.

L’opposition constante des anti­fas­cistes a cer­tai­ne­ment contri­bué à miner ces groupes. Par exemple, lors de la der­nière ten­ta­tive de La Meute d’organiser une « grande » mani­fes­ta­tion à Montréal, le 1er juillet 2018, les quelques 150 par­ti­ci­pant-e-s se sont trouvé-e-s à nou­veau confiné-e-s dans un espace res­treint (lors de la jour­née la plus chaude d’une intense cani­cule) par une coa­li­tion ad hoc de groupes de la gauche mont­réa­laise. Après ce fiasco, un cer­tain nombre de per­sonnes ont publi­que­ment démis­sionné de La Meute et celle-ci est passée à des acti­vi­tés beau­coup moins visibles dans la région de Montréal (comme du trac­tage et des pré­ten­dues « mani­fes­ta­tions mobiles », les­quelles n’étaient en fait rien d’autre qu’une poi­gnée d’individus condui­sant des voi­tures arbo­rant des pan­cartes mal ortho­gra­phiées…). Plusieurs mili­tant-e-s ont en effet invo­qué l’opposition anti­fas­ciste pour jus­ti­fier leur déci­sion de « prendre une pause » ou de quit­ter défi­ni­ti­ve­ment l’organisation.

Le taux élevé d’épuisement parmi les natio­naux-popu­listes et les conflits hou­leux au sein de leurs orga­ni­sa­tions (ponc­tués d’accusations de mal­ver­sa­tions, de har­cè­le­ment sexuel et d’exercice dic­ta­to­rial du pou­voir) mettent en relief l’une des carac­té­ris­tiques de ce mou­ve­ment. En effet, il s’agit de la toute pre­mière expé­rience de mili­tan­tisme pour plu­sieurs acteurs clés. Cela explique en partie l’apparente bouf­fon­ne­rie de ces groupes ainsi que cer­taines des erreurs (tac­tiques et orga­ni­sa­tion­nelles) qu’ils ont com­mises, que leurs adver­saires prennent par­fois trop faci­le­ment pour de la stu­pi­dité.

Enfin, il convient de sou­li­gner qu’à l’heure actuelle, la très grande majo­rité des acti­vi­tés des groupes d’orientation natio­nal-popu­liste se déroule sur les médias sociaux. Bien que la dyna­mique de ces médias et des espaces numé­riques en géné­ral donne par­fois une impor­tance dis­pro­por­tion­née à cer­taines per­sonnes et à cer­taines décla­ra­tions, elle n’en demeure pas moins fon­da­men­tale pour saisir le déve­lop­pe­ment de ce milieu mili­tant ainsi que l’adhésion à des croyances tota­le­ment infon­dées et décon­nec­tées de la réa­lité. La caisse de réson­nance qu’incarne notam­ment Facebook vient ainsi conso­li­der et appro­fon­dir les pré­ju­gés les plus into­lé­rants et les théo­ries com­plo­tistes les plus déli­rantes. Il s’opère alors une (re)socialisation poli­tique à peu de frais qui serait beau­coup plus labo­rieuse à réa­li­ser ailleurs, dans des espaces « en per­sonne ». Notons aussi que les médias sociaux favo­risent énor­mé­ment la dif­fu­sion et la nor­ma­li­sa­tion des dis­cours hai­neux en per­met­tant aux gens de s’approprier le contenu et de le par­ta­ger au sein de leurs réseaux comme s’il s’agissait de leur propre pro­duc­tion plutôt que le dis­cours offi­ciel d’organisations mili­tantes.

Dans ce vaste espace numé­rique, pro­fi­tant du scep­ti­cisme crois­sant à l’égard de tout ce qui est « offi­ciel » ou « mains­tream », cer­tains indi­vi­dus ont su se tailler une niche en tant que « jour­na­listes indé­pen­dants ». Un cer­tain nombre de « jour­naux » en ligne ont été créés qui se spé­cia­lisent dans le recy­clage d’histoires sen­sa­tion­na­listes (et sou­vent car­ré­ment fausses) et de théo­ries com­plo­tistes. Parmi ces nom­breux sites de dés­in­for­ma­tion (dont cer­tains dis­pa­raissent aussi vite qu’ils appa­raissent), nom­mons Les Manchettes (admi­nis­tré par André Boies, qui a tra­duit et dif­fusé le mani­feste du tueur de Christchurch le jour même du mas­sacre) et Le Peuple. À ceux-ci viennent s’ajouter un grand nombre de vidéo­blo­gueurs et uti­li­sa­teurs Facebook qui publient régu­liè­re­ment des vidéos en direct à l’intention de leurs adeptes. Parmi les plus notables, men­tion­nons André Pitre et Ken Pereira, qui pro­duisent depuis peu une série de pro­grammes exa­mi­nant en détail diverses théo­ries du com­plot qu’ils dif­fusent sur la chaîne YouTube de Pitre. (Fait à noter, Ken Pereira se porte can­di­dat pour le Parti popu­laire du Canada aux élec­tions fédé­rales de 2019, aux côtés de Raymond Ayas, lui-même ani­ma­teur d’un média natio­nal-popu­liste anglo­phone, The Post Millenial.)

LES NÉOFASCISTES

Parallèlement au milieu natio­nal-popu­liste, sans pour autant en être com­plè­te­ment séparé, il existe un nombre beau­coup plus res­treint de per­sonnes adhé­rant à une vision du monde plus étroite et rigou­reuse. Puisqu’ils s’inspirent expli­ci­te­ment du fas­cisme, du natio­na­lisme blanc, du tra­di­tio­na­lisme catho­lique et, dans cer­tains cas, du nazisme, nous appe­lons ces réseaux fas­cistes ou néo­fas­cistes.

Le mou­ve­ment néo­fas­ciste au Québec com­porte deux pôles prin­ci­paux.

D’une part, un cer­tain nombre d’individus sont issus des sous-cultures de jeunes ancrées dans la vio­lence de rue et d’autres acti­vi­tés cri­mi­nelles ainsi que dans les acti­vi­tés cultu­relles asso­ciées à la musique « under­ground » ou indé­pen­dante (orga­ni­sa­tion de concerts et de partys, tour­nées, pro­duc­tion de zines, etc.). L’organisation à l’échelle locale et les liens inter­na­tio­naux avec des indi­vi­dus par­ta­geant ces mêmes idées ailleurs dans le monde ont sou­vent été faci­li­tés, sinon mode­lés, par ces acti­vi­tés cultu­relles et cri­mi­nelles. Au Québec, ce pôle remonte aux années 1980 et, dans les années 1990, des membres de cette sous-culture se sont régu­liè­re­ment livrés à des actes de vio­lence et d’intimidation contre la gauche et contre des per­sonnes raci­sées et/​ou queer, allant jusqu’au meurtre. Si à une cer­taine époque la scène était domi­née par la culture skin­head (bone­head), il convient de men­tion­ner que depuis plu­sieurs années la scène black métal et le néo-folk sont aussi des espaces cultu­rels ciblés par les néo­fas­cistes et les supré­ma­cistes blancs.

Bien qu’il s’agisse d’une tra­di­tion spo­ra­dique com­por­tant plu­sieurs épi­sodes dis­tincts, on peut affir­mer que le deuxième pôle du mou­ve­ment fas­ciste au Québec remonte aux années 1920. Depuis les années 1980, il s’est géné­ra­le­ment fait très dis­cret, au point même d’opérer en secret. Ce pôle est com­posé d’individus qui, cultu­rel­le­ment, se situent à plu­sieurs égards à l’opposé des voyous skin­heads et de leur mode de vie anti­so­cial, et qui sont amenés à sou­te­nir le mili­tan­tisme fas­ciste et natio­na­liste blanc pour des rai­sons intel­lec­tuelles et sou­vent reli­gieuses. Cette ten­dance s’est orga­ni­sée publi­que­ment pour la der­nière fois autour du Cercle Jeune Nation (de 1980 à 1990) et cer­tains de ses membres ont aussi été actifs dans les cercles tra­di­tio­na­listes catho­liques, comme la Société Saint-Pie X, alors que d’autres ont trouvé leur place dans l’aile droite du mou­ve­ment natio­na­liste qué­bé­cois. En raison de leur posi­tion sociale plus res­pec­table (et plus pri­vi­lé­giée), les indi­vi­dus gra­vi­tant vers ce pôle ont un réel inté­rêt à rester cir­cons­pects sur leurs croyances. Cela ne signi­fie pas pour autant qu’ils sont inac­tifs, loin de là.

On a pu obser­ver un cer­tain rap­pro­che­ment entre ces deux pôles au cours des vingt der­nières années. Par exemple, bien qu’Atalante et la Fédération des Québécois de souche aient toutes deux été créées par des skin­heads natio­na­listes blancs, ni l’une ni l’autre ne se limite ou ne se confine aujourd’hui à ce milieu. De plus, ce noyau orga­nisé peut comp­ter sur l’appui d’un nombre impor­tant d’individus sym­pa­thiques aux idées fas­cistes et néo­na­zies qui choi­sissent pour le moment de rester inac­tifs poli­ti­que­ment.

Parallèlement, un pôle plus expli­ci­te­ment néo­nazi s’est formé au cours des der­nières années dans la région de Montréal, pre­nant exemple sur d’autres groupes basés prin­ci­pa­le­ment sur Internet, comme The Right Stuff et le Daily Stormer. La nature secrète de ces groupes (prin­ci­pa­le­ment orga­ni­sés dans des salons de dis­cus­sion privés et des forums cachés en ligne) a offert un espace confor­table tant aux indi­vi­dus qui aspirent à créer un mou­ve­ment poli­tique « dans la vraie vie » qu’à un cer­tain nombre d’individus qui s’y cachent pour lais­ser libre cours à leur into­lé­rance, avant que des anti­fas­cistes ne per­turbent sérieu­se­ment leurs pro­jets en 2018. Il y a fort à parier que ce noyau dur néo­nazi est tou­jours actif dans d’autres forums privés et conti­nue de recru­ter parmi des jeunes adultes sym­pa­thiques à ces idées.

La for­ma­tion d’un milieu natio­nal-popu­liste au Québec a donné l’occasion aux néo­fas­cistes de mieux se faire connaître. Tandis que cer­tains néo­na­zis, comme ceux de la scène Alt-Right mont­réa­laise, se moquent des natio­naux-popu­listes comme autant de « boo­mers » décon­nec­tés et insi­gni­fiants et expriment leur volonté de s’en dis­so­cier com­plè­te­ment, l’existence d’un tel milieu ouvre un espace poli­tique et offre des occa­sions pra­tiques (comme des mani­fes­ta­tions) où les deux cou­rants peuvent se ren­con­trer et créer des liens. L’année 2017, en par­ti­cu­lier, a été remar­quable par la façon dont les néo­fas­cistes ont réussi à plu­sieurs reprises à reven­di­quer leur légi­ti­mité au sein de l’extrême droite plus large. Alors que le 4 mars, à Québec, les membres d’Atalante ont choisi de mani­fes­ter à l’écart de La Meute (en la cri­ti­quant impli­ci­te­ment avec un slogan piqué à la gauche sur une ban­nière où était écrit : « Immigration : Armée de réserve du Capital »), à Montréal, des membres du groupe Alt-Right Montréal étaient au beau milieu du fou­toir, auprès de La Meute et de Storm Alliance, et ont pris part à des confron­ta­tions phy­siques avec des contre-mani­fes­tant-e-s anti­fas­cistes. Huit mois plus tard, à Québec, Atalante et les Soldiers of Odin met­taient en scène leur propre entrée spec­ta­cu­laire dans la mani­fes­ta­tion natio­nale-popu­liste du 25 novembre, après s’être posi­tion­nés sur les rem­parts de l’esplanade et en sur­plomb d’une plus petite contre-mobi­li­sa­tion anti­ra­ciste. Il convient de men­tion­ner qu’à leur entrée dans la plus grande mani­fes­ta­tion, les néo­fas­cistes ont été chau­de­ment applaudi-e-s par les membres de La Meute et de Storm Alliance, dont un grand nombre sont ensuite allés « aimer » leur page Facebook et les féli­ci­ter.

Les prin­ci­pales carac­té­ris­tiques de la ten­dance néo­fas­ciste sont :

  • Une oppo­si­tion à la démo­cra­tie et une croyance en la « loi natu­relle » ;
  • Une accep­ta­tion de la vio­lence comme élé­ment néces­saire du chan­ge­ment poli­tique, dou­blée d’une glo­ri­fi­ca­tion de la vio­lence en tant que telle, comme qua­lité virile et guer­rière ;
  • Une croyance en la race et en la nation comme deux caté­go­ries fon­da­men­tales de l’existence humaine ; la manière dont les dif­fé­rentes races et nations inter­agissent (dans un esprit « égaux, mais dif­fé­rents », dans une hié­rar­chie rigide, ou dans un état de guerre) peut varier ;
  • Antisémites ; au mieux, ils sou­tiennent que les Juifs ont une influence néfaste sur la nation, et au pire, ils adhèrent à la théo­rie du com­plot vou­lant que les Juifs forment une race sour­noise et enne­mie qu’il faut exter­mi­ner ;
  • Unanimes dans leur homo­pho­bie et leur trans­pho­bie ;
  • Islamophobes, mais avec l’indication (sou­vent expli­cite) que les musul­mans sont mani­pu­lés par les Juifs (ou les « mon­dia­listes ») pour miner et détruire la race ou la nation ;
  • Très majo­ri­tai­re­ment mas­cu­lins, avec une ouver­ture à l’égard de la miso­gy­nie poli­tique ; le fémi­nisme est sou­vent décrit comme une autre mani­pu­la­tion juive ;
  • La plu­part des néo­fas­cistes du Québec sont en faveur de l’indépendance et s’opposent au Canada, qui est consi­déré comme une force d’occupation, bien que cette posi­tion ne soit pas par­ta­gée par tous.

Comparés aux natio­naux-popu­listes, les néo­fas­cistes ont des liens beau­coup plus étroits avec des orga­ni­sa­tions et des réseaux amé­ri­cains et euro­péens, et on peut dire qu’ils appar­tiennent à un mou­ve­ment poli­tique et intel­lec­tuel inter­na­tio­nal. Les membres d’Atalante, par exemple, ont des liens étroits avec le réseau « Rock Against Communism » et s’inspirent direc­te­ment du mou­ve­ment néo­fas­ciste ita­lien CasaPound, emprun­tant à la fois des élé­ments de dis­cours (rhé­to­rique reliant le sen­ti­ment anti-immi­grant à l’anticapitalisme, etc.) et des tac­tiques de mobi­li­sa­tion (ini­tia­tives cha­ri­tables exclu­si­ve­ment pour les citoyens « de souche », etc.). Pour sa part, la FQS publie fré­quem­ment dans sa revue Le Harfang des entre­vues avec des intel­lec­tuels de l’extérieur du Québec. Ce qui dis­tingue les néo­fas­cistes du Québec des néo­fas­cistes d’ailleurs en Amérique du Nord, c’est la place impor­tante qu’occupent les mou­ve­ments euro­péens dans leur vision du monde. Par exemple, alors que l’Alt-Right aux États-Unis intro­dui­sait assez récem­ment cer­tains textes de la Nouvelle droite euro­péenne dans l’extrême droite amé­ri­caine, ces idées sont connues de nom­breux néo­fas­cistes qué­bé­cois depuis les années 1970 et 1980.

PERSPECTIVES POUR L’AVENIR

L’augmentation de l’activité des groupes et réseaux d’extrême droite au Québec au cours des der­nières années est attri­buable à plu­sieurs fac­teurs externes au mou­ve­ment, dont cer­tains sont d’ordre inter­na­tio­nal et d’autres propres à notre situa­tion par­ti­cu­lière : la « guerre contre le ter­ro­risme », l’essor des médias sociaux, la crise finan­cière de 2008, les échecs répé­tés de la gauche indé­pen­dan­tiste qué­bé­coise et l’élection de Trump aux États-Unis, pour n’en nommer que quelques-uns.

Nous ne nous atten­dons pas à ce que cette crois­sance ralen­tisse. En fait, nous croyons que l’avenir nous réserve d’autres « bonds » dans la mau­vaise direc­tion, car les crises finan­cières et éco­lo­giques mon­diales ne cessent de s’intensifier. Dans un avenir immé­diat, nous pré­voyons que la bifur­ca­tion de l’extrême droite décrite dans cet article se pour­sui­vra, qu’un mou­ve­ment beau­coup plus vaste, avec un éven­tail de pers­pec­tives plus large, conti­nuera de se déve­lop­per, et que cette crois­sance pro­fi­tera éga­le­ment à des orga­ni­sa­tions plus petites et plus rigou­reuses, aux aspi­ra­tions poli­tiques plus radi­cales. Ces mou­ve­ments s’inscrivent dans une dyna­mique qui pèse direc­te­ment sur l’ensemble du débat poli­tique, nor­ma­li­sant cer­taines idées et légi­ti­mant des mesures « moins radi­cales » ; l’élection de popu­listes néo­li­bé­raux un peu par­tout au Canada, y com­pris ici au Québec avec la CAQ, témoigne de cette réa­lité.

Le Québec n’est pas une ano­ma­lie : aujourd’hui, l’extrême droite, dans ses variantes natio­nales-popu­listes et néo­fas­cistes, a un impact concret sur l’équilibre poli­tique du pou­voir, non seule­ment en Europe et en Amérique du Nord, mais aussi dans cer­tains pays « émer­gents » du Sud (BRICS), où ses repré­sen­tants ont été portés au pou­voir. La tâche qui nous incombe aujourd’hui est d’affronter l’extrême droite et d’apprendre à (re)construire des mou­ve­ments d’émancipation radi­caux qui pour­ront faire des gains concrets et gagner sur ce ter­rain.

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