La pensée de Marx n’est pas spécialement reconnue pour sa modélisation de la grève, des théoriciennes et théoriciens issus des traditions socialistes et marxistes ultérieures ayant davantage traité de la question. Si on trouve ainsi chez Rosa Luxembourg et Ernest Mandel des réflexions sur les grèves ouvrières plus développées que celles de Marx, et qui appartiennent de fait à l’époque d’un capitalisme industriel lui-même plus avancé, on ne saurait toutefois en sous-estimer l’importance, voire le caractère précurseur. Les écrits de Marx sur les coalitions, associations et grèves ouvrières, lorsque replacés dans leur contexte historique et dans les débats qui avaient alors lieu au sein du mouvement socialiste, occupent en effet une place singulière. Sur le ton souvent polémique que l’on connait à Marx, il démystifie plusieurs craintes partagées par ses contemporains sur les effets économiques et politiques des grèves ; et, contrairement à plusieurs d’entre eux, il reconnait et anticipe l’importance qu’aura le syndicalisme pour les suites du mouvement ouvrier tout en en soulignant les limites.
Sans donc surestimer le niveau de développement des écrits de Marx sur la grève – rappelons qu’ils sont plus fragmentaires que systématiques –, ils témoignent néanmoins du rapport complexe et changeant que Marx entretient envers les luttes ouvrières de son époque, qu’il comprend à l’aune de la critique de l’économie politique, des développements historiques et de la nécessité de la lutte révolutionnaire. L’apport d’Engels à cet aspect de la pensée de Marx est par ailleurs essentiel. Posté aux premières loges du développement du capitalisme industriel, dans les usines de Manchester en Angleterre, il est alors en mesure de témoigner des conditions accablantes dans lesquelles évoluent les ouvriers et ouvrières, des effets pratiques de leur association, de même que des insuffisances de l’action syndicale.
Nous identifions donc, dans un premier temps, des éléments contextuels aux interventions de Marx, qui relèvent tant de l’évolution historique des lois antisyndicales que des thèses dominantes dans le mouvement socialiste de l’époque, inspirées en grande partie d’Owen ou de Fourier, et des développements apportés par Proudhon. Prenant plus particulièrement appui sur la polémique entre Marx et ce dernier, nous retraçons dans un second temps les principaux éléments de la pensée de Marx sur les grèves et associations ouvrières, tentant d’en identifier la particularité économique, politique et historique – dimensions qui sont, chez Marx, parties prenantes d’une même totalité.
Les premiers socialistes et l’action politique ouvrière
Plusieurs mesures législatives sont introduites en Europe à la fin du XVIIIe siècle pour limiter le pouvoir d’association d’une classe ouvrière naissante, produit des importants développements politiques et économiques de cette période. En France, la grève est ainsi interdite en 1791 après l’adoption par l’Assemblée constituante de la loi sur les assemblées ouvrières proposée par le jacobin Isaac Le Chapelier. Celle-ci s’inscrit dans une série d’actes législatifs visant à mettre fin à l’organisation sociale et économique de l’Ancien Régime. Au système du compagnonnage, qui place les travailleurs et travailleuses sous la tutelle d’un maitre, la loi Le Chapelier substitue le contrat, plus en phase avec le nouveau régime d’égalité des citoyens et citoyennes qui doit remplacer la vieille société d’ordres. La Révolution française ayant proclamé à la fois la liberté individuelle et le règne de la volonté générale, il ne saurait subsister entre le citoyen et l’État de corps intermédiaires exprimant des intérêts particuliers. Les regroupements d’ouvriers et d’ouvrières sont pour cette raison interdits et la grève entre dans la catégorie des « coalitions », définies comme « un accord illégal de plusieurs individus pour porter préjudice à un autre[1] ». En Grande-Bretagne, c’est ironiquement l’anti-jacobinisme qui motive l’adoption de lois antisyndicales[2]. Le gouvernement de William Pitt le Jeune fait adopter les Combination Laws en 1799 et 1800 par crainte que la croissance marquée de la mobilisation ouvrière dégénère en mouvement politique[3].
C’est dans ce contexte de répression du mouvement ouvrier qu’apparaissent les premières doctrines socialistes au début du XIXe siècle. Sous l’influence combinée de la révolution industrielle et des idéaux des Lumières, des réformateurs comme Saint-Simon, Charles Fourier et Robert Owen cherchent des solutions à la « question sociale ». L’étiquette péjorative de « socialistes utopiques » qui leur a été accolée a posteriori par Marx et Engels masque sans doute la diversité de leurs théories et leur influence sur le développement théorique et politique du socialisme. Néanmoins, ce qui autorise les auteurs du Manifeste du parti communiste à les regrouper sous une même catégorie est leur commune propension à n’apercevoir « du côté du prolétariat aucune spontanéité historique, aucun mouvement politique qui lui soit propre[4] ».
En effet, les utopistes voient le socialisme comme l’aboutissement nécessaire du progrès de la science sur l’ignorance. Les savants et les dirigeants politiques, bien plus que la classe ouvrière, ont ainsi un rôle central dans son avènement, les uns parce qu’ils découvrent les principes de l’organisation sociale optimale ; les autres parce qu’ils ont les moyens de les mettre en pratique. Dans les mots d’Owen, on peut doter l’humanité entière de n’importe quelle inclinaison « à condition d’utiliser les moyens appropriés ; or, ces moyens sont pour une large part entre les mains de ceux qui dirigent les affaires des hommes[5] ». Célèbre en raison de la prospérité de ses filatures de New Lanark, Owen lui-même est lu par Napoléon et consulté par l’archevêque de Cantorbéry et le tsar Nicolas Ier. Saint-Simon et Fourier cherchent aussi l’oreille des princes, mais avec moins de succès : le premier envoie des exemplaires de ses livres successivement à Napoléon, au tsar Alexandre Ier, puis à Louis XVIII ; quant à Fourier, il courtise les ministres sous l’Empire, la Restauration et la monarchie de Juillet[6]. Cette confiance dans le rôle historique des grands hommes calque, d’une certaine façon, le mythe du « sauveur suprême » qu’on trouve dans la pensée politique bourgeoise depuis le XVIe siècle et qui s’incarne dans le Prince chez Machiavel, le despote éclairé chez Voltaire ou le Législateur chez Rousseau[7]. Les premiers socialistes, après tout, sont des contemporains de Hegel qui, à Iéna[8], voit en la personne de Napoléon « l’Esprit du monde ».
En dépit de cette propension des premiers socialistes à s’en remettre à l’action des dominants, les ouvriers et ouvrières se saisissent de diverses manières de leurs idées. C’est particulièrement vrai au Royaume-Uni, où les syndicats et les grèves ont été légalisés en 1824. Au cours des années qui suivent, la doctrine owéniste de la coopération se diffuse à travers la fondation de sociétés coopératives et de périodiques liés au mouvement ouvrier[9]. Owen lui-même se retrouve propulsé à la tête du mouvement syndical anglais. C’est sous son impulsion qu’est créée, en 1834, la Grand National Consolidated Trades Union (GNCTU) à laquelle va adhérer un demi-million de membres en quelques mois[10]. Les règles de la GNCTU permettent les grèves défensives contre les baisses de salaire et ouvrent la porte au déclenchement éventuel d’une grève générale offensive pour obtenir la journée de huit heures[11]. Si Owen adhère au principe de la grève, il n’abandonne pas pour autant sa foi en la charité universelle et la philanthropie. Pour lui, les travailleurs et travailleuses et les capitalistes forment ensemble une grande « classe industrielle » victime d’un système vicié. Il ne s’agit donc pas pour les premiers d’arracher des concessions aux seconds : la grève générale vise à réaliser une révolution pacifique par la seule influence morale des prolétaires devant laquelle la classe dominante ne pourra conclure qu’à l’inutilité de la résistance[12]. L’engagement syndical d’Owen est de courte durée. Il quitte le mouvement quelques mois après la fondation de la GNCTU à la suite d’un conflit avec ses lieutenants qu’il accuse d’attiser la haine de classe.
Cette brève rencontre entre l’owénisme et les coalitions ouvrières est toutefois un cas à part qui ne trouve pas d’équivalent du côté français. Au début des années 1830, les écoles socialistes foisonnent, influencées par les idées saint-simoniennes et fouriéristes. Certaines d’entre elles rejettent désormais le culte du sauveur au profit de l’autonomie des prolétaires, sans nécessairement faire de la grève un mode d’action pertinent[13]. Au sein de cette deuxième génération du socialisme français, Pierre-Joseph Proudhon est une figure de premier plan.
Par sa dénonciation de la propriété, Proudhon « appartien[t] à la protestation socialiste », mais rejette les utopies communautaires « qui commencent à gagner une partie des travailleurs[14] ». Dans sa Philosophie de la misère, il affirme que les socialistes qui font appel aux puissants pour réaliser leurs réformes mentent « [p]arce que l’organisation du travail doit être la déchéance du capital et du pouvoir[15] ». Par ailleurs, il n’en appelle pas non plus à l’action concertée des ouvriers et ouvrières. S’étant initié à la philosophie hégélienne à la suite de rencontres avec les émigrés allemands de Paris – dont Marx et, surtout, Karl Grün –, Proudhon croit que l’histoire progresse suivant un plan rationnel. Alors que les actions individuelles sont conscientes et volontaires, celles de la société sont spontanées. Elles ne semblent jamais délibérées, mais se dirigent néanmoins toutes vers un but, comme guidées par une « faculté mystérieuse, tout intuitive, et pour ainsi dire supra-sociale […] qui plane sur l’humanité comme un génie inspirateur[16] ». Ainsi, les contradictions sur lesquelles repose la société trouveront leur solution dans le principe de la mutualité, c’est-à-dire un nouveau système d’échange qui fera la synthèse entre la propriété et la communauté. Cette nouvelle société ne naitra ni comme « effet subit des passions du peuple » ni « de l’habileté de quelques hommes », mais de la Providence[17].
Proudhon se distancie donc des socialistes utopiques, mais également des coalitions ouvrières dans lesquelles il ne voit que « défiance du bon droit, agitation [et] turbulence[18] ». Les ouvrières et ouvriers qui se mettent en grève pour exiger des hausses de salaire sont, à ses yeux, trompés par « une presse imprudente », et Proudhon les implore de reconnaitre « le fruit amer de leur inexpérience[19] ». Il délaissera plus tard sa confiance dans la Providence, mais pas son opposition aux grèves. Dans son dernier ouvrage, publié juste après l’adoption de la Loi Ollivier qui légalise la grève, il réitère que « toute coalition est, de sa nature, un fait dommageable, immoral, par conséquent illégitime » qui s’apparente à « du chantage, de l’escroquerie et du vol[20] ». La grève s’attaque au principe de la libre concurrence, seule garantie d’une rémunération équitable « dans l’état actuel de la société ». Le principe de mutualité doit permettre de se passer de la détermination des salaires par l’offre et la demande, mais « nous ne sommes pas, il s’en faut, en régime mutuelliste[21] ». L’appui des travailleurs et travailleuses à la Loi Ollivier est alors le signe que la classe ouvrière « ignorante » est « facile à passionner et à séduire » et « s’est laissé prendre à l’appât d’une rectification de salaires[22] ».
Associations de travailleurs et travailleuses et modernité économique
Contrairement à de nombreux socialistes de son époque, Marx éprouve une sympathie pour les mouvements de grève et plus largement pour les mouvements syndicaux, qu’il voit comme appartenant pleinement aux logiques de développement économique moderne. Il en veut pour preuve l’Angleterre, plus avancée sur le plan économique, qui abroge en 1824 ses lois empêchant les associations de travailleurs et travailleuses, les Combination Laws. L’abolition de ces lois était d’ailleurs soutenue par les économistes classiques, dont David Ricardo et Thomas Malthus, parce qu’elles faisaient partie d’un ensemble de régulations du marché du travail qu’ils jugeaient contraires aux principes de l’économie politique. La coalition ouvrière légale et pacifique était, pour eux, une façon d’établir une concurrence libre qui conduirait à fixer les salaires à leur taux « naturel[23] ».
Suivant la même logique, Marx voit dans l’abolition des lois interdisant les coalitions le résultat nécessaire du développement en Angleterre du principe de libre concurrence. Il prend alors le contrepied de Proudhon, qui affirme que la grève est illégale non seulement en vertu du Code pénal français, mais aussi en vertu des lois économiques. Au contraire, Marx juge que c’est parce que « les coalitions sont devenues un fait économique » en Angleterre qu’elles ne pouvaient « pas tarder à devenir un fait légal[24] ». Qu’en France les coalitions soient toujours illégales en 1846 ne fait que démontrer, d’après Marx, son retard économique. L’histoire lui donnera plus tard raison, puisque le délit de coalition sera finalement aboli en France grâce à la Loi Ollivier en 1864[25].
En appuyant l’abolition des lois coercitives contre les coalitions, les économistes anglais croyaient que la libéralisation du marché du travail les rendrait obsolètes[26]. Les salaires étant désormais établis par la loi de l’offre et de la demande, il n’est plus nécessaire, pour les ouvriers et ouvrières, de se révolter contre leur patron. La vague de grève qui suit l’abolition des Combination Laws leur donne immédiatement tort. Cette persistance de la mobilisation ouvrière leur apparait comme « un effort aussi ridicule que dangereux » de s’en prendre aux « lois éternelles de l’économie politique[27] ». Pour Marx, l’opposition de socialistes comme Proudhon aux grèves révèle une même propension à essentialiser les dynamiques commerciales de la société bourgeoise. Il faut pourtant expliquer pourquoi « malgré les manuels [des économistes] et les utopies [des socialistes], les coalitions n’ont pas cessé un instant de marcher et de grandir avec le développement et l’agrandissement de l’industrie moderne[28] ». À cette question, Marx apporte deux réponses : l’une économique et l’autre politique.
La grève comme fait économique
Dans Philosophie de la misère, Proudhon stipule que les grèves qui réussissent à obtenir des hausses de salaire seront suivies d’une « disette » et d’un « renchérissement général ». Cela est « aussi certain que deux et deux font quatre », puisque d’après Proudhon le salaire n’est qu’une proportion correspondant à la part de la production consommée par les travailleurs et travailleuses. Toute hausse de salaire serait conséquemment suivie d’une hausse des prix. De cette analyse, Marx n’admet qu’une chose, « que deux et deux font quatre[29] ». Presque vingt ans après Proudhon, l’owéniste John Weston, collègue de Marx au sein du Conseil central de l’Association internationale des travailleurs (AIT), soutiendra la même thèse[30]. Marx prend la peine de réfuter directement tant Proudhon que Weston sur cette question, respectivement dans Misère de la philosophie et Salaire, prix, profit, parce qu’il juge leur idée « fausse en théorie et dangereuse en pratique[31] ».
Sur le plan théorique, une hausse générale de salaire, plutôt que de concourir à une hausse générale des prix, aurait pour effet immédiat de diminuer la part de profit des différentes industries. Supposant une hausse de salaire généralisée, les industries qui ont une importante part de capital fixe – machines, outils, infrastructures – verraient leur taux de profit diminuer dans des proportions moins importantes que les autres. Or, les capitaux tendent à se déplacer vers les industries aux taux de profits plus grands, ce qui amène en retour ces industries à devoir diminuer le prix de leurs marchandises pour demeurer compétitives. Toujours dans le cas de figure d’une hausse généralisée des salaires, les industries offrant des produits de subsistance verraient quant à elles la demande pour ces produits augmenter, ce qui mènerait à une augmentation des prix et du taux de profit. Toutefois, là encore se produirait un transfert de capital vers les branches les plus profitables, qui se traduirait ultimement par une diminution des prix[32]. Loin de mener à un « renchérissement général », Marx soutient donc que les hausses de salaire n’entrainent pas de hausse durable des prix des marchandises[33]. En Angleterre, remarque en outre Marx, la combativité du mouvement ouvrier a d’ailleurs incité certains capitalistes à opter pour le « génie mécanique » – autrement dit, à moderniser leurs machines pour réduire leur dépendance à la main-d’œuvre. Ces développements, s’ils sont immédiatement défavorables à certaines et certains travailleurs, ne sont toutefois pas contraires au développement général de la production.
La thèse de Proudhon et Weston repose sur l’idée que les salaires sont déterminés par la loi de l’offre et de la demande. Sur ce point, Marx leur donne partiellement raison, mais il n’en conclut pourtant pas comme eux à l’inutilité des grèves. Comme Engels l’avait déjà montré dans La situation de la classe laborieuse en Angleterre, si les grèves ne peuvent pas changer les « grandes causes » qui déterminent le niveau des salaires, elles peuvent néanmoins agir sur les causes conjoncturelles. Sans opposition ouvrière, la concurrence entre capitalistes conduit à l’abaissement des salaires à leur niveau minimal. Toutefois, « cette concurrence des industriels entre eux est, dans les conditions normales moyennes, freinée par l’opposition des ouvriers[34] ». De même, après une crise économique, les coalitions permettent de rehausser les salaires plus rapidement que ce que la seule compétition entre capitalistes permet. Vingt ans plus tard, Marx reprend le même argument dans son débat avec Weston : quand la demande de travail dépasse l’offre, les salaires augmentent et inversement quand l’offre dépasse la demande, mais il est néanmoins nécessaire « d’éprouver l’état réel de la demande et de l’offre, par exemple, par une grève ou par toute autre méthode[35] ». La tendance générale du capitalisme est à l’abaissement des salaires. Les grèves visent ainsi à les maintenir à un niveau « normal », à l’équilibre entre l’offre et la demande.
Que les lois de l’économie aient besoin d’être « éprouvées » par la grève, Marx l’explique encore par le fait que l’échange de la force de travail sur le marché produit une antinomie entre les droits du vendeur et ceux de l’acheteur. Prenant l’exemple des luttes pour la réduction de la journée de travail, Marx simule dans Le Capital une discussion entre un travailleur et un capitaliste à propos de la journée de travail. Le travailleur fictif dit au capitaliste qu’il est bien conscient que sa force de travail fait office de marchandise : « [T]oi et moi, nous ne connaissons sur le marché qu’une seule loi, celle de l’échange des marchandises […] c’est donc à toi qu’appartient l’usage de ma force de travail journalière[36] ». Or, une journée de travail trop longue, qui épuise les forces du travailleur et qui dépendrait hypothétiquement de trois jours de repos pour pouvoir être reproduite, est payée sans prendre en compte ce temps de reproduction. Le capitaliste, dans ce cas de figure, paye pour une seule journée, mais en use plusieurs : du point de vue du travailleur, il contrevient donc au contrat et à la loi des échanges. La lutte des travailleurs pour une journée de travail « normale » est ici réinscrite dans la logique même de l’économie politique, de respect du contrat entre l’acheteur de marchandise et son vendeur, puisque c’est la « nature même » de la marchandise-force de travail qui exige que sa consommation soit limitée. Un choc entre deux « droits » au sens du droit bourgeois se joue dans cette section du Capital : le droit de l’acheteur de tenter d’obtenir le meilleur prix pour une marchandise et le droit du vendeur à être compensé adéquatement. Ces droits s’inscrivent tous deux pleinement dans la légitimité des lois de l’échange. Le droit bourgeois ne peut pas résoudre cette antinomie – seule la lutte des classes, la « violence », peut réellement trancher[37].
La durée de la journée de travail « normale » reste ainsi indéterminée avant l’épreuve de force. La concurrence des capitalistes entre eux conduit à la prolongation de la journée de travail au-delà des limites physiques : « [Le capital] usurpe le temps qu’il faut pour la croissance, le développement et le maintien du corps en bonne santé. Il vole le temps qu’il faut pour respirer l’air libre et jouir de la lumière du soleil. Il grignote sur le temps des repas […] Il réduit le temps du sain sommeil réparateur nécessaire pour reconstituer, renouveler et régénérer la force de travail[38] ». La concurrence conduit donc à l’usure prématurée de la force de travail – en clair, à la détérioration de la santé des travailleuses et travailleurs et au raccourcissement de leur vie – et nuit donc à la reproduction des conditions de production. La lutte des travailleurs pour la diminution du temps de travail permet donc de sauver les capitalistes « de leur stupidité et de leur myopie individuelle[39] » en les forçant à reconnaitre leur propre intérêt que la concurrence les empêche de poursuivre par eux-mêmes. En ce sens, il semble qu’un « certain degré d’émancipation des travailleurs est socialement nécessaire au bon fonctionnement du capitalisme[40] ». Même en demeurant dans le cadre strict des lois de l’économie politique, on voit que la grève est loin d’être rendue caduque par le libre marché.
Associations ouvrières, grèves et lutte politique
En inscrivant la nécessité des demandes des travailleurs au cœur même de la logique de l’économie politique, Marx en retourne le stigmate et accueille positivement l’essor du mouvement ouvrier qui constitue une tendance importante des années 1830 et 1840[41]. Il fait aussi de la création des associations de travailleurs et travailleuses sous leurs différentes formes (coalitions, trade-unions) des moments potentiellement constitutifs d’un processus qui culmine avec l’autoémancipation totale du prolétariat[42].
La divergence entre Marx et les autres courants socialistes quant aux grèves concerne en effet le caractère politique des associations de travailleurs et travailleuses. Contrairement au Proudhon de Philosophie de la misère[43], Marx ne croit pas que la Providence soit la locomotive de l’histoire[44] – plutôt est-ce le rôle de la lutte révolutionnaire du prolétariat[45]. Or, les grèves et coalitions qui se multiplient sont les formes par lesquelles les prolétaires effectuent, « devant nos yeux », dixit Marx, « leur organisation comme classe[46] ». Impressionnés par la vigueur du mouvement chartiste[47] en Angleterre, Marx et Engels constatent que les grèves et les trade-unions sont souvent la première occasion pour les travailleurs de bâtir une solidarité qui contrevient aux rapports de concurrence auxquels ils sont autrement soumis au sein du capitalisme. Engels avait d’ailleurs rapporté en 1845 que « les associations […] sont la première tentative des ouvriers pour abolir la concurrence[48] ». Se distancier des coalitions et des grèves, c’est donc prendre sur le plan pratique ses distances d’une forme importante du développement réel des associations des travailleurs[49]. D’abord unis sur la question du salaire et des heures de travail, ceux-ci – et cela est d’autant plus vrai lorsqu’ils font face à une répression sévère – peuvent s’allier en tant que membres d’une même classe face au capital. Les luttes menées par les associations de travailleurs et travailleuses représentent potentiellement autant de phases dans le développement de leur conscience de classe, et participent de ce fait à la lutte des classes, qui « est une lutte politique[50] ».
L’étude du développement historique des demandes des ouvriers et ouvrières concernant le salaire et la limitation de la durée de la journée de travail révèle toutefois, comme dans toute lutte politique, la complexité et l’imprévisibilité des rapports de force concrets. Les Factory Acts, une série de lois adoptées en Angleterre dans la première moitié du XIXe siècle visant à réglementer les conditions de travail en industrie, témoignent en effet de plusieurs dynamiques concurrentes au sein de l’État britannique, pourtant dominé par « les capitalistes et landlords[51] ». Celui-ci craint la montée en puissance du mouvement ouvrier ; il a besoin de préserver la force de travail (comme marchandise) face à la tendance vorace du capital à toujours vouloir lui soutirer davantage de surtravail, au risque de son dépérissement ; et, enfin, il doit préserver un degré suffisant de santé publique pour que la population soit apte au service militaire. Plusieurs impératifs politiques et économiques s’entrecroisent donc et contribuent à faire de l’État un acteur intéressé à intervenir pour régir les conditions de travail. Des inspecteurs mandatés par le ministère de l’Intérieur témoigneront d’ailleurs des difficultés à faire respecter même un cadre réglementaire aussi minimal que celui des Factory Acts, signe du « degré de l’appétit capitaliste ». Marx utilise de nombreux extraits de leurs rapports d’inspection et d’articles de journaux dans le Capital, qui rendent immédiatement visibles la violence de l’exploitation et le caractère vital des demandes pour la limitation du temps de travail[52]. Les travaux d’Engels, lus par Marx, font également état de l’hostilité et de la violence qui caractérisent les rapports sociaux au sein de l’usine et qu’aucune illusion philanthropique ou pacifiste ne saurait cacher[53].
La résistance de la classe ouvrière face aux atteintes du capital, sans quoi « les travailleurs se dégraderaient, tomberaient au plus bas niveau pour ne plus former qu’une masse uniforme, écrasée, de malheureux, que rien ne pourrait arracher à sa misère[54] », est donc d’une grande importance. Les associations de travailleurs et travailleuses font œuvre utile lorsqu’elles luttent, quotidiennement, contre les empiétements du capital sur les conditions minimales d’existence. Elles feraient toutefois erreur en confondant la lutte sur les effets de l’exploitation capitaliste comme une lutte sur ses causes, en se contentant de « guerres d’escarmouches[55] » : seules la transformation du mode de production et l’abolition du salariat sauront définitivement mettre fin à la misère qui accable les travailleurs et travailleuses. Les trade-unions doivent « se servir de leurs forces organisées comme d’un levier pour affranchir définitivement la classe ouvrière, c’est-à-dire pour abolir le salariat[56] ». Comme le rappellent Marx et Engels dans leurs instructions aux délégués du conseil central de l’AIT (Association internationale des travailleurs) en 1866, la force des travailleurs repose sur leur nombre et leur unité. Les syndicats ont, en ce sens, un rôle à jouer dans la mission historique d’organisation de la classe ouvrière dans son combat pour abolir le salariat et le capital – mission qu’ils ne doivent pas oublier en se concentrant uniquement sur des luttes « locales » ou en se contentant de réagir aux attaques immédiates du capital. Les syndicats doivent plutôt œuvrer à l’émancipation de l’ensemble de la classe ouvrière[57].
Les interventions plus tardives de Marx révèlent ainsi un certain déplacement quant au rôle stratégique des associations ouvrières dans la transformation des rapports de production, tout spécialement lorsque ces dernières sont mises en relation avec le Parti communiste. Bien que la théorie du Parti communiste dans l’œuvre de Marx soit somme toute assez peu systématique, on en trouve une première version au sein des divers écrits de Marx et Engels dans les années 1840 – née en particulier de leur implication dans la Ligue des justes, devenue plus tard la Ligue des communistes. Tant dans Misère de la philosophie que dans le Manifeste s’exprime l’idée que les coalitions et les associations permanentes d’ouvriers et d’ouvrières constituent « [l’]organisation des prolétaires en classe, et [donc] en parti politique[58] ». Les partis ouvriers au sens large, c’est-à-dire le regroupement des coalitions et trade-unions en associations ouvrières (spécifiquement le chartisme anglais) sont d’abord conçus comme des partis de classe, dans la mesure où ils défendent les intérêts ouvriers, mais ils ne forment pas nécessairement des partis communistes. Les communistes constituent plutôt la « partie la plus résolue des partis ouvriers de tous les pays[59] » soit une organisation distincte, mais politiquement engagée dans les partis ouvriers[60]. Cette conception est appelée, d’après Jean Quétier, à se transformer : à partir des années 1860, la multiplication des partis ouvriers mène Marx et Engels à souhaiter plutôt leur transformation en partis communistes. Les organisations communistes ne sauraient désormais se constituer en force, possédant une doctrine spécifique, à côté du mouvement ouvrier. La relation entre syndicats et partis ouvriers est aussi clarifiée durant cette période. Les syndicats sont distincts des partis ouvriers, les premiers constituant le lien organique des seconds avec la classe ouvrière[61].
On constate donc une dimension plus volontariste de la conception qu’a d’abord défendue Marx du rôle du Parti communiste face aux associations et partis ouvriers, qui laissera ensuite place à une vision insistant sur les développements spontanés du mouvement ouvrier en tant que tel. L’Association internationale des travailleurs est en ce sens conçue en 1872 comme l’organisation « réelle et militante de la classe prolétaire dans tous les pays » qui laisse « l’élaboration théorique à l’impulsion donnée par les nécessités de la lutte pratique[62] ». Or, si le parti ne doit pas se substituer ou s’extraire des luttes ouvrières concrètes, Marx se montre à partir des années 1870 extrêmement sceptique de la capacité des trade-unions anglaises, pourtant à l’époque les syndicats les plus développés d’Europe, à faire preuve à eux seuls de suffisamment d’esprit révolutionnaire[63]. Le rôle d’une organisation politique comme l’AIT dans ce contexte est précisément d’insuffler aux travailleuses et travailleurs anglais le sens de la lutte politique « et accélérer ainsi le mouvement vraiment révolutionnaire dans ce pays, et en conséquence partout[64] ». Le retard politique de l’Angleterre est en effet marqué, alors qu’ailleurs en Europe des mouvements révolutionnaires font rage – pensons notamment au Printemps des peuples (1848) et à la Commune de Paris (1871). Ce retard politique, combiné à un grand avancement économique, témoigne de l’absence de détermination stricte entre développement des associations ouvrières et vigueur révolutionnaire.
Les grèves et les associations ouvrières sont ainsi liées au développement de l’industrie moderne, car celle-ci crée les conditions nécessaires à l’émergence d’une conscience de classe au sein du prolétariat, étape nécessaire à son émancipation. Pour Marx, les socialistes auraient donc tort de dédaigner ce mouvement. Toutefois, l’optimisme qu’on trouve dans Misère de la philosophie et le Manifeste – où l’association permanente des ouvriers a déjà « un caractère politique » et doit conduire à « la chute de l’ancienne société[65] » – est progressivement remis en question. Loin de contribuer automatiquement à la constitution du prolétariat en parti communiste, les trade-unions anglaises sont au contraire dénoncées par Marx en 1871 pour leur manque de vigueur[66]. Le rôle des organisations communistes est désormais de demeurer au plus près des développements pratiques des luttes ouvrières, d’en épouser le développement en leur insufflant une ardeur révolutionnaire, tout en évitant le sectarisme doctrinal[67].
Conclusion
Au contraire des socialistes « utopistes », il est évident pour Marx que seul le combat politique de la classe ouvrière comme moyen ayant pour fin la transformation économique et sociale est ultimement capable de parvenir à la destruction de l’antagonisme de classe[68]. Cet antagonisme, rendu patent dans une Angleterre au développement industriel avancé, s’accompagne de la croissance d’associations ouvrières qui sont à la fois nécessaires à l’obtention de gains matériels minimaux pour les travailleurs et travailleuses et une opportunité de progression dans la lutte politique. En s’inscrivant en faux contre des courants socialistes en vogue à l’époque sur la question des associations ouvrières et de leurs revendications, Marx commence dès les années 1840 à démystifier l’effet des grèves sur les salaires, les prix et la production, tout en se montrant un observateur prescient de l’importance des syndicats dans la lutte politique des travailleurs et travailleuses.
Les développements historiques subséquents révèlent néanmoins que les luttes des associations ouvrières ne sont pas, à elles seules, suffisantes pour garantir la radicalisation révolutionnaire de la classe ouvrière. Les associations de travailleurs et travailleuses et leurs luttes pour le salaire et la longueur de la journée de travail incarnent en effet l’une des nombreuses contradictions propres à la logique du capital : elles sont nécessaires pour préserver les conditions minimales d’accumulation, soit la reproduction et l’offre d’une force de travail, mais elles constituent aussi un rapport de force qui contrevient aux rapports habituels de concurrence et pourraient potentiellement s’attaquer aux causes de l’exploitation. Cette tension, latente chez Marx, entre le mouvement ouvrier et le mouvement révolutionnaire, sera au cœur des réflexions de la deuxième génération du marxisme classique, celle de Lénine, Luxemburg et Trotsky[69].
Par Isabelle Le Bourdais, doctorante en science politique à l’Université York et Olivier Dupuis, doctorant en science politique à l’Université d’Ottawa
- Stéphane Sirot, La grève en France. Une histoire sociale (XIXe-XXe siècle), Paris, Odile Jacob, 2002, p. 24. ↑
- François Bédarida, « Le socialisme en Angleterre jusqu’en 1848 », dans Jacques Droz (dir.), Histoire générale du socialisme. Tome 1, Paris, Presses Universitaires de France, 1979, p. 311-312. ↑
- Simon Hupfel, « The Economists and the Combination Laws : A Reappraisal », Journal of the History of Economic Thought, vol. 44, no 1, mars 2022, p. 76. ↑
- Karl Marx et Friedrich Engels, Manifeste du parti communiste, trad. Émile Bottigelli, Paris, Flammarion, 1998 [1848], p. 113. ↑
- Cité par Bédarida, 1979, op. cit., p. 277. ↑
- Jean Bruhat, « Le socialisme français de 1815 à 1848 », dans Droz, 1979, op. cit., p. 344 et 357. ↑
- Michaël Löwy, La Théorie de la révolution chez le jeune Marx, Paris, Maspero, 1970, p. 25-26. ↑
- Iéna est une ville allemande rendue célèbre par la victoire de Napoléon sur les troupes prussiennes le 13 octobre 1806. ↑
- George Douglas Howard Cole, The Life of Robert Owen, Londres, Routledge, 2018 [1925], p. 254-255. ↑
- Bédarida, 1979, op. cit., p. 318. ↑
- Cole, 2018, op. cit., p. 284-285. ↑
- Ibid., p. 287-288. ↑
- Le communiste Théodore Dézamy affirme ainsi que « [c]’est une erreur capitale de croire que le concours de la bourgeoisie soit indispensable au triomphe de la communauté » et met en garde les prolétaires qui ont été mille fois « trahis, vendus, livrés, calomniés, torturés et bafoués par de prétendus sauveurs ! » Pour autant, il ne fait pas moins de l’éducation la clef de voûte de l’émancipation. Michael Löwy, 1970, op. cit., p. 86-87. ↑
- Pierre-Joseph Proudhon, Système des contradictions économiques ou Philosophie de la misère, tome 2, Paris, Guillaumin, 1846, p. 396. ↑
- Ibid. ↑
- Pierre-Joseph Proudhon, Philosophie de la misère, tome 1, Paris, Guillaumin, 1846, p. III. ↑
- Proudhon, Philosophie de la misère, tome 2, op. cit., p. 530. ↑
- Ibid., p. 521. ↑
- Proudhon, Philosophie de la misère, tome 1, op. cit., p. 111. ↑
- Pierre-Joseph Proudhon, De la capacité politique des classes ouvrières, Paris, E. Dentu, 1865, p. 419 et 421. ↑
- Ibid., p. 422. ↑
- Ibid., p. 431. ↑
- Hupfel, 2023, op. cit., p. 84. ↑
- Marx, Misère de la philosophie, Paris, Éditions sociales, 1961 [1847], p. 175. ↑
- Jean Quétier, Théoriser le communisme dans les organisations ouvrières. Le travail de parti de Karl Marx, thèse de doctorat en philosophie, Strasbourg, Université de Strasbourg, 2021, p. 82. ↑
- Hupfel, 2023, op. cit., p. 78. ↑
- Marx, Misère de la philosophie, op. cit., p. 176. ↑
- Ibid., p. 176. ↑
- Ibid., p. 172. ↑
- Jean Quétier, Le travail de parti de Marx. Intervenir dans les organisations ouvrières, Paris, Éditions de la Sorbonne, 2023, p. 158. ↑
- Karl Marx, « Avant-propos », Salaire, prix, profits (1865), Genève, éditions Entremonde, 2010. ↑
- Ibid. ↑
- Idée défendue par Karl Marx dans Misère de la philosophie et dans Salaire prix profits. ↑
- Friedrich Engels, La situation de la classe laborieuse en Angleterre, Paris, Éditions sociales, 2021 [1845], p. 272. ↑
- Marx, Salaires, prix, profits, op. cit., p. 33. ↑
- Karl Marx, Le Capital, Livre 1, Paris, Presses Universitaires de France, 1993 [1867], p. 260. ↑
- Ibid., et David Harvey, Pour lire le Capital, Montreuil, La Ville brûle, 2024, p. 154. ↑
- Marx, Le Capital, op. cit., p. 296. ↑
- Harvey, 2024, op. cit., p. 174. ↑
- Ibid., p. 175. ↑
- Quétier, 2021, op. cit., p. 82. ↑
- Löwy, 1970, op. cit. ↑
- Proudhon abandonnera sa foi dans le caractère révolutionnaire de la Providence lors de la Révolution de 1848. ↑
- Marx, Misère de la philosophie, op. cit., p. 128. ↑
- « Les révolutions sont les locomotives de l’histoire. » Karl Marx, Les luttes de classes en France (1848-1850), 1850. ↑
- Marx, Misère de la philosophie, op. cit., p. 178. ↑
- Mouvement social et politique ouvrier anglais (1838-1848). Né sous l’impulsion de la London Working Men’s Association (LWMA), le chartisme réclame entres autres le suffrage universel masculin et l’abandon de la propriété comme critère d’éligibilité électorale. ↑
- Engels, 2021, op. cit., p. 274. ↑
- Quétier, 2021, op. cit., p. 82. ↑
- Marx, Misère de la philosophie, op. cit., p. 178. ↑
- Marx, Le Capital, op. cit., p. 267. ↑
- Voir par exemple cet extrait particulièrement frappant du London Daily Telegraph du 14 janvier 1860 : « À 2, 3, 4 heures du matin, des enfants de 9 à 10 ans sont arrachés à leurs lits de misère et forcés, uniquement pour survivre, de travailler jusqu’à 10, 11 heures du soir ou minuit, cependant que leurs membres dépérissent, que leur silhouette se recroqueville, que leurs traits s’altèrent et que toute leur apparence humaine se fige en une torpeur de pierre dont la simple vue est terrifiante ». Karl Marx, Le Capital, op. cit., p. 272. ↑
- Engels, 2021, op. cit. ↑
- Marx, Salaire, prix, profit, op. cit., p. 93. ↑
- Ibid., p. 95. ↑
- Ibid. ↑
- Karl Marx et Friedrich Engels, Formation de l’Internationale. Instructions pour les délégués du Conseil central provisoire de l’A.I.T. sur les différentes questions à débattre au Congrès de Genève (3-8 septembre 1866). ↑
- Marx et Engels, Manifeste du parti communiste, op. cit., p. 85. ↑
- Ibid., p. 91. ↑
- Jean Quétier, « Parti communiste ou parti de classe ? Marx et ses deux théories du parti », Actuel Marx, n° 70 (2), 2021, p. 133-148, et Maximilien Rubel, « Remarques sur le concept de parti prolétarien chez Marx », Revue française de sociologie, vol. 2, n° 3, 1961, p. 166-176. ↑
- Jean Quétier, « Introduction », dans Karl Marx. Sur le parti révolutionnaire, Paris, Éditions sociales, 2023, p. 53. ↑
- Karl Marx et Friedrich Engels, Les prétendues scissions dans l’Internationale (1872). ↑
- Quétier, « Introduction », 2023, op. cit., p. 57. ↑
- Karl Marx et Friedrich Engels, , 1870. ↑
- Marx, Misère de la philosophie, op. cit., p. 177-178. ↑
- Quétier, « Introduction », 2023, op. cit., p. 57. ↑
- Quétier, « Parti communiste ou parti de classe ? », 2021, op. cit. ↑
- Voir notamment Isabelle Garo, Marx et l’invention historique, Paris, Éditions Syllepse, 2012. ↑
- Perry Anderson, Sur le marxisme occidental, Paris, Maspero, 1977 [1976], p. 21. ↑





