Ramallah - PALESTINE

Un jour avant le Forum mondial sur l’éducation

Par Mis en ligne le 27 octobre 2010

Demain s’ouvre le Forum mon­dial de l’éducation en Palestine occu­pée. Des acti­vi­tés ont lieu dans plu­sieurs villes dans la bande de Gaza, en Cisjordanie, à Jérusalem-Est, parmi les Palestiniens vivant dans l’État d’Israël et même avec les réfu­giés du Liban. C’est une ini­tia­tive sans pré­cé­dent qu’il faudra regar­der de près pour en éva­luer la portée et l’impact. Entre-temps, la situa­tion en Palestine aujourd’hui est lourde de ten­sions.

Arrogance et brutalité

Partout, on peut sentir la colère popu­laire contre la pau­vreté, l’humiliation, ainsi que l’incroyable arro­gance de l’armée d’occupation israé­lienne et des colons ultra mili­ta­ri­sés qui qua­drillent les ter­ri­toires occu­pés. Durant les der­niers jours, des colons ont mul­ti­plié leurs agres­sions contre des pay­sans pales­ti­niens qui s’apprêtent à faire la révolte des olives, qui reste une des très rares occu­pa­tions lucra­tives. Des cen­taines d’arbres ont été détruits, les colons bous­cu­lant, frap­pant, détrui­sant des mai­sons et des véhi­cules à gauche et à droite. Les mili­taires israé­liens sont là à regar­der cela en rica­nant. Entre-temps, les pri­sons israé­liennes débordent de déte­nus (sans procès ni accu­sa­tion) pales­ti­niens. Chaque jour qui passe apporte son lot de bru­ta­li­tés. Devant cela, toutes les illu­sions sur le pro­ces­sus dit de « paix » se sont éva­nouies en fumée, même parmi les défen­seurs les plus achar­nés d’un accom­mo­de­ment avec Israël.

Attente et angoisse

Les Palestiniens sont dépri­més ces jours-ci, d’une part devant la bru­ta­lité d’une occu­pa­tion qui opère dans une totale impu­nité au niveau inter­na­tio­nal, d’autre part devant les insuf­fi­sances de leur direc­tion his­to­rique incar­née par le mou­ve­ment Fatah. Ce mou­ve­ment qui domine l’espace poli­tique pales­ti­nien depuis long­temps est aujourd’hui confronté au fait qu’il « gère l’occupation ». Les Israéliens et leurs sup­por­teurs états-uniens et cana­diens ont confiné la direc­tion pales­ti­nienne, dont le Premier Ministre Mahmoud Abbas dans une mis­sion impos­sible, qui est de s’occuper des écoles et des hôpi­taux, sans avoir aucun contrôle sur les res­sources, l’économie, les fron­tières, etc. L’aide inter­na­tio­nale « géné­reu­se­ment » offerte aux Palestiniens sert à éviter la famine, mais ne fait rien pour enrayer la pau­vreté et le chô­mage qui sont le lot de la majo­rité de la popu­la­tion. Également, le Premier Ministre Abbas s’est vu confier l’autre dos­sier peu relui­sant de poli­cer sa propre popu­la­tion et de l’empêcher de résis­ter. Sous le contrôle d’un géné­ral états-unien (Keith Dayton), la police pales­ti­nienne commet des abus de droits et détient des gens sans accu­sa­tion ni procès, comme cela est la « norme » du côté israé­lien. Une petite élite pales­ti­nienne s’enrichit grâce à cette « aide » qui sert davan­tage à sécu­ri­ser le statu quo qu’à donner aux Palestiniens de réels moyens pour se déve­lop­per.

Une crise sourde du côté israélien

Maigre conso­la­tion pour les Palestiniens, l’État et la société israé­lienne sont éga­le­ment dans une crise larvée. Certes, l’économie israé­lienne ne peut être com­pa­rée avec les condi­tions de « quart monde » qui sévissent en Palestine. Mais l’impact de la crise finan­cière et des déboires des États-Unis se fait rude­ment sentir, tant est pro­fonde la dépen­dance d’Israël envers les États-Unis. Il y a aussi une crise morale et poli­tique, au moment où les fac­tions poli­tiques glissent de plus en plus vers l’extrême droite et les ultra­re­li­gieux avec un gou­ver­ne­ment dirigé par un aven­tu­rier que la plu­part qua­li­fient de très médiocre, le dénommé Benjamin Netanyahu. Plusieurs jeunes israé­liens, bran­chés sur leur face­book, ne rêvent qu’à partir en Californie ou à Toronto pour échap­per à ces « barbus » qui veulent contrô­ler la vie des gens.

Les États-Unis faibles de leur puissance

On l’a dit aupa­ra­vant, les États-Unis sont l’éléphant dans le salon. Ils ont appuyé Israël depuis long­temps, sur­tout à l’époque où il fal­lait détruire le natio­na­lisme arabe (en Palestine et ailleurs) et blo­quer l’URSS. Plus tard dans les années 1990, Bush père et fils ont voulu impo­ser la « réin­gé­nie­rie » du Moyen-Orient, pour sécu­ri­ser leur contrôle sur les res­sources éner­gé­tiques, impo­ser aux puis­sances émer­gentes (comme la Chine) une pré­sence mili­taire per­ma­nente et réduire l’opposition des peuples. Les Palestiniens, comme les Irakiens et bien d’autre sont été les vic­times de ce projet. Mais aujourd’hui les États-Unis ont perdu leur arro­gance. Leurs défaites en Irak et en Afghanistan les laissent expo­sés. Les géné­raux états-uniens, qui ne sont pas des paci­fistes, s’opposent à de nou­velles aven­tures mili­taires car ils craignent des échecs encore plus graves contre l’Iran, notam­ment. Dans le contexte pales­ti­nien et israé­lien actuel, Washington s’avère inca­pable de trou­ver un « com­pro­mis accep­table», qui impo­se­rait aux Palestiniens de gérer leurs ban­tous­tans, et qui satis­fe­rait l’ultra droite israé­lienne qui rêve de repar­tir en guerre en pro­fi­tant d’un éven­tuel come-back des néo­con­ser­va­teurs états-uniens (pos­sible selon les der­niers son­dages concer­nant les élec­tions au Congrès).

Le facteur « P »

Reste un très gros fac­teur qui a déjoué bien des stra­té­gies et des ana­lyses dans le passé. Le peuple pales­ti­nien en effet, est un peuple de résis­tants. Plusieurs défaites ont marqué son his­toire depuis la colo­ni­sa­tion des ter­ri­toires en 1948 et en 1967, mais à chaque fois, de nou­velles géné­ra­tions se sont levées pour porter l’étendard de la lutte. Dans les années 1980 notam­ment, un grand mou­ve­ment popu­laire, l’Intifada, avait mis à mal l’occupation. Aujourd’hui les condi­tions sont plus dures, d’autant plus que beau­coup de gens n’ont plus confiance dans la direc­tion pales­ti­nienne actuelle. Plusieurs sont tentés par Hamas, un mou­ve­ment natio­na­liste et isla­miste qui a l’avantage de bien paraître à côté de l’Autorité pales­ti­nienne dont les pra­tiques sont cri­ti­quées, notam­ment au niveau de la cor­rup­tion. Pour ceux et celles qui regardent ailleurs, il y a une nou­velle géné­ra­tion de mou­ve­ments popu­laires et de pro­jets de gauche, notam­ment celui de Mustafa Barghouti qui pro­pose une « troi­sième voie » entre l’ancienne OLP fati­guée et à bout d’idées et Hamas, dans le sens d’un projet démo­cra­tique et inclu­sif. De tels pro­jets convergent dans diverses ini­tia­tives comme celles du Forum social. Pour les Palestiniens de toute allé­geance, c’est une dis­cus­sion pour penser et parler « à cœur ouvert ». La thé­ma­tique de l’éducation, qui touche à tous les aspects de la société tant dans ses dimen­sions poli­tiques, éco­no­miques, sociales, cultu­relles, ouvre la porte à des réflexions en pro­fon­deur : com­ment mieux s’organiser pour résis­ter au projet colo­nial ? Comment démo­cra­ti­ser la société pales­ti­nienne et lais­ser plus de place aux jeunes et aux femmes, notam­ment ? Comment rêver et sortir des visions étroi­te­ment capi­ta­listes qui veulent trans­for­mer les gens et les nou­velles géné­ra­tions en « machines » à pro­duire et à consom­mer ?

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