Qui veut détruire la Grèce ?

Mis en ligne le 31 mai 2010

Qui veut détruire la Grèce ?

par Míkis Theodorákis*

Le com­po­si­teur et ancien ministre grec Míkis Theodorákis ne croit pas que son pays soit res­pon­sable du mal­heur finan­cier qui l’accable. Il décèle der­rière cette crise la main de Washington et dénonce le rôle du FMI.

4 MAI 2010

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Athènes (Grèce)

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Pays

Grèce

Thèmes

Globalisation éco­no­mique

EuCom : Contrôle de l’Europe

Míkis Theodorákis

Le com­po­si­teur et ancien ministre grec Míkis Theodorákis ne croit pas que son pays soit res­pon­sable du mal­heur finan­cier qui l’accable. Il décèle der­rière cette crise la main de Washington et dénonce le rôle du FMI.

Avec le sens commun dont je dis­pose, je ne peux pas expli­quer et encore moins jus­ti­fier la vitesse à laquelle notre pays a dégrin­golé à partir de 2009, au point de faire appel au FMI, per­dant ainsi une partie de sa sou­ve­rai­neté natio­nale et pas­sant à un régime de tutelle. Et il est curieux que per­sonne jusqu’à pré­sent ne soit occupé du plus simple, c’est-à-dire de notre par­cours éco­no­mique avec chiffres et docu­ments, de manière à ce que, nous igno­rants, com­pre­nions les causes réelles de cette évo­lu­tion ver­ti­gi­neuse et sans pré­cé­dent, qui a comme résul­tat la perte de notre iden­tité natio­nale accom­pa­gnée de l’humiliation internationale.

J’entends parler d’une dette de 360 mil­liards, alors qu’en même temps je vois les mêmes dettes, voire de plus grandes, dans de nom­breux autres pays. Par consé­quent, celle-là ne peut pas être la cause essen­tielle du mal­heur. Ce qui me pose pro­blème éga­le­ment, c’est l’exagération des coups inter­na­tio­naux dont notre pays est la cible, d’une telle coor­di­na­tion quasi-par­faite contre un pays d’une éco­no­mie insi­gni­fiante, ce qui finit par être sus­pect. Ainsi suis-je conduit à la conclu­sion que quelques uns nous ont culpa­bi­lisé et nous ont fait peur, de manière à nous conduire au FMI, qui consti­tue un fac­teur essen­tiel dans la poli­tique expan­sion­niste des Etats-Unis et tout le reste concer­nant la soli­da­rité euro­péenne est de la poudre aux yeux, pour cacher qu’il s’agit d’une ini­tia­tive pure­ment états-unienne, pour nous jeter dans une crise éco­no­mique arti­fi­cielle, de manière à ce que notre peuple ait peur, qu’il s’apprivoise, qu’il perde des conquêtes pré­cieuses et enfin qu’il se mette à genoux, une fois accep­tée la domi­na­tion étran­gère. Mais pour­quoi ? Pour servir quels plans et quels objectifs ?

Bien que j’aie été et reste par­ti­san de l’amitié gréco-turque, néan­moins je dois dire que je crains ce ren­for­ce­ment sou­dain des rela­tions gou­ver­ne­men­tales, et les contacts pré­ci­pi­tés entre ministres et autres acteurs, les dépla­ce­ments récents à Chypre et la pro­chaine visite d’Erdogan. Je soup­çonne que der­rière tout ça se cache la poli­tique états-unienne avec ses pro­jets sus­pects, qui concernent notre espace géo­gra­phique, l’existence de gise­ments sous-marins, le régime de Chypre, la mer Egée, nos voi­sins du nord et l’attitude arro­gante de la Turquie, le seul obs­tacle étant la méfiance et l’opposition du peuple grec.

Tous, autour de nous, peu ou prou, sont atta­chés au char des Etats-Unis. La seule dif­fé­rence c’est nous, qui depuis la dic­ta­ture de la Junte et la perte de 40% de Chypre jusqu’aux embar­ras­santes polé­miques avec Skopje (Ancienne République Yougoslave de Macédoine) et les ultra natio­na­listes Albanais, nous rece­vons des coups sans prendre conscience.

Il fau­drait ainsi que nous soyons éli­mi­nés en tant que peuple et c’est ce qui arrive exac­te­ment aujourd’hui. J’appelle les éco­no­mistes, les poli­ti­ciens, les ana­lystes, à me démen­tir. Je crois qu’il n’existe pas d’autre expli­ca­tion logique en dépit du com­plot inter­na­tio­nal, auquel ont par­ti­cipé les euro­péens pro-US du type Merkel, la Banque Européenne, la presse réac­tion­naire inter­na­tio­nale, tous ensemble ont par­ti­cipé au ” grand coup ” de la déva­lo­ri­sa­tion d’un peuple libre à un peuple soumis. Tout au moins, je ne peux donner aucune autre expli­ca­tion. Je recon­nais que je n’ai pas de connais­sances spé­ci­fiques mais ce que je dis, je le dis avec mon sens commun. Peut-être beau­coup d’autres pensent comme moi et nous le ver­rons peut-être les jours à venir.

En tout cas, je vou­drais pré­pa­rer l’opinion publique et sou­li­gner que si mon ana­lyse est juste, alors la crise éco­no­mique (laquelle, comme je le dis, nous a été impo­sée) n’est que le pre­mier verre amer d’un repas de Lucullus qui suivra et que cette fois-ci vien­dront aussi des ques­tions natio­nales cru­ciales, dont je ne veux pas ima­gi­ner où elles nous conduiront.

Je sou­haite avoir tort.

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