Puissances du « communisme »

Par Mis en ligne le 15 avril 2012

Entre deux droits, celui des pro­prié­taires à s’approprier les biens com­muns, et celui des dépos­sé­dés à l’existence, « c’est la force qui tranche », dit Marx. Toute l’histoire moderne de la lutte des classes est l’histoire de ce conflit. Il se résout par l’émergence d’une légi­ti­mité oppo­sable à la léga­lité des domi­nants. Comme « forme poli­tique enfin trou­vée de l’émancipation », comme « abo­li­tion » du pou­voir d’Etat, comme accom­plis­se­ment de la République sociale, la Commune illustre l’émergence de cette légi­ti­mité nou­velle. Son expé­rience a ins­piré les formes d’auto-organisation et d’autogestion popu­laires appa­rues dans les crises révo­lu­tion­naires : conseils ouvriers, soviets, comi­tés de milices, cor­dons indus­triels, asso­cia­tions de voi­sins, com­munes agraires, qui tendent à dépro­fes­sio­na­li­ser la poli­tique, à modi­fier la divi­sion sociale du tra­vail, à créer les condi­tions du dépé­ris­se­ment de l’Etat en tant que corps bureau­cra­tique séparé.

Le Manifeste conçoit le com­mu­nisme comme « une asso­cia­tion où le libre déve­lop­pe­ment de chacun est la condi­tion du libre déve­lop­pe­ment de tous ». Il appa­raît ainsi comme la maxime d’un libre épa­nouis­se­ment indi­vi­duel qu’on ne sau­rait confondre, ni avec les mirages d’un indi­vi­dua­lisme sans indi­vi­dua­lité soumis au confor­misme publi­ci­taire, ni avec l’égalitarisme gros­sier d’un socia­lisme de caserne. Le déve­lop­pe­ment des besoins et des capa­ci­tés sin­gu­liers de chacun et de cha­cune contri­bue au déve­lop­pe­ment uni­ver­sel de l’espèce humaine. Réciproquement, le libre déve­lop­pe­ment de chacun et de cha­cune implique le libre déve­lop­pe­ment de tous, car l’émancipation n’est pas un plai­sir soli­taire.

Le com­mu­nisme n’est pas une idée pure, ni un modèle doc­tri­naire de société. Il n’est pas le nom d’un régime éta­tique, ni celui d’un nou­veau mode de pro­duc­tion. Il est celui du mou­ve­ment qui, en per­ma­nence, dépasse/​supprime l’ordre établi. Mais il est aussi le but qui, surgi de ce mou­ve­ment, l’oriente et permet, à l’encontre des poli­tiques sans prin­cipe, des actions sans suites, des impro­vi­sa­tions au jour le jour, de déter­mi­ner ce qui rap­proche du but et ce qui en éloigne. A ce titre, il est, non pas une connais­sance scien­ti­fique du but et du chemin, mais une hypo­thèse stra­té­gique régu­la­trice. Il nomme, indis­so­cia­ble­ment le rêve irré­duc­tible d’un autre monde de jus­tice, d’égalité et de soli­da­rité ; le mou­ve­ment per­ma­nent qui vise à ren­ver­ser l’ordre exis­tant à l’époque du capi­ta­lisme ; et l’hypothèse qui oriente ce mou­ve­ment vers un chan­ge­ment radi­cal des rap­ports de pro­priété et de pou­voir, à dis­tance des accom­mo­de­ments avec un moindre mal qui serait le plus court chemin vers le pire.

Extraits d’un texte publié par la revue Contretemps

Une réponse à “Puissances du « communisme »”

  1. canobs dit :

    _​_​Prouvant que la loi de Sarkar (ins­pi­ree d,Aristote) sur les cycles sociaux s,appliquera tou­jours etant, ALTERNATIVEMENT au pou­voir. Les INTELLECTUELS (reli­gieux ou autres) Les MILITAIRES (loi et ordre) Les OUVRIERS (syn­di­cats socia­listes com­mu­nistes) et Les ACCUMULATEURS (oli­gar­chie finan­ciere actuelle, ban­quiers)