Mouvements, réseaux, alliances

Par Mis en ligne le 15 avril 2012

Au-delà des résis­tances et dans le cours des luttes cepen­dant, de nou­velles pro­po­si­tions sont appa­rues sur la scène ces der­nières années, notam­ment grâce à des coa­li­tions inédites impli­quant des mou­ve­ments sociaux « anciens » et « nou­veaux ». Ces coa­li­tions se sont de plus en plus déployées comme autant de contre-pou­voirs, en capi­la­ri­sant leurs struc­tures, essen­tiel­le­ment sous la forme « réseaux ». De tout cela ont émergé de vastes alliances ou des « réseaux de réseaux », dont le plus impor­tant est le Forum social mon­dial (FSM), qui « brassent brassent en un savant désordre les com­po­santes des dif­fé­rents seg­ments de réseaux qui se réclament du « mou­ve­ment alter­mon­dia­liste »[1]. (Christophe Aguiton, Le Forum et le Réseau, 2006)

Ces nou­velles confi­gu­ra­tions sociales poli­ti­sées se sont jetées dans un nombre incal­cu­lable de batailles, de manœuvres défen­sives, de blo­cages, en refu­sant sou­vent (mais pas tou­jours) de se subor­don­ner à des agen­das poli­tiques. Par contre, sur­tout en Amérique du Sud, elles se sont déployées en force d’appui élec­to­ral aux pro­jets poli­tiques de centre-gauche ou de gauche. Mais contrai­re­ment aux expé­riences pré­cé­dentes des coa­li­tions, les alliances des der­nières années entre mou­ve­ments sociaux et partis de gauche ont été construite sur la base de l’’autonomie des mou­ve­ments, et non de leur subor­di­na­tion. En effet, les mou­ve­ments divers, notam­ment ceux mis en place par les classes et groupes subal­ternes (chô­meurs, autoch­tones, réfu­giés, pay­sans sans-terre) se sont inves­tis dans la lutte poli­tique tout en pré­ser­vant leurs capa­ci­tés de pro­po­ser et de résis­ter sur leurs propres bases. Autre trait mar­quant des nou­velles coa­li­tions, on note l’horizontalité (dans le pro­ces­sus de prise de déci­sion), l’action « posi­tive » en faveur de ceux qui sont géné­ra­le­ment mar­gi­na­li­sés dans les mou­ve­ments (femmes, jeunes, immi­grants, autoch­tones, pay­sans), l’élaboration de nou­veaux méca­nismes de coor­di­na­tion et d’information, etc.

Et ainsi, dans ce contexte, les réseaux ont acquis une impor­tance inédite, non seule­ment comme vec­teurs de la mobi­li­sa­tion popu­laire, mais éga­le­ment comme por­teurs d’une autre utopie qu’ils sont encore en train à des degrés divers de construire. Sur le plan métho­do­lo­gique, le socio­logue por­tu­gais Boaventura Santos (Santos 2006) parle ainsi d’une « socio­lo­gie des émer­gences », qui valo­rise la recherche, l’expérimentation et le dia­logue entre plu­sieurs pro­jets, plu­sieurs pers­pec­tives, sans exclu­sion ni hié­rar­chie.



[1] Christophe Aguiton (Laboratoire de socio­lo­gie des usages, FT R&D) et Dominique Cardon (Laboratoire de socio­lo­gie des usages, FT R&D, CEMS/EHESS),  Le Forum et le Réseau. Une ana­lyse des modes de gou­ver­ne­ment des forums sociaux, Communication pour le col­loque « Cultures et pra­tiques par­ti­ci­pa­tives : une pers­pec­tive com­pa­ra­tive » – LAIOS/AFSP.

2006.

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