Mouvements, réseaux, alliances

Au-delà des résistances et dans le cours des luttes cependant, de nouvelles propositions sont apparues sur la scène ces dernières années, notamment grâce à des coalitions inédites impliquant des mouvements sociaux «anciens» et «nouveaux». Ces coalitions se sont de plus en plus déployées comme autant de contre-pouvoirs, en capilarisant leurs structures, essentiellement sous la forme «réseaux». De tout cela ont émergé de vastes alliances ou des «réseaux de réseaux», dont le plus important est le Forum social mondial (FSM), qui « brassent brassent en un savant désordre les composantes des différents segments de réseaux qui se réclament du « mouvement altermondialiste »[1]. (Christophe Aguiton, Le Forum et le Réseau, 2006)

Ces nouvelles configurations sociales politisées se sont jetées dans un nombre incalculable de batailles, de manœuvres défensives, de blocages, en refusant souvent (mais pas toujours) de se subordonner à des agendas politiques. Par contre, surtout en Amérique du Sud, elles se sont déployées en force d’appui électoral aux projets politiques de centre-gauche ou de gauche. Mais contrairement aux expériences précédentes des coalitions, les alliances des dernières années entre mouvements sociaux et partis de gauche ont été construite sur la base de l’’autonomie des mouvements, et non de leur subordination. En effet, les mouvements divers, notamment ceux mis en place par les classes et groupes subalternes (chômeurs, autochtones, réfugiés, paysans sans-terre) se sont investis dans la lutte politique tout en préservant leurs capacités de proposer et de résister sur leurs propres bases. Autre trait marquant des nouvelles coalitions, on note l’horizontalité (dans le processus de prise de décision), l’action «positive» en faveur de ceux qui sont généralement marginalisés dans les mouvements (femmes, jeunes, immigrants, autochtones, paysans), l’élaboration de nouveaux mécanismes de coordination et d’information, etc.

Et ainsi, dans ce contexte, les réseaux ont acquis une importance inédite, non seulement comme vecteurs de la mobilisation populaire, mais également comme porteurs d’une autre utopie qu’ils sont encore en train à des degrés divers de construire. Sur le plan méthodologique, le sociologue portugais Boaventura Santos (Santos 2006) parle ainsi d’une «sociologie des émergences», qui valorise la recherche, l’expérimentation et le dialogue entre plusieurs projets, plusieurs perspectives, sans exclusion ni hiérarchie.

 



[1] Christophe Aguiton (Laboratoire de sociologie des usages, FT R&D) et  Dominique Cardon  (Laboratoire de sociologie des usages, FT R&D, CEMS/EHESS),  Le Forum et le Réseau. Une analyse des modes de gouvernement des forums sociaux, Communication pour le colloque « Cultures et pratiques participatives : une perspective comparative » – LAIOS/AFSP.

2006.