Face au défi de la farce démocratique, inventer la démocratie de demain

Par Mis en ligne le 17 juillet 2011

Au regard de ce qu’il appelle la « farce démo­cra­tique », Samir Amin sou­lève une ques­tion essen­tielle : « Renoncer à l’élection ? » La réponse est néga­tive mais induit une nou­velle inter­ro­ga­tion : « Comment asso­cier des formes de démo­cra­ti­sa­tion nou­velles, riches, inven­tives, per­met­tant de faire de l’élection un usage autre que celui que les forces conser­va­trices conçoivent ? » Pour Amin, tel est le défi. [NDLR]

Le suf­frage uni­ver­sel est une conquête récente, amor­cée par les luttes des tra­vailleurs au 19e siècle dans quelques pays euro­péens (l’Angleterre, la France, les Pays Bas, la Belgique), puis pro­gres­si­ve­ment éten­due au monde entier. Aujourd’hui il va s’en dire, par­tout sur la pla­nète, que la reven­di­ca­tion du pou­voir suprême délé­gué à une Assemblée élue, cor­rec­te­ment, sur une base plu­ri­par­tite – que cette Assemblée soit légis­la­tive ou consti­tu­tion­nelle selon les cir­cons­tances – défi­nit l’aspiration démo­cra­tique et, ajou­te­rai-je, en assure la réa­li­sa­tion, prétend-on.

Marx lui-même avait placé de grands espoirs dans ce suf­frage uni­ver­sel, « voie paci­fique pos­sible vers le socia­lisme ». J’ai écrit que sur ce point les attentes de Marx ont été démen­ties par l’histoire (cf. Marx et la démocratie).

Je crois que la raison de cet échec de la démo­cra­tie élec­to­rale n’est pas dif­fi­cile à décou­vrir : toutes les socié­tés, jusqu’à ce jour sont fon­dées sur un sys­tème double d’exploitation du tra­vail (quelles qu’en soient les formes) et de concen­tra­tion du pou­voir d’Etat au béné­fice de la classe diri­geante. Cette réa­lité fon­da­men­tale pro­duit une rela­tive « dépo­li­ti­sa­tion-décul­tu­ra­tion » de très larges seg­ments de la société. Et cette pro­duc­tion, lar­ge­ment conçue et mise en œuvre pour rem­plir la fonc­tion sys­té­ma­tique atten­due d’elle, est simul­ta­né­ment la condi­tion de repro­duc­tion du sys­tème, sans chan­ge­ments « autres que ceux qu’il peut contrô­ler et absor­ber, la condi­tion de sa sta­bi­lité. Ce que l’on défi­nit comme « le pays pro­fond », c’est-à-dire le pays pro­fon­dé­ment endormi. L’élection au suf­frage uni­ver­sel, dans ces condi­tions, est une garan­tie pour la vic­toire assu­rée du conser­va­tisme (fut-il réformateur).

C’est pour­quoi il n’y a jamais eu de chan­ge­ment dans l’histoire qui ait été pro­duit par ce mode de ges­tion fondé sur le « consen­sus » (de non chan­ge­ment). Tous les chan­ge­ments ayant une portée trans­for­ma­trice réelle de la société, même les réformes (radi­cales) ont tou­jours été le pro­duit de luttes, conduites par ce qui peut appa­raître en termes élec­to­raux comme des « mino­ri­tés ». Sans l’initiative de ces mino­ri­tés qui consti­tuent l’élément moteur dans la société, pas de chan­ge­ment pos­sible. Les luttes en ques­tion, enga­gées de la sorte, finissent tou­jours – quand les alter­na­tives qu’elles pro­posent sont clai­re­ment et cor­rec­te­ment défi­nies – par entraî­ner les « majo­ri­tés » (silen­cieuses au départ), voire être ensuite enté­ri­nées par le suf­frage uni­ver­sel, qui vient après – non avant – la victoire.

Dans notre monde contem­po­rain, le « consen­sus » (dont le suf­frage uni­ver­sel défi­nit les fron­tières) est plus conser­va­teur que jamais. Dans les centres du sys­tème mon­dial ce consen­sus est pro-impé­ria­liste. Non pas au sens qu’il implique néces­sai­re­ment la haine ou le mépris des autres peuples qui sont ses vic­times, mais au sens plus banal que la per­ma­nence de la ponc­tion de la rente impé­ria­liste est accep­tée, parce qu’elle est la condi­tion de repro­duc­tion de la société dans son ensemble, la garan­tie de son « opu­lence » fai­sant contraste avec la misère des autres. Dans les péri­phé­ries, les réponses des peuples au défi (à la pau­pé­ri­sa­tion pro­duite par le déploie­ment de l’accumulation capitaliste/​impérialiste) res­tent confuses, dans ce sens qu’elles véhi­culent tou­jours une dose d’illusions pas­séistes fatales.

Dans ces condi­tions le recours à « l’élection » est tou­jours conçu par les pou­voirs domi­nants comme le moyen par excel­lence de frei­ner le mou­ve­ment, de mettre un terme au poten­tiel de radi­ca­li­sa­tion des luttes. « Elections, piège à cons » disaient quelques uns en 1968, non sans avoir été confir­més dans les faits. Vite, une Assemblée élue, aujourd’hui en Tunisie et en Egypte, pour mettre un terme au « désordre », sta­bi­li­ser. Changer tout pour ne rien changer

Alors ? Renoncer à l’élection ? Non. Mais com­ment asso­cier des formes de démo­cra­ti­sa­tion nou­velles, riches, inven­tives, per­met­tant de faire de l’élection un usage autre que celui que les forces conser­va­trices conçoivent. Tel est le défi.

Le décor théatral de la farce démocratique

Ce décor théâ­tral a été inventé par les pères fon­da­teurs des Etats-Unis, dans l’intention expri­mée avec une luci­dité par­faite d’éviter que la démo­cra­tie élec­to­rale ne devienne un ins­tru­ment uti­lisé par le peuple pour mettre en ques­tion l’ordre social, fondé sur la pro­priété privée (et l’esclavage !). Dans cet esprit, la Constitution en ques­tion est fondée sur l’élection d’un pré­sident (une sorte de « Roi élu ») qui concentre des pou­voirs essen­tiels. Le « bipar­tisme », auquel conduit natu­rel­le­ment la cam­pagne élec­to­rale pré­si­den­tielle, tend pro­gres­si­ve­ment à deve­nir ce qu’il est désor­mais : l’expression d’un « parti unique » – bien entendu celui du capi­tal des mono­poles depuis la fin du 19ème siècle – s’adressant à des « clien­tèles » qui pensent se dis­tin­guer les unes des autres.

La farce démo­cra­tique se mani­feste alors à tra­vers une pos­sible « alter­nance » (en l’occurrence aux Etats-Unis les Démocrates et les Républicains), sans que celle-ci ne puisse s’élever au niveau des exi­gences d’une alter­na­tive (offrant la pos­si­bi­lité d’options nou­velles radi­ca­le­ment dif­fé­rentes). Et sans pers­pec­tive d’alternative pos­sible, la démo­cra­tie n’existe pas. La farce est fondée sur l’idéologie du « consen­sus » ( !), néga­teur par défi­ni­tion du conflit sérieux des inté­rêts et des visons de l’avenir. L’invention des « pri­maires » qui invitent l’ensemble du corps élec­to­ral (ses com­po­santes dites de droite ou de gauche !) à s’exprimer pour le choix de chacun des deux faux adver­saires accen­tue encore la dérive anni­hi­la­trice de la portée des élections.

Jean Monnet, un authen­tique anti-démo­crate (raison pour laquelle il est célé­bré à Bruxelles comme le fon­da­teur de la « nou­velle démo­cra­tie euro­péenne » !), par­fai­te­ment conscient de ce qu’il vou­lait (copier le modèle amé­ri­cain), a déployé tous ses efforts – une tra­di­tion scru­pu­leu­se­ment mise en œuvre dans l’Union Européenne – pour dépos­sé­der les Assemblées élues de leurs pou­voirs au béné­fice de « comi­tés de technocrates ».

Sans doute la farce démo­cra­tique fonc­tionne-t-elle sans grand pro­blème dans les socié­tés opu­lentes de la triade impé­ria­liste (Etats-Unis, Europe occi­den­tale, Japon), parce qu’elle est sou­te­nue par la rente impé­ria­liste (réf, mon ouvrage, La loi de la valeur mon­dia­li­sée). Mais elle est éga­le­ment ren­for­cée dans sa puis­sance convain­cante par le consen­sus autour de l’idéologie de « l’individu » et par le res­pect réel de « droits » (eux-mêmes conquis par les luttes, ce qu’on oublie de signa­ler), la pra­tique de l’indépendance du pou­voir judi­ciaire (encore que celle des Etats-Unis, fondée sur l’élection des juges, appe­lés à flat­ter « l’opinion », s’inscrit contre cette indé­pen­dance), et l’institutionnalisation com­plexe de la pyra­mide garante des droits.

L’Europe conti­nen­tale n’a pas connu la même his­toire de l’écoulement sans heurt des eaux du long fleuve tran­quille de la farce démo­cra­tique. Au 19ème siècle (et même jusqu’en 1945), les com­bats pour la démo­cra­tie, à la fois ceux ins­pi­rés par la bour­geoi­sie capi­ta­liste et les classes moyennes et ceux conduits par les classes ouvrières et popu­laires, se heur­taient aux résis­tances des « anciens régimes ». D’où leurs avan­cées et reculs chao­tiques. Marx pen­sait que cette résis­tance consti­tuait un obs­tacle que les Etats-Unis igno­raient, à leur avan­tage. Il avait tort et sous esti­mait que dans un mode capi­ta­liste « pur » (comme celui des Etats-Unis en com­pa­rai­son de l’Europe) la « sur­dé­ter­mi­na­tion » des ins­tances, c’est-à-dire la confor­mité des évo­lu­tions propres à la super struc­ture idéo­lo­gique et poli­tique s’ajustant auto­ma­ti­que­ment à celles répon­dant aux exi­gences de la ges­tion de la société par les mono­poles capi­ta­listes, pro­dui­rait fata­le­ment ce que les socio­logues conven­tion­nels qua­li­fient de « tota­li­ta­risme ». Lequel s’applique au monde capi­ta­liste impé­ria­liste plus qu’à tout autre. Je ren­voie ici à ce que j’ai écrit ailleurs concer­nant la « sous-déter­mi­na­tion » et les ouver­tures qu’elle offre.

Au 19ème siècle, en Europe (mais aussi à l’époque, bien qu’à un moindre degré, aux Etats-Unis), les blocs his­to­riques construits pour assu­rer le pou­voir du capi­tal ont été par la force des choses – la diver­sité des classes et des seg­ments de classes – com­plexes et chan­geants. De ce fait, les conflits élec­to­raux pou­vaient donner l’apparence d’un fonc­tion­ne­ment démo­cra­tique réel. Mais pro­gres­si­ve­ment, avec la sub­sti­tu­tion de la domi­na­tion du capi­tal des mono­poles à la diver­sité des blocs capi­ta­listes, cette appa­rence s’est estom­pée. Le virus libé­ral (titre d’un de mes ouvrages) a fait le reste : ali­gner pro­gres­si­ve­ment l’Europe sur le modèle des Etats-Unis.

Le conflit ente les puis­sances capi­ta­listes majeures a contri­bué à cimen­ter les seg­ments des blocs his­to­riques, ame­nant la domi­na­tion du capi­tal par le recours au « natio­na­lisme ». Il est même arrivé – dans les exemples de l’Allemagne et de l’Italie en par­ti­cu­lier – que le « consen­sus natio­na­liste » ait été sub­sti­tué au pro­gramme démo­cra­tique de la révo­lu­tion bourgeoise.

La dérive est aujourd’hui presqu’achevée. Les partis com­mu­nistes de la 3ème inter­na­tio­nale avaient tenté de s’y oppo­ser, à leur manière, même si « l’alternative » (le modèle sovié­tique) demeu­rait d’une attrac­tion dis­cu­table. Ayant échoué à construire dura­ble­ment des blocs alter­na­tifs, ils ont fini par capi­tu­ler, en se ral­liant à la sou­mis­sion au sys­tème de la farce démo­cra­tique élec­to­rale. Ce fai­sant, la gauche radi­cale consti­tuée par leurs héri­tiers (en Europe le groupe de la gauche unie au par­le­ment de Bruxelles) renonce à toute pers­pec­tive de « vic­toire élec­to­rale » vraie. Elle se contente de sur­vivre sur les stra­pon­tins octroyés aux « mino­ri­tés » (5 % ou 10 % au mieux du « corps élec­to­ral »). Transformés en cote­ries d’élus dont la seule pré­oc­cu­pa­tion est de conser­ver ces places misé­rables dans le sys­tème – et qui tient lieu de « stra­té­gie » – la gauche radi­cale renonce à l’être véri­ta­ble­ment. Que cela fasse le jeu de déma­gogues néo fas­cistes ne devrait pas, dans ces condi­tions, surprendre.

La sou­mis­sion à la farce démo­cra­tique est inté­rio­ri­sée par un dis­cours auto qua­li­fié de « post moder­niste » qui, tout sim­ple­ment, refuse d’en recon­naître l’importance des effets des­truc­teurs. Qu’importe les élec­tions, l’essentiel se passe ailleurs, dit-on : dans la « société civile » (concept confus sur lequel je revien­drai) où les indi­vi­dus seraient deve­nus ce que le virus libé­ral pré­tend qu’ils sont – alors qu’ils ne le sont pas ! – les sujets de l’histoire. La « phi­lo­so­phie » de Negri, que j’ai cri­ti­quée ailleurs, exprime cette démission.

Mais la farce démo­cra­tique, qui ne fait pas l’objet de rejet dans les socié­tés opu­lentes de la triade impé­ria­liste, ne fonc­tionne pas dans les péri­phé­ries du sys­tème. Ici, dans la zone des tem­pêtes, l’ordre en place ne béné­fi­cie d’aucune légi­ti­mité suf­fi­sante pour per­mettre la sta­bi­li­sa­tion de la société. L’alternative se des­sine-t-elle alors en fili­grane dans les « éveils du Sud » qui ont marqué le 20ème siècle et pour­suivent leurs che­mins au 21ème ?

Théories et pratiques des avant-gares et des despotismes éclairés

La tem­pête n’est pas syno­nyme immé­diat de la révo­lu­tion, mais seule­ment por­teuse poten­tielle d’avancées révolutionnaires.

Les réponses des peuples des péri­phé­ries, ins­pi­rées de l’idéal du socia­lisme radi­cal – à l’origine tout au moins (Russie, Chine, Vietnam, Cuba) – ou de la libé­ra­tion natio­nale et du pro­grès social (à l’époque de Bandoung en Asie et en Afrique, en Amérique latine), ne sont pas simples. Elles asso­cient, à des degrés variables, des com­po­santes à voca­tion pro­gres­siste uni­ver­sa­liste et d’autres de nature pas­séiste. Démêler les inter­fé­rences conflic­tuelles et/​ou com­plé­men­taires entre ces ten­dances aidera à for­mu­ler – plus loin dans ce texte – les formes pos­sibles d’avancées démo­cra­tiques authentiques.

Les mar­xismes his­to­riques de la 3ème inter­na­tio­nale (le mar­xisme léni­nisme russe et le maoisme chi­nois) ont déli­bé­ré­ment et inté­gra­le­ment rejeté le pas­séisme. Ils ont opté pour un regard tourné vers l’avenir, dans un esprit uni­ver­sa­liste éman­ci­pa­teur au sens plein du terme. Cette option a sans doute été faci­li­tée, en Russie, par la longue pré­pa­ra­tion qui a permis aux « occi­den­ta­listes » (bour­geois) de l’emporter sur les « sla­vo­philes » et les « eur­asiens » (alliés de l’Ancien Régime), en Chine par la révo­lu­tion des Taipings (je ren­voie ici à mon étude : la Commune de Paris et la Révolution des Taipings).

Simultanément ces mar­xismes his­to­riques optaient d’emblée pour une concep­tua­li­sa­tion du rôle des « avant-gardes » dans la trans­for­ma­tion des socié­tés. Ils don­naient une forme ins­ti­tu­tion­na­li­sée à cette option, sym­bo­li­sée par le « parti ». On ne peut pas dire que cette option ait été inef­fi­cace. Bien au contraire elle a été cer­tai­ne­ment à l’origine des vic­toires des révo­lu­tions en ques­tion. L’hypothèse que l’avant-garde mino­ri­taire gagne­rait le sou­tien de l’immense majo­rité s’est révé­lée fondée. Mais en même temps l’histoire ulté­rieure a démon­tré les limites de cette effi­ca­cité. Car le main­tien de l’essentiel des pou­voirs dans les mains de ces « avant-gardes » n’est cer­tai­ne­ment pas étran­ger aux dérives ulté­rieures des sys­tèmes « socia­listes » qu’ils ont pré­tendu mettre en place.

La théo­rie et la pra­tique des mar­xismes his­to­riques en ques­tion ont-elles été celles de « des­po­tismes éclai­rés » ? On ne peut le dire qu’à condi­tion de pré­ci­ser ce que furent et ce que sont deve­nus – pro­gres­si­ve­ment – les objec­tifs de ces des­po­tismes éclai­rés. En tout cas ils ont été jusqu’au bout « anti pas­séistes ». Leurs com­por­te­ments à l’égard de la reli­gion – assi­mi­lée à l’obscurantisme et rien d’autre – en témoignent. Je me suis exprimé ailleurs sur les nuances qu’on pour­rait appor­ter à ce juge­ment (voir L’internationale de l’obscurantisme).

Le concept d’avant-garde a été lar­ge­ment adopté ailleurs que dans les socié­tés révo­lu­tion­naires consi­dé­rées. Il a été à la base de ce que furent les partis com­mu­nistes du monde entier, des années 1920 aux années 1980. il a trouvé sa place dans les régimes natio­naux popu­laires du tiers monde contemporain.

Par ailleurs, ce concept d’avant-garde don­nait à la théo­rie et à l’idéologie une impor­tance déci­sive, laquelle impli­quait à son tour la valo­ri­sa­tion du rôle des « intel­lec­tuels » (révo­lu­tion­naires s’entend), ou mieux de l’intelligentsia. Intelligentsia n’est pas syno­nyme de classes moyennes édu­quées, encore moins de cadres, bureau­crates, tech­no­crates, ou uni­ver­si­taires (les « élites » dans le jargon anglo-saxon). Il s’agit d’un groupe social qui n’émerge comme tel que dans cer­taines condi­tions propres à cer­taines socié­tés et devient alors un agent actif impor­tant, par­fois déci­sif. En dehors de la Russie et de la Chine, on retrouve un phé­no­mène ana­logue en France, en Italie et peut être dans d’autres pays, mais cer­tai­ne­ment ni en Grande Bretagne et aux Etats-Unis, ni en Europe du nord en général.

En France, pen­dant la majeure partie du 20ème siècle, l’intelligentsia a occupé une place impor­tante dans l’histoire de ce pays, au demeu­rant reconnu par les meilleurs his­to­riens. C’était peut être là un effet indi­rect de la Commune de Paris, au cours de laquelle l’idéal de la construc­tion d’un stade plus avancé de la civi­li­sa­tion en sor­tant du capi­ta­lisme s’était exprimé comme nulle part ailleurs (cf. mon article sur la Commune)

En Italie, le Parti com­mu­niste de l’après fas­cisme a rempli des fonc­tions ana­logues. Comme l’analyse avec luci­dité Luciana Castallina, les com­mu­nistes – une avant-garde for­te­ment sou­te­nue par la classe ouvrière mais tou­jours mino­ri­taire en termes élec­to­raux – ont véri­ta­ble­ment construit à eux seuls la démo­cra­tie ita­lienne. Ils exer­çaient « dans l’opposition » – à l’époque – un pou­voir réel dans la société bien plus consi­dé­rable qu’associés au « gou­ver­ne­ment » par la suite ! Leur véri­table sui­cide, inex­pli­cable autre­ment que par la médio­crité des lea­ders qui ont suc­cédé à Berlinguer, a fait dis­pa­raître, avec eux, l’Etat et la démo­cra­tie dans la péninsule.

Ce phé­no­mène de l’intelligentsia n’a jamais existé aux Etats Unis et dans l’Europe pro­tes­tante du Nord. Ce qu’on appelle ici « l’élite » – le choix du terme est signi­fi­ca­tif – n’est guère com­po­sée d’autres que de ser­vi­teurs du sys­tème, fussent-ils « réfor­ma­teurs ». La phi­lo­so­phie empi­riste / prag­ma­tiste, qui occupe ici la scène entière de la pensée sociale, a cer­tai­ne­ment ren­forcé les effets conser­va­teurs de la réforme pro­tes­tante dont j’ai pro­posé ailleurs la cri­tique (L’Eurocentrisme, moder­nité, reli­gion, démo­cra­tie). L’anarchiste alle­mand – Rudolf Rocker – est l’un des rares pen­seurs euro­péens à avoir exprimé un juge­ment voisin du mien ; mais la mode veut – depuis Weber et contre Marx – que la réforme pro­tes­tante soit célé­brée sans examen comme une avan­cée progressiste !

Dans les socié­tés de la péri­phé­rie en géné­ral, au-delà des cas fla­grants de la Russie et de la Chine, et pour les mêmes rai­sons, les ini­tia­tives prises par des « avant-gardes », sou­vent intel­li­gent­sistes, ont béné­fi­cié du ral­lie­ment et du sou­tien de larges majo­ri­tés popu­laires. La forme la plus fré­quente de ces cris­tal­li­sa­tions poli­tiques dont les inter­ven­tions ont été déci­sives dans « l’éveil du Sud » a été celle du (ou des) « popu­lisme ». Théorie et pra­tique raillées par les « élites » (à l’anglo-saxone – « pro sys­tème »), mais défen­dues et en sorte réha­bi­li­tées par Ernesto Laclau avec des argu­ments solides que je repren­drai en bonne partie à mon compte.

Bien entendu il y a autant de « popu­lismes » que d’expériences his­to­riques qua­li­fiées de telles. Les popu­lismes sont sou­vent asso­ciés à des per­son­nages dits « cha­ris­ma­tiques » dont l’autorité de la « pensée » est accep­tée sans grand débat. Les avan­cées réelles (sociales et natio­nales) qui leur ont été asso­ciées dans cer­taines condi­tions m’ont amené à qua­li­fier ces régimes de « natio­naux popu­laires ». Etant entendu que ces avan­cées n’ont jamais été sou­te­nues ni par une pra­tique démo­cra­tique conven­tion­nelle, « bour­geoise », encore moins par l’amorce de pra­tiques allant au-delà, comme celles dont je des­si­ne­rai les lignes pos­sibles plus loin dans ce texte. Ce fut le cas de la Turquie d’Ataturk, pro­ba­ble­ment l’initiatrice du modèle pour le Moyen Orient, plus tard de l’Egypte nas­sé­rienne, des régimes du Baas pre­mière époque, de l’Algérie du FLN. Des expé­riences ana­logues, dans des condi­tions dif­fé­rentes, avaient été déve­lop­pées dans les années 1940 et 1950 en Amérique Latine. La « for­mule », parce qu’elle répond à des besoins et des pos­si­bi­li­tés réelles, est loin d’avoir perdu son poten­tiel de renou­vel­le­ment. Je qua­li­fie­rai donc volon­tiers de « natio­nales popu­laires » cer­taines expé­riences en cours en Amérique Latine, sans omettre de signa­ler que sur le plan de la démo­cra­ti­sa­tion celles-ci ont incon­tes­ta­ble­ment amorcé des avan­cées incon­nues dans celles qui les ont précédé.

J’ai pro­posé quelques ana­lyses concer­nant les rai­sons des succès des avan­cées réa­li­sées dans ce cadre dans quelques pays du Moyen Orient (l’Afghanistan, le Yémen du Sud, le Soudan, l’Irak) qui parais­saient plus pro­met­teuses que d’autres, mais aussi les rai­sons de leurs échecs dramatiques.

Quoiqu’il en soit il faut se garder de géné­ra­li­ser et de sim­pli­fier, comme le font la majo­rité des com­men­ta­teurs occi­den­taux fixés sur la seule « ques­tion démo­cra­tique », elle-même réduite à la for­mule de ce que j’ai décrit comme une farce démo­cra­tique. Dans les pays de la péri­phé­rie, cette farce prend le plus sou­vent l’allure d’une cari­ca­ture extrême. Sans être des « démo­crates », cer­tains lea­ders de régimes natio­naux popu­laires ont été des « grands réfor­ma­teurs » (pro­gres­sistes), cha­ris­ma­tiques ou pas. Nasser en est un bel exemple. Mais d’autres n’ont guère été que des poli­chi­nelles incon­sis­tants, comme Khadafi, ou de vul­gaires des­potes « non éclai­rés » (d’ailleurs fort peu cha­ris­ma­tiques) comme Ben Ali, Moubarak et bien d’autres. Au demeu­rant ces dic­ta­teurs n’ont pas dirigé des expé­riences natio­nales popu­laires. Ils n’ont guère orga­nisé que le pillage de leur pays par des mafias asso­ciées à leur per­sonne. De ce fait ils ont sim­ple­ment été comme Suharto et Marcos des agents d’exécution des puis­sances impé­ria­listes qui ont d’ailleurs salué et sou­tenu leurs pou­voirs jusqu’au bout.

Le passéisme, ennemi de la démocratie

Les limites propres à cha­cune et à toutes les expé­riences natio­nales popu­laires (ou « popu­listes ») dignes de cette qua­li­fi­ca­tion trouvent leur ori­gine dans les condi­tions objec­tives qui carac­té­risent les socié­tés de la péri­phé­rie du monde capi­ta­liste / impé­ria­liste contem­po­rain. Celles-ci sont évi­dem­ment diverses. Mais au-delà de cette diver­sité cer­taines conver­gences impor­tantes per­mettent de pro­je­ter quelque lumière sur les rai­sons de leurs succès puis de leurs reculs.

La per­sis­tance d’aspirations « pas­séistes » n’est pas le pro­duit de « l’arriération » solide des peuples concer­nés (le dis­cours habi­tuel sur le sujet) mais celui d’une mesure cor­recte du défi. Tous les peuples et les nations des péri­phé­ries n’ont pas seule­ment été soumis à l’exploitation éco­no­mique féroce du capi­tal impé­ria­liste, ils ont été, de ce fait, soumis tout autant à l’agression cultu­relle. La dignité de leurs cultures, de leurs langues, de leurs cou­tumes, de leur his­toire a été niée avec le plus grand mépris. Il n’est pas sur­pre­nant que ces vic­times du colo­nia­lisme externe ou interne (les Indiens d’Amérique) asso­cient natu­rel­le­ment leur libé­ra­tion sociale et poli­tique à la res­tau­ra­tion de leur dignité nationale.

Mais à son tour ces aspi­ra­tions légi­times invitent à tour­ner les regards vers le passé exclu­si­ve­ment, en espé­rant y trou­ver la réponse aux ques­tions d’aujourd’hui et de demain. Le risque est alors réel de voir le mou­ve­ment d’éveil et de libé­ra­tion des peuples concer­nés s’enfermer dans des impasses tra­giques, dès lors que le « pas­séisme » est pris comme axe cen­tral du renou­veau recherché.

L’histoire de l’Egypte contem­po­raine illustre à la per­fec­tion la trans­for­ma­tion de la com­plé­men­ta­rité néces­saire entre la pers­pec­tive uni­ver­sa­liste ouverte sur l’avenir, asso­ciée à la res­tau­ra­tion de la dignité du passé en un conflit entre deux choix for­mu­lés en termes abso­lus : ou bien « s’occidentaliser » (au sens vul­gaire du terme, en reniant le passé), ou bien « retour­ner au passé » (sans critique).

Le vice Roi Mohamed Ali (1804-1849) et les Khédives jusqu’aux années 1870 ont fait l’option d’une moder­ni­sa­tion ouverte à l’adoption des for­mules des modèles euro­péens. On ne peut pas dire que cette option était celle d’une « occi­den­ta­li­sa­tion » de paco­tille. Les chefs de l’Etat égyp­tien don­naient toute son impor­tance à l’industrialisation moderne du pays et non pas à l’adoption du seul modèle de consom­ma­tion des Européens. Ils inté­rio­ri­saient l’assimilation des modèles euro­péens, l’associant au renou­veau de la culture natio­nale et contri­buant à la faire évo­luer dans le sens de la laï­cité. Leurs efforts de sou­tien à la réno­va­tion de la langue en témoignent. Certes le modèle euro­péen en ques­tion était celui du capi­ta­lisme et sans doute n’avaient-ils pas pris la mesure exacte du carac­tère impé­ria­liste de celui-ci. Mais on ne sau­rait le leur repro­cher. Et lorsque le Khédive Ismail pro­clame son objec­tif – « faire de l’Egypte un pays euro­péen » – il devance de 50 ans Ataturk et entend asso­cier cette « euro­péa­ni­sa­tion » à la renais­sance natio­nale et non pas au renie­ment de celle-ci.

Les insuf­fi­sances de la Nahda cultu­relle de l’époque (son inca­pa­cité à com­prendre ce que la Renaissance euro­péenne avait été), et le carac­tère « pas­séiste » domi­nant des concepts de la Nahda, sur les­quels je me suis pro­noncé dans d’autres écrits, ne font pas mystère.

Il reste que c’est pré­ci­sé­ment la vision à domi­nante pas­séiste qui va s’imposer au mou­ve­ment de renou­veau natio­nal à la fin du 19ème siècle. J’en ai pro­posé une expli­ca­tion : la défaite du projet « moder­niste » qui avait occupé le devant de la scène de 1800 à 1870 a entraîné le plon­geon de l’Egypte dans la régres­sion. Or l’idéologie du refus de ce déclin s’est cris­tal­li­sée dans ce moment de régres­sion, avec toutes les tares que cela ris­quait d’impliquer. Les fon­da­teurs du nou­veau Parti National (Al hisb al watani), à la fin du 19ème siècle, Moustapha Kamel et Mohamed Farid, choi­sissent le pas­séisme comme axe cen­tral de leur combat, comme en témoignent entre autre leurs illu­sions « otto­ma­nistes » (s’appuyer sur Istanbul contre les Anglais).

L’histoire allait prou­ver l’inanité de ce choix. La révo­lu­tion natio­nale et popu­laire de 1919-1920 n’a pas été diri­gée par le Parti Nationaliste, mais par son adver­saire « moder­niste », le Wafd. Taha Hussein reprend d’ailleurs le slogan du Khédive Ismail : « euro­péa­ni­ser » l’Egypte, sou­te­nir à cette fin la nou­velle Université et mar­gi­na­li­ser l’Azhar.

La ten­dance pas­séiste, héri­tée du Parti Nationaliste, glisse alors dans l’insignifiance. Son leader – Ahmad Hussein – n’est dans les années 1930 que le chef d’un parti minus­cule, au demeu­rant attiré par le fas­cisme. Mais cette ten­dance va se retrou­ver for­te­ment pré­sente au sein des offi­ciers libres qui ren­ver­se­ront le Roi en 1952.

Les ambi­guï­tés du projet nas­sé­rien sont le pro­duit de ce recul dans le débat sur la nature du défi. Nasser tente d’associer une cer­taine moder­ni­sa­tion, encore une fois pas de paco­tille, fondée sur l’industrialisation, au sou­tien des illu­sions pas­séistes. Peu importe que le projet nas­sé­rien s’inscrive désor­mais – ou pense s’inscrire – dans une pers­pec­tive « socia­liste », évi­dem­ment incon­nue au 19ème siècle. Son atti­rance pour le pas­séisme reste pré­sente. Ses options concer­nant la « moder­ni­sa­tion de l’Azhar », dont j’ai fait la cri­tique, en témoignent.

Le conflit entre les visions « moder­nistes, uni­ver­sa­listes » des uns et celles « pas­séistes inté­grales » des autres occupe tou­jours le devant de la scène en Egypte. Les pre­mières sont désor­mais défen­dues prin­ci­pa­le­ment par la gauche radi­cale (en Egypte la tra­di­tion com­mu­niste, puis­sante dans les années de l’après seconde guerre mon­diale), enten­dues par les classes moyennes éclai­rées, les syn­di­cats ouvriers et encore davan­tage par les nou­velles géné­ra­tions. Le pas­séisme a glissé davan­tage à droite avec les frères Musulmans, adopté des posi­tions extrêmes de l’interprétation la plus archaïque de l’Islam, celle promue par l’Arabie Saoudite (le wahabisme).

On pour­rait sans grande dif­fi­culté faire res­sor­tir le contraste entre cette évo­lu­tion enfer­mant l’Egypte dans l’impasse et la voie adop­tée par la Chine depuis la révo­lu­tion des Taipings, reprise et appro­fon­die par le maoisme : la construc­tion de l’avenir passe par la cri­tique radi­cale du passé. « L’émergence » dans le monde moderne et, par­tant, le déploie­ment de réponses effi­caces au défi, y com­pris l’engagement dans la voie de la démo­cra­ti­sa­tion dont je pro­po­se­rai les lignes direc­trices plus loin dans ce texte, sont condi­tion­nés par le refus de faire du pas­séisme l’axe cen­tral du renouveau.

Ce n’est donc pas un hasard si la Chine se situe à l’avant-garde des pays « émer­gents » d’aujourd’hui. Ce n’est pas un hasard non plus si dans la région du Moyen Orient, c’est la Turquie et non l’Egypte, qui fait partie du pelo­ton. La Turquie – même celle de l’AKP « isla­miste » – béné­fi­cie de la rup­ture que le kéma­lisme avait consti­tué en son temps. Mais la dif­fé­rence entre la Chine et la Turquie demeure déci­sive : le choix « moder­niste » de la Chine s’inscrit dans une pers­pec­tive qui se vou­drait « socia­liste » (et la Chine est en conflit avec l’hégémonisme des Etats-Unis, c’est-à-dire avec l’impérialisme col­lec­tif de la Triade), une pers­pec­tive qui véhi­cule des chances de pro­grès, tandis que le choix de la « moder­nité » de la Turquie contem­po­raine, qui n’imagine pas sortir de la logique de la mon­dia­li­sa­tion contem­po­raine, n’a pas d’avenir. Son succès appa­rent n’est que provisoire.

L’association entre la ten­dance moder­niste et la ten­dance pas­séiste se retrouve dans tous les pays du grand Sud (les péri­phé­ries), dans des for­mules évi­dem­ment diverses. La confu­sion pro­duite par cette asso­cia­tion trouve l’une de ses mani­fes­ta­tions les plus écla­tantes dans la pro­fu­sion des dis­cours ineptes concer­nant « les formes pré­ten­dues démo­cra­tiques du passé », por­tées aux nues sans cri­tique. L’Inde indé­pen­dante fait ainsi l’éloge des « pan­chayat », les Musulmans de la « shura », les Africains de « l’arbre à palabre », comme si ces formes de vie sociale du passé avaient à voir avec les défis du monde moderne. L’Inde est-elle bien la plus grande démo­cra­tie (par le nombre des élec­teurs) de la pla­nète ? Ou bien cette démo­cra­tie élec­to­rale reste une farce tant que le cri­tique radi­cale du sys­tème des castes (bel et bien hérité du passé) n’aura pas été conduite jusqu’à son terme : l’abolition des castes. La « shura » reste le véhi­cule de la mise en œuvre de la Sharia, inter­pré­tée dans son sens le plus réac­tion­naire, ennemi de la démocratie.

Les peuples de l’Amérique Latine sont confron­tés aujourd’hui à ce même pro­blème. On com­prend sans dif­fi­culté la légi­ti­mité des reven­di­ca­tions « indi­gé­nistes », dès lors qu’on prend la mesure de ce que fut le colo­nia­lisme interne ibé­rique. Il reste que cer­tains de ces dis­cours indi­gé­nistes sont peu cri­tiques des passés indiens concer­nés. Mais d’autres le sont et font avan­cer des concepts asso­ciant d’une manière radi­ca­le­ment pro­gres­siste les exi­gences uni­ver­sa­listes et le poten­tiel repré­senté par l’évolution des héri­tages du passé. Les débats boli­viens sont pro­ba­ble­ment sur ce plan d’une grande richesse. L’analyse cri­tique des dis­cours indi­gé­nistes en ques­tion, faite par François Houtart (El concepto de Sumai Kwasai) éclaire nos lan­ternes. L’ambiguïté est levée par cette étude remar­quable qui passe en revue ce qui me semble consti­tuer la tota­lité pro­bable des dis­cours sur le sujet.

La contri­bu­tion – néga­tive – du pas­séisme à la construc­tion du monde moderne tel qu’il est n’est pas l’apanage des peuples des péri­phé­ries. En Europe, au-delà de son quart nord-ouest, les bour­geoi­sies étaient trop faibles pour s’engager dans des révo­lu­tions comme en Angleterre ou en France. L’objectif « natio­nal » – par­ti­cu­liè­re­ment en Allemagne et en Italie, mais plus tard ailleurs vers l’Est et le Sud du conti­nent- a servi de moyen de mobi­li­sa­tion et de paravent à des com­pro­mis mi-bour­geois, mi-« anciens régimes ». Le pas­séisme mobi­lisé ici n’était pas « reli­gieux » mais « eth­nique », fondé sur une défi­ni­tion eth­no­cen­triste de la nation (Allemagne) ou la lec­ture mytho­lo­gique de l’histoire romaine (Italie). Le désastre est là – le fas­cisme et le nazisme – pour illus­trer le carac­tère archi-réac­tion­naire, cer­tai­ne­ment anti-démo­cra­tique, du pas­séisme dans ces formes « nationales ».

RÉFÉRENCES

Références qui pour­raient aider le lec­teur à retrou­ver les par­cours de la for­ma­tion des concepts uti­li­sés dans ce texte.

Ouvrages récents
1. Critique de l’Air du Temps (1997)
– Unité et muta­tions dans l’idéologie de l’économie poli­tique du capi­ta­lisme, pp. 27-46.
– Sur déter­mi­na­tion et sous déter­mi­na­tion dans l’histoire des socié­tés, pp. 47-54.
– Dépérissement de la loi de la valeur et tran­si­tion au com­mu­nisme, pp. 63-85.
– L’économie « pure » ou la sor­cel­le­rie du monde contem­po­rain, pp. 125-136.
English :
Spectres of capi­ta­lism, MR 1998
Unity and changes in the ideo­logy of poli­ti­cal eco­nomy ; over­de­ter­mi­na­tion or underdetermination;withering away of the law of value ; pure eco­no­mics, the contem­po­rary witchcraft

2. Au-delà du capi­ta­lisme sénile (2002)
– Le retour de la « belle époque », pp. 11-13.
– Marxisme et key­né­sia­nisme his­to­riques, pp. 27-37….
– Socialisation par le marché ou par la démo­cra­tie, pp. 37-46.
– La finan­cia­ri­sa­tion, phé­no­mène conjonc­tu­rel, pp. 53-58.
– Le nouvel impé­ria­lisme col­lec­tif de la triade, la mili­ta­ri­sa­tion de la mon­dia­li­sa­tion, l’apartheid à l’échelle mon­diale, pp. 75-110.
English :
Obsolescent capi­ta­lism, Zed 2003
Return of Belle Epoque ; Historical mar­xism and his­to­ri­cal key­ne­sia­nism ; Financialization, a tem­po­rary phe­no­me­non ; The col­lec­tive impe­ria­lism of the triad.

3. Le Virus libé­ral (2003)
– La pau­pé­ri­sa­tion et la pola­ri­sa­tion mon­diale (la nou­velle ques­tion agraire, la nou­velle ques­tion ouvrière), pp. 35-50.
– L’idéologie de la moder­nité (la ver­sion euro­péenne d’origine et la ver­sion nord amé­ri­caine), pp. 62-106.
English :
The libe­ral Virus, Pluto 2004
Pauperization, the new agra­rian ques­tion, the new condi­tions for the wor­king class ; ideo­logy of modernity.

4. Samir Amin et Ali El Kenz, Le monde arabe, enjeux sociaux (2003), pages 5-71.
English :
Europe and the Arab World, 2005
Egalement : Samir Amin et Karim Mroué, Communistes dans le monde arabe (2006)

5. Pour un Monde mul­ti­po­laire (2005)
– Le drame des grandes révo­lu­tions, pp. 210-211
– Le poids de l’impérialisme, stade per­ma­nent du capi­ta­lisme, dans l’expansion mon­diale du capi­ta­lisme, pp. 211-230.
English :
Beyond US hege­mony, Zed 2006
The drama of great revo­lu­tions ; Imperialism and the global expan­sion of capitalism.

6. Pour la cin­quième Internationale (2006)
(diver­si­tés héri­tées et diver­sité dans la créa­tion du futur, la conver­gence dans la diversité)
English :
The world we wish to see, MR 2008
Convergences in diversity.

7. Du capi­ta­lisme à la civi­li­sa­tion (2008)
– La contri­bu­tion du maoïsme, pp. 49-53.
– Logique for­melle et dia­lec­tique maté­ria­liste pp. 75-77.
– La pro­duc­ti­vité du tra­vail social, pp. 82-95.
– De la loi de la valeur à la valeur mon­dia­li­sée, pp. 95-98.
– Économie de marché ou capi­ta­lisme des oli­go­poles, pp. 125-138.
– La mul­ti­tude expres­sion mal­adroite du bloc hégé­mo­nique du capi­tal, pp. 187-193.
– Sur le front cultu­rel, en arrière toute, pp. 203-209.
– Pas de démo­cra­tie sans pro­grès social, pp. 210-222.
English :.
From Capitalism to civi­li­sa­tion ; Tulika 2010
Contribution of Maoism ; Formal logics or mate­ria­lis­tic dia­lec­tics ; Productivity of social labour ; the glo­ba­li­zed law of value ; Market eco­nomy or capi­ta­lism of the oli­go­po­lies ; cri­tique of the mul­ti­tude ; On the cultu­ral front, full speed back­ward ; No demo­cracy without social progress

8. L’Eurocentrisme, Modernité, Religion, Démocratie, Critique de l’eurocentrisme, cri­tique des cultu­ra­lismes (2008).
– Raison et éman­ci­pa­tion, pp. 9-19.
– Flexibilité des inter­pré­ta­tions reli­gieuses, pp. 19-42.
– Hellénisme, Christianisme, Islam, Bouddhisme, Confucianisme, pp. 101-137.
English :
Eurocentrism, moder­nity, reli­gion and demo­cracy ; MR 2009
Reason and eman­ci­pa­tion ; the flexi­bi­lity of reli­gions ; Hellenism, Christianity, Islam, Buddhism, Confucianism.

9. L’Éveil du Sud (2008)
Réponses du Sud aux défis : le monde arabe, du natio­na­lisme radi­cal à l’Islam poli­tique ; Néocolonialismes et socia­lismes afri­cains ; L’Asie entre le capi­ta­lisme triom­phant et l’impasse ; L’Amérique latine : fin de la doc­trine Monroe ?, Le monde du socia­lisme réel­le­ment existant.

10. La crise, sortir de la crise du capi­ta­lisme ou sortir du capi­ta­lisme en crise ? (2009)
D’une crise à l’autre ; la finan­cia­ri­sa­tion ; l’accumulation par dépos­ses­sion ; les réformes fon­cières néces­saires ; huma­ni­ta­risme ou internationalisme
English :
Ending the crisis of capi­ta­lism or ending capi­ta­lism ; Pambazuka 2011
From one long crisis to the other ; accu­mu­la­tion by dis­pos­ses­sion ; Humanitarianism or inter­na­tio­na­lism of peoples ?

11. La loi de la valeur mon­dia­li­sée (2011)
La rente des mono­poles, la rente impé­ria­liste, aux ori­gines de Bandoung
English :
The law of value world­wide, MR 2010
The mono­poly rent, the impe­ria­list rent ; At the ori­gins of Bandung (pages 121 and fol).

12. Délégitimer le capi­ta­lisme (2011)
La finan­cia­ri­sa­tion indis­so­ciable du capi­ta­lisme des monopoles

13. Demba Moussa Dembélé, Samir Amin, intel­lec­tuel orga­nique au ser­vice de l’émancipation du Sud (2011)
-La tra­jec­toire his­to­rique du capi­ta­lisme (chap 12)
-Pour une his­toire authen­ti­que­ment glo­bale (chap 15)
-Initiatives indé­pen­dantes du Sud (chap 17)

14. Le monde arabe dans la longue durée , le prin­temps arabe (2011)

15. English only :
Global History, a view from the South ; Pambazuka 2011

Références plus anciennes

Samir Amin, André Gunder Frank, Réflexions sur la crise éco­no­mique mon­diale, n’attendons pas 1984 (1978).
Classes et Nations (1979)
– Les for­ma­tions com­mu­nau­taires, p. 46 et suivantes.
– Les for­ma­tions tri­bu­taires, p. 54 et suivantes.
– Réflexions sur la tran­si­tion d’un mode à l’autre : « révo­lu­tion ou déca­dence », pp. 238-245
English :
Let’s not wait for 1984, in , Reflections on the world eco­no­mic crisis, MR Press 1981
Class and Nation ; MRPress 1980
Communautarian social for­ma­tions, tri­bu­tary social for­ma­tions ; Transitions : deca­dence or revolutions.

Articles majeurs récents

Revues :
Marx et la démo­cra­tie ; La Pensée, n° 328, 2001.
Cinquante ans après Bandoung ; Recherches Internationales n° 73 – 04, 2004.
Empire et Multitude ; La Pensée n° 343, 2005.
Vers une théo­lo­gie isla­mique de la libé­ra­tion ; La Pensée n°342 , 2005
L’Islam, une théo­cra­tie sans projet social, La Pensée, n° 351, 2007
Pour des ini­tia­tives indé­pen­dantes des pays du Sud, Utopie cri­tique, n°50, 2010
Capitalisme trans­na­tio­nal ou impé­ria­lisme col­lec­tif ? ; Recherches Internationales, n°89, 2011
L’internationale de l’obscurantisme ; Contradictions, déc 2011

English :
Spectres of capi­ta­lism, MR may 1998
History concei­ved as an eter­nal cycle, Review, n°3, 1999
Post maoist China, Review n°4, 1999
Imperialism and glo­ba­li­za­tion, MR june 2001
Confronting the Empire, MR aug 2003
US impe­ria­lism, Europe and the Middle East, MR n°6, 2004
Empire and Multitude, MR nov 2005
China, market socia­lism and US hege­mony, Review n°3, 2005
Samir Amin inter­vie­wed by A A Dieng, Development and Change, n°6, 2007
Political Islam in the ser­vice of impe­ria­lism, MRdec 2007
Market eco­nomy or oli­go­poly finance capi­tal ? , MR april 2008
Seize the crisis, MR dec 2009
Capitalism and the eco­lo­gi­cal foot­print, MR oct 2009
The tra­jec­tory of his­to­ri­cal capi­ta­lism, MR feb 2011

Sites web :
Critique du Rapport Stiglitz, Les réponses du Nord à la crise, Doc Français et anglais, site Pambazuka, 2009 et 2010 ;

Autres auteurs cités
Elmar Altvater, The Plagues of Capitalism, 2008.
Luciana Castellina, pré­sen­ta­tions orales.
Étiemble, L’Europe chi­noise, 1988.
Isabelle Garo, Marx, un cri­tique de la Philosophie, 2000.
Rémy Herrera, Les expe­riences révo­lu­tion­naires de l’Amérique latine
Rémy Herrera, Un autre capi­ta­lisme n’est pas pos­sible, Syllepse
François Houtart, Délégitimer le capi­ta­lisme ; ed Colophon , Bruxelles 2005
François Houtart, Les agro car­bu­rants, solu­tion pour le climat ou sortie de crise pour le capitalisme ?
Couleur Livre, Charleroi, 2009.
François Houtart, El concepto de Sumak Kwasai (Buen vivir)
Ernesto Laclau, On popu­list reason ; Verso, 2007
Rudolf Rocker, Nationalisme et culture ; ed Libertaires, 2008
(la réforme pro­tes­tante, pages 103-117)
Rafael Uzcategui, Le Venezuela, révo­lu­tion ou spec­tacle ?; Spartacus 2011
Michel Winock, Le siècle des intel­lec­tuels, Seuil 1999

* Samir Amin est direc­teur du Forum du Tiers Monde

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