Petite histoire du FSM

Où va le Forum social mondial ?

Par Mis en ligne le 11 avril 2016

FSM 2016 sigleEnfant « illé­gi­time » des Zapatistes et des mobi­li­sa­tions anti-mon­dia­li­sa­tion de Seattle à Genoa en pas­sant par Buenos Aires, le FSM a été à la fois une consé­quence de l’explosion des mou­ve­ments popu­laires et un lieu de sti­mu­la­tion et de ren­for­ce­ment, à l’initiative des mou­ve­ments popu­laires bré­si­liens prin­ci­pa­le­ment, avec l’appui de réseaux argen­tins, ita­liens, qué­bé­cois et fran­çais notam­ment.

L’essor et l’espérance

Progressivement, le Forum est devenu éga­le­ment le labo­ra­toire d’une « autre » mon­dia­li­sa­tion. Il l’était par son contenu et aussi par sa méthode, valo­ri­sant l’auto-organisation, l’horizontalisme et l’inclusion. Ce fai­sant, le Forum est devenu l’affaire de mil­liers de per­sonnes et d’organisations qui ont, dans le contexte latino-amé­ri­cain en tout cas, convergé comme jamais aupa­ra­vant (la « vague rose »). Parallèlement, le FSM a encou­ragé le déve­lop­pe­ment de grandes coa­li­tions (mou­ve­ment anti-guerre) et d’innombrables ini­tia­tives natio­nales, conti­nen­tales et locales un peu par­tout dans le monde. Cette phase « heu­reuse » du FSM n’était pas sans ambi­guïté non plus, ce qui est devenu plus clair à tra­vers l’élargissement qui ne pou­vait être qu’une dis­per­sion, ce fai­sant, en chan­geant la « com­po­si­tion poli­tique » du Forum. À tra­vers cette évo­lu­tion, le lea­der­ship ori­gi­nal s’est dis­persé. La dimen­sion « alter » est deve­nue sujette à beau­coup d’interprétations et à une cer­taine confu­sion.

Le virage

Au début des années 2010, le déve­lop­pe­ment inat­tendu des grandes résis­tances sociales dans plu­sieurs par­ties du monde a cepen­dant donné un nouvel élan davan­tage visible lors du Forum de 2015 en Tunisie, la « capi­tale » du prin­temps arabe. Entre-temps cepen­dant, la « vague rose » s’est essouf­flée. Plusieurs mou­ve­ments popu­laires après des avan­cées impor­tantes se sont heur­tés à la rési­lience des dis­po­si­tifs éta­tiques et des nou­velles coa­li­tions entre droite et extrême-droite qui mani­pulent les outils de la répres­sion avec le lan­gage du racisme et de la xéno­pho­bie. Tout cela, bien sûr, est bien appuyé sur l’univers média­tique qui répète la fameuse for­mule de madame Thatcher, « there is no alter­na­tive ». En découle une situa­tion où dans la plu­part des régions, les mou­ve­ments popu­laire se retrouvent à la défen­sive devant un néo­li­bé­ra­lisme de plus en plus néo­con­ser­va­teur, qui tente d’aller plus loin dans la dis­lo­ca­tion des socié­tés, dans le déni envi­ron­ne­men­tal et dans la guerre « sans fin ». Certes, le mou­ve­ment popu­laire est loin d’être tota­le­ment désarmé. Il dis­pose de grandes forces orga­ni­sées, éta­le­ment d’une capa­cité de réflexi­vité inédite favo­ri­sée par la culture du débat et de l’enquête que le FSM a semée.

À la croi­sée des che­mins

Tout en gar­dant la tête haute (l’« opti­misme de la volonté »), il faut bien exa­mi­ner nos forces et fai­blesses (le « pes­si­misme de l’intelligence »). En ce qui concerne le FSM, il ne faut pas hési­ter à admettre qu’il est dans une passe dif­fi­cile, pas néces­sai­re­ment pire que bien d’autres réseaux et mou­ve­ments, mais qui le fra­gi­lise et impose de penser à aller au-delà de ce qu’on a fait jusqu’à date. C’est en pen­sant à tout cela que le comité inter­na­tio­nal du FSM a pensé en février der­nier à une idée auda­cieuse, celle de dépla­cer le Forum au « nord », en l’occurrence à Montréal. Cette déci­sion par la suite a été bien accueillie dans les réseaux mili­tants, notam­ment en Amérique du Sud, aux États-Unis, en Europe. Moins bien du côté afri­cain, sur­tout à cause de la dif­fi­culté de venir au Canada, en fonc­tion des règle­ments liber­ti­cides et réac­tion­naires s’appliquant aux res­sor­tis­sants du sud qui veulent un visa ! Aujourd’hui, de nom­breuses délé­ga­tions s’organisent donc pour venir à Montréal. C’est le point de ren­contre avec un mou­ve­ment popu­laire dyna­mique, qui n’est pas, on s’entend, sur le point de prendre le pou­voir ni de ren­ver­ser le gou­ver­ne­ment, mais qui a démon­tré avec les grandes luttes des der­nières années une éton­nante capa­cité de résis­tance et une pro­fon­deur dans la bataille des idées. Les Carrés rouges font main­te­nant partie de l’ « ima­gi­naire » du mou­ve­ment popu­laire dans le monde. Autre avan­tage, Montréal comme grande ville nord-amé­ri­caine fait partie de cet espace un peu spé­ci­fique que le mou­ve­ment alter­mon­dia­liste doit « conqué­rir ». Ce n’est pas une « conquête » au sens lit­té­ral, appe­lons cela une conver­gence autant néces­saire que pos­sible entre les luttes et les mou­ve­ments popu­laires d’Amérique du Nord et celles du monde. Alors l’appel a été lancé, il faut le prendre à bras de corps et faire du FSM de Montréal un évè­ne­ment mar­quant tant pour le Québec que pour le monde.

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