La Marche mondiale des femmes : un mouvement irréversible et plus que jamais actuel

Par Mis en ligne le 18 mars 2015

À la suite de la marche « du pain et des roses » entre­prise par les femmes qué­bé­coises en 1995, une impor­tante délé­ga­tion du mou­ve­ment des femmes a par­ti­cipé à un forum paral­lèle à la 4e Conférence mon­diale de l’ONU de Beiing. C’est lors de cet évé­ne­ment mar­quant dans le déve­lop­pe­ment de la soli­da­rité inter­na­tio­nale qu’elles ont lancé l’idée d’une marche mon­diale des femmes. Le projet a sus­cité de l’intérêt, et une ving­taine de femmes de plu­sieurs pays du monde ont emboîté le pas. C’est ensuite par le biais du vaste réseau des orga­nismes de coopé­ra­tion inter­na­tio­nale (OCI) qué­bé­cois que des groupes de femmes de 161 pays et ter­ri­toires ont été contac­tés pour orga­ni­ser la pre­mière Marche mon­diale des Femmes (MMF) en octobre 2000. La Marche s’est ensuite conso­li­dée à tra­vers le tis­sage de liens entre groupes de femmes : rela­tions Nord-Sud, mais aussi Sud-Sud. Plusieurs OCI qué­bé­cois ont contri­bué à ce résul­tat, en tra­vaillant au ren­for­ce­ment des groupes de femmes et des coor­di­na­tions natio­nales de la Marche, et en per­met­tant à des délé­ga­tions de femmes de par­ti­ci­per aux évé­ne­ments phares de la Marche.

La Marche de 2015 : « Libérons nos corps, notre Terre et nos territoires »

S’inspirant du tra­vail des femmes du Guatemala, le thème de 2015 réfère au rap­port des Peuples autoch­tones avec la Terre mère. Nous sommes issues et issus de la Terre, elle nous nour­rit, nous dor­mons sur elle. Aussi le déve­lop­pe­ment doit-il la res­pec­ter et tenir compte des géné­ra­tions futures, sans quoi nous nous diri­geons vers notre perte.

Au Québec, le mes­sage de la Marche, basé sur la Charte mon­diale des femmes pour l’humanité de 2005 (http://​www​.mar​che​mon​dia​le​des​femmes​.org/​p​u​b​l​i​c​a​t​i​o​n​s​/​c​h​a​r​t​e​/​c​h​a​r​te/fr), s’articule autour de 3 objec­tifs : contrer les poli­tiques d’austérité, la mili­ta­ri­sa­tion de la société et la des­truc­tion de l’environnement. Ces mes­sages résonnent dans les tra­vaux de plu­sieurs OCI membres du CQFD (http://​www​.aqoci​.qc​.ca/​s​p​i​p​.​p​h​p​?​r​u​b​r​i​q​ue261), ainsi que de plu­sieurs col­lec­tifs alliés. Nous offrons ici une brève syn­thèse d’articles parus dans : « Coopérer pour l’égalité entre les femmes et les hommes, 30 ans de défis et de réa­li­sa­tions ».

L’industrie minière

Les tra­vaux du Comité pour les droits humains en Amérique latine (CDHAL) et de Femmes autoch­tones du Québec témoignent du fait que « les femmes occupent un rôle cen­tral dans les com­mu­nau­tés affec­tées par des pro­jets extrac­tifs et/​ou éner­gé­tiques. De fait, en ayant des impacts divers sur les moyens d’existence, le milieu de vie et la struc­ture locale du marché du tra­vail, les méga­pro­jets liés à l’extraction des res­sources natu­relles – indus­tries minière et pétro­lière, bar­rages hydro­élec­triques, etc. – touchent de façon par­ti­cu­lière les femmes. (…) l’implantation de ces méga­pro­jets s’accompagne sou­vent d’une déva­lo­ri­sa­tion du tra­vail des femmes, d’une hausse des agres­sions phy­siques et sexuelles et d’une aug­men­ta­tion du marché sexuel, en plus d’avoir des impacts sur la santé et le tra­vail repro­duc­tif à tra­vers une dété­rio­ra­tion de l’environnement et de la vie com­mu­nau­taire. » Le CDHAL a à ce sujet tra­duit des témoi­gnages de femmes autoch­tones d’Amérique latine expli­quant avec élo­quence leur rap­port à la terre et à l’industrie minière.

Aussi, on observe que la traite des femmes aug­mente en lien avec les grands pro­jets miniers et éner­gé­tiques, phé­no­mène qui, au Québec, touche les femmes autoch­tones de manière dis­pro­por­tion­née.

Militarisation

« La Marche mon­diale a choisi de tenir son grand ras­sem­ble­ment de 2010 [en République démo­cra­tique du Congo] pour expri­mer sa soli­da­rité avec les femmes qui résistent chaque jour dans un contexte de guerre et pour ren­for­cer leurs capa­ci­tés d’actrices de chan­ge­ment, notam­ment dans la réso­lu­tion du conflit. » Le Centre d’études et coopé­ra­tion inter­na­tio­nale, par le biais du pro­gramme Uniterra, a appuyé cet évé­ne­ment ras­sem­blant 20,000 per­sonnes en y envoyant une délé­ga­tion de femmes afri­caines, haï­tiennes et qué­bé­coises.

Au Canada, la mili­ta­ri­sa­tion est aussi une source de pré­oc­cu­pa­tion. La montée de la culture mili­ta­riste a de lourds impacts pour les femmes d’ici et du Sud, pri­vi­lé­giant des valeurs patriar­cales. L’augmentation fara­mi­neuse des dépenses mili­taires détourne des res­sources qui pour­raient être consa­crées à l’aide au déve­lop­pe­ment ou à la pres­ta­tion de ser­vices sociaux, avec une inci­dence directe sur la condi­tion des femmes. « Ce ne sont ni les mis­siles, ni les bombes, ni les chars d’assaut, ni les emplois mili­taires, ni tout le reste de leur machine de mort qui don­ne­ront aux peuples du monde les ser­vices sociaux, gar­de­ries, loge­ments, emplois décents et utiles, et condi­tions de vie et de tra­vail pour les­quels nous nous bat­tons depuis long­temps. »

Contrer l’austérité

La dénon­cia­tion des poli­tiques d’austérité, qui, selon une récente étude de l’IRIS (http://​iris​-recherche​.qc​.ca/​p​u​b​l​i​c​a​t​i​o​n​s​/​a​u​s​t​e​r​i​t​e​-​f​emmes), touchent par­ti­cu­liè­re­ment les femmes, fait écho aux pre­mières luttes de la Marche, qui en l’an 2000, a envoyé une délé­ga­tion pour pré­sen­ter ses reven­di­ca­tions aux direc­teurs du Fonds moné­taire inter­na­tio­nal (FMI) et de la Banque Mondiale ainsi qu’à l’ONU, dénon­çant les ravages des plans d’ajustement struc­tu­rel et leurs impacts sur les femmes.

20 ans plus tard, les Québécoises sont confron­tées à l’austérité, rap­pe­lant les dénon­cia­tions des pion­nières de la Marche : réduc­tion de l’appareil éta­tique, coupe des pro­grammes sociaux, l’éducation, la santé. Dans ce contexte, les ren­contres de mili­tantes du Sud ins­pirent et mobi­lisent. À ce titre, Laurence Hema Traoré, héroïne de l’alimentation bur­ki­na­bée d’Oxfam-Québec, était avec nous le 5 mars pour lancer la Marche. Mère de 13 enfants, elle a fondé l’association Munyu, qui ras­semble 10 000 femmes pour amé­lio­rer leurs condi­tions de vie. « Je connais la Marche, je sais com­ment on se bat, je sais com­ment on souffre. Si on se bat, ça ira ! »

Conclusion

Le mou­ve­ment des femmes au Québec et les OCI qué­bé­cois vivent depuis quelques années des cou­pures majeures, notam­ment dans les pro­grammes axés sur la défense des droits, et les consé­quences de ces cou­pures se font res­sen­tir dans le volume d’appui et l’énergie qu’elles peuvent four­nir dans le cadre de la Marche. Malgré un contexte morose, en raison des thèmes abor­dés et la mobi­li­sa­tion, ce mou­ve­ment montre sa per­ti­nence et son impor­tance. Tant que nos corps, notre Terre et nos ter­ri­toires ne seront pas libres, nous serons en marche !

Mobilisations

Le 24 avril : 12 h à 13 h, action orga­ni­sée par le CISO (http://​www​.ciso​.qc​.ca/​?​p​=​11976) contre la pré­ca­rité du tra­vail des femmes dans l’industrie tex­tile. Commémoration de l’effondrement du Rana Plaza, au Bangladesh.

Le 17 octobre : grand ras­sem­ble­ment, clô­ture de la Marche à Trois-Rivières. C’est un rendez-vous !

Ce billet du Blogue un seul monde (http://​quebec​.huf​fing​ton​post​.ca/​u​n​-​s​e​u​l​-​m​onde/) a été rédigé par Marie-Anne Cantin, Agente de pro­gramme éga­lité entre les femmes et les hommes au Comité qué­bé­cois femmes et déve­lop­pe­ment (CQFD) de l’Association qué­bé­coise des orga­nismes de coopé­ra­tion inter­na­tio­nale (AQOCI).

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