Justice environnementale et sociale

En route vers Rio+20 et au-delà

Par Mis en ligne le 29 janvier 2012

Mouvements Sociaux au Sommet des Peuples pour la jus­tice envi­ron­ne­men­tale et sociale, contre la mar­chan­di­sa­tion de la vie et de la nature, et pour la défense des biens com­muns

NOUS NOUS MOBILISONS ENSEMBLE EN ROUTE VERS RIO+20 ET AU-DELA

Pour Nos Droits et les Droits de la Nature, contre la Marchandisation de la Vie et le Reverdissement du Capitalisme

Nous, orga­ni­sa­tions, réseaux et mou­ve­ments sociaux, qui sommes impli­qués dans la construc­tion du Sommet des Peuples pour la jus­tice sociale et envi­ron­ne­men­tale, contre la mar­chan­di­sa­tion de la vie et de la nature, et pour la défense des biens com­muns qui se tien­dra à Río de Janeiro, Brésil, du 18 au 23 juin 2012, face au dérou­le­ment simul­tané dans cette même ville de la Conférence des Nations Unies sur le déve­lop­pe­ment durable (Río+20) , lan­çons un appel à la mobi­li­sa­tion et à la coor­di­na­tion des luttes en tous points de la pla­nète. Pour garan­tir que tous les peuples, en par­ti­cu­lier les plus vul­né­rables, auront le droit d’accéder à l’eau, aux ali­ments, à l’énergie, à la terre, aux semences et aux ter­ri­toires et à des moyens de vie dignes, et pour reven­di­quer les droits de la Terre Mère, nous sommes en train d’édifier ensemble, comme acti­vité de ce pro­ces­sus d’articulation, l’Assemblée per­ma­nente des Peuples , qui se tien­dra à Rio .

Cette assem­blée aura pour défi de faire entendre la voix des femmes et des hommes, jeunes et âgés, qui résistent jour après jour à l’avancée d’un modèle de déve­lop­pe­ment par défi­ni­tion non durable, dont le carac­tère dépré­da­teur et inhu­main cherche à sou­mettre chaque aspect de la vie à l’action du marché, fai­sant tou­jours passer les béné­fices de quelques-uns avant le bien-vivre de tous, alors qu’il essaie de pré­sen­ter un visage tou­jours plus « vert » der­rière lequel il peut se dis­si­mu­ler.

Ce fut pen­dant la Conférence sur l’environnement et le déve­lop­pe­ment de Río en 1992– dénom­mée Sommet de la Terre, ou Río 92 –, qu’une mobi­li­sa­tion sociale presque sans pré­cé­dent face à un rendez-vous des États vit naître, entre autres choses, la Convention sur la diver­sité bio­lo­gique et la Convention-cadre des Nations Unies sur le chan­ge­ment cli­ma­tique.

Or, les prin­cipes fon­da­teurs de cette Convention sur le chan­ge­ment cli­ma­tique – la res­pon­sa­bi­lité his­to­rique des pays indus­tria­li­sés dans le chan­ge­ment cli­ma­tique, la dette éco­lo­gique et cli­ma­tique, et par consé­quent les res­pon­sa­bi­li­tés com­munes mais au trai­te­ment dif­fé­ren­cié – souffrent aujourd’hui les attaques du capi­tal le plus concen­tré, dans sa ten­ta­tive de trans­for­mer la vie en une mar­chan­dise asser­vie à ses buts lucra­tifs. Après les reculs obser­vés lors des négo­cia­tions de Copenhague (2009) et de Cancún (2010), rien ne laisse espé­rer des résul­tats moins déce­vants de la CdP 17 à Durban (du 28 novembre au 9 décembre 2011). De même, à partir de la CdP 10 de la Convention sur la diver­sité bio­lo­gique qui eut lieu à Nagoya en 2010, la mar­chan­di­sa­tion de la nature prit le devant de la scène grâce à la pro­po­si­tion de « méca­nismes finan­ciers inno­vant », qui reprennent la même logique erro­née des mar­chés du car­bone.

Mais ce fut aussi à Río 92 déjà, que le monde des grandes entre­prises com­mença à bran­dir le dra­peau du « déve­lop­pe­ment durable », car il était pos­sible d’en faire une bonne affaire. Ce même concept, com­plété lors de Río+10 par celui de « res­pon­sa­bi­lité sociale des entre­prises » et pourri jusqu’à la moelle par l’ouverture et la déré­gle­men­ta­tion néo­li­bé­rale, et par la mon­dia­li­sa­tion de l’économie capi­ta­liste hégé­mo­nique, cause aujourd’hui des ravages dans la vie des peuples et de la pla­nète, et menace d’en pro­duire encore davan­tage. Et cette ten­dance s’amplifie par le biais des méca­nismes et des poli­tiques d’ajustement struc­tu­rel de ce qu’on appelle l’« éco­no­mie verte ». Tout comme le calen­drier néo­li­bé­ral de pri­va­ti­sa­tions des ser­vices publics dans les années 90, elle libé­ra­lise la Nature et la met à la dis­po­si­tion des mar­chés, en la divi­sant en com­po­sants – comme le car­bone, la bio­di­ver­sité ou les ser­vices envi­ron­ne­men­taux – pour faci­li­ter en même temps la spé­cu­la­tion finan­cière, la main­mise des entre­prises, la perte de la sou­ve­rai­neté ali­men­taire et le dépeu­ple­ment des ter­ri­toires.

Face à cette réa­lité, il faut que nous fas­sions de Río+20 un pro­ces­sus mon­dial de forte mobi­li­sa­tion, afin de lutter contre un sys­tème meur­trier qui cherche à se per­pé­tuer à tout prix, et pour ren­for­cer les luttes et les résis­tances néces­saires à notre survie grâce à l’élaboration d’alternatives non capi­ta­listes comme la sou­ve­rai­neté ali­men­taire. La conti­nuité et la pro­fon­deur des crises actuelles, leur carac­tère sys­té­mique et chaque fois plus mili­ta­risé et violent, le manque de réponses adé­quates de la part de la majo­rité des gou­ver­ne­ments, et le détour­ne­ment des ins­tances de négo­cia­tion mul­ti­la­té­rales au profit des inté­rêts géo­po­li­tiques et com­mer­ciaux, mettent en évi­dence la néces­sité urgente de construire un espace propre, plu­riel, démo­cra­tique et auto­nome, por­teur d’un mes­sage fort et avec des réus­sites concrètes, capable de s’instituer non seule­ment en caisse de réso­nance de nos dénon­cia­tions et de nos reven­di­ca­tions, mais aussi en mul­ti­pli­ca­teur de notre créa­ti­vité et de nos points forts, de notre soli­da­rité et de notre espoir.

Face à l’énorme ker­messe des fausses solu­tions que pré­parent pour Río+20 les grandes entre­prises, les banques et ins­ti­tu­tions finan­cières inter­na­tio­nales et les gou­ver­ne­ments com­plices, dans le but de conso­li­der un capi­ta­lisme reverdi comme unique réponse aux mul­tiples crises déclen­chées par eux – crises éco­no­mique, éco­lo­gique, ali­men­taire, éner­gé­tique, démo­cra­tique, cli­ma­tique, de droits, de genre, crise de civi­li­sa­tion pour tout dire -, le Sommet des Peuples devra répondre au défi de tisser et de rendre visibles les vraies solu­tions qui sont en voie d’élaboration par les peuples, à la cam­pagne, dans les forêts, dans les usines, dans les com­mu­nau­tés, les quar­tiers, les écoles et autres lieux de tra­vail et de ren­contre.

Nous invi­tons donc à nous impli­quer dans ce pro­ces­sus et à nous mobi­li­ser par­tout en vue de Río+20, en lan­çant des cam­pagnes et des ini­tia­tives de débat et de for­ma­tion, d’élargissement de plates-formes de stra­té­gie et d’action conjointe, de coor­di­na­tion et d’appui soli­daire entre les luttes concrètes et les reven­di­ca­tions ras­sem­bleuses.

Nous appe­lons les peuples et les mou­ve­ments qui luttent contre toutes les formes de dépré­da­tion et de domi­na­tion, à s’unir à nous en une Assemblée per­ma­nente des Peuples où, face à la mar­chan­di­sa­tion de la vie et au « rever­dis­se­ment » du capi­ta­lisme, nous affir­me­rons nos droits et ceux de la Nature par-dessus la rhé­to­rique de « l’ éco­no­mie verte ».

Au moyen de témoi­gnages et d’analyses, d’échanges et de soli­da­rité, de mobi­li­sa­tion et d’actions concrètes, cette Assemblée devra rele­ver le défi de ren­for­cer les luttes pré­sentes et de convo­quer à de nou­velles actions et à de nou­velles ini­tia­tives, qui crée­ront de nou­velles plates-formes d’unité. En ce sens, dans l’Assemblée per­ma­nente des Peuples, les lésés hommes et femmes, les vrais créan­ciers des dettes sociales et finan­cières, éco­lo­giques et cli­ma­tiques, démo­cra­tiques et de genre – que le capi­ta­lisme, le patriar­cat, l’impérialisme, le racisme et l’anthropocentrisme accu­mulent – auront pour gageure de contri­buer de façon signi­fi­ca­tive à la coor­di­na­tion de nos efforts divers pour construire des éco­no­mies et des socié ;tés non capi­ta­listes, justes et équi­tables, en har­mo­nie avec toutes et tous et avec la Nature , pour sur­mon­ter la faim, la pau­pé­ri­sa­tion, l’exploitation et l’oppression, en pre­nant appui sur les nom­breuses luttes en cours, et en nous aidant à nous pré­pa­rer pour affron­ter les défis stra­té­giques des temps pro­chains.

Nous réa­li­se­rons en outre des acti­vi­tés d’autogestion autour des aspects vitaux du pro­ces­sus de trans­for­ma­tion sys­té­mique et civi­li­sa­trice, nous cher­che­rons à connaître et à appuyer direc­te­ment les luttes des habi­tants de Río de Janeiro et de toutes parts, dans leurs efforts de survie face à la pous­sée du capi­ta­lisme et de son visage reverdi, en incluant les méga-évé­ne­ments, l’accaparement des terres, les méga­pro­jets, les méca­nismes dits de déve­lop­pe­ment propre et tout le fatras de sigles et de noms trom­peurs comme REDD, REDD+ ou bio­com­bus­tibles. Nous dénon­ce­rons les res­pon­sables, nous orga­ni­se­rons des actions directes et aussi, comme il convient, nous célè­bre­rons la vie et l’espoir qui naissent et se nour­rissent de nos com­bats et de nos conquêtes.

Nous appe­lons à nous mobi­li­ser pour construire le Sommet des Peuples pour la jus­tice sociale et envi­ron­ne­men­tale contre la mar­chan­di­sa­tion de la vie et pour la défense des biens com­muns, et l’ Assemblée per­ma­nente des Peuples , sur la base des mul­tiples luttes en cours, pour défendre la vie, la sou­ve­rai­neté – ali­men­taire, éner­gé­tique, finan­cière, ter­ri­to­riale, poli­tique -, l’autodétermination, l’égalité et les droits de l’homme et de la nature, en ana­ly­sant les ori­gines de la crise actuelle et les nou­velles moda­li­tés d’accumulation capi­ta­liste, de colo­ni­sa­tion et d’esclavage. Unissons-nous en tant que mou­ve­ments, orga­ni­sa­tions et réseaux sociaux pour que Rio+20 devienne une grande mobi­li­sa­tion popu­laire qui affer­misse les bases locales, régio­nales et mon­diales néces­saires pour rep ousser la charge du capi­ta­lisme « vert ». Rio+20 devrait être un point de départ pour un monde plus juste et plus soli­daire.

4 décembre 2011.

Nous vous atten­dons pour construire ensemble !

On ne vend pas la vie, on la défend !

C’est nous, les peuples, qui sommes les créan­ciers !

Mondialisons la lutte, mon­dia­li­sons l’espoir !

Nous mar­che­rons jusqu’à ce que nous soyons tous libres !

Alianza de Pueblos del Sur Acreedores de la Deuda Ecológica, Amis de la Terre d’Amérique Latine et des Caraïbes, Convergencia de Movimientos de los Pueblos de las Américas, Coordinadora Andina de Organizaciones Indígenas, Grassroots Global Justice, Grito Continental de los Excluid@s, Jubileo Sur/​Américas, Marche Mondiale des Femmes, Mouvement Mondial pour les Forêts Tropicales, Oilwatch, Via Campesina, Centre tri­con­ti­nen­tal

Les opi­nions expri­mées et les argu­ments avan­cés dans cet article demeurent l’entière res­pon­sa­bi­lité de l’auteur-e et ne reflètent pas néces­sai­re­ment ceux du CETRI.
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