UNIVERSITÉ POPULAIRE DES NCS – 2016

D’un printemps chaud à l’autre (1972-2012)

FSM 2016: Espace Émancipation

Par Mis en ligne le 08 août 2016

Vendredi 12 août 2016 à 9 h, à l’UQAM, DS-2585

Pratiquer la colère, c’est
déci­der, en toute conscience,
d’être à la même hau­teur que
ses rêves et ses convic­tions,
pour les regar­der bien en face

Hélène Pedneault

Front commun 72printemps étudiant2Au prin­temps 1972, une grève géné­rale éclate à la suite de la mobi­li­sa­tion des employé-es du sec­teur public et de l’arrestation des chefs syn­di­caux. Les mul­ti­tudes occupent les lieux publics, tiennent tête et finissent par impo­ser les reven­di­ca­tions du « monde ordi­naire ». Au prin­temps 2012, les étu­diants et les étu­diantes déclenchent un puis­sant mou­ve­ment de masse qui devient, avec les Carrés rouges, un mou­ve­ment citoyen inégalé dans l’histoire, car si « la lutte est étu­diante, le mou­ve­ment est popu­laire ». Le gou­ver­ne­ment est défait, le mou­ve­ment citoyen en sort ren­forcé. Quelles sont les leçons ? Quel est l’héritage ? Comment relire ce passé pour agir aujourd’hui ?

Les intervenantes et les intervenants

  • Fanny Theurillat-Cloutier (pro­fes­seure et syn­di­ca­liste)
  • Ghislaine Raymond (membre du col­lec­tif des Nouveaux Cahiers pour le socia­lisme)
  • Philippe Lapointe (syn­di­ca­liste)
  • Roger Rashi (Alternatives)

Quatre ans plus tard

Les hommes font leur propre his­toire, mais ils ne la font pas arbi­trai­re­ment, dans les condi­tions choi­sies par eux, mais dans des condi­tions direc­te­ment don­nées et héri­tées du passé. La tra­di­tion de toutes les géné­ra­tions mortes pèse d’un poids très lourd sur le cer­veau des vivants.
Marx*

Le mou­ve­ment étu­diant qui a débou­ché sur la grande mobi­li­sa­tion des Carrés rouges a résulté d’un « mou­ve­ment de mou­ve­ments », d’un vaste ensemble non seule­ment d’organisations, mais aussi d’initiatives citoyennes, dépas­sant de loin les fron­tières des mou­ve­ments orga­ni­sés. On pour­rait dire qu’il s’est pro­duit une nou­velle conver­gence, entre les « anciens » mou­ve­ments (syn­di­cats, réseaux fémi­nistes), les « nou­veaux » mou­ve­ments (jeunes, alter­mon­dia­listes, éco­lo­gistes) et, fait nou­veau, les « non-mou­ve­ments », c’est-à-dire les milieux mili­tants qui n’ont pas ou à peu près pas de réa­lité ins­ti­tu­tion­nelle, per­ma­nente et struc­tu­rée, mais qui ont tout de même la capa­cité de se concer­ter, de s’organiser et de se défi­nir par l’entremise de moyens non tra­di­tion­nels (les médias sociaux entre autres). La mobi­li­sa­tion a permis de rap­pro­cher des reven­di­ca­tions légi­times, « simples » et lar­ge­ment consen­suelles (« Non à la hausse ! ») avec le temps long, por­teur d’une autre vision du monde (« Non à la mar­chan­di­sa­tion du monde et à la liqui­da­tion du bien public ! »). La mobi­li­sa­tion a bien manœu­vré à tra­vers un vaste réper­toire d’actions de masse, très lar­ge­ment paci­fiques, inclu­sives et décen­tra­li­sées. Elle s’est construite sur la base d’alliances larges, adap­tées à diverses pro­blé­ma­tiques thé­ma­tiques et régio­nales. Le mou­ve­ment a repris le flam­beau de la par­ti­ci­pa­tion démo­cra­tique, a engagé des dizaines de mil­liers de per­sonnes (aux études ou non) dans la déli­bé­ra­tion, le dia­logue, le pro­ces­sus d’élaboration de stra­té­gies et l’organisation popu­laire. La mobi­li­sa­tion de 2012 a créé auprès d’une frange impor­tante de la popu­la­tion une iden­tité poli­ti­sée qui a été un des fac­teurs impor­tants de la défaite du gou­ver­ne­ment de droite. Contrairement à une cer­taine vision théo­lo­gique de l’histoire qui a eu beau­coup d’influence sur la pensée cri­tique, le monde n’est pas pro­grammé en fonc­tion d’une « marche iné­luc­table de l’Histoire » (l’héritage hégé­lien). À l’inverse, une pers­pec­tive uni­que­ment basée sur l’intervention immé­diate et volon­ta­riste, sans égard aux pro­fon­deurs his­to­riques et struc­tu­relles, mène à des impasses poli­tiques et théo­riques.

Pierre Beaudet (rédac­teur aux NCS

Références

• NADEAU-DUBOIS, Gabriel. « Enseignements prin­ta­niers : quelques élé­ments à rete­nir de la grève étu­diante de 2012 », Nouveaux Cahiers du socia­lisme, no 9, prin­temps 2013, p. 188-197
• FRAPPIER, André et Bernard RIOUX. Le prin­temps des carrés rouges : lutte étu­diante, crise sociale, loi liber­ti­cide, démo­cra­tie de la rue, Ville Mont-Royal, M Éditeur, 2012

*Karl Marx, Le 18 Brumaire de L. Napoléon Bonaparte, 1851. Édition en ligne publiée par les Classiques des sciences sociales : http://​clas​siques​.uqac​.ca/​c​l​a​s​s​i​q​u​e​s​/​M​a​r​x​_​k​a​r​l​/​1​8​_​b​r​u​m​a​i​n​e​_​l​o​u​i​s​_​b​o​n​a​p​a​r​t​e​/​1​8​_​b​r​u​m​a​i​n​e​_​l​o​u​i​s​_​b​o​n​a​p​a​r​t​e.pdf

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