Bref bilan de l’Université d’été des NCS et journées Alternatives

Par Mis en ligne le 04 septembre 2010

La pre­mière édi­tion de l’Université d’été des Nouveaux Cahiers du Socialisme qui s’est tenue les 24, 25 et 26 août der­nier, a pré­senté un agenda varié qui aura permis d’amorcer un bilan des luttes popu­laires tout en sug­gé­rant une réflexion quant aux pers­pec­tives anti­ca­pi­ta­listes.

À ce titre il faut sou­li­gner la pré­sen­ta­tion dyna­mique de Barbara Legault, porte-parole du groupe fémi­niste Rebelles, qui a défini les attaques contre les femmes mais éga­le­ment contre la popu­la­tion ouvrière comme un étant un « État de guerre ». Elle rap­pelle par exemple les ten­ta­tives du gou­ver­ne­ment Harper de cri­mi­na­li­ser à nou­veau l’avortement. Partisane de l’action directe, elle pro­pose de cibler les com­pa­gnies res­pon­sables de la dété­rio­ra­tion éco­no­mique et éco­lo­gique. Selon elle il faut cesser de légi­ti­mer les réformes à court terme en déve­lop­pant plutôt, par nous-mêmes, des façons de répondre à nos propres pro­blèmes. Elle ajoute que sans la néces­saire décen­tra­li­sa­tion des pou­voirs nos efforts en ce sens seraient vains.

Les repré­sen­tants du mou­ve­ment étu­diant Xavier Lafrance et Anne-Marie Provost ont dressé un bilan de la lutte pour la gra­tuité sco­laire à partir du mou­ve­ment de contes­ta­tion de 2005, tout en posant la ques­tion de la néces­sité d’un parti poli­tique. Selon eux, le rap­port de force à ce moment aurait dû leur per­mettre de gagner davan­tage même s’ils consi­dèrent avoir effec­tué une percée par­tielle sur la ques­tion de la gra­tuité sco­laire. En effet cette vaste mobi­li­sa­tion étu­diante arri­vait juste avant le décret de la loi 142 en décembre de la même année, loi qui allait impo­ser les condi­tions de tra­vail et un gel sala­rial aux employés et employées de l’État. Si le mou­ve­ment syn­di­cal s’était rangé der­rière la lutte étu­diante à ce moment, elle aurait faci­le­ment pu servir de cata­ly­seur contre le gou­ver­ne­ment Charest et prendre une dimen­sion qua­li­ta­ti­ve­ment dif­fé­rente.

La pré­sen­ta­tion de Ronald Cameron por­tant sur les défis du mou­ve­ment syn­di­cal, s’enchâssait dif­fi­ci­le­ment dans cette pers­pec­tive de luttes. Il a rap­pelé que les syn­di­cats sont d’abord des orga­nismes de défense tra­ver­sés par dif­fé­rents cou­rants poli­tiques. Il a sou­li­gné que la créa­tion du Secrétariat Intersyndical du Secteur Public (SISP) et le pacte de non marau­dage ont été des élé­ments qui ont aidé à consti­tuer une avan­cée majeure dans l’évolution du monde du tra­vail syn­di­qué.

Mais l’essentiel de son mes­sage ne per­met­tait pas de tirer un réel bilan et ne répon­dait pas à ceux qui croient que les mou­ve­ments popu­laires et alter­mon­dia­listes sont les nou­veaux acteurs qui peuvent appor­ter un chan­ge­ment social, sans rôle moteur du mou­ve­ment ouvrier orga­nisé. Présenter le syn­di­ca­lisme de par­te­na­riat comme étant sim­ple­ment un choix stra­té­gique, et omettre de men­tion­ner les impli­ca­tions pro­fondes et dra­ma­tiques d’un tel choix avant tout poli­tique, sans men­tion­ner les faits concrets, éva­cuait l’essentiel du débat.

Lors du budget de mars 2009, les diri­geants de la CSN et de la FTQ avaient apporté leur sou­tien, même s’ils l’avaient décrié quelques semaines aupa­ra­vant. Claudette Carbonneau disait qu’il s’agissait d’un des bud­gets les plus inter­ven­tion­nistes et Michel Arsenaut décla­rait, suite aux inves­tis­se­ments du Fonds de Solidarité avec le gou­ver­ne­ment que :« On le fait avec beau­coup de fierté… car il faut tra­ver­ser une crise ensemble, on est à l’heure de la soli­da­rité finan­cière ».

Ce budget ne cher­chait pour­tant qu’à se porter au secours des entre­prises pri­vées, refu­sant d’investir direc­te­ment dans des entre­prises publiques vouées à répondre aux besoins sociaux de la majo­rité. Ce budget main­te­nait tout juste les sommes réser­vée à l’éducation et à la santé et lais­sait toute la place aux par­te­na­riats public-privé ne pré­voyant rien pour l’environnement. Il fal­lait amor­cer la lutte à ce moment et pré­pa­rer le ter­rain pour la bataille du Front commun qui était à nos portes.

Les cen­trales n’ont pas plus réagi au budget Bachand de mars 2010 qui appro­fon­dis­sait cette ten­dance à la pri­va­ti­sa­tion, pré­fé­rant se concen­trer sur la stricte négo­cia­tion et délais­sant ainsi une coa­li­tion popu­laire et syn­di­cale qui se bat­tait pour­tant pour les mêmes enjeux : la pré­ser­va­tion des ser­vices publics. Ce sont des faits qu’il est essen­tiel de men­tion­ner si on veut offrir des pers­pec­tives au mou­ve­ment ouvrier.

La contri­bu­tion la plus impor­tante à ce cha­pitre, a été celle de Marie-Ève Rancourt, porte-parole de la coa­li­tion oppo­sée à la tari­fi­ca­tion et à la pri­va­ti­sa­tion des ser­vices publics, lors des jour­nées Alternatives du 27 au 29 août. Elle a pré­senté la coa­li­tion comme étant un front uni­taire de luttes qui se bat sur quatre thèmes ; la tari­fi­ca­tion, la pri­va­ti­sa­tion, les cou­pures dans les ser­vices publics et les cou­pures dans les pro­grammes sociaux.

Elle a pro­posé une lutte uni­taire sur deux fronts :

a) L’éducation ; mobi­li­ser dans le cadre des consul­ta­tions d’automne sur le gel des frais de sco­la­rité

b) La santé ; 1) Retrait des contri­bu­tions en santé

2) Non à l’introduction du ticket modé­ra­teur

3) Retrait des agences pri­vées

Comme le rap­pe­lait Xavier Lafrance en citant Karl Marx :

« C’est en lut­tant qu’on apprend à lutter ».

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