BATAY OUVRIYE

Mis en ligne le 13 janvier 2011

Entre les paroles creuses du gou­ver­ne­ment et les actes concrets d’imposition des impé­ria­listes, le peuple abasourdi…

Chaos, dou­leur géné­rale, soucis insur­mon­tables et sur­tout la peine… dépassent le dicible.

De ce séisme du 12 jan­vier le 2010, res­te­ront des images qui tor­tu­re­ront long­temps les esprits, et des sou­ve­nirs enfouis, irré­cu­pé­rables : de morts tel­le­ment chéris, de villes déjà fan­tômes, de rires disparus…

Mais il est néces­saire, malgré tout, de main­te­nir la tête froide ; il est obli­ga­toire de poser les pro­blèmes réels, pour visua­li­ser une sortie.

Pour com­men­cer, écar­ter l’interprétation qui vou­drait faire croire que c’est Dieu qui aurait agi, qu’il s’agirait d’une « malé­dic­tion »… Cette pers­pec­tive, très forte parmi ce peuple tel­le­ment croyant, occulte tou­te­fois les véri­tables causes qui sont tota­le­ment natu­relles et qui, gran­de­ment, avaient été pré­vues par des spé­cia­listes. D’un côté, elle par­ti­cipe à aug­men­ter la rési­gna­tion face à un tel « acte divin », en nous lais­sant inaptes et en don­nant lieu, donc, à un atten­tisme, une alié­na­tion ; d’autre part, elle masque l’absence et l’irresponsabilité de l’État qui avait été dûment pré­venu et aurait du faire ce qui lui était pos­sible, même avec ses capa­ci­tés réduites, pour tenter de résoudre au moins cer­taines des consé­quences. De ce point de vue, rien n’a été fait !

Maintenir donc la tête froide – dans la mesure du pos­sible – et poser les véri­tables pro­blèmes pour, dès lors, débou­cher sur des solu­tions réelles. Trois axes nous aide­ront à éclair­cir la situation :

• Contexte et moment où sur­vint le séisme ;

• Certains dan­gers qui se pré­sentent à nous ;

• Que faire pour rele­ver un défi si énorme ? À partir de l’intérêt de quelle classe ?

***

CONTEXTE ET MOMENT OÙ SURVINT LE SÉISME 

On s’en rap­pelle, depuis un cer­tain temps, le gou­ver­ne­ment, avec la bour­geoi­sie et ses tech­no­crates, par­laient « d’une réac­ti­va­tion de l’économie du pays ». En réa­lité, ce sont ces mêmes per­sonnes qui, durant les années ’80 sous Jean-Claude Duvalier, avaient cri­ti­qué ver­te­ment « le Plan Américain pour Haïti » qui, aujourd’hui, viennent à le pré­sen­ter comme planche de sau­ve­tage, par­lant de l’appliquer – sans y chan­ger une vir­gule ! De ce « plan », il faut savoir que non seule­ment il a échoué com­plè­te­ment (nous condui­sant au point où nous en sommes main­te­nant) mais, en outre, dans son échec com­plet, les classes domi­nantes et son État réac­tion­naire n’ont même pas pu l’appliquer cor­rec­te­ment. Actuellement, avec l’approfondissement de la crise, la situa­tion s’est aggra­vée. Ce marasme éco­no­mique s’est empiré avec la der­nière saison cyclo­nique de 2008 : non seule­ment la construc­tion d’infrastructures annon­cée n’a jamais été effec­tuée mais le gou­ver­ne­ment n’a pas non plus pu expli­quer la dis­pa­ri­tion d’une quan­tité sub­stan­tielle d’argent qui avait été ras­sem­blée pour résoudre la situation.

Une autre carac­té­ris­tique du moment était la conjonc­ture poli­tique : nous étions tou­jours dans la même crise glo­bale de repré­sen­ta­ti­vité et de légi­ti­mité au sommet de l’État. Les élec­tions séna­to­riales d’avril 2009 et le taux ridi­cule de par­ti­ci­pa­tion (autour de cinq pour cent) le prouvent ample­ment. D’autres élec­tions, pour les dépu­tés et maires, tout aussi déma­go­giques, devaient se tenir fin février. Aujourd’hui, elles ont été annu­lées, à point nommé ! Mais déjà de nom­breux conflits se des­si­naient avec l’exécutif qui ten­tait d’obtenir une majo­rité presque com­plète dans les deux chambres et ainsi assu­rer sa per­ma­nence, en pré­pa­rant alors les élec­tions pré­si­den­tielles de fin d’année avec un appa­reil tota­le­ment acquis à sa cause. Un parti appelé « Unité », com­posé de vils repré­sen­tants de la pire canaille mafieuse et cri­mi­nelle, était dési­gné par Préval pour confir­mer la « conti­nuité » de ce pro­ces­sus de sou­mis­sion totale au projet néo-libé­ral le plus abject de l’impérialisme où sala­rie du mini­mum cruel (moins de 2 dol­lars par jour !), chô­mage catas­tro­phique et domi­na­tion-répres­sion extrême figu­raient parmi ses carac­té­ris­tiques les plus évi­dentes. Pour défendre et assu­rer la mise en œuvre de ce projet, face à l’incapacité chro­nique des classes domi­nantes haï­tiennes et leur État réac­tion­naire, les forces mili­taires de l’ONU étaient ouver­te­ment pré­sentes et, sous pré­texte d’ « avoir été appe­lées » par les diri­geants haï­tiens, avaient déjà accom­pli 6 ans d’occupation concrète. Six ans ! où la répres­sion n’a cessé d’augmenter et le rôle de ces forces d’occu­pa­tion deve­nait chaque jour plus clair.

Cette « conti­nuité » qu’assurait Préval venaient à atteindre un point d’antagonisme extrême entre les poli­ti­ciens bour­geois qui défen­daient les dif­fé­rentes frac­tions domi­nantes, à tel point que plu­sieurs orga­ni­sa­tions, partis ou plates-formes d’« oppo­si­tion » pro­je­taient de boy­cot­ter les pro­chaines élec­tions de février en arguant les fraudes évi­dentes depuis le début du pro­ces­sus élec­to­ral. Le prin­ci­pal et véri­table « chef » de ce pro­ces­sus domi­nant, l’impérialisme (par­ti­cu­liè­re­ment amé­ri­cain), avait certes quelques contra­dic­tions avec la forme d’Etat si mafieuse et cri­mi­nelle atteint par l’exécutif pré­va­liste (sur­tout que ce der­nier …visait encore plus!) mais au moment du trem­ble­ment de terre, il le sou­te­nait encore clai­re­ment, assuré par la pré­sence les mili­taires inter­na­tio­naux et de la sou­mis­sion tacite du com­man­de­ment brésilien.

Tout ceci nous rap­pelle donc que nous étions à un moment réel­le­ment explo­sif de véri­table bataille poli­tique entre les frac­tions domi­nantes. Le séisme du 12 jan­vier, bien que mas­quant, d’une cer­taine manière, ces contra­dic­tions, en réa­lité ne les éli­mine en rien. Plusieurs de ces plates-formes d’« oppo­si­tion », demandent déjà en ce moment le renon­ce­ment de Préval ou, du moins, une « exten­sion du gouvernement ».

Face à tout ceci, se trou­vaient les masses popu­laires. En diverses occa­sions, elles ont démon­tré que l’objet de telles trac­ta­tions et contra­dic­tions secon­daires au centre ou autour du pou­voir n’étaient nul­le­ment de ses inté­rêts. Son absence dédai­gneuse et forte dans les der­nières élec­tions d’avril le 2009 a été suprê­me­ment claire. Elle démon­trait ainsi une par­faite com­pré­hen­sion des divers « jeux » domi­nants, posés loin d’elles. Et, peu avant le 12 jan­vier, à l’exception de quelques oppor­tu­nistes qui appuyaient le pro­ces­sus domi­nant, la grande majo­rité des tra­vailleurs et des masses popu­laires en géné­ral se pré­pa­rait, en silence, au boy­cott, pareillement.

Cette atti­tude, tou­te­fois, por­tait cer­taines contra­dic­tions de poids. D’une part on voyait clai­re­ment que l’exécutif ne pou­vait pas conti­nuer à gou­ver­ner de cette manière, mais on com­pre­nait aussi que l’engrenage où il se trou­vait ne lui per­met­tait pas de s’en sortir. Donc : Etat, impé­ria­listes et classes domi­nantes n’avaient pas de solu­tion ! Et ils étaient, consé­quem­ment, finis ! Et cette putré­fac­tion arri­vait à être défi­ni­tive. Mais, pour ce qui les concer­nait, les masses se ren­daient en même temps bien compte que cette putré­fac­tion pous­sait le pays – et elles sur­tout – vers l’abîme. Le manque d’une capa­cité sub­jec­tive de s’opposer était alors mani­feste.

Malgré cela, dans la mesure du pos­sible, d’une manière cer­tai­ne­ment encore par­tielle et ato­mi­sée, mais déci­dée, elles com­bat­taient. Et ceci était l’une des carac­té­ris­tiques les plus impor­tantes de ce moment : le renou­veau de la MOBILISATION. Il y eut la mobi­li­sa­tion bru­tale de la faim en avril 2008, la forte mobi­li­sa­tion des tra­vailleurs du tex­tile pour l’augmentation du salaire mini­mum quo­ti­dien à 200 gourdes, celle des vic­times ayant perdu argent et pro­prié­tés dans les coopé­ra­tives frau­du­leuses, la mobi­li­sa­tion des employés des ser­vices publics pour salaires non-perçus depuis des mois, les fou­gueuses mobi­li­sa­tions des étu­diants, et les fortes mobi­li­sa­tions géné­rales, tant face au pro­ces­sus de pri­va­ti­sa­tion des ser­vices publics que contre l’occupation… Face à toutes ces reven­di­ca­tions aussi légi­times que justes, le pou­voir n’a eu d’autre réponse que, tou­jours : la répres­sion ! Que ce soit par la police natio­nale, ou par la Minustah, une seule réponse : RÉPRESSION ! Une autre réac­tion de plus qui nous ensei­gnait le degré d’aboutissement où se trou­vait ce pou­voir, main­te­nant com­plè­te­ment réac­tion­naire. Et, immé­dia­te­ment, réap­pa­rais­sait à nou­veau, l’époque des assas­si­nats si liés à la période duva­lié­riste, les meurtres poli­tiques de mili­tants pro­gres­sistes qui diri­geaient les dif­fé­rentes luttes de l’époque.

Nous devons clai­re­ment nous rap­pe­ler de ce contexte dans lequel se trou­vait la for­ma­tion sociale haï­tienne quand sur­vint le séisme du 12 jan­vier. Et savoir qu’actuellement, bien que tou­jours frap­pés par la dou­leur et la peine, le chaos et l’incapacité pour nous autres du peuple de voir… entre­voir la jour­née pré­sente, voire parler du len­de­main, il n’a pas pour autant dis­paru.

En même temps, nous devons être conscients des contra­dic­tions du camp ennemi qu’ils uti­li­se­ront à coup sur pour, encore une fois, pour tenter de nous mys­ti­fier, pour pré­ci­sé­ment, tenter d’étouffer les contra­dic­tions essen­tielles qui nous dif­fé­ren­cient fon­da­men­ta­le­ment d’eux. Bien que la contra­dic­tion Lavalas-GNB ait pra­ti­que­ment com­plè­te­ment dis­pa­rue, bien que celle Lavalas-Lespwa se soit éva­nouie, bien que la dite « oppo­si­tion » bour­geoise n’est plus aussi active face a cette catas­trophe « com­mune », bien qu’aujourd’hui l’ennemi a des dif­fi­cul­tés pour en construire d’autre… ils auront tou­jours à en éta­blir de nou­velles pour nous divi­ser. Et le popu­lisme, natu­rel­le­ment, retour­nera à faire fonc­tion­ner ses tares.

Les contra­dic­tions des masses popu­laires face à ses enne­mis de classe, malgré la dévia­tion objec­tive entraî­née par le trem­ble­ment de terre, demeurent EXPLOSIVES au sein de la for­ma­tion sociale haï­tienne. A tout moment, un SOULÈVEMENT est POSSIBLE !

Dans ce cadre, tout comme le séisme a aplani le ter­rain pour per­mettre l’’emergence de NOUVELLES ALTERNATIVES POLITIQUES, simi­lai­re­ment, sans même sans rendre compte, le pour­ris­se­ment, s’il per­siste, entraî­nera la for­ma­tion sociale haï­tienne vers des abîmes infi­nis. Le retard pour­rait alors être fatal !

C’EST DANS CE CONTEXTE AUSSI COMPLEXE – ET COMPLIQUÉ – QUE, EN MOINS D’UNE MINUTE, LE SÉISME ET SA DÉVASTATION SURGIRENT… DOUBLE SITUATION.

CERTAINS DANGERS QUI SE PRÉSENTENT À NOUS

Dans le cadre de la situa­tion géné­rale que nous venons de rap­pe­ler, dans le cadre du projet de domi­na­tion et d’exploitation sans limite qu’ont l’impérialisme et les classes domi­nantes (TOUJOURS LÀ!), malgré toutes les formes d’« aide » dont on parle, la misère ira en aug­men­tant ! Quelques usines tex­tiles, par exemple, ont rou­vert leurs portes et là, avec le même salaire, ont doublé les tarifs de pro­duc­tion, car selon les pro­prié­taires : « il y a du retard » ! Certains com­merces, ser­vices et entre­prises locales pro­fitent de la situa­tion pour ne pas payer le salaire mini­mal cor­res­pon­dant, en allé­guant qu’ils « ne peuvent pas » !

Pendant ce temps, l’IMPÉRIALISME ENVAHIT CHAQUE JOUR PLUS ET AVEC DAVANTAGE DE FORCE, sous la pro­vi­den­tielle cou­ver­ture d’« aide huma­ni­taire ». Certainement, dans les condi­tions où se trouve le pays, nous avons besoin d’une aide « huma­ni­taire ». Toutefois, ce dont nous aurions besoin vrai­ment, c’est d’une SOLIDARITÉ réelle. De nos jours, tel qu’il est, le monde ne permet pas de se révé­ler à cette hau­teur – si natu­relle – d’humanité, mais, cepen­dant, elle existe. De nom­breux cama­rades de notre classe, de notre camp, sont mobi­li­sés et conti­nuent à se mobi­li­ser dans le cadre de cette soli­da­rité dont nous par­lons. Celles-ci s’accompagnent de posi­tions poli­tiques claires sur ce qui glo­ba­le­ment se passe, la manière dont cela arrive et, ainsi, elles prennent part acti­ve­ment davan­tage encore à la cla­ri­fi­ca­tion de la situation.

L’« aide huma­ni­taire » actuelle retrouve les morts, traite les malades, s’occupe des enfants… ; pour cela, envoyant méde­cins, médi­ca­ments, repas, eau… Mais ceci est la cou­ver­ture. Sérieusement et à long terme, il s’agit d’une « aide » uti­li­sée à la conso­li­da­tion et l’approfondissement de leur domi­na­tion. Les Etats-Unis, par exemple, prin­ci­pal pro­ta­go­niste de cet « huma­ni­taire », sont arri­vés avec une force mili­taire extra­or­di­naire ! Plus de 16 mille com­bat­tants ! Sur terre ou en navires de guerre, avec maté­riels de guerre ils arrivent, émer­geant de porte-avions. Porte-avions ! – qui signi­fie, autre­ment dit : bom­bar­de­ment pos­sible à tout moment… Ils patrouillent de jour comme de nuit et, sous pré­texte de porter une « sécu­rité », ils contrôlent toutes les réunions dans les espaces publics, sur­tout les quar­tiers populaires.

En même temps, il est clair que cette « aide » – disons mieux, cette main­mise du contrôle ter­ri­to­rial – cor­res­pond aux objec­tifs géo­po­li­tiques de ces impé­ria­listes dans le cadre de leur plan de contrôle de la région, comme le laissent clai­re­ment com­prendre tant la per­ma­nence des dif­fé­rentes bases en Amérique latine, que la réac­ti­va­tion de la Quatrième flotte, ou encore les der­niers accords signés par Obama avec Uribe en Colombie. Haïti arrive à repré­sen­ter un point clé inopiné (bien que depuis long­temps aspiré), cen­tral. En pas­sant par la dépen­dance qu’ils déve­loppent dans le peuple au moyen de ce pro­ces­sus fina­le­ment si déshu­ma­ni­sant, ils trans­forment ouver­te­ment l’occupation en une tutelle qu’ils pré­tendent défi­ni­tive (le temps « utile », disent-ils main­te­nant). En ce sens, les mots du pre­mier ministre fan­toche : « c’est vrai, nous per­dons ‘un peu’ de notre sou­ve­rai­neté », sont net­te­ment men­son­gers. De nos jours, Haïti a tout sim­ple­ment perdu TOUTE SA SOUVERAINETÉ !

Rappelons aussi que cette domi­na­tion a déjà échouée entiè­re­ment et lamen­ta­ble­ment. C’est ELLE pré­ci­sé­ment qui nous a conduit à la situa­tion chao­tique actuelle. Ainsi, devons-nous nous deman­der : la dite « recons­truc­tion », dans quel inté­rêt sera-t-elle diri­gée ? À la faveur de qui, de quels gens, de quelles classes ? Pour nous, clai­re­ment : cette « recons­truc­tion » sera faite CONTRE NOUS ! Pour com­men­cer, tout comme cela déjà se pro­duit parmi les bour­geois-gérants d’ici, ces incon­tour­nables repré­sen­tants des inté­rêts des mul­ti­na­tio­nales, la « recons­truc­tion » se réa­li­sera sur la base des mêmes salaires de misère que nous connais­sons. Clinton lui-même achève de se démas­quer en cla­ri­fiant pour les capi­ta­listes que « c’est le moment de faire de l’argent en Haïti ». ! ! ! … avec nos actuels salaires de misère et le pillage des der­nières réserves natu­relles res­tant sur ce ter­ri­toire tel­le­ment détruit. Parallèlement, ils le feront en sou­te­nant le sor­dide appa­reil éta­tique en place. Avec la pré­sence ren­for­cée de leur force mili­taire, c’est donc sur cette putré­fac­tion extrême qu’ils s’appuieront, tout en met­tant en œuvre rapi­de­ment son rem­pla­ce­ment par des coor­di­na­tions inter­na­tio­nales. Combiné au souci moral qu’ils doivent ména­ger et sou­te­nus par une pro­pa­gande mys­ti­fi­ca­trice de haut degré, ils conti­nuent à avan­cer dans ce projet his­to­rique qui par­ti­cipe de leur nature. Considérant les contra­dic­tions qu’ils ont avec l’État mafieux et cri­mi­nel qu’à la fois ils sup­portent, on est alors à se deman­der : quels sont les ajus­te­ments concrets en cours, quels sont les inté­rêts précis arti­cu­lés main­te­nant ? Sérieuse inter­ro­ga­tion s’il en est.

Cette « aide » dis­pen­sée, avec l’agressivité tel­le­ment évi­dente de l’Américain, entraîne des contra­dic­tions entre les dif­fé­rents pays impé­ria­listes. Certainement, l’hégémonie amé­ri­caine tend à dimi­nuer les contra­dic­tions pré­sentes. Mais ceci ne doit pas nous dis­traire. Il faut les prendre pour ce qu’elles sont et se méfier d’elles. Danger d’ampleur égale : au-delà des déci­sions des Haïtiens, les impé­ria­listes vont essayer de déci­der seule­ment entre eux, bien que chacun parle de le faire « avec les ins­ti­tu­tions légales en place ».

À côté de l’État putré­fié pré­ci­sé­ment « en place», ceci nous emmène direc­te­ment à l’utilisation des ONG. Elles, qui ont tou­jours dévié les masses popu­laires de leurs mobi­li­sa­tions de lutte ; elles, qui ont tou­jours eu une dif­fé­ren­cia­tion de salaire de leurs employés locaux, ce qui aidait à les sépa­rer pro­gres­si­ve­ment de leurs ori­gines de classe ; elles, qui s’imposaient en tout, pour ce qui à trait à la santé, l’éducation… le social en géné­ral, repré­sentent de nos jours une autre forme que pren­dra la tutelle.

Pour rele­ver ce défi si énorme qui se pré­sente à nous, il faudra prendre en consi­dé­ra­tion tous ces dangers.

QUE FAIRE POUR RELEVER CE DÉFI ? A PARTIR DE L’INTÉRÊT DE QUELLE CLASSE ? 

Dès les débuts de la période his­to­rique enga­gée au départ de Jean-Claude Duvalier en 1986, la gageure était déjà énorme pour les masses popu­laires, les tra­vailleurs, la classe ouvrière. De nos jours, elle l’est encore plus. Il est ainsi indis­pen­sable de faire preuve de tout notre cou­rage pour y faire face correctement.

Nous avons men­tionné cer­tains dan­gers impor­tants. Pour les contre­car­rer, nous devons per­mettre de les com­prendre rapi­de­ment et bien. À l’heure actuelle, avec les consé­quences ter­ribles du séisme, cela ne sera pas facile. Nous devrons trou­ver la meilleure façon pour trans­mettre nos mes­sages et les arti­cu­ler avec la réa­lité vécue concrète de chaque lieu, à chaque moment. Articuler la com­pré­hen­sion de la situa­tion avec l’obligation d’y faire face : aujourd’hui, plus que jamais, arti­cu­ler le mieux pos­sible l’agitation et la pro­pa­gande. La meilleure manière trou­vée devra viser à ce que les masses soient dis­po­sées à com­prendre la situa­tion, dans le but qu’elles soient dis­po­sées à y faire face.

Notre pré­sence directe parmi les masses, la pré­sence directe de tous les tra­vailleurs, des ouvriers les plus conscients, de chaque pro­gres­siste consé­quent, doit per­mettre d’avancer vers cet objec­tif. Il ne doit pas y avoir d’« attente » sta­tique par rap­port à la dite « aide », ni de décou­ra­ge­ment sté­rile. L’ennemi joue sur notre décou­ra­ge­ment, il joue sur notre atten­tisme, sur la dépen­dance des masses à leur égard, dépen­dance qui ne fera qu’augmenter si nous lais­sons s’échapper de nous le contrôle de ce processus.

Certainement, nous devons vivre, il nous faut VIVRE ! Plus encore après une catas­trophe aussi ter­rible. Mais notre vie en tant que tra­vailleurs, en tant que peuple, est aussi faite de LUTTE ! Plus encore après une catas­trophe aussi ter­rible. Dans notre stra­té­gie de vie, dans notre stra­té­gie pour appli­quer la ligne cor­recte du moment de lutte, nous devons donner une grande impor­tance aux dan­gers que nous men­tion­nions pré­cé­dem­ment. Nous devons per­mettre de com­prendre les véri­tables « enjeux » qui y sont liés, de toutes les manières pos­sibles, par notre pré­sence directe dans les quar­tiers encore exis­tant, dans les places publiques occu­pées, dans les usines et indus­tries fonc­tion­nant, dans la presse, au sein de nos familles … dans tous ces lieux nous devons faire savoir et dénon­cer cette aussi ter­rible catas­trophe qui nous attend et qui se pro­pose de détruire ce qui reste de notre pays en tant que tel.

Comme nous le disions, beau­coup de choses néga­tives se trament. Pour leur faire face, il faut avoir comme axe cen­tral les inté­rêts des tra­vailleurs, d’une manière posi­tive. IL FAUDRA TRANSFORMER LE NÉGATIF EN POSITIF. Pour cela, encore une fois, les inté­rêts des tra­vailleurs doivent être placés à l’avant-plan. Cela exige une com­pré­hen­sion de com­ment ces inté­rêts seront affec­tés par la catas­trophe, ce qui nous exige d’étudier les consé­quences maté­rielles, éco­no­miques et poli­tiques du séisme, ainsi que com­ment les classes enne­mies pré­tendent et s’organisent pour en tirer profit. Notre pré­sence mili­tante parmi les masses doit, enfin, s’exposer rapi­de­ment et avec beau­coup de force sur la scène poli­tique même.

Entre-temps et durant tous les temps à venir, parmi nous des masses, il doit exis­ter et se déve­lop­per encore plus une SOLIDARITÉ conti­nue et de forme diverse. Ceci nous dicte de prendre des INITIATIVES, à l’intérieur du pays comme à l’extérieur. Et, à son tour, ceci nous requiert de pou­voir rece­voir la soli­da­rité pro­ve­nant de nos cama­rades, amis, alliés. Nous devons nous orga­ni­ser à cette fin. Encore une fois, nous dis­tin­gue­rons très clai­re­ment cette soli­da­rité de l’« aide » impé­ria­liste. Sans aucun doute, cette soli­da­rité repré­sen­tera très peu par rap­port à l’« aide » qui arrive mais elle reste fon­da­men­tale. Nous devons la consi­dé­rer dans un esprit de LUTTE, avec l’objectif de construire le Camp du Peuple, seul camp capable de sortir le pays de l’abîme où il se trouve, unique camp capable de sortir notre for­ma­tion sociale, tout comme l’humanité entière de la tra­gé­die qui est la nôtre aujourd’hui.

Malgré tout, tout en sachant tous les pro­blèmes qu’entraîne cette « aide », tout en étant conscients des dévia­tions qu’elle véhi­cule, il nous faut trou­ver une manière pour qu’elle soit ren­table pour nous autres des masses popu­laires. Là encore, il faut qu’on se batte pour qu’elle arrive dans les lieux où nous sommes, dans tous les lieux où elle est néces­si­tée. Puis nous devons être pré­pa­rés à la rece­voir nous-mêmes, la dis­tri­buer nous-mêmes et de la meilleure forme pos­sible. Dans chaque lieu, il doit y avoir des comi­tés à cette fin. Ces comi­tés doivent être auto­nomes. Égrenant ainsi les bases pour la construc­tion-déve­lop­pe­ment d’organisations auto­nomes des masses popu­laires. Là aussi, nous devrons com­battre ceux qui s’organisent pour leur béné­fice propre uni­que­ment, ceux qui se sont tou­jours mon­trés être les voleurs de tou­jours. Dans les pré­sentes cir­cons­tances tel­le­ment ter­ribles, dans la mesure du pos­sible, il faut convaincre ceux qui peuvent l’être d’avoir une cer­taine conscience, qu’il n’est pas cor­rect d’intégrer de telles pra­tiques dans notre pro­ces­sus et, vis-à-vis de ceux qui insistent, les battre dans leurs actions, cor­rec­te­ment. Nos comi­tés doivent être hon­nêtes, sérieux, clairs, col­lec­tifs, orga­ni­sés de la meilleure manière, fermes, dyna­miques et com­ba­tifs. Combatifs puisque, outre les néga­tives trac­ta­tions du moment entre des membres alié­nés des masses elles-mêmes, nous devrons faire face, sur­tout, à l’offensive des classes domi­nantes, dans le cadre de leur projet de domi­na­tion-exploi­ta­tion qui ENCORE – et peut-être plus que jamais – EST SUR PIED. Pour cela, nos comi­tés de récep­tion de l’« aide », doivent consciem­ment se trans­for­mer en comi­tés de LUTTE. Soit comme bri­gades de résis­tance face aux voleurs, soit, encore une fois et sur­tout, face aux manœuvres des classes domi­nantes et leur État réac­tion­naire qui, par exemple – nous le savons – pro­jettent déjà de nous dépla­cer dans des « camps de sinis­trés », loin de la ville, loin d’où nous vivions, sans pré­oc­cu­pa­tion de com­ment ni où nous tra­vaille­rons, sans écoles, voire parler d’université ou autres centres sociaux néces­saires… sans aucune pré­oc­cu­pa­tion de com­ment nous allons VIVRE.

Vu tout cela, en plus de mettre sur pied le plus rapi­de­ment pos­sible nos comi­tés, il faudra bien conce­voir une coor­di­na­tion effec­tive entre eux, dans le cadre de notre BATAILLE. Actuellement de même que pour le futur. Pour tout cela, les prin­ci­paux res­pon­sables, dûment choi­sis par tous, auront à cen­tra­li­ser et syn­thé­ti­ser les requêtes, désirs et reven­di­ca­tions de tous et les retour­ner de manière orga­ni­sée, de nou­veau, à tous, à pré­sent plus avan­cés et en pro­jets. Ainsi, nous ren­drons notre pra­tique interne plus dyna­mique de telle sorte que, dès que mieux orga­ni­sés et forts, nous puis­sions faire face cor­rec­te­ment à l’ennemi et son projet adverse.

Il faut que nous soyons conscients aussi que, dans leur logique rachi­tique, les classes domi­nantes ont exprimé que : Port-au-Prince est détruit, cela veut dire que « le pays est détruit » ! Il ne faut pas s’y prendre ! Cette logique, en plus de se baser sur l’incapacité de l’Etat, tend à favo­ri­ser encore plus son désir de cen­tra­li­sa­tion du pou­voir, son objec­tif de main­te­nir son pou­voir, grâce aux forces armées étran­gères de tout type plus concen­trées à la capi­tale. Il ne faut pas y croire ! Nous autres devons dif­fu­ser et appli­quer notre com­pré­hen­sion de la situa­tion et notre concep­tion de l’action à tra­vers le pays entier, sur tout le ter­ri­toire ! Les mili­tants et tra­vailleurs conscients doivent pro­fi­ter du mou­ve­ment cen­tri­fuge des grandes masses pour amener par­tout la com­pré­hen­sion et la mobi­li­sa­tion adéquate.

Conjointement, nous devons, le plus tôt pos­sible, avan­cer à nou­veau dans les luttes glo­bales qui nous reviennent et qui plus que jamais doivent être en vigueur. Contre la pri­va­ti­sa­tion, contre la domi­na­tion… CONTRE L’OCCUPATION ! Parallèlement, et en même temps, retour­ner, dès que pos­sible, avec les prin­ci­pales reven­di­ca­tions de chaque classe de notre Camp, de chaque sec­teur des masses popu­laires. De fait, la réforme agraire doit s’effecteur dès à pré­sent et soli­de­ment, les écoles doivent évo­luer de manière tota­le­ment posi­tive pour nous, de même l’université, nos quar­tiers, nos salaires, les salaires publiques que nous per­ce­vons… … … Et pour com­men­cer : TOUS CEUX QUI LE SOUHAITENT DOIVENT POUVOIR TRAVAILLER ! De sorte que tous puissent trou­ver un revenu assuré, dans le cadre d’un plan géné­ral et bien arti­culé entre le tra­vail agri­cole, indus­triel, de ser­vices et tech­nique. Un plan géné­ral basé sur les inté­rêts des tra­vailleurs assu­rés et de manière adé­quate, SOUS LE CONTRÔLE DES TRAVAILLEURS, SOUS NOTRE CONTRÔLE. 

Pour tout cela, nous devons clai­re­ment déjà savoir que : l’Etat actuel ne pourra pas le faire, ne voudra pas le faire ce n’est pas notre Etat, ce n’est pas l’Etat des tra­vailleurs. Au contraire : c’est un Etat bour­geois, un Etat des classes domi­nantes, un Etat pro-impé­ria­liste, un Etat ANTI-TRAVAILLEURS, ANTI-PEUPLE, ANTI-NATIONAL. Dans le contexte d’où nous tire le séisme et que nous avons rap­pelé plus haut, cela est clai­re­ment évident. Cet Etat n’existe pas pour réa­li­ser nos inté­rêts, nous per­mettre d’atteindre nos objec­tif, même de façon mini­male. Si nous vou­lons pou­voir concrè­te­ment réa­li­ser nos inté­rêts à court, moyen et long terme, il nous faut UN AUTRE ETAT ! Il faut NOTRE ÉTAT À NOUS !

Tel qu’il est clair, tout ceci nous exige de nous BATTRE. La « recons­truc­tion » dont on parle est un ter­rain poli­tique natio­nal concret. Nous le disions déjà, les classes domi­nantes, liées à l’impérialisme, œuvrent à créer les condi­tions de conso­li­da­tion de leur propre poli­tique. Elles n’ont aucun inté­rêt à ce que la « recons­truc­tion » se fasse en dehors de ce plan, avec nos inté­rêts à l’avant-plan. Ce sont ELLES qui, pen­dant déjà plus de deux cent ans, ont « construit » cette saleté d’aujourd’hui. Nous devons, nous autres, poser la construc­tion de notre pays avec nos inté­rêts à l’avant plan, A PARTIR DES INTÉRÊTS DES MASSES POPULAIRES, DES INTERETS DES TRAVAILLEURS. Ceci n’a JAMAIS eu lieu dans ce pays. Et c’est CELA qui repré­sente l’unique solu­tion pour nous sortir de l’abime où ces san­gui­naires nous ont entraîné.

Pour cela, nous devrons avoir et déve­lop­per notre LIGNE stra­té­gique et tac­tique. Sortir nos reven­di­ca­tions du jour, indi­quant nos objec­tifs à long terme, avec ligne tac­tique et arti­cu­la­tion pré­cise. Par exemple, si nous sou­hai­tons obte­nir le contrôle des tra­vailleurs dont nous par­lons et que nous tous dési­rons, est-ce que, après une si ter­rible catas­trophe, nous pou­vons accep­ter dans le tex­tile de rece­voir les misé­rables 125 gourdes qu’ils nous infligent ? Et les autres tra­vailleurs : accep­te­ront-ils de retour­ner aux misé­rables 200 gourdes impo­sés ? NON ! Dès main­te­nant, le salaire ne peut être de misère comme anté­rieu­re­ment ! Pour pou­voir nous sortir nous-mêmes de cette situa­tion de cala­mité où nous nous trou­vons, nous devrons LUTTER ! Lutter pour en sortir de nous-mêmes, sans attendre que nous par­vienne « l’aide ». Bien que nous puis­sions, par néces­sité extrême, accep­ter de la rece­voir aujourd’hui, il ne faut pas que notre vie conti­nue ainsi éter­nel­le­ment, sans salaire de vie mini­male, où nous sommes réduits à la men­di­cité, où les bour­geois font de nous ce qu’ils veulent, où l’Etat est leur seul cor­res­pon­dant sou­tenu ! Et c’est pareil pour toutes nos autres reven­di­ca­tions : LEVONS NOUS POUR LES REVENDIQUER. Ainsi et dans ce pro­ces­sus même, nous nous orga­ni­se­rons de mieux en mieux pour mieux affron­ter l’avenir.

Ouvriers, tra­vailleurs et pro­gres­sistes consé­quents doivent œuvrer sans relâche pour que toutes les masses popu­laires s’inté­ressent à ces ques­tions fon­da­men­tales et s’engagent, déci­dé­ment, à les résoudre, en se déga­geant, dès le départ, de la logique atten­tiste qui se déve­loppe chez nous bien que clai­re­ment nous nous ren­dions compte – nous le savons bien, car nous étions en train de le véri­fier lors de la période anté­rieure au séisme – que leur plan, par­tiel ou géné­ral, n’était pas le nôtre.

En sachant clai­re­ment (et en le posant dès le départ) que notre construc­tion-recons­truc­tion réelle se situe prin­ci­pa­le­ment au plan stra­té­gique, nous ne pou­vons pas non plus ne pas être pré­sents dans cette ques­tion IMMÉDIATE et lais­ser sim­ple­ment que les impé­ria­listes avec la putré­fac­tion éta­tique en place se chargent de la déve­lop­per eux seuls et, ainsi, faci­le­ment véhi­cu­ler uni­que­ment leur point de vue.

Nous devons poser de suite que cette recons­truc­tion doit être non seule­ment phy­sique (infra­struc­tures, ser­vices qu’on doit nous res­ti­tuer, habi­tat conve­nable et cor­rect, trans­port adé­quat, rela­tions étu­diées et fluides entre les dif­fé­rentes par­ties de la ville qui nous touchent, nous tra­vailleurs…) ; mais aussi et sur­tout de rela­tions SOCIALES : le projet de recons­truc­tion est avant tout un projet SOCIAL. Avec une nou­velle concep­tion du déve­lop­pe­ment agri­cole et indus­triel, ses arti­cu­la­tions, où un État fort et capable déci­dera de manière auto­nome des formes concrètes de mobi­li­sa­tion du Capital, avec une poli­tique étran­gère aussi récem­ment et radi­ca­le­ment dif­fé­rente, en com­men­çant par la DÉSOCCUPATION du pays, récu­pé­rant ainsi sa SOUVERAINETÉ COMPLÈTE : sou­ve­rai­neté admi­nis­tra­tive, ali­men­taire, sou­ve­rai­neté com­plète dans le cadre de nos déci­sions fon­da­men­tales… SOUVERAINETÉ POLITIQUE !

Dans et pour tout ceci, il est besoin de nou­velles rela­tions sociales dans la pro­duc­tion et dans la vie en géné­ral. Si le nouvel État alors en fonc­tion­ne­ment conti­nue d’avoir besoin d’une « aide » qui pour­rait, peut-être, devoir conti­nuer à arri­ver, cela sera fait selon une nou­velle concep­tion où la pra­tique en cours sera, comme nous l’avons déjà dit, de SOLIDARITÉ RÉELLE, celle qui existe entre les tra­vailleurs, entre les peuples natu­rel­le­ment frères.

Sans cette BATAILLE, l’État au « pou­voir » sera tou­jours laquais et vil. Avec notam­ment celui en place actuel­le­ment, la « recons­truc­tion » se fera dans le cadre d’une dépen­dance mor­telle, sous une occu­pa­tion effec­tive, trans­for­mée peu à peu en tutelle objec­tive, laquelle aug­men­tera de jour en jour, malgré tous les mots mys­ti­fi­ca­teurs des « diri­geants », les­quels expriment sim­ple­ment qu’ils n’ont pas encore reçu la quan­tité atten­due pour lubri­fier leurs poches.

Avec les inté­rêts des tra­vailleurs tou­jours à l’avant, nous du Camp du Peuple, effec­tue­rons ensemble la recons­truc­tion néces­saire. À Batay Ouvriye, c’est dans ce sens que nous tra­vaillons. Notre pra­tique face à la catas­trophe doit ensemble nous emme­ner sur la scène poli­tique. De manière égale, nos pra­tiques face à la catas­trophe doivent être inté­grées dans celles que nous avions tou­jours, pen­dant que ces der­nières doivent émer­ger à nou­veau : double mou­ve­ment, seule manière d’envahir cette scène poli­tique de manière réel­le­ment auto­nome. Prendre l’ennemi en tenaille : c’est de cela qu’il s’agit !

Avec la même concep­tion dia­lec­tique, la pra­tique de lutte doit en même temps être portée au niveau inter­na­tio­nal. Bien arti­cu­lées, elles doivent toutes retrou­ver le rythme « en phase » qui com­men­çait à être le leur. Toutes les orga­ni­sa­tions pro­gres­sistes devraient consi­dé­rer de faire de même, étu­dier les pro­po­si­tions tran­si­toires que nous appor­tons aujourd’hui et, dans la mesure du pos­sible, com­men­cer à appli­quer ce qu’elles trou­ve­ront adé­quates. Une coor­di­na­tion effec­tive sera alors néces­saire, res­pec­tant l’autonomie de chaque orga­ni­sa­tion mais clai­re­ment viser à effec­tuer un pas addi­tion­nel dans la construc­tion du Camp du Peuple.

Nous devons pré­ci­ser que cette pra­tique est déjà en cours, non seule­ment sur le ter­rain mais éga­le­ment au niveau inter­na­tio­nal. La soli­da­rité réelle est en marche en Amérique Latine, en Europe, en Afrique… et aux Etats-Unis mêmes. Elle se réa­lise, conjoin­te­ment avec des rap­pro­che­ments poli­tiques, des débuts ou confir­mant ceux déjà mis sur pied. Ensemble, avec tous nos cama­rades soli­daires, nous avan­çons fermement.

Entre-temps, dans notre pays même, nous ouvriers, tra­vailleurs de tout type, pro­gres­sistes consé­quents, IL NOUS FAUT AVANCER CONCRÈTEMENT ! Dans la LUTTE concrète actuelle, dans le cadre de notre objec­tif qu’alimentent nos aspi­ra­tions les plus profondes.

La capa­cité répres­sive de l’ennemi a énor­mé­ment aug­men­tée, grâce à l’envoi de toutes ces forces armées qui nous ont envahi sans deman­der notre avis, avec le pré­texte de l’ « aide huma­ni­taire » que nous connais­sons. Mais, jus­te­ment, pour arri­ver à conti­nuer d’exister poli­ti­que­ment, c’est seule­ment en avan­çant que nous garan­ti­rons cette capacité.

Sans relâche et avec force, nous devons clai­re­ment expo­ser ce que nous refusons !

Sans relâche et avec force, nous devons clai­re­ment expo­ser ce pour quoi nous luttons !

Sans relâche et avec force, MAINTENANT !

Rapidement et tou­jours, nous devons expo­ser clai­re­ment nos actions

Pendant que nous tra­vail­lions à ce que plus de gens y adhèrent

De manière struc­tu­rée et bien organisée

Sans relâche et avec force, lut­tons pour la victoire !

VIVE LA LUTTE DU PEUPLE HAÏTIEN !

VIVE LA LUTTE DES TRAVAILLEURS !

VIVE LA LUTTE DE LA CLASSE OUVRIÈRE !

VIVE LA SOLIDARITÉ NATIONALE ET INTERNATIONALE ENTRE TRAVAILLEURS !

Si, réel­le­ment, nous subis­sons une situa­tion atroce

Ajoutant à nos déboires déjà si indicibles

IL NOUS FAUT NOUS RELEVER

DEBOUTS !

AVEC NOS INTÉRÊTS COMME SEULE BOUSSOLE

Notre vie faite de tra­vail et de lutte

Doit aujourd’hui avoir un objec­tif clair : 

GUÉRIR LE PAYS UNE FOIS POUR TOUTES !

Port-au-Prince, ce 7 février 2010

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