Après une année d’indécision la reconstruction d’Haïti stagne

Par Mis en ligne le 14 janvier 2011

Dans un rap­port publié aujourd’hui , l’organisation inter­na­tio­nale Oxfam a fait appel aux auto­ri­tés d’Haïti pour faire avan­cer, avec le sou­tien de la com­mu­nauté inter­na­tio­nale, les pro­jets de lan­ce­ment de la recons­truc­tion de ce pays anéanti, afin de per­mettre à près d’un mil­lion de per­sonnes, vivant tou­jours dans des tentes et sous des bâches, de se relo­ca­li­ser ou de ren­trer chez eux.

Ce rap­port, inti­tulé « De l’urgence au relè­ve­ment », impute le manque de pro­grès à une com­bi­nai­son han­di­ca­pante d’indécision de la part du gou­ver­ne­ment d’Haïti, de pour­suite trop fré­quente de leurs propres prio­ri­tés d’aide par les pays dona­teurs riches, et du manque d’énergie de la Commission inté­ri­maire pour la recons­truc­tion d’Haïti, qui avait été éta­blie pour coor­don­ner les efforts de recons­truc­tion et déve­lop­per les fonc­tions de l’état.

Selon Roland Van Hauwermeiren, Directeur Pays d’Oxfam en Haïti : « Cela a été une année d’atermoiements qui a mis la recons­truc­tion d’Haïti en sus­pens. Près d’un mil­lion de per­sonnes vivent encore dans des tentes ou sous des bâches et les cen­taines de mil­liers d’autres qui vivent dans les décombres de la ville ne savent tou­jours pas quand ils pour­ront ren­trer chez eux.

Reconstruire ce pays dévasté ne se fera pas du jour au len­de­main, mais il y a des déci­sions cru­ciales à propos de l’emploi, du déblaie­ment des décombres, de la répa­ra­tion des loge­ments et de l’allocation des terres pour les per­sonnes qui ne seront pas en mesure de retour­ner dans leurs foyers qui peuvent et doivent être prises d’urgence. Nous avons main­te­nant besoin que le nou­veau gou­ver­ne­ment d’Haïti endosse son rôle de leader. La com­mu­nauté inter­na­tio­nale, y com­pris les ONG, doit s’unir afin de sou­te­nir le gou­ver­ne­ment de telle sorte que les auto­ri­tés haï­tiennes aient une chance de réus­sir. »

Malgré le succès des opé­ra­tions d’aide d’urgence après le séisme de l’an der­nier, la recons­truc­tion à long terme de la catas­trophe a tout juste com­mencé. Les dons des par­ti­cu­liers ainsi que les finan­ce­ments des gou­ver­ne­ments dona­teurs et des ins­ti­tu­tions mul­ti­la­té­rales pour l’effort d’aide d’urgence ont été excep­tion­nel­le­ment géné­reux. Toutefois, seule­ment 42 % des 2,1 mil­liards de dol­lars promis par les gou­ver­ne­ments en 2010 ont été donnés à la fin de l’année, selon le bureau de l’envoyé spé­cial de l’ONU en Haïti.

« De trop nom­breux dona­teurs des pays riches ont suivi leurs propres prio­ri­tés d’aide et ne se sont pas coor­don­nés effi­ca­ce­ment ou n’ont pas suf­fi­sam­ment tra­vaillé de concert avec le gou­ver­ne­ment haï­tien. Ceci a eu pour effet d’affaiblir très sérieu­se­ment la capa­cité du gou­ver­ne­ment à pla­ni­fier et à tenir ses enga­ge­ments au nom de sa res­pon­sa­bi­lité sou­ve­raine – mener la recons­truc­tion », a pré­cisé Roland Van Hauwermeiren.

La plu­part des dona­teurs ont libéré des fonds pour des loge­ments de tran­si­tion mais très peu d’argent pour déblayer les décombres ou répa­rer les mai­sons. Un an après, seule­ment

5 % des décombres ont été déga­gés et à peine 15 % des loge­ments tem­po­raires de base ont été construits. La construc­tion des mai­sons à grande échelle ne peut pas com­men­cer avant que la quan­tité énorme de débris ait été déga­gée. Le gou­ver­ne­ment et les don­neurs doivent accor­der la prio­rité à cette étape tout à fait fon­da­men­tale pour aider les gens à ren­trer chez eux.

La Commission Intérimaire de Reconstruction d’Haïti, diri­gée par l’ancien pré­sident amé­ri­cain Bill Clinton et le Premier Ministre haï­tien Jean-Max Bellerive, a été mise en place en avril 2010 afin de faci­li­ter la coor­di­na­tion des pro­jets de recons­truc­tion et de sou­te­nir les minis­tères haï­tien dans leur mise en œuvre. Jusqu’à pré­sent, la Commission n’a pas été à la hau­teur de son mandat. De nom­breux fonc­tion­naires haï­tiens n’ont tou­jours pas la capa­cité tech­nique de diri­ger ces opé­ra­tions et pra­ti­que­ment aucun des pro­jets majeurs de recons­truc­tion n’a débuté. La Commission est pour­tant un élé­ment moteur dans la recons­truc­tion et elle se doit de sortir du bour­bier de l’indécision et des retards.

En dépit de la crise poli­tique actuelle, les élites poli­tiques et éco­no­miques d’Haïti ont encore une oppor­tu­nité unique de s’attaquer à un grand nombre de pro­blèmes qui ont entravé le déve­lop­pe­ment du pays. Mais ce pro­ces­sus doit débu­ter sans plus tarder.

« Avant toute chose, les Haïtiens veulent retour­ner au tra­vail et sub­ve­nir aux besoins de leurs familles. Ils ne demandent pas la cha­rité mais une oppor­tu­nité d’être partie pre­nante du pro­ces­sus de recons­truc­tion de leur propre pays. Après être passés par tant d’épreuves l’année der­nière, ils méritent cette chance », a déclaré mon­sieur Van Hauwermeiren.

Depuis un an, Oxfam a fourni une assis­tance à plus de un mil­lion de per­sonnes dans le cadre de deux inter­ven­tions d’urgence : l’une pour le secours direc­te­ment lié au séisme et l’autre pour répondre à l’épidémie de cho­léra qui a frappé le pays depuis octobre 2010, fai­sant plus de 2 600 vic­times.

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