Ap­parence, hy­per­sex­ual­isa­tion et pornographie

Par Mis en ligne le 05 septembre 2010

Sé­duire, c’est mourir comme réal­ité et se pro­duire comme leurre.
— Jean Bau­drillard[1]

Faites votre ciné­ma XXX ! Si­lence, on jouit ! Guide du top dix des films éro­tiques. Les films pornographiques peu­vent al­imenter votre vie sex­uelle ! Pré­parons le pop-​corn et le lu­bri­fi­ant ! Cours de danse sexy pour boost­er la sé­duc­trice en nous ! Fais-​moi mal chéri ! Fes­ti­val de la bran­lette !

Ce ne sont pas des titres coif­fant des DVD pornographiques ou des ar­ti­cles de mag­azines pour hommes ! Ces titres sont tirés du mag­azine FA (Femmes d’au­jourd’hui, mai 2008), pub­lié par TVA Pub­li­ca­tions, une com­pag­nie de la multi­na­tionale Que­becor qui pos­sède égale­ment la prin­ci­pale chaîne privée de la télévi­sion québé­coise. FA racole pour la pornogra­phie en ten­tant de con­va­in­cre les femmes que celle-​ci est glam­our, sexy et en­richissante. Ce mag­azine a le sou­tien fi­nancier du gou­verne­ment cana­di­en, par l’en­trem­ise du Pro­gramme d’aide aux pub­li­ca­tions et du Fonds du Cana­da pour les mag­azines, pour ses en­vois postaux et ses coûts ré­dac­tion­nels.

Le groupe Que­becor est pro­prié­taire de Vidéotron, l’une des prin­ci­pales com­pag­nies de câblodis­tri­bu­tion et de con­nex­ion à In­ter­net. Par con­séquent, Que­becor s’avère l’un des prin­ci­paux dif­fuseurs de la pornogra­phie à la télévi­sion, par In­ter­net et par la télé­phonie sans fil. Le groupe en­cour­age ou­verte­ment sa dif­fu­sion dans ses nom­breux mag­azines et ses heb­do­madaires gra­tu­its. La multi­na­tionale con­trôle égale­ment les prin­ci­paux por­tails com­mer­ci­aux québé­cois de l’In­ter­net, dont un mo­teur de recherche, des agences de ren­con­tre ain­si que des réseaux de com­mu­nautés en ligne.

Les mag­azines comme FA sont l’aboutisse­ment d’une ten­dance à l’œu­vre depuis les an­nées 1990, soit depuis que la pornogra­phie s’ébat avec suc­cès hors de son ghet­to, en im­posant ses normes.

La presse fémi­nine

La presse fémi­nine, qui était tra­di­tion­nelle­ment sen­ti­men­tale, est de­venue « sex­uelle » ; le « si on se fi­ançait » a évolué pour de­venir « com­ment met­tre un homme dans son lit » (Isa, mars 2001). Elle fait net­te­ment écho à l’im­agerie pornographique. L’acte sex­uel est dis­so­cié des sen­ti­ments, ce qui, on le sait, est la trame même du dis­cours pornographique : « In­stant sexe, le guide de l’amour rapi­do-​incog­ni­to », titre Vingt ans (mai 2000), un mag­azine con­som­mé par les ado­les­centes et même les préado­les­centes.

Il s’ag­it non seule­ment de « boost­er son plaisir » (Bi­en dans ma vie !, été 2005) et de croire que tout ce qui est pornographique est hot, mais surtout de réguler la sex­ual­ité fémi­nine au­tour de l’idée de la per­for­mance sex­uelle. Les femmes et les ado­les­centes doivent ab­sol­ument vivre une sex­ual­ité épanouie[2]. Cette dernière ex­ige à la fois une con­nais­sance tech­nique du corps, sa mise en con­di­tion (si ce n’est sa trans­for­ma­tion) et l’adop­tion de pra­tiques pornographiques : « Utilisez les sexy toys ! » (Isa, juil­let 2003), « Et si je lui fai­sais un strip-​tease ? » (Bi­en dans ma vie !, été 2005).  « Avez-​vous le corps de ses en­vies ? » de­mande Je­une et Jolie (mars 2007).

Soyez au­da­cieuses ! Dis­tinguez-​vous ! N’hésitez à adopter le perçage, le tatouage et même la scar­ifi­ca­tion (Adorable, novem­bre 2005). Puisque ces pra­tiques « font main­tenant sen­sa­tion auprès des femmes », faites donc comme les autres, soyez de votre temps, laisse en­ten­dre le mag­azine ! C’est la quadra­ture du cer­cle : il faut réus­sir à se dé­mar­quer des autres tout en faisant comme tout le monde !

Adoptez d’autres po­si­tions sex­uelles, ap­prenez à aimer les actes sex­uels vus dans la pornogra­phie, amusez-​vous avec les jou­ets sex­uels, vous con­naîtrez un épanouisse­ment sex­uel et, par con­séquent, un épanouisse­ment per­son­nel, pre­scrivent les mag­azines pour filles. L’époque, on le voit bi­en, est à l’or­don­nance de normes à suiv­re.

Les mag­azines féminins raco­lent pour les sex-​shops, font la pro­mo­tion de leurs gad­gets… Dans son numéro de novem­bre-​décem­bre 2005, Jalouse of­fre à ses lec­tri­ces un vi­bro­masseur. Selon le di­recteur du mag­azine, « ven­dre un vi­bro­masseur avec Jalouse cor­re­spond par­faite­ment à sa vo­ca­tion avant-​gardiste ».

Dans ces mag­azines, l’éman­ci­pa­tion et l’au­tonomie féminines se ré­duisent à l’ac­com­plisse­ment sex­uel per­for­matif in­di­vidu­el et à l’adop­tion de codes pornographiques.

À lire les mag­azines féminins, qu’ils soient pour ado­les­centes ou pour femmes, on ne peut pas être sur­pris par la crois­sance de la con­som­ma­tion de pornogra­phie par les femmes. C’est ce qui est nou­veau par rap­port à ce qui se pra­ti­quait voici vingt ans, où cette con­som­ma­tion était es­sen­tielle­ment mas­cu­line.

La pub­lic­ité « porno chic »

Luxe et sexe font bon mé­nage. Saphisme, sado­masochisme, vi­ol col­lec­tif, fétichisme, zoophilie, etc., sont des thèmes ex­ploités dans la com­mu­ni­ca­tion pub­lic­itaire.

Le « porno chic » désigne une pra­tique pub­lic­itaire qui puise son in­spi­ra­tion di­recte­ment dans la pornogra­phie. Le but prin­ci­pal de cette pub­lic­ité, out­re le fait qu’elle vi­sait à élargir la clien­tèle, est de retenir l’at­ten­tion du pub­lic et d’in­flu­encer son opin­ion à l’égard de la mar­que. La stratégie du « porno chic » des grandes mar­ques de luxe a pour ob­jec­tif de sus­citer un désir chez le con­som­ma­teur tout en lui faisant mé­moris­er la mar­que, ce pourquoi la provo­ca­tion est très utile. « En im­pli­quant forte­ment le con­som­ma­teur, le shock­ver­tis­ing [pub­lic­ité provo­ca­trice] garan­tit la re­mar­qua­bil­ité de l’an­nonce et aug­mente son taux de mé­mori­sa­tion de manière sub­stantielle[3]. » Ce type de stratégie de com­mu­ni­ca­tion peut s’avér­er très ef­fi­cace. « Dans un en­vi­ron­nement pub­lic­itaire en­com­bré, un con­tenu pub­lic­itaire choquant as­sure au mes­sage d’être en­ten­du », at­tes­tent des chercheurs[4].

La « vogue sex-​shop de la pub­lic­ité » a été la mar­que de com­merce de groupes comme Gaulti­er, Hel­mut Lang et Mu­gler[5]. Les mar­ques de luxe Guc­ci, Ver­sace, Dior ou Vuit­ton, puis celles de prêt-​à-​porter comme Er­am et Amer­ican Ap­par­el, ont à leur tour adop­té les codes de la pornogra­phie pour pub­li­cis­er leurs pro­duits. Il est de bon ton de mon­tr­er une femme dénudée en po­si­tion de soumis­sion à un homme (We­st­on). Des les­bi­ennes se pourlèchent pour un sac à main Un­garo. Un homme of­fre une bague Natan, la femme ou­vre alors les jambes pour mon­tr­er sa disponi­bil­ité sex­uelle ; le bi­jou est décrit comme « la pre­mière télé­com­mande ja­mais in­ven­tée ».

Le « pornographisme » de la pub­lic­ité n’utilise pas que la nu­dité fémi­nine, ni ne pra­tique que l’ex­ac­er­ba­tion de la féminité, il met fon­da­men­tale­ment en scène la soumis­sion des femmes et leur as­servisse­ment sex­uel. Le pro­duit pro­mu est as­so­cié à l’ac­cès sex­uel aux femmes. Cette ob­jec­ti­va­tion sex­iste éro­tise égale­ment l’agres­sion sex­uelle. La vi­olence pornographique et ses sym­bol­es sont repris et mis au goût du jour. Les marins de Minute Maid se livrent à un gang­bang. Le sado­masochisme, le fétichisme et le bondage sont à l’hon­neur. Cuir, la­tex, skaï, fes­sée, flag­el­la­tion, menottes, des cuirass­es mé­talliques aux cein­tures de chasteté, les codes pornographiques sado­masochistes ont en­vahi la pub­lic­ité. La zoophilie est ba­nal­isée. La mod­èle de Kookaï est en po­si­tion de lev­rette de­vant un mou­ton, parce qu’elle a « en­vie d’un pull ». Chez Sis­ley, une femme presse les pis d’une vache, dont le jet cou­vre sa fig­ure, rap­pelant l’éjac­ula­tion fa­ciale du ciné­ma X. Le tourisme sex­uel y trou­ve égale­ment son compte. Une pub­lic­ité de Thalys, faisant la pro­mo­tion, à l’époque des fêtes de Noël, d’un voy­age en train pour Am­ster­dam, mon­tre un Père Noël touriste de­vant une vit­rine où un renne pros­ti­tué at­tend sa vis­ite.

Le « porno chic » joue sur tous les tabous, y com­pris sur celui de la pé­dophilie : des gamines util­isées comme man­nequins sont age­nouil­lées, jambes écartées, seins dénudés (Sis­ley), léchant une sucette (Lee) ou ten­ant un our­son (« Ar­rêtez de jouer tout seul ! » as­sène Goa).

Des fess­es de femmes pour van­ter un pho­to­copieur, des seins pour ven­dre du par­fum, des jambes pour les au­to­mo­biles, des blon­des in­in­tel­li­gentes pour de la bière ou d’autres pro­duits… la pub­lic­ité sex­iste ex­iste depuis longtemps. Elle a, par con­tre, été am­pli­fiée de façon rad­icale par l’adop­tion des codes pornographiques.

La mode hy­per­sex­ual­isée

« À quoi re­con­naît-​on une pros­ti­tuée ? », de­mande Flo­rence Mon­trey­naud[6]. Pour at­tir­er les clients, les per­son­nes pros­ti­tuées s’ha­bil­lent de façon provo­cante, se don­nent à voir, font des gestes et adoptent des pos­tures « ob­scènes ». Elles se vê­tent de façon à mon­tr­er une disponi­bil­ité sex­uelle. Dé­sor­mais, les repères sont brouil­lés, souligne l’his­to­ri­enne. Ce qui fai­sait mau­vais genre au­par­avant s’est non seule­ment ba­nal­isé, mais a subi une in­ver­sion. La haute cou­ture, anal­yse-​t-​elle, a rat­trapé et même dé­passé le style « pros­ti­tué », elle sem­ble s’être don­né le mot d’or­dre de « faire plus pute que les putes ». Les créa­teurs « se sur­passent dans l’ex­hi­bi­tion­nisme con­cur­rençant sérieuse­ment les panoplies de sex-​shop[7] ». Or, cette haute cou­ture in­flu­ence de façon im­por­tante les ten­dances du prêt-​à-​porter : jupe, blouse et débardeur du type « écol­ière », bas filet, souliers plate­formes, talons aigu­ille, cuis­sardes, G-​string, thong, etc.

Le con­di­tion­nement des je­unes filles au port de vête­ments sexy il­lus­tre claire­ment la na­ture com­mer­ciale de cette pornographi­sa­tion. Vers la fin des an­nées qua­tre-​vingt-​dix, le string et le thong sont de­venus les nou­veaux must. Les filles âgées de treize à dix-​sept ans au­raient dépen­sé, en 2003, près de 152 mil­lions de dol­lars améri­cains pour l’achat de string[8]. La Sen­za Girls a même mis en marché des sou­tiens-​gorge rem­bour­rés pour la taille 30AA. Ce type de mode im­pose très tôt aux je­unes filles un rôle — « charmer, plaire et sé­duire » — de loli­ta et de bim­bo (style ul­tra­féminin), tout en leur in­culquant le mes­sage : leur valeur se mesure à leur sex-​ap­peal[9].

Proies des marchands de la mode, des fil­lettes de sept, de neuf ou de onze ans ap­pren­nent à sé­duire par la mise en valeur sex­uelle de leur être. Elles sont trans­for­mées en nymphettes et en mi­ni-​femmes fa­tales. Elles sont mé­ta­mor­phosées en ob­jets de désir, en pe­tites femmes sexy, alors qu’elles sont des fil­lettes et qu’elles n’ont pas en­core les moyens d’être su­jets de désir. Elles ap­pren­nent à dépen­dre du re­gard de l’autre pour ex­is­ter. Les adultes qui ab­hor­rent les pé­dophiles don­nent pour­tant à voir leurs en­fants comme des ob­jets sex­uels. Et les je­unes filles se for­gent une idée de la sex­ual­ité cen­trée sur la sé­duc­tion et la con­som­ma­tion.

La sex­ual­isa­tion pré­coce des fil­lettes n’est pas une chose nou­velle[10]. Ce qui est nou­veau, c’est sa pop­ular­isa­tion et son uni­ver­sal­isa­tion. La Dr Fran­ciska Baltzer, pé­di­atre à l’Hôpi­tal pour en­fants de Mon­tréal, rap­porte à ce pro­pos : « En 1983, à Sainte Jus­tine, il était clair, pour nous, que les filles qui por­taient des vête­ments sexy à six ans ou à sept ans étaient des vic­times d’abus sex­uels. Au­jourd’hui, rien n’est moins sûr étant don­né que ce sont ces vête­ments qui sont disponibles dans les ma­ga­sins[11] », leur port étant dé­sor­mais général­isé.

S’il est vrai que, tra­di­tion­nelle­ment, la pe­tite fille était sex­ual­isée au moyen de vête­ments comme des robes, ce qui ex­igeait d’elle un com­porte­ment ap­pro­prié et une tenue « dé­cente », avec toutes ses con­traintes, la sex­ual­isa­tion con­tem­po­raine a don­né nais­sance à un terme, l’« hy­per­sex­ual­isa­tion », qui tente de ren­dre compte de la rad­ical­ité et de l’ap­pro­fondisse­ment du phénomène. Ce terme désigne l’ex­cès de sex­ual­isa­tion ou son ag­gra­va­tion. Il ren­voie égale­ment à la no­tion de sex­ual­isa­tion pré­coce, laque­lle est définie par le fait que les je­unes filles « sont poussées so­ciale­ment à adopter des at­ti­tudes et des com­porte­ments de “pe­tites femmes sexy”[12] ».

Au­jourd’hui, les en­fants baig­nent dans la sex­ual­ité adulte. Ils con­som­ment très je­unes de la pornogra­phie, tan­dis que les mag­azines pour filles ne cessent de traiter du sexe et de la sé­duc­tion, comme si l’univers des lec­tri­ces ne de­vait se lim­iter qu’à ces ques­tions et à celles des pro­duits à ac­quérir pour mieux de­venir des filles sexy et, par le fait même, telle­ment in­téres­santes que tous voudront les con­naître et s’en faire des amies. Plaire de­vient syn­onyme d’« être sexy ». Plaire passe par une fémin­isa­tion adulte des je­unes filles et par leur ob­jec­ti­va­tion sex­uelle. On con­state une en­trée ac­tive dans une vie sex­uelle de plus en plus hâ­tive[13].

Toute­fois, cette sex­ual­isa­tion pré­coce est par­al­lèle et étroite­ment com­binée avec un phénomène plus général, celui d’une so­ciété elle-​même hy­per­sex­ual­isée, où le corps féminin est chosi­fié et morcelé et où la valeur des femmes est ré­duite à leurs at­tributs physiques et à leur ca­pac­ité de plaire et de sé­duire. Celle égale­ment d’une so­ciété de l’ex­tim­ité[14], c’est-​à-​dire de l’in­tim­ité sur­ex­posée dans la sphère publique. Celle d’une so­ciété axée sur la per­for­mance sex­uelle. Celle en­fin d’une so­ciété nor­ma­tive faisant l’éloge de la je­unesse, ce qui a généré une ten­dance au tout-​je­unesse et au tou­jours-​je­une des mœurs so­ciales[15]. Les en­fants se com­por­tent comme des ado­les­cents, les ado­les­cents comme des adultes, et nom­bre d’adultes sont en crise d’ado­les­cence… Il y a non seule­ment perte des repères in­tergénéra­tionnels, mais égale­ment brouil­lage des rôles so­ci­aux. Le tout-​je­unesse est à l’œu­vre dans les in­dus­tries du sexe depuis un bon mo­ment déjà.

La sex­ual­isa­tion publique et la pornographi­sa­tion

L’in­dus­trie de la pornogra­phie se car­ac­térise, en­tre autres, par le fait qu’elle ex­ploite des je­unes filles. Cela ne con­cerne pas unique­ment la pornogra­phie dite pé­dophile, qui est crim­inelle, mais égale­ment la pornogra­phie générale, disponible et facile­ment ac­ces­si­ble. Celle-​ci cap­italise en ef­fet sur le fan­tasme de la Loli­ta. En tapant « Loli­ta porn », nous avons obtenu 1 850 000 ré­sul­tats. Pour « teen porn », le nom­bre d’en­trée s’élève à 12 700 000. Pour « pre­teen porn », c’est-​à-​dire des fil­lettes âgées de moins de treize ans, nous obtenons 1 500 000 en­trées. Cela donne une idée de l’im­por­tance de la pornogra­phie us­ant et abu­sant d’en­fants ou de pseu­do-​en­fants dans le cas des ado­les­centes (teenagers), qui peu­vent être tout aus­si bi­en âgées de dix-​huit ou de dix-​neuf ans que de treize à dix-​sept ans.

La pornogra­phie n’est qu’un as­pect d’un prob­lème plus large sur lequel elle ag­it, celui d’une so­ciété où une représen­ta­tion sex­ual­isée des je­unes filles et femmes sert de plus en plus à ven­dre tout et n’im­porte quoi, des par­fums aux vête­ments. Nous sommes bom­bardé-​es par des im­ages de je­unes femmes sex­ual­isées… Et sex­ual­isées de plus en plus je­unes.

Le con­cept de pornographi­sa­tion de la cul­ture per­met de met­tre en év­idence deux élé­ments en­trelacés : d’une part, l’éten­due de l’in­flu­ence de la pornogra­phie dans les sys­tèmes de représen­ta­tion et de com­mu­ni­ca­tion, et d’autre part, les normes adop­tées et pro­mues, dé­coulant de la pornogra­phie, qui par­ticipent à forg­er les rôles sex­uels, lesquels con­di­tion­nent les re­la­tions en­tre les hommes et les femmes. Ce con­cept réfère donc au fait que les im­ages sex­uelle­ment ex­plicites et sex­istes sont dé­sor­mais large­ment ré­pan­dues et que ce pro­ces­sus ne cesse de se dévelop­per et de pren­dre de l’am­pleur. Il réfère égale­ment au fait que l’époque n’est plus à la sug­ges­tion mais à l’ex­hi­bi­tion et à l’or­don­nance de normes à suiv­re.

La tyran­nie du nou­vel or­dre sex­uel

L’en­vahisse­ment pornographique s’est traduit par la mise en place d’un nou­vel or­dre sex­uel. Les mag­azines pour femmes et pour ado­les­centes mul­ti­plient les dossiers racoleurs : « Pos­er nu, pourquoi pas vous ? », « Pos­er pour Play­boy, oui c’est pos­si­ble » (Le Mag des cast­ings, juil­let-​août 2005), « Fan­tasmes, tabous, j’ose tout » (Bi­en dans ma vie !, été 2005), « Chéri ! on se fait notre ciné­ma X » (OH ! print­emps 2008), « Ciné­ma X : une his­toire chaude » (Adorable, juil­let 2005). Les tests du type « Quelle bête de sexe êtes-​vous ? » ou en­core « Êtes-​vous une véri­ta­ble braise ou un vrai glaçon ?[16] » sont dé­sor­mais com­muns et récur­rents. Suiv­ent les con­seils de « jour­nal­istes » à la fois nor­mat­ifs et prosé­lytes.

Cette pro­mo­tion de la pornogra­phie s’ac­com­pa­gne d’une ba­nal­isa­tion de la pros­ti­tu­tion. Par ex­em­ple, la livrai­son de juil­let 2005 du mag­azine Adorable fait l’éloge des gad­gets sex­uels trou­vés en sex-​shop, pro­pose une his­toire du ciné­ma X, con­seille le sexe ex­press ac­com­pa­gné d’« une panoplie de jou­ets sex­uels » et défend l’idée que les pros­ti­tuées et les vedettes du porno hard font un tra­vail comme un autre, qui doit être val­orisé[17]. Ces mag­azines voués à une clien­tèle fémi­nine je­une, sou­vent ado­les­cente, ne sont pas les seuls à faire la pro­mo­tion des « métiers » sex­uels. Le mag­azine québé­cois, Job­boom, « un chef de file du re­crute­ment en ligne au Cana­da et un spé­cial­iste du marché de l’em­ploi », qui of­fre « des con­seils car­rière et de l’in­for­ma­tion sur le monde du tra­vail », a pub­lié, en juil­let 2007, un dossier sur les in­dus­tries et les « métiers » du sexe.

Ces phénomènes se con­juguant, le re­crute­ment pour ces in­dus­tries s’en trou­ve fa­cil­ité. C’est l’un des ef­fets no­ta­bles, mais sou­vent passés sous si­lence, de la ba­nal­isa­tion des in­dus­tries du sexe à l’échelle mon­di­ale. Par ex­em­ple, dans les pays de l’Est, où la pros­ti­tu­tion, la pornogra­phie et la traite à des fins d’ex­ploita­tion sex­uelle ont ex­plosé aux cours des an­nées qua­tre-​vingt-​dix, des sondages ont révélé que près d’un six­ième des élèves ukraini­ennes perce­vaient la pros­ti­tu­tion de façon pos­itive, croy­ant que celle-​ci n’était que luxe et plaisir à l’Ouest, et que le quart des filles de Moscou, élèves au sec­ondaire, en­vis­ageaient de se pros­tituer[18]. Lorsque la pros­ti­tu­tion et la pornogra­phie ap­pa­rais­sent comme un méti­er comme un autre, elles de­vi­en­nent des voies d’« avenir »… pour les je­unes femmes.

Les mag­azines féminins véhicu­lent un mes­sage sur la sex­ual­ité qui est loin d’être sub­til. C’est, en sub­stance, le suiv­ant : presque tout le monde sauf vous a une vie sex­uelle fasci­nante et var­iée. Adoptez d’autres po­si­tions sex­uelles, ap­prenez à aimer les actes sex­uels vus dans la pornogra­phie, amusez-​vous avec les gad­gets sex­uels et vous con­naîtrez l’épanouisse­ment sex­uel.

Cette or­don­nance en faveur d’un épanouisse­ment tout au prof­it des in­dus­tries du sexe adopte d’autres formes « trans­gres­sives » et « libéra­toires », que s’em­pressent de re­lay­er les mé­dias d’in­for­ma­tion. Par ex­em­ple, un « mas­tur­both­on » a été or­gan­isé à l’ini­tia­tive d’un sex-​shop mon­tréalais, Venez tels quels, la fil­iale québé­coise de Come as you are, établi à Toron­to depuis 1988. Il n’y a pas que les mas­tur­ba­teurs qui ont mis la main à la pâte, plusieurs artistes ont par­ticipé gra­tu­ite­ment à un spec­ta­cle-​béné­fice dont les re­cettes ont été ver­sées à Stel­la, une as­so­ci­ation fa­vor­able au « tra­vail du sexe ». Ces deux ac­tiv­ités ont per­mis à l’or­gan­isa­tion Stel­la, qui reçoit déjà d’im­por­tantes sub­ven­tions gou­verne­men­tales, d’en­caiss­er 25 000 dol­lars. Pour Claire Thi­boutot de Stel­la, « c’est très rare que des gens en­dossent notre cause au point d’or­gan­is­er de A à Z une cam­pagne de fi­nance­ment pour nous venir en aide. Mais, en même temps, c’est un peu nor­mal. Nous parta­geons le même ob­jec­tif que Venez tels quels, celui de démys­ti­fi­er la sex­ual­ité[19] ». En ef­fet, Stel­la pour­suit des ob­jec­tifs con­formes aux in­térêts des in­dus­tries du sexe, dont la décrim­inal­isa­tion de la pros­ti­tu­tion en bor­dels et du prox­énétisme. Il n’est donc pas sur­prenant qu’un sex-​shop, par­tie prenante de l’in­dus­trie du sexe, trou­ve un in­térêt à par­ticiper au fi­nance­ment d’un tel groupe et à ren­forcer son « com­bat ».

La sat­ura­tion sex­uelle et sex­iste de l’es­pace pub­lic

Nom­bre de mé­dias sont axés sur le « di­ver­tisse­ment sex­uel ». Il y a évidem­ment les mag­azines pour hommes, qu’ils soient pornographiques ou non, qui utilisent à foi­son le corps féminin. Mais il y a égale­ment les mag­azines féminins, dont les cou­ver­tures ressem­blent sou­vent étrange­ment à celles des mag­azines pour hommes. Au point que les dis­tinc­tions s’es­tom­pent. Aus­si n’est-​il pas sur­prenant que lors d’un col­loque sur la pornogra­phie tenu en avril 2008 à l’Uni­ver­sité d’Ot­tawa, une af­fiche de pro­mo­tion qui util­isait es­sen­tielle­ment des cou­ver­tures de mag­azines féminins et des pub­lic­ités tirées des­dits mag­azines ait pu sem­bler pornographique et se voir re­fus­er le droit d’af­fichage dans cer­tains éd­ifices.

Les mé­dias célèbrent le con­sumérisme. C’est par­ti­culière­ment év­ident dans les mag­azines féminins étab­lis de longue date, dont au moins la moitié des pages com­por­tent des pub­lic­ités, tan­dis qu’une autre par­tie as­sez im­por­tante n’est que pro­mo­tion des pro­duits de com­pag­nies ayant acheté des es­paces pub­lic­itaires. Évidem­ment, cette dernière pro­mo­tion ne serait pas de la pub­lic­ité à pro­pre­ment par­ler, elle n’est qu’« in­for­ma­tion », puisque ces mé­dias ont vo­ca­tion d’« in­former » !

Le prin­ci­pal rôle des mé­dias de masse, qui sont eux-​mêmes une in­dus­trie visant la rentabil­ité, est de ven­dre un au­di­toire ou un lec­torat aux pub­lic­itaires. En 2004, le PDG de TF1, la prin­ci­pale chaîne de télévi­sion française, a fait scan­dale en énonçant crû­ment le rôle des mé­dias : « À la base, le méti­er de TF1, c’est d’aider Co­ca-​Co­la, par ex­em­ple, à ven­dre son pro­duit […] Pour qu’un mes­sage pub­lic­itaire soit perçu, il faut que le cerveau du téléspec­ta­teur soit disponible. Nos émis­sions ont pour vo­ca­tion de le ren­dre disponible : c’est-​à-​dire de le di­ver­tir, de le dé­ten­dre pour le pré­par­er en­tre deux mes­sages. Ce que nous ven­dons à Co­ca-​Co­la, c’est du temps de cerveau hu­main disponible[20]. »

Pour ven­dre « du temps de cerveau disponible », il s’ag­it non seule­ment de « di­ver­tir » les con­som­ma­teurs po­ten­tiels, mais de cul­tiv­er la désir­abil­ité des ob­jets de con­som­ma­tion. Françoise Brune voit en cela une im­pli­ca­tion lourde de sens : « Il n’y a de désir que d’ob­jet et donc […] il faut se faire ob­jet pour être désiré[21]. » La mise en scène de la femme-​ob­jet par la pub­lic­ité ne doit donc rien au hasard. Con­sumérisme et marchan­di­sa­tion des corps, surtout des corps féminins, vont de pair.

De l’in­tim­ité sur­ex­posée

Depuis le mi­lieu des an­nées 1990, nos so­ciétés se car­ac­térisent égale­ment par une sur­ex­po­si­tion publique de l’in­tim­ité[22]. Ce phénomène ré­sulte d’un dou­ble pro­ces­sus : la pri­vati­sa­tion de l’es­pace pub­lic et la pub­li­ci­sa­tion de l’es­pace privé. Nous sommes à « l’âge de l’in­di­vidu quel­conque, c’est-​à-​dire un âge où n’im­porte qui doit s’ex­pos­er dans l’ac­tion per­son­nelle afin de pro­duire et mon­tr­er sa pro­pre ex­is­tence[23] ». L’iden­tité per­son­nelle réussie ex­ige une vis­ibil­ité so­ciale et, en re­tour, la vis­ibil­ité so­ciale est la preuve du suc­cès de la quête iden­ti­taire in­di­vid­ual­isée. La sin­gu­lar­ité doit de­venir spec­ta­cle pour s’avér­er « réelle » ou « vraie ». Les gens meurent d’en­vie de pass­er sur les écrans, « d’ac­corder une valeur à leur vie[24] », afin que celle-​ci ne s’abîme pas dans le néant, dans le non-​être. Nous pou­vons donc com­pren­dre, dans de telles con­di­tions, le suc­cès des télévérités. Dans ces émis­sions, l’in­di­vidu quel­conque se réalise en tant qu’in­di­vidu, en pen­sant échap­per à sa con­di­tion d’anonyme. Pour cela, il doit ac­cepter de se dévoil­er, de don­ner un ac­cès pub­lic à son in­tim­ité, tant psy­chique que physique. Les je­unes gens de Loft Sto­ry ac­ceptent de se livr­er à leur toi­lette ou à leurs ébats sex­uels de­vant les caméras.

Les an­nées qua­tre-​vingt-​dix ont fait du corps des femmes un tem­ple du marché, l’ob­jet de trans­ac­tions et un sup­port com­mer­cial. Leur au­tonomie plus grande, une con­quête es­sen­tielle du mou­ve­ment fémin­iste, a été trans­for­mée, au fil du tri­om­phe des re­la­tions marchan­des et du néolibéral­isme, en une soumis­sion ac­cen­tuée aux plaisirs sex­uels mas­culins. C’est l’ère des lé­gal­isa­tions du prox­énétisme et de la pros­ti­tu­tion des je­unes femmes en bor­dels et dans des zones dites « de tolérance », en Eu­rope de l’Ouest et dans le Paci­fique-​Sud. C’est égale­ment l’époque où ex­plose la pro­duc­tion et la con­som­ma­tion pornographique. L’in­jonc­tion « libéra­trice » est dé­sor­mais in­di­vid­ual­isée et non plus col­lec­tive. Elle a réin­tro­duit par la porte ar­rière ce qui avait été chas­sé de­vant, l’obli­ga­tion d’un lourd en­tre­tien féminin sex­ual­isé des corps, lequel est de­venu très onéreux : diété­tique, cos­mé­tique, ex­hi­bi­tion ves­ti­men­taire, cen­tre de con­di­tion­nement physique, chirurgie plas­tique, etc. Les ventes de lin­gerie fémi­nine pro­gressent de dix pour cent par an depuis les an­nées qua­tre-​vingt. L’es­sor de la chirurgie plas­tique est phénomé­nal : « Le nom­bre d’in­ter­ven­tions réal­isées mon­di­ale­ment a grim­pé ver­tig­ineuse­ment[25]. » La ju­vénil­ité obligée du corps féminin l’in­fan­tilise : nympho­plas­tie (opéra­tion « es­thé­tique » des pe­tites lèvres du va­gin), resser­re­ment des parois vagi­nales, épi­la­tion to­tale des poils pu­bi­ens, etc.

Les nou­velles pre­scrip­tions sont cor­porelles. Le corps féminin trans­for­mé et mu­tilé est plus que ja­mais une sur­face d’in­scrip­tion de l’idéolo­gie dom­inante, à la fois bour­geoise et sex­iste. Le corps est dé­sor­mais traité comme une pro­priété in­di­vidu­elle, dont cha­cun est re­spon­sable. Ses mé­ta­mor­phoses ag­gravées sont paradig­ma­tiques de la beauté et de la sé­duc­tion. Le con­trôle in­di­vidu­el sur le corps sug­gère un con­trôle sur la vie, laque­lle sera par con­séquent épanouie. Plus le corps est moulé et ex­hibé, plus il est ar­ti­fi­cielle­ment con­stru­it et dépouil­lé de sa nat­ural­ité, plus il est.

Dans la nou­velle mou­ture du cap­ital­isme, le con­trôle de soi est la con­di­tion à la vente de soi, laque­lle est elle-​même une con­di­tion de la réus­site so­ciale. À l’ère du néolibéral­isme, la « reven­di­ca­tion de ne pas être une chose, un in­stru­ment, ma­nip­ula­ble et marchan­dis­able, serait passéiste et non une con­di­tion de dig­nité du su­jet », as­sène Véronique Gui­enne[26]. L’ap­parence est dé­ci­sive dans le tra­vail sur soi pour sa pro­pre mise en valeur.

Les ré­gres­sions sont à la fois sym­bol­iques — re­tour à la femme-​ob­jet[27] — et tan­gi­bles : ex­ploita­tion sans précé­dent des corps féminins par les in­dus­tries du sexe, reculs sur le droit à l’avorte­ment, pau­vretés et in­égal­ités ac­crues à l’échelle mon­di­ale, etc.

Les nou­velles pre­scrip­tions sont égale­ment sex­uelles. Per­for­ma­tives, elles s’in­spirent de la pornogra­phie et de ses codes, de­venus le nou­veau manuel de la libéra­tion sex­uelle. En 1981, est « dé­cou­vert » le point G, cette zone in­trav­agi­nale ul­tra­sen­si­ble au-​dessus de l’os pu­bi­en. Cette trou­vaille débouche sur une op­ti­mi­sa­tion des per­for­mances coï­tales et l’obli­ga­tion des jouis­sances mul­ti­ples. L’in­jonc­tion de jouir, une preuve de la réus­site sex­uelle, est dé­sor­mais une con­di­tion de la san­té et de l’équili­bre men­tal. Si l’« el­do­ra­do or­gas­mique » est à la portée de toutes, il n’en reste pas moins que les je­unes femmes con­sul­tent ma­jori­taire­ment pour leur « frigid­ité » réelle ou sup­posée et pour la douleur lors des rap­ports sex­uels. Dans les cab­inets, « les plaintes les plus fréquentes en matière de sex­ual­ité vi­en­nent des ado­les­centes et des femmes de moins de trente ans », con­state la gy­né­co­logue Anne de Ker­vas­doué[28]. Plus de 50 % trou­vent les rap­ports douloureux. En out­re, est con­statée chez les filles une mul­ti­pli­ca­tion de patholo­gies où le corps dit non à la place de la tête : my­coses à répéti­tion, in­flam­ma­tions, douleurs in­hab­ituelles.

Cette biopoli­tique[29] in­édite du corps im­pose un con­trôle in­téri­or­isé con­traig­nant pour tous, mais avant tout pour les femmes qui sont ses cibles char­nelles priv­ilégiées. « Plutôt qu’à une dis­pari­tion des con­traintes, on as­siste à une in­téri­or­isa­tion des maîtris­es et des surveil­lances », ex­plique Philippe Per­rot[30]. Pour être belle, une femme doit être je­une et le rester[31].

« Le je­unisme est un ressort idéologique ma­jeur des an­nées 1980[32]. » On le voit en œu­vre partout. La norme dans la pornogra­phie, la pub­lic­ité et la mode (no­tam­ment avec son util­isa­tion de man­nequins très je­unes) est large­ment « ado­cen­triste ». Mais si les je­unes, par­ti­culière­ment les je­unes femmes et les ado­les­centes, sont par­mi les prin­ci­pales cibles des vendeurs de bi­ens de con­som­ma­tion, ils sont égale­ment des bi­ens de plus en plus con­sommables. On con­state à l’échelle mon­di­ale un ra­je­unisse­ment des per­son­nes pros­ti­tuées et une ex­plo­sion de la pornogra­phie pseu­do-​in­fan­tile et in­fan­tile. On con­state égale­ment une sex­ual­isa­tion pré­coce des filles, im­prégnées de références sex­uelles adultes. Les garçons, s’ils n’adoptent pas le style ves­ti­men­taire pimp, s’at­ten­dent à ce que les filles re­pro­duisent les at­ti­tudes et les actes con­som­més dans la pornogra­phie, ain­si que les pra­tiques cor­porelles qui lui sont liées comme l’épi­la­tion. Un pu­bis non épilé provoque la rup­ture, ont té­moigné des je­unes femmes. Les con­traintes ont changé de na­ture. La nou­velle morale sex­uelle, tout aus­si nor­ma­tive que l’an­ci­enne, im­pose un nou­vel or­dre sex­uel tyran­nique, lequel se traduit dans des normes cor­porelles et des rap­ports sex­uels fo­cal­isés sur le plaisir mas­culin et la géni­tal­ité.

L’in­flu­ence so­ciale pornographique

La pornogra­phie est un lieu de cristalli­sa­tion idéologique où s’ex­prime la philoso­phie d’une époque[33] et qui, en re­tour, ag­it sur l’époque en for­ti­fi­ant cer­tains de ses traits. La pornogra­phie em­blé­ma­tise les corps féminins comme au­tant d’ob­jets-​fan­tasmes mis au ser­vice sex­uel fan­tas­magorique des hommes et ex­ploités réelle­ment par les in­dus­tries du sexe. Elle féminise les en­fants, leur prê­tant une ma­tu­rité sex­uelle d’adultes, tout en in­fan­til­isant les femmes.

La mise en scène de la sen­su­al­ité d’ado­les­centes et de pseu­do-​ado­les­centes — présen­tées comme ten­ta­tri­ces, sé­duc­tri­ces et cor­rup­tri­ces — ex­cite de nom­breux hommes qui se mas­turbent en les re­gar­dant sur écrans in­ter­posés.

Ce que nous avons nom­mé « la pé­dophili­sa­tion[34] » rend compte à la fois du je­unisme comme ressort idéologique qui s’est im­posé à par­tir des an­nées 1980, du ra­je­unisse­ment du re­crute­ment par les in­dus­tries du sexe — au Cana­da, l’âge moyen de re­crute­ment dans la pros­ti­tu­tion tourne au­tour de 14 ans —, de sa mise en scène par la pornogra­phie et de « l’ado­cen­trisme » de ces représen­ta­tions. Il rend égale­ment compte des tech­niques d’in­fan­til­isa­tion em­ployées par l’in­dus­trie. Cepen­dant, le ra­je­unisse­ment con­staté n’est pas que la con­séquence des modal­ités actuelles de la pro­duc­tion des in­dus­tries du sexe, il joue égale­ment dans la con­som­ma­tion. Dé­sor­mais, on con­somme très je­une, à l’âge moyen de douze ans pour les garçons et de treize ans pour les filles. La pornogra­phie de­vient le prin­ci­pal lieu d’« éd­uca­tion » sex­uelle et un mod­èle pour les re­la­tions sex­uelles. Plus les je­unes con­som­ment tôt, plus leurs désirs, leurs fan­tasmes et leurs pra­tiques s’in­spirent des codes pornographiques. Plus ils con­som­ment je­unes, plus leurs corps sont mod­ifiés, tatoués et per­cés. Plus ils con­som­ment je­unes, plus ils de­man­dent à leur parte­naire de re­pro­duire les actes sex­uels qu’ils ont vus. Plus ils con­som­ment je­unes, plus ils con­som­ment avec régu­lar­ité et fréquence. Plus ils con­som­ment je­unes, plus ils sont anx­ieux quant à leur corps et à leurs ca­pac­ités physiques[35]. Il ressort égale­ment de la recherche que la con­som­ma­tion de pornogra­phie par les je­unes filles af­fecte leur es­time de soi. Par ailleurs, plus l’es­time de soi est faible, plus les je­unes filles sont pré­co­ce­ment ac­tives sex­uelle­ment. L’en­quête de Statis­tique Cana­da sur la san­té mon­trait que « les filles dont l’im­age de soi était faible à l’âge de douze ou treize ans étaient plus sus­cep­ti­bles que celles qui avaient une forte im­age de soi de dé­clar­er, dès l’âge de qua­torze ou quinze ans, avoir déjà eu des re­la­tions sex­uelles[36] ». Alors que 10,9 % des filles qui af­fichent une bonne es­time de soi dé­clar­ent avoir eu des re­la­tions sex­uelles avant quinze ans, cette pro­por­tion est presque deux fois supérieure (19,4 %) chez celles qui af­fichent une piètre es­time de soi[37]. Plus elles sont ac­tives pré­co­ce­ment, plus elles sont perçues comme des « sa­lopes », ce qui n’est certes pas le cas des gars.

Bref, plus la con­som­ma­tion se fait je­une, plus elle a de con­séquences tan­gi­bles et durables.

Les femmes, les filles et même les fil­lettes main­tenant sont poussées à l’ex­hi­bi­tion. Ce de­voir de paraître, qui ex­ige beauté et je­unesse, est déguisé au droit au bi­en-​être. Le corps doit être lisse, désir­able, désir­ant et per­for­mant. Il est en même temps morcelé, ses par­ties sont of­fertes tour à tour, ce qui est par­ti­culière­ment év­ident dans la pub­lic­ité, et da­van­tage dans la pornogra­phie. La par­tie est préférée au tout et l’éro­tisme mas­culin con­tem­po­rain se car­ac­térise par un « fétichisme poly­mor­phe », du sein en pas­sant par les fess­es jusqu’au pied. Par ailleurs, « la loupe portée sur tous les dé­tails con­duit d’abord à écarter les corps réels du corps idéal, les corps vé­cus du corps rêvé[38]. » Le corps féminin réel, mal­gré tous les ef­forts qui lui sont con­sacrés, déçoit fa­tale­ment, par­ti­culière­ment les hommes qui ont com­mencé à con­som­mer de la pornogra­phie très je­unes.

Pou­voirs

Les représen­ta­tions des corps et les valeurs qu’elles in­duisent, le tra­vail in­ces­sant de ges­tion des ap­parences pour se con­former à cet idéal, re­pro­duisent à leur échelle les pou­voirs de la struc­ture so­ciale. L’as­sise de la dom­ina­tion « passe par la maîtrise des us­ages du corps et l’im­po­si­tion de ses normes[39] ». Les normes qui se sont im­posées sont forte­ment cor­rélées his­torique­ment à l’as­cen­sion de la bour­geoisie, puis à sa vic­toire[40]. La dom­ina­tion mas­cu­line im­pose non seule­ment une di­vi­sion sex­iste du tra­vail et une es­sen­tial­isa­tion des rôles — à l’homme la rai­son et la sphère publique, à la femme la pro­créa­tion, les émo­tions, le tra­vail des ap­parences et la sphère privée —, mais égale­ment une maîtrise du corps féminin, laque­lle est in­téri­or­isée par les prin­ci­pales con­cernées, les dom­inées[41]. Si la dom­ina­tion mas­cu­line vêt les femmes — du voile à la haute cou­ture —, elle les dévêt égale­ment dans la pub­lic­ité, la pornogra­phie et ailleurs. Ce sont les re­gards des hommes qui dé­ci­dent des corps des femmes[42]. Les corps sont des en­jeux de pou­voirs, tout en étant leur sym­bol­isa­tion. L’époque actuelle in­scrit sys­té­ma­tique­ment et mas­sive­ment dans les corps les dis­par­ités so­ciales en­tre les sex­es et les généra­tions. Dans ce cadre, la lib­erté sex­uelle libérale « per­met aux plus forts, plus rich­es, plus cyniques de cau­tion­ner leurs désirs crim­inels au détri­ment des plus faibles ou des plus pau­vres[43] ». L’ar­gent-​roi donne ac­cès aux femmes et aux filles partout dans le monde ain­si que sur tous les sup­ports mé­di­atiques, tout en légiti­mant leur ex­ploita­tion sex­uelle.

Cette dom­ina­tion trou­ve une forme d’ex­pres­sion ul­time dans les pro­duc­tions pornographiques qui pèsent con­sid­érable­ment sur les représen­ta­tions col­lec­tives dom­inantes qu’elles « pé­dophilisent ». Dans son té­moignage, l’ex-​hardeuse Raf­faëla An­der­son racon­te : « Elle ter­mine en­fin de me maquiller. Quand je vois ce que ça donne, je su­is déçue. Je ressem­ble à une gamine de douze ans[44]. »

Le préado­les­cent et l’ado­les­cent d’au­jourd’hui sont gavés de pornogra­phie. Ils sont ac­cou­tumés à une vi­sion sex­iste des rôles sex­uels. Leur imag­inaire sex­uel est nour­ri par les pro­duits de cette in­dus­trie et, puisque le sen­ti­ment et la ten­dresse sont tabous dans la pornogra­phie, puisque le sexe mé­canique est val­orisé, l’ob­jec­ti­va­tion et l’in­stru­men­tal­isa­tion des femmes et des filles s’en trou­vent so­ciale­ment ren­for­cées. Ils voient dans les filles de leur âge des ob­jets sex­uels po­ten­tiels. Les garçons af­fichent des con­duites de con­trôle sex­uel, as­sure le psy­chothérapeute James Wright. Ces at­ti­tudes et les com­porte­ments qui en dé­coulent com­men­cent très tôt, habituelle­ment à la fin de l’école pri­maire, et sont étroite­ment im­briqués à leur per­cep­tion de la mas­culin­ité[45], laque­lle est déter­minée par l’en­vi­ron­nement so­cial, où la pornogra­phie joue cer­taine­ment un rôle. Une en­quête cana­di­enne, menée auprès de 3 000 élèves de huit écoles sec­ondaires de Mon­tréal, Kingston et Toron­to, a révélé que « trois élèves sur qua­tre se font harcel­er sex­uelle­ment par leurs pairs[46] ». Dans une so­ciété où la sex­ual­ité, surtout celle des je­unes femmes, est un bi­en de con­som­ma­tion qui sert à ven­dre des marchan­dis­es et à ex­citer sex­uelle­ment les hommes, il n’ap­pa­raît pas éton­nant que l’on con­state des taux élevés de har­cèle­ment et d’agres­sion sex­uels et que les cibles de ces agres­sions soient surtout des ado­les­centes.

Dans la pornogra­phie, « la femme crie et jouit de la jouis­sance de l’homme[47] ». L’adéqua­tion est par­faite en­tre l’homme qui veut et la femme qui ac­cepte d’être à son ser­vice sex­uel. « La femme doit ap­pren­dre à aimer son corps, afin de pou­voir don­ner du plaisir[48]. » Voilà peut-​être le fin mot de l’his­toire : la lib­erté c’est bi­en, mais à con­di­tion qu’elle prof­ite aux hommes.

Met­tre en valeur son corps pour faire plaisir aux garçons et aux hommes s’ap­prend tôt et, au­jourd’hui, le corps des fil­lettes se forme en se con­for­mant aux mod­èles dom­inants, qui sont de plus en plus pornographiques.

Notes

[1]. Jean Bau­drillard, De la sé­duc­tion, Paris, Galilée, 1979, p. 98.

[2]. Car­oline Moulin, Féminités ado­les­centes, Rennes, Press­es uni­ver­si­taires de Rennes, 2005, p. 44.

[3]. Gilles Lu­grin, Âmes sen­si­bles s’ab­stenir : en­tre surenchère ho­mo­sex­uelle et « glam trash », la polémique du porno chic, Co­mAnal­ysis, n° 25, septem­bre 2001. Site con­sulté le 3 août 2002, < http://www.co­manal­ysis.ch/Co­mAnal­ysis/Pub­li­ca­tion25.htm >

[4]. Dar­ren W. Dahl, Kristi­na D. Franken­berg­er et Ra­jesh V. Man­chan­da, « Does it pay to shock? Re­ac­tions to shock­ing and non-​shock­ing and con­tent among Uni­ver­si­ty stu­dents », Jour­nal of Ad­ver­tis­ing Re­search, vol. 43, n° 3, 2003, p. 268-280.

[5]. Xavier Deleu, Le con­sen­sus pornographique, Paris, Man­go, 2002, p. 27.

[6]. Flo­rence Mon­trey­naud, Amours à ven­dre, les dessous de la pros­ti­tu­tion, Paris, Glé­nat, 1993, p. 44-46.

[7]. Ibid., p. 48.

[8]. Pamela Paul, Porni­fied. How Pornog­ra­phy is Trans­form­ing our Lives, our Re­la­tion­ships, and our Fam­ilies, New York, Times Book, 2005, p. 184.

[9]. Natasha et Pier­rette Bouchard, La sex­ual­isa­tion pré­coce des filles peut ac­croître leur vul­néra­bil­ité, Sisyphe, 18 avril 2007, [site con­sulté le 17 septem­bre 2007] < http://sisyphe.org/im­primer/php3?id_ar­ti­cle=917 >.

[10]. Voir à ce pro­pos le chapitre II de Richard Poulin, En­fances dé­vastées. L’en­fer de la pros­ti­tu­tion, tome I, Ot­tawa, L’In­terligne, 2007 : « Des lu­pa­nars an­tiques à l’or­gan­isa­tion con­tem­po­raine de la pros­ti­tu­tion des en­fants », p. 50-79.

[11]. Franziska Baltzer, Sex­ual­isa­tion pré­coce des ado­les­cent-​es et abus sex­uels, Sisyphe, 13 avril 2007, [site con­sulté le 19 jan­vi­er 2008], < http://sisyphe.org/ar­ti­cle.php3?id_ar­ti­cle=2073 >

[12]. Pier­rette Bouchard, Con­sen­tantes ? Hy­per­sex­ual­isa­tion et vi­olences sex­uelles, Ri­mous­ki, CALACS de Ri­mous­ki, 2007, p. 6.

[13]. Les don­nées révè­lent que, chez les per­son­nes âgées de 15 à 29 ans au mo­ment de L’en­quête so­ciale et de san­té 1988, ce sont 15 % des répon­dant-​es qui ont eu leur pre­mière re­la­tion sex­uelle avec péné­tra­tion avant 15 ans, alors que cette pro­por­tion tombe à 8 % chez les 30-39 ans, 4 % chez les 40-49 ans et 3 % chez les 50-59 ans. In­sti­tut de la statis­tique du Québec, En­quête so­ciale et de san­té 1998, Québec, Les Pub­li­ca­tions du Québec, 2000, p. 206. Une étude ré­cente de Statis­tique Cana­da, basée sur les ré­sul­tats de l’En­quête lon­gi­tu­di­nale na­tionale sur les en­fants et les je­unes (cy­cles de 1998-1999 et de 2000-2001), in­dique que 22 % des Québé­cois­es âgées de 14 ou 15 ans af­fir­ment avoir déjà eu des re­la­tions sex­uelles tan­dis que 17 % des Québé­cois de sexe mas­culin répon­dent de la même manière. Di­di­er Gar­riguet, « Re­la­tions sex­uelles pré­co­ces », Rap­ports sur la san­té, vol. 16, n° 3, Ot­tawa, Statis­tique Cana­da, mai 2005, p. 11-21.

[14]. Con­cept repris de Serge Tis­seron, L’in­tim­ité sur­ex­posée, Paris, Ha­chette Lit­téra­tures, 2001.

[15]. Agathe Fourgnaud, La con­fu­sion des rôles. Les tou­jours-​je­unes et les déjà-​vieux, Paris, Lat­tès, 1999.

[16]. Des menottes et une sorte de cein­ture de « chasteté » en mé­tal fer­mé par un ca­de­nas sur un corps féminin il­lus­trent ce dernier test pro­posé par Le Mag des cast­ings (juil­let-​août 2005).

[17]. Le groupe Genex Com­mu­ni­ca­tions pub­lie le mag­azine Adorable. Ce groupe québé­cois con­trôle des sta­tions de ra­dio, un stu­dio de pro­duc­tion, un réseau d’af­fichage, un club de hock­ey de la Ligue nord-​améri­caine et une com­pag­nie mul­ti­mé­dia.

[18]. Sev­gi O. Ar­al, Janet S. St Lawrence, Lil­ia Tikhono­va, Em­ma Sa­faro­va, Kath­leen A. Park­er, An­na Shakar­ishvili, Car­oline A. Ryan, « The so­cial or­ga­ni­za­tion of com­mer­cial sex work in Moscow, Rus­sia », Sex­ual­ly Trans­mit­ted Dis­eases, vol. 30, n° 1, 2003, p. 39-46.

[19]. Ém­ilie Dubreuil, « Sexe Mas­tur­ba­tion », La Presse, 5 juin 2005.

[20]. Cité par Marie Bénilde, On achève bi­en les cerveaux. La pub­lic­ité et les mé­dias, Paris, Raisons d’agir, 2007, p. 19.

[21]. Françoise Brune, Le bon­heur con­forme, Paris, Gal­li­mard, 1985, p. 241

[22]. Tis­seron, op. cit.

[23]. Alain Ehren­berg, Le culte de la per­for­mance, Paris, Ha­chette Lit­téra­ture, 1991, p. 279.

[24]. Ibid., p. 280.

[25]. An­ge­li­ka Taschen (dir.), La chirurgie es­thé­tique, Köln, Taschen, 2005, p. 10.

[26]. Véronique Gui­enne, « Savoir, se ven­dre : qual­ité so­ciale et dis­qual­ifi­ca­tion so­ciale », Cahiers de recherche so­ci­ologique, n° 43, jan­vi­er 2007, p. 13.

[27]. Chris­tine Détrez, et Anne Si­mon, À leur corps défen­dant. Les femmes à l’épreuve du nou­vel or­dre moral, Paris, Seuil, 2006, p. 12.

[28]. Dans Blan­dine Kriegel, La vi­olence à la télévi­sion, Paris, PUF, 2003.

[29]. Con­cept dévelop­pé par Michel Fou­cault, His­toire de la sex­ual­ité tome 1. La volon­té de savoir, France, Édi­tions Gal­li­mard, 1976.

[30]. Philippe Per­rot, Le tra­vail des ap­parences. Le corps féminin, XVI­IIe-​XIXe siè­cle, Paris, Seuil, 1984, pp. 206-207.

[31]. Jean-​Claude Kauf­mann dans Corps de femmes, re­gards d’hommes. So­ci­olo­gie des seins nus, Paris, Nathan, 1998, a mon­tré la force de l’os­tracisme en­cou­ru par les per­son­nes âgées dans le lieu de lib­erté ap­par­ente et de la tolérance af­fichée, la plage.

[32]. François Cus­set, La dé­cen­nie. Le grand cauchemar des an­nées 1980, Paris, La Dé­cou­verte, 2008, p. 280.

[33]. Con­cept repris de l’anal­yse de la lit­téra­ture pop­ulaire d’An­to­nio Gram­sci, « Lit­téra­ture pop­ulaire », Œu­vres choisies, Paris, Édi­tion So­ciales, 1959.

[34]. Richard Poulin avec la col­lab­ora­tion de Mélanie Claude, Pornogra­phie et hy­per­sex­ual­isa­tion, En­fances dé­vastées, tome II, Ot­tawa, L’In­terligne, 2008.

[35]. Ibid.

[36]. Statis­tique Cana­da, Les re­la­tions sex­uelles pré­co­ces, 3 mai 2005, [site con­sulté le 15 mai 2005], < http://www­stat­can.ca/Dai­ly/Français/05053/q05053a.htm >.

[37]. L’en­quête so­ciale et de san­té auprès des en­fants et des ado­les­cents québé­cois 1999 (In­sti­tut de la statis­tique du Québec, op. cit.) in­dique que 61 % des filles de seize ans qui ont fréquen­té un garçon dans l’an­née qui a précédé le sondage et qui avaient une faible es­time de soi ont subi de la vi­olence. Chez les filles qui af­fir­maient avoir une es­time d’elles-​mêmes élevée, ce taux se situ­ait à la moitié, soit 30 %.

[38]. Per­rot, op. cit., p. 67.

[39]. Chris­tine Détrez, La con­struc­tion so­ciale du corps, Paris, Seuil, 2002, p. 173.

[40]. Voir en­tre autres Fou­cault, op. cit. ; Georges Vi­garel­lo, Le corps re­dressé, Paris, De­large, 2001 ; Alain Corbin, Le mi­asme et la jon­quille, Paris, Aubier, 1982.

[41]. Pierre Bour­dieu, La dom­ina­tion mas­cu­line, Paris, Seuil, 1998.

[42]. Kauf­mann, op. cit.

[43]. Do­minique Folscheid, Sexe mé­canique. La crise con­tem­po­raine de la sex­ual­ité, Paris, La Ta­ble Ronde, 2002, p. 14.

[44]. Raf­faëla An­der­son, Hard, Paris, Gras­set, 2001, p. 17.

[45]. James E. Wright, The Sex­ual­iza­tion of Amer­ica’s Kids and How to Stop It. New York, Lin­coln, Shang­hai, Writ­ers Club Press, 2001.

[46]. Citée par Pier­rette Bouchard, op. cit., p. 52.

[47]. Matthieu Du­bost, La ten­ta­tion pornographique, El­lipses, Paris, 2006, p. 66.

[48]. Détrez et Si­mon, op. cit., p. 245.

Une réponse à “Ap­parence, hy­per­sex­ual­isa­tion et pornographie”

  1. Vanessa dit :

    J’ai un peu d’expérience pas très agée (45 ans) mais je peux témoi­gner de l’évolution de la presse fémi­nine qui parle aujourd’hui énor­mé­ment d’orgasmes et de plai­sir sexuel. Quand j’avais 20 ans on ne s’autorisait même pas à penser à ce genre de chose c’est dire com­ment les men­ta­li­tés ont évolué en si peu de temps…
    Pour ma part, je pense que c’est un pro­grès, bien sur que l’on peut envi­sa­ger ça comme de l’exhibition mais il faut aussi voir d’où l’on vient