La percée de la mouvance masculiniste en Occident

Par Mis en ligne le 05 septembre 2010

« La des­crip­tion de l’avancée du mou­ve­ment mas­cu­li­niste fait peur. On a bien le sen­ti­ment d’entrer dans une ère très dif­fi­cile pour les femmes et pour les filles. […] Ainsi, parce que l’opinion répan­due est que les femmes ont obtenu tout ce qu’elles vou­laient et même au-delà, voici que nous amor­çons une période de régres­sion. »

Avant de parler du mas­cu­li­nisme, il fau­drait com­men­cer par en donner une défi­ni­tion. Je vais l’emprunter à Michèle Le Doeuff, puisque c’est elle qui a créé ce terme.

Voici ce qu’elle nous dit : « Pour nommer ce par­ti­cu­la­risme, qui non seule­ment n’envisage que l’histoire ou la vie sociale des hommes, mais encore double cette limi­ta­tion d’une affir­ma­tion (il n’y qu’eux qui comptent et leur point de vue), j’ai forgé le terme de mas­cu­li­nisme. » [1] Ainsi, Michèle Le Doeuff consi­dère comme mas­cu­li­niste tout dis­cours, toute pensée cen­trés sur les seuls hommes et leurs seuls inté­rêts.

Je dirais pour ma part que le mas­cu­li­nisme aujourd’hui en Occident, c’est une lame de fond, une idéo­lo­gie ram­pante, un état d’esprit à l’égard des hommes et des femmes, qui tend à affir­mer que les pre­miers sont vic­times des « excès » des secondes. Les femmes, entend-on dire ici et là, auraient exa­géré. Elles auraient obtenu « trop » de droits, de liber­tés et aujourd’hui, dit cette idéo­lo­gie, elles seraient deve­nues incon­trô­lables. Le remède, entend-on encore mur­mu­rer, ce serait que les femmes soient rap­pe­lées à l’ordre.

Afin de donner une défi­ni­tion plus concrète, on pourra dire que cette idéo­lo­gie, en fait très ancienne, (on peut affir­mer que tout patriar­cat est mas­cu­li­niste) a pris, au cours des der­nières décen­nies, la forme d’une mou­vance d’une radi­ca­lité extrême dont l’objectif non avoué, mais évident, est d’entraver la liberté des femmes que les acteurs de cette mou­vance ne consi­dèrent pas comme leurs égales.

Je vais essayer d’être encore plus pré­cise en dési­gnant quelques groupes qui s’illustrent de manière très spec­ta­cu­laire à l’intérieur de cette mou­vance : à ma connais­sance ce sont les groupes de défense des droits des pères, mais plus géné­ra­le­ment les groupes d’hommes qui forment aujourd’hui le gros du bataillon mas­cu­li­niste (mais comme nous le ver­rons, ce ne sont pas les seuls). Des hommes, des pères, donc, qui se lamentent sur la pré­ten­due pré­ca­rité de leur condi­tion.

Or, à diplôme égal, ils sont mieux payés que les femmes à raison de 20% en moyenne dans le sec­teur privé, ils sont dotés d’emplois stables à res­pon­sa­bi­lité bien plus fré­quem­ment que leurs col­lègues fémi­nines, leur car­rière n’est jamais entra­vée par d’inopportunes gros­sesses, ils sont peu sol­li­ci­tés pour le soin aux enfants qui n’occupe qu’une mince part de leur jour­née et ils contri­buent encore fai­ble­ment aux tâches domes­tiques en géné­ral [2].

Sur le plan judi­ciaire ils sont encore trop peu pour­sui­vis et trop sou­vent excu­sés lorsqu’ils se laissent aller à des vio­lences domes­tiques, comme le rap­pellent les sta­tis­tiques de clas­se­ment sans suite des plaintes de femmes pour vio­lences domes­tiques ainsi que des tra­vaux de socio­lo­gie [3].

En fait, le groupe le plus pri­vi­lé­gié de notre société patriar­cale pré­tend être gra­ve­ment lésé et s’exprime dans ce sens depuis une qua­ran­taine d’années. Ces hommes dénoncent le plus sou­vent le fémi­nisme comme la cause pre­mière de leur mal-être et sou­haitent ouver­te­ment un retour en arrière.

1. Les conditions d’émergence de cette mouvance

a. Pensions ali­men­taires

Les pre­miers regrou­pe­ments d’hommes ont com­mencé à appa­raître dans les années 1950 lorsque le divorce s’est déve­loppé aux Etats-Unis : un nombre crois­sant d’hommes divor­cés s’est alors trouvé dans l’obligation de payer une pres­ta­tion com­pen­sa­toire à leur ex-femme et une part contri­bu­tive à l’éducation des enfants. Barbara Ehrenreich fait expli­ci­te­ment allu­sion à cette contes­ta­tion du paie­ment de la pen­sion ali­men­taire par des hommes dès la moitié du XX° siècle dans son livre The Hearts of Men : American Dreams and the Flight from Commitment (1983) : « Why should a man give his ex-wife ali­mony and child-sup­port when she is just as capable » [4].

b. Droit d’accès aux enfants

Un peu plus tard, dans les années 1970-80, la rhé­to­rique de ces regrou­pe­ments d’hommes divor­cés a sen­si­ble­ment changé d’allure. Il n’était plus ques­tion seule­ment d’argent, un argu­ment qui ne ren­dait pas leur cause très sym­pa­thique, mais de dou­leur d’être quitté, de cha­grin de ne plus voir suf­fi­sam­ment leurs enfants, selon eux indû­ment lais­sés au soin exclu­sif de leurs mères. C’est en média­ti­sant cette souf­france face à des femmes qui, disent-ils, détruisent leur vie par égoïsme, afin de pour­suivre leur car­rière ou suivre un autre homme en emme­nant avec elles leurs enfants, que les groupes de pères ont réussi à s’attirer la sym­pa­thie de la société. Susan Faludi montre com­bien le film Kramer contre Kramer, par exemple, est emblé­ma­tique du dis­cours qui a alors com­mencé à se déve­lop­per autour des ques­tions de garde d’enfant [5]. Kramer contre Kramer met en effet en scène un couple qui divorce et sou­ligne très pesam­ment la souf­france de ce père inquiet de perdre la garde de son fils. Plus récem­ment, on pour­rait citer le très popu­laire Madame Doubtfire qui, mêlant humour et pathos, conduit le spec­ta­teur à plaindre de tout son cœur ce pauvre père vic­time d’un divorce et privé de l’affection de ses enfants.

Il est très impor­tant ici de sou­li­gner que les groupes de défense des droits des pères ne se sont jamais placés sur le plan de la réflexion construc­tive sur les pro­blèmes de société qu’ils sou­lignent : ils ne se sont pas inté­res­sés aux rai­sons pro­fondes expli­quant l’augmentation des divorces, ont très rare­ment abordé la notion de vio­lence intra-fami­liale, celle de domi­na­tion mas­cu­line ou encore celle de tra­vail paren­tal. Pour le dire autre­ment, il appa­raît assez clai­re­ment que l’objectif de ces regrou­pe­ments n’a jamais été la réflexion poli­tique sur des ques­tions de société mais la reven­di­ca­tion pure et simple.

2. Le masculinisme qui est-ce ?

Les acteurs en France, en Europe et ailleurs

Comme cela a été indi­qué plus haut, ce sont bien les groupes de pères et les groupes d’hommes qui forment le gros des troupes mas­cu­li­nistes aujourd’hui mais leur dis­cours est repris bien au-delà de la sphère de leurs seuls cercles asso­cia­tifs et réseaux d’influence.

a. Les groupes de défense des pères

Ce sont, comme leur nom l’indique sou­vent clai­re­ment, des asso­cia­tions dont le but est de lutter pour que les pères divor­cés main­tiennent un lien avec leurs enfants malgré la sépa­ra­tion ou le divorce. Martin Dufresne dirait que c’est la branche « pater­nelle » du mou­ve­ment mas­cu­li­niste. On en trouve dans tous les pays du monde. Leur dis­cours sont très sou­vent com­pa­rables, leurs reven­di­ca­tions aussi.

En lan­çant sur Google une recherche à partir des mots « groupes de pères divorcés/​divorced fathers’ groups », on obtient plu­sieurs cen­taines de réponses ren­voyant pour la plu­part vers les sites d’associations de défense des droits des pères. Pour la France, on compte envi­ron une ving­taine d’associations de défense des pères divor­cés ou sépa­rés, toutes sont pré­sentes sur inter­net. Les plus célèbres sont SOS Papa, qui pos­sède dif­fé­rentes antennes régio­nales, le Mouvement de la Condition Paternelle ainsi que l’association dis­si­dente du Nouveau Mouvement de la Condition Paternelle. Leurs noms peuvent par­fois ne pas conte­nir de réfé­rence expli­cite à la pater­nité : SOS Divorce est dans ce cas mais il ne fait aucun doute, à lire les textes conte­nus sur le site de cette asso­cia­tion, qu’il s’agit là encore d’un groupe de défense des droits de pères divor­cés. Ailleurs se sont formés des groupes plus ou moins ori­gi­naux, plus ou moins pro­vo­ca­teurs. Le groupe Fathers 4 Justice en Grande-Bretagne est spé­cia­liste des coups d’éclat d’assez mau­vais goût : des mes­sieurs dégui­sés en batman ou en spi­der­man se pro­mènent devant des monu­ments his­to­riques ou sur des grues pour crier leur dou­leur tandis que leurs cama­rades aspergent de poudre vio­lette (vio­lette en réfé­rence à l’une [6] des cou­leurs choi­sies par les suf­fra­gettes lorsqu’elles menaient combat pour obte­nir le droit de vote) des dépu­tés à la Chambre des Communes. Aux Etats-Unis et au Canada se trouvent sans doute les groupes au dis­cours et aux actions les plus vio­lents, avec des menaces expli­cites adres­sées aux poli­tiques si leurs reven­di­ca­tions ne sont pas satis­faites [7].

b. Les groupes d’hommes

Ce sont des asso­cia­tions aux objec­tifs plus géné­raux, beau­coup moins spé­cia­li­sées que les asso­cia­tions de pères. Elles ont cepen­dant en commun avec ces der­nières de reven­di­quer avec viru­lence des droits et, comme elles en ont l’outrecuidance, l’égalité.

C’est la Condition Masculine qui en France repré­sente le mieux ce type d’associations. Le nom com­plet de cette asso­cia­tion est tou­te­fois « Condition mas­cu­line-sou­tien de l’enfance, sos divorce pour les pères », ce qui indique que ce groupe s’intéresse aussi beau­coup à la cause des pères divor­cés.

Ailleurs on trouve de nom­breux regrou­pe­ments d’hommes se disant contents d’appartenir au genre mas­cu­lin : « content d’être un gars », déclare Yves Pageau, ani­ma­teur du site inter­net gars​content​.com, qui regorge d’injures à l’encontre des fémi­nistes et des juges. D’autres mas­cu­li­nistes légè­re­ment plus sub­tils s’enorgueillisent de leurs titres uni­ver­si­taires mais signent tout de même des ouvrages au titre sans équi­voque : « Homme et fier de l’être » d’Yvon Dallaire, qui se défi­nit comme psy­cho­logue, sexo­logue, auteur et confé­ren­cier. Aux Etats-Unis on trouve encore le groupe d’hommes « Promise kee­pers », groupe d’hommes évan­gé­listes qui pro­meuvent et reven­diquent les valeurs patriar­cales de chef de famille, de pro­tec­teur et de père.

c. Retentissement du dis­cours mas­cu­li­niste au-delà de la sphère d’influence de ces asso­cia­tions

L’apitoiement sur la condi­tion paternelle/​masculine est devenu un thème clas­sique de la presse depuis quelques années. Dans de nom­breux medias, au cinéma, chez de nom­breux auteurs, socio­logues, phi­lo­sophes, on retrouve ce même atten­dris­se­ment sur le sort des hommes et plus par­ti­cu­liè­re­ment des pères, et, plus par­ti­cu­liè­re­ment encore, des pères divor­cés.

Une rapide ana­lyse de la presse permet de s’en rendre mieux compte : en 2003, pour le 8 mars, Elle consacre un dos­sier au malaise mas­cu­lin [8] ; en jan­vier 2003, Le Nouvel Observateur sort un numéro hors-série consa­cré aux pères et inti­tulé « L’aventure de la pater­nité ». Les déra­pages de manquent pas, depuis Jean Daniel s’interrogeant sur l’utilité du droit de vote aux femmes jusqu’à Dominique Youf contes­tant le droit d’accoucher sous X en pas­sant par l’inévitable témoi­gnage d’un père se disant vic­time de son ex-femme et des fausses allé­ga­tions de leur fille. La presse télé­vi­sée ne manque pas d’exemples non plus : en mars 2003, le maga­zine « Envoyé spé­cial » dif­fu­sait un repor­tage consa­cré à des pères pré­ten­du­ment vic­times d’accusations men­son­gères d’inceste. Le repor­tage, « Divorces : l’arme du soup­çon », n’envisageait à aucun moment la pos­si­bi­lité qu’un enfant se plai­gnant d’agressions puisse dire la vérité.

Chez les phi­lo­sophes, Elisabeth Badinter s’intéresse depuis long­temps aux hommes, qu’elle plaint beau­coup, qu’elle qua­li­fie de « sexe faible » dans XY et qu’elle décrit comme vic­times des fémi­nistes dans Fausse route. Chez les socio­logues, les psy­cho­logues, les psy­cha­na­lystes, depuis long­temps, la com­pas­sion à l’égard des hommes, des pères, et sur­tout des pères divor­cés, est deve­nue une vieille habi­tude. Certains, comme Geneviève Delaisi de Parceval et Christine Castelain-Meunier, toutes deux auteures de livres consa­crés à la pater­nité [9], ont long­temps fait partie du comité d’honneur de l’association SOS Papa.

Cet api­toie­ment géné­ra­lisé pour­rait être inté­res­sant et construc­tif : les socio­logues et les phi­lo­sophes qui se penchent par­fois en toute bonne foi sur la souf­france mas­cu­line pour­raient en effet per­mettre d’entamer une réflexion sur le meilleur moyen d’aider à la fois les hommes et les femmes. L’ennui, c’est que sous le masque lar­moyant qu’ils pré­sentent à la société, qui émeut tant de jour­na­listes, de phi­lo­sophes et de socio­logues, les mas­cu­li­nistes cachent un pro­gramme réac­tion­naire redou­table pour les droits fon­da­men­taux des femmes.

3. Quel est leur discours ? Quelles sont leurs valeurs ?

a. contes­ta­tion des dis­po­si­tions post-divorce rela­ti­ve­ment aux enfants et à l’argent

La reven­di­ca­tion pre­mière des groupes d’hommes et de pères, c’est de ne plus payer les pen­sions ali­men­taires et de voir leurs enfants plus sou­vent. Les arran­ge­ments de rési­dence alter­née sont, de ce point de vue très inté­res­sants, puisqu’ils per­mettent de fait la sup­pres­sion du paie­ment de toute part contri­bu­tive aux besoins des enfants. Cependant, la sup­pres­sion de la pen­sion ali­men­taire ne résout pas la ques­tion des écarts de salaire.

D’autre part, une rési­dence alter­née, parce qu’elle est un mode de garde extrê­me­ment contrai­gnant, empêche tout démé­na­ge­ment : il devient donc impos­sible d’accepter un emploi loin de son domi­cile d’origine sous pré­texte qu’on a un enfant en rési­dence alter­née. Les femmes, dont la situa­tion est plus sou­vent pré­caire que celle des hommes, sont donc pro­fes­sion­nel­le­ment entra­vées par ce genre de dis­po­si­tions.

b. néga­tion des vio­lences domestiques/​contes­ta­tion de sta­tis­tiques sur ces violences/​affir­ma­tion que les hommes seraient aussi vic­times

La plu­part de ces groupes d’hommes, de pères et leurs relais sont tou­jours prêts à nier la réa­lité des vio­lences com­mises à l’encontre des femmes. Beaucoup de groupes d’hommes/pères accusent les fémi­nistes de fal­si­fier les chiffres des vio­lences. Ainsi, le site inter­net du mou­ve­ment de la condi­tion pater­nelle [10] ose titrer l’un de ses articles : « Les vio­lences conju­gales : une réa­lité lar­ge­ment maquillée » avec des petites phrases très inté­res­santes à sou­li­gner :

« Lorsqu’il vous est annoncé des chiffres impor­tants de vio­lences conju­gales, chacun trouve cela scan­da­leux et prend effec­ti­ve­ment parti contre ces vio­lences. Tout l’astuce de la pro­pa­gande relève donc de ces chiffres. Or, dans les chiffres des vio­lences conju­gales, contrai­re­ment à ce que tout le monde ima­gine, il ne s’agit pas que de coups et bles­sures, mais aussi de tout ce que cer­taines femmes CONSIDERENT COMME VIOLENCE :

-Simples désac­cords conju­gaux sans aucun acte phy­sique ou viru­lence ver­bale,
- Déceptions amou­reuses,
- Contrariétés en tous genres,
- Simple non du mari à une dépense ou bien à une demande extra­va­gante,
- Simple refus,
- « Violences » dites psy­cho­lo­giques
- Enfin tout ce qu’une femme peut res­sen­tir comme une vio­lence de près ou de loin par­fois même de très loin…

Certains consi­dèrent ceci comme des vio­lences conju­gales et contri­buent à gon­fler consi­dé­ra­ble­ment et arti­fi­ciel­le­ment les chiffres. Il suffit donc de « pré­sen­ter » ces chiffres avec un « savoir-faire typi­que­ment fémi­nin de la com­mu­ni­ca­tion », ce en quoi les femmes sont pas­sées expertes. On vous a donc mani­pulé, on vous a induit en erreurs ».

Une autre stra­té­gie de ces groupes d’hommes consiste à pré­tendre que les hommes seraient autant battus que les femmes, sinon plus. Yvon Dallaire van­tait en 2003 les mérites d’un livre inti­tulé L’homme battu, d’une cer­taine Sophie Torrent [11]. La même année, en jan­vier, l’association SOS PAPA par­ve­nait à inter­ve­nir dans une émis­sion d’Yves Calvi, C’est dans l’air, sur la 5, consa­crée à la vio­lence conju­gale et nous pré­sen­tait quelques mes­sieurs pré­ten­du­ment vic­times de « coups de griffes » alors que des mili­tantes du réseau Solidarité Femmes [12] étaient venues parler de meurtres de femmes.

On notera au pas­sage que les inter­ven­tions intem­pes­tives de Marcela Iacub et d’Hervé Le Bras, contre l’enquête ENVEFF en 2003, ainsi que le livre d’Elisabeth Badinter Fausse route la même année, s’inscrivent non seule­ment dans cet état d’esprit favo­rable aux hommes qui carac­té­rise la société actuelle, mais ont éga­le­ment servi de cau­tion morale et de sou­tien sym­bo­lique au dis­cours deve­loppé depuis des années par les groupes d’hommes et de pères.

Je sou­haite enfin ajou­ter que cette néga­tion géné­rale des vio­lences pri­vées com­mises contre des femmes, des jeunes filles, des petites filles est puis­sam­ment appuyée et relayée par le dis­cours tenu par cer­tains psy­cho­logues, psy­chiatres, qui ne sont jamais à court d’imagination pour inven­ter de nou­veaux concepts qu’ils pré­sentent comme des « outils » per­met­tant selon eux de dis­tin­guer les plaintes fon­dées des men­songes.

Richard Gardner est l’inventeur d’un concept par­fai­te­ment irre­ce­vable [13] tant sur le plan scien­ti­fique que juri­dique (le SAP) qui consiste à inva­li­der toute plainte d’inceste for­mu­lée par des enfants. Suicidé de plu­sieurs coups de cou­teau dans le ventre en 2003, Gardner conti­nue pour­tant à faire des ravages puisque son dis­cours est lar­ge­ment repris et dif­fusé par des psy­cho­logues ou psy­chiatres tels que Ralph Underwager aux Etats-Unis, Hubert Van Gijseghem au Canada et en France ou encore Paul Ben Sussan en France.

c. contes­ta­tion du droit à l’avortement et à la contra­cep­tion

Les groupes d’hommes réclament aussi le droit d’avoir un pou­voir de co-déci­sion sur la pour­suite ou non d’une gros­sesse, sur la déci­sion d’avoir ou non des enfants (c’est-à-dire sur la liberté, pour une femme, de déci­der ou non d’avoir une contra­cep­tion). Cet aspect de leur dis­cours n’est pas tou­jours très aisé à déce­ler et c’est pour­tant le plus dan­ge­reux. Dans le cadre de son enquête sur les milieux mas­cu­li­nistes, la réa­li­sa­trice Myriam Tonelotto est par­ve­nue à obte­nir les confi­dences de plu­sieurs mas­cu­li­nistes face à la caméra. Parmi eux, Lionel Palisse, d’une asso­cia­tion mas­cu­li­niste gre­no­bloise, « La Condition Familiale et Parentale », déclare clai­re­ment que la co-déci­sion doit pré­va­loir pour la pour­suite ou l’arrêt d’une gros­sesse. Gilbert Claes, de l’association qué­bé­coise « L’après-rupture » déclare lui aussi qu’il est injuste que les femmes aient la haute main sur les ques­tions liées à la pro­créa­tion. Myriam Tonelotto a enfin montré qu’en der­nier res­sort, les hommes sou­hai­tant inter­dire un avor­te­ment à une femme étaient capables de deman­der l’aide tac­tique et sur­tout juri­dique de groupes anti-avor­te­ment [14].

d. remise en cause du droit au divorce

Beaucoup de repré­sen­tants des groupes d’hommes et de pères expriment ouver­te­ment cette idée : pour les hommes, le divorce est une catas­trophe puisqu’ils se retrouvent du jour au len­de­main à devoir assu­mer seuls des tâches domes­tiques et paren­tales qu’ils négli­geaient jusque-là et à payer pen­sion ali­men­taire et pres­ta­tion com­pen­sa­toire. Du point de vue finan­cier, pra­tique et affec­tif, le divorce ne les arrange évi­dem­ment pas. Ces groupes sont donc acti­ve­ment à la recherche de moyens effi­caces de l’empêcher. Parmi ces moyens figurent les condi­tions de la garde des enfants après le divorce : la rési­dence alter­née, décriée par de nom­breux méde­cins, contrai­gnante, per­met­tant un contrôle rap­pro­ché de l’ex-conjointe, est l’une des manières de dis­sua­der les femmes de partir.

4. Quelles sont leurs stratégies ?

a. réseau­tage sur inter­net

Ces groupes, for­te­ment pré­sents sur inter­net, sont reliés les uns aux autres par ce mode de com­mu­ni­ca­tion. Cela leur permet d’échanger des idées et de se déve­lop­per plus rapi­de­ment.

b. lob­bying auprès des organes légis­la­tifs des pays dans les­quels ils vivent

Les groupes de pères ont des stra­té­gies de lob­bying redou­tables consis­tant à mul­ti­plier les antennes asso­cia­tives locales, à har­ce­ler les dépu­tés de visites, cour­riers et cour­riels, à conqué­rir des hommes et des femmes poli­tiques.

c. noyau­tage d’instances para-judi­ciaires

De très nom­breuses ins­tances para-judi­ciaires ont été inves­ties depuis très long­temps par des groupes de pères ou des asso­cia­tions proches d’eux ou plus sim­ple­ment encore sen­sibles à leur dis­cours.

Les lieux de ren­contre « parents-enfants » dits « neutres » sont, par exemple, tout acquis à la cause des droits-intangibles-des-pères-quoi-qu’ils-aient-fait : ils par­ti­cipent ainsi acti­ve­ment au pro­ces­sus de reven­di­ca­tion de « droits » pour les pères. Ils sont éga­le­ment en partie res­pon­sables du pro­ces­sus de décré­di­bi­li­sa­tion de la parole des femmes vic­times de vio­lences domes­tiques puisqu’à leurs yeux, même les hommes vio­lents doivent pou­voir béné­fi­cier de droits paren­taux intacts [15].

Les lieux de média­tion fami­liale par­ti­cipent eux aussi à ce pro­ces­sus de néga­tion des vio­lences puisque l’idée-maîtresse de la média­tion fami­liale est qu’il faut abso­lu­ment bannir tout ce qui pour­rait ali­men­ter le « conflit ». Une femme vic­time de vio­lences, qui se plaint, devient sys­té­ma­ti­que­ment, aux yeux des média­teurs, une per­sonne gênante et ennuyeuse.

d. média­ti­sa­tion extrême

La rhé­to­rique des groupes d’hommes et de pères occupe le devant de la scène média­tique depuis de très nom­breuses années. On ne compte plus les repor­tages au jour­nal de 13h consa­crés à de pauvres hommes vic­times de sépa­ra­tions dou­lou­reuses, de fausses allé­ga­tions de vio­lences domes­tiques, d’inceste etc.

e. inti­mi­da­tion, vio­lence et calom­nie

C’est sans doute l’aspect de leur stra­té­gie qui permet le mieux de les situer. Tout est bon pour faire parler d’eux et pour faire taire leurs oppo­sants.

Le groupe Fathers 4 Justice avait en 2006 pro­grammé l’enlèvement, heu­reu­se­ment déjoué à temps, de Leo Blair, fils ben­ja­min du Premier Ministre de l’époque. D’après Yannick Demers, du Collectif Masculin Contre le Sexisme, des groupes d’hommes vêtus de che­mises noires (les « black shirts ») agressent des femmes repé­rées comme mères divor­cées, mères céli­ba­taires [16]. Mon exemple per­son­nel mérite aussi d’être cité. Quelques mas­cu­li­nistes au verbe haut ont plu­sieurs fois tenté de me faire taire en lan­çant contre moi des cam­pagnes de calom­nie.

5. Résultats de leurs luttes et conséquences pour les femmes

a. Modifications légales rapides

Les réformes du Code civil votées en moins de deux décen­nies en France (1987-2002) vont dans le sens sou­haité par les groupes de pères. En 1987 est en effet ins­tau­rée la notion d’autorité paren­tale conjointe, en 2002 celle de rési­dence alter­née des enfants, insi­dieu­se­ment et hypo­cri­te­ment éti­que­tée « rési­dence pari­taire » tant par les groupes de pères que les partis poli­tiques qui les ont sou­te­nus (le PS en 2001-2002). Cela donne à penser que leur dis­cours est mani­fes­te­ment porté jusque dans les plus hautes sphères du pou­voir.

b. Moindre mobi­lité géo­gra­phique pour les femmes divor­cées, dif­fi­cul­tés gran­dis­santes à se pro­té­ger d’un conjoint violent

La loi rela­tive à l’autorité paren­tale votée en février 2002 à la hâte par une assem­blée natio­nale pres­sée de fermer sa ses­sion avant les élec­tions légis­la­tives est un véri­table piège pour les femmes : en ins­tau­rant le régime de la rési­dence alter­née auto­ri­taire [17] des enfants en cas de sépa­ra­tion des parents, le légis­la­teur condamne les femmes qui se séparent, d’une part à renon­cer à toute mutation/​promotion pro­fes­sion­nelle ou sim­ple­ment offre d’emploi ailleurs que dans le lieu de rési­dence de l’enfant, d’autre part à rester à la merci d’un conjoint violent.

c. Impossibilité quasi-totale de pro­té­ger les enfants de la vio­lence d’un conjoint, res­pon­sa­bi­lité pénale enga­gée pour toute per­sonne essayant de secou­rir femmes et enfants vic­times de mal­trai­tances (procès de l’association SEDIRE)

L’affaire, jugée cet été, qui impli­quait une mère vic­time de vio­lences domes­tiques et l’association dun­ker­quoise SEDIRE, membre du réseau natio­nal Solidarité Femmes, est emblé­ma­tique de ce qui attend de nom­breuses femmes vic­times et ceux qui sou­haitent leur venir en aide.

“Prison avec sursis pour une mère battue héber­gée avec ses enfants par une asso­cia­tion” … titrait Le Monde après le ver­dict du tri­bu­nal cor­rec­tion­nel de Dunkerque rendu le 26 juillet 2007. Cette femme, vic­time de vio­lences domes­tiques, s’était réfu­giée auprès de l’association SEDIRE avec ses enfants, à l’insu de son mari. Elle a été condam­née à trois mois de prison avec sursis, à 800 euros de dom­mages et inté­rêts au profit de son époux, ainsi qu’à 1000 euros, tou­jours au profit de son époux, au titre du rem­bour­se­ment des frais de pro­cé­dure (article 475-1).

L’association a été relaxée cette fois-ci mais à l’avenir, toute mili­tante qui pren­dra l’initiative de venir en aide à une vic­time de vio­lences et à ses enfants, sera pas­sible de pour­suites. En effet, comme l’ont déclaré les mili­tantes de SEDIRE, “Il est impor­tant de dire que le Tribunal a bien pré­cisé que l’association ne peut être pour­sui­vie pour des faits anté­rieurs à jan­vier 2006, ce qui a pour consé­quence directe que de mêmes faits pos­té­rieurs à jan­vier 2006 peuvent être pour­sui­vis… Une telle déci­sion met en dif­fi­culté toutes les femmes et toutes les asso­cia­tions. » [18].

Conclusion : la boucle est-elle bouclée ?

La des­crip­tion de l’avancée du mou­ve­ment mas­cu­li­niste fait peur. On a bien le sen­ti­ment d’entrer dans une ère très dif­fi­cile pour les femmes et pour les filles.

Il semble évident qu’à l’heure actuelle, divor­cer ou se sépa­rer deviennent des démarches de plus en plus com­plexes ; sur­tout si la sépa­ra­tion est deman­dée par la femme pour mettre fin à une situa­tion de vio­lence. A long terme, on peut pré­dire que les femmes risquent de se heur­ter à des dif­fi­cul­tés gran­dis­santes pour pra­ti­quer un avor­te­ment sans deman­der son avis au futur père. Nos filles devront peut-être un jour obte­nir l’accord de leur conjoint pour se faire pres­crire une pilule contra­cep­tive ou la pose d’un sté­ri­let.

Ainsi, parce que l’opinion répan­due est que les femmes ont obtenu tout ce qu’elles vou­laient et même au-delà, voici que nous amor­çons une période de régres­sion « On se fait engueu­ler parce que les hommes ont peur. C’est tout de même épa­tant, et pour le moins moderne, un domi­nant qui vient chia­ler que le dominé n’y met pas assez du sien ». [19].

Hélène Palma, 18 décembre 2009


Notes

[1] Le Doeuff, Michèle, L’étude et le rouet, volume 1, 15. [2] Selon une dépêche de l’AFP du ven­dredi 20 juillet 2007 : deve­nir mère est tou­jours un frein à la car­rière pro­fes­sion­nelle pour les jeunes femmes, contrai­re­ment à leurs com­pa­gnons, qui pâtissent beau­coup moins de leur pater­nité, selon une étude du Centre d’étude et de recherche sur les qua­li­fi­ca­tions (Céreq) publiée ven­dredi. Selon cette enquête, réa­li­sée auprès de 16.000 jeunes sept ans après leur entrée sur le marché du tra­vail, 32% des femmes déclarent que la nais­sance de leur pre­mier enfant a eu une inci­dence sur leur emploi. Après cette pre­mière mater­nité, 17% des jeunes femmes passent ainsi à temps par­tiel, 11% changent de poste ou acceptent une muta­tion, 7% démis­sionnent de leur emploi et 4% prennent un congé paren­tal à temps com­plet. Après un deuxième enfant, l’impact sur la car­rière est encore plus fort, avec 35% des femmes qui réduisent leur temps de tra­vail et 16% qui prennent un congé paren­tal à temps com­plet. Chez les hommes, par contre, « être père ne semble pas avoir de consé­quences sur leur situa­tion pro­fes­sion­nelle », sou­ligne le Céreq, en consta­tant qu’enfants ou pas, « presque tous tra­vaillent à temps plein au terme de leur sep­tième année de vie active, et leur salaire ne varie guère en fonc­tion du nombre d’enfants ». 91% des pères déclarent ainsi que leur situa­tion pro­fes­sion­nelle n’a en rien été affec­tée par la nais­sance de leur pre­mier enfant et, lorsque le deuxième arrive, 96% ne déclarent aucun chan­ge­ment. La prin­ci­pale expli­ca­tion, sou­ligne le Céreq, est que ce sont tou­jours les femmes qui assument encore l’essentiel des charges domes­tiques, et la « spé­cia­li­sa­tion vers des rôles conju­gaux tra­di­tion­nels » s’accentue même au fur et à mesure que la famille s’agrandit. Passer l’aspirateur, pré­pa­rer le repas du soir et faire les courses : les jeunes femmes s’acquittent pra­ti­que­ment quatre fois plus de ces tra­vaux que les hommes. [3] Crime pas­sion­nel, crime ordi­naire, d’Annick Houel, Patricia Mercader et Helga Sobota. « A l’inverse d’une défi­ni­tion qui pren­drait en compte la posi­tion du sujet meur­trier, dans le dis­cours jour­na­lis­tique c’est l’amour, tou­jours l’amour, l’éternel cou­pable, et l’utilisation du mot par­ti­cipe au pro­ces­sus de déres­pon­sa­bi­li­sa­tion du cri­mi­nel » (p 132). « Exemple extrême, Libération, le 21 mai 1993 a titré ‘Une famille se sui­cide’ pour rendre compte du fait qu’un homme avait tué sa femme et ses enfants, puis s’était donné la mort » (p. 82). [4] Page 159. [5] Susan Faludi, Backlash, Paris : Des Femmes, 1993, 294. [6] Les deux autres étaient le vert et le blanc. [7] Dans un docu­men­taire dif­fusé en 2005 sur Arte, In Nomine Patris, Myriam Tonelotto, réa­li­sa­trice, était par­ve­nue à faire sortir Gilbert Claes, membre de l’Après-Rupture (groupe de pères divor­cés qué­bé­cois) de ses gonds. Ce der­nier avait déclaré devant la caméra que si les pères n’obtenaient pas ce qu’ils sou­hai­taient, des choses graves, comme le meurtre d’un juge par exemple, se pro­dui­raient. [8] « Hommes au bord de la crise de nerfs » « Elles sont pas­sées d’un statut de ser­vantes sou­mises à un modèle d’égoïsme, de car­rié­risme et de riva­lité. Enterrée la domi­na­tion de l’homme (maître, sou­ve­rain, géni­teur, ban­quier), place à des femmes de plus en plus exi­geantes, com­plexes et para­doxales ! ». Olivier regarde l’indépendance sexuelle et éco­no­mique des femmes comme un « vio­lence ». « Je suis l’héritier de cette vio­lence », ajoute-t-il. « Au nom de l’égalité des sexes, nous avons été décla­rés cou­pables de toutes les fautes pas­sées et dépos­sé­dés de tout. On nous a forcés à répri­mer notre viri­lité en nous inhi­bant et en nous culpa­bi­li­sant. On est cou­pables pour tous les erre­ments des autres hommes, cou­pables de désir, de lâcheté, de machisme, de tout… » (Elle, n° 2984, 8 mars 2003, p 84). [9] Geneviève Delaisi de Parceval, auteur de La part du père, Paris :Le Seuil, 1981 ; Christine Castelain-Meunier, auteur de Cramponnez-vous les pères, Paris : Albin Michel, 1992. [10] www​.interpc​.fr/ [11] Dallaire a lui-même écrit un livre sur ce sujet qu’il a inti­tulé Les vio­lences faites aux hommes, une réa­lité taboue et com­plexe, 2002. (toute res­sem­blance avec une étude fran­çaise consa­crée aux vio­lences faites aux femmes est bien enten­due for­tuite). [12] Fédération Nationale Solidarité Femmes. [13] Voir l’article de Jennifer Hoult, « The Evidentiary Admissibility of Parental Alienation Syndrome », Children’s Legal Journal, 2006, (1-62). [14] Affaire Steven Hone évo­quée dans le docu­men­taire de Myriam Tonelotto, « In Nomine Patris » dif­fusé en mars 2005 sur la chaîne franco-alle­mande Arte. [15] Le rap­port du pro­fes­seur Henrion et de son équipe remis au gou­ver­ne­ment Jospin en 2001 (inti­tulé « Les femmes vic­times de vio­lences conju­gales, le rôle des pro­fes­sion­nels de santé ») spé­ci­fie pour­tant que la vio­lence d’un homme à son domi­cile est aussi dan­ge­reuse pour la conjointe que pour les enfants et que le risque pour les enfants d’être à leur tour frap­pés est accru (cha­pitre « Pédiatrie », 17). [16] Interview de Yannick Demers par Myriam Tonelotto dans le cadre de son enquête sur les milieux mas­cu­li­nistes (Voir le docu­men­taire « In Nomine Patris »). [17] Une rési­dence alter­née peut être impo­sée quand bien même l’un des parents n’en vou­drait pas. [18] femi​nin​lem​porte​.canal​blog​.com [19] Virgine Despentes, Elle (5 mars 2007, p 220).

* Ce texte est tiré d’une com­mu­ni­ca­tion lue en octobre 2007 à l’Espace Femmes International de Genève (EFIGE), dans la revue duquel il a été publié.. Paru sur le site L’aGitation dans la BoîTe à outIls :
http://​lgbti​.un​-​e​.org/​s​p​i​p​.​p​h​p​?​a​r​t​i​cle50

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