Vers la décolonisation du savoir

Par Mis en ligne le 03 août 2015

Pendant long­temps, l’université a été un lieu de for­ma­tion des élites par les élites. On incul­quait la vérité abso­lue, celle de l’autorité : Dieu-famille-patrie-papa. En plus, on pré­pa­rait les jeunes à com­battre les méchants athées, les « com­mu­niss », les « fémi­nisss » et d’autres affreux dis­si­dents. C’était un sys­tème fermé bien qu’ici et là, il y avait des intel­lec­tua­li­tés excep­tion­nelles qui osaient braver le pou­voir.

Plus tard, au début des années 1960, les jeunes ont brisé les bar­ri­cades. Profs et étu­diants, on s’est retrou­vés à Paris, Berlin, Los Angeles, Mexico, Prague, Beijing, Santiago, Montréal, à crier, à fêter, à inven­ter. On en avait marre, on refu­sait l’inacceptable. Appelons cela, pour sim­pli­fier, la révo­lu­tion 1968…

Depuis, le capi­ta­lisme, y com­pris celui que l’on connaît aujourd’hui sous le label du néo­li­bé­ra­lisme, n’a cessé de vou­loir briser cet élan. Mais com­ment faire ? Nous sommes des mil­lions, et en plus, on a pris le goût de la liberté. Et plus encore, une majo­rité dans notre société s’est atta­chée à l’idée d’une édu­ca­tion post­se­con­daire réveillée, cri­tique, alerte. Les élites, les intel­lec­tuels-mer­ce­naires, les médias-pou­belles, disent : « ça ne sert à rien ». Mais main­te­nant qu’on s’est orga­ni­sés, on ne va pas se lais­ser faire juste comme cela.

Et ainsi, les batailles sur l’éducation se suc­cèdent les unes après les autres. On en perd. On en gagne. La résis­tance qui pro­duit une insa­tiable soif de liberté s’exprime à tra­vers l’infinité des réseaux et des alliances. Au-delà d’un « dire non » appa­raît de plus en plus un « dire oui » à une autre édu­ca­tion, une autre science, qui trans­gressent les modèles pleins de pous­sière héri­tés du passé. Une métho­do­lo­gie « déco­lo­niale » est l’objet de nos recherches et de nos expé­ri­men­ta­tions où les fron­tières entre « ceux qui savent » et « ceux qui ne savent pas » explosent comme des feux d’artifice.

Regardons bien : la nou­velle approche sort de l’université, elle s’infiltre par­tout dans la société. Ce savoir émerge des pra­tiques sociales et scien­ti­fiques. C’est un corps à 1000 têtes, à 1000 abor­dages, à 1000 posi­tion­ne­ments, où ceux qui étaient exclus prennent la parole : femmes, autoch­tones, pay­sans, tra­vailleurs, réfu­giés. Bref, les subal­ternes en tout genre.

Qui mène les débats sur les droits, la santé, le tra­vail, la misère ? De plus en plus, ce n’est plus dans les limites étroites des ins­ti­tu­tions que cela se passe.

Et ainsi émergent de nou­velles conver­gences entre des mondes autre­fois sépa­rés. C’est exac­te­ment ce qui va se passer à l’université popu­laire des NCS (20-23 août)…

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