Cherchez les communs

Par Mis en ligne le 04 août 2015

Depuis que l’humanité est l’humanité, on sait que se mettre ensemble, c’est mieux que d’être tout seul. On sait aussi que l’on doit défendre un patri­moine commun, qui est la fon­da­tion de la vie, et qu’on appelle sou­vent la « nature » : les formes de vie, l’eau, l’air, la terre, la lumière, etc. Les com­muns, c’est aussi nos capa­ci­tés de com­mu­ni­ca­tion, de réflexion, d’échanges, bref ce qui fait la col­lec­ti­vité.

Quand l’humanité s’est divi­sée en classes sociales, la bataille pour le commun a com­mencé. Les domi­nants ont fini par dire : « la terre, l’eau, la nature, c’est à ceux qui peuvent l’acheter ». Les domi­nés ont résisté. De ces confron­ta­tions sont nées les grandes révo­lu­tions comme en France (1789), en Russie (1917), en Chine (1948). Ça n’a jamais cessé…

Aujourd’hui, la chose se com­plique du fait que le « commun » s’est élargi aux dis­po­si­tifs du savoir et de la pro­duc­tion de connais­sances qui per­mettent la repro­duc­tion de la vie. Les domi­nants ne cherchent plus seule­ment à prendre pos­ses­sion de la nature, mais d’en pri­va­ti­ser la struc­ture même. L’important dans un capi­ta­lisme infor­ma­tisé est de pos­sé­der les codes et les lan­gages. Le capi­ta­lisme cherche fina­le­ment à éta­blir un contrôle « bio­po­li­tique ». Cela veut dire que ce ne sont plus les choses maté­rielles qui sont acca­pa­rées, mais les pro­ces­sus qui per­mettent de penser, de conce­voir et d’organiser ces choses. Par exemple, ce n’est plus seule­ment le riz, le blé ou le soja qui sont expro­priés par les grands agro-indus­triels, mais la struc­ture géné­tique des plantes.

Devant cela, les gens résistent. Dans les forêts de l’Amazonie et du Mexique, des com­mu­nau­tés bloquent l’agrobusiness. Dans les Andes, les pay­sans que­chuas affirment que Pachamama n’est pas à vendre, car entre l’humanité et toutes les formes de vie, et même avec toutes les formes de non-vie, il y a com­plé­men­ta­rité : c’est un bien commun, cela ne peut être pri­va­tisé, acheté, vendu. Dans les métro­poles, de nou­veaux rebelles court-cir­cuitent les bar­rières qui veulent pos­sé­der les don­nées. La pro­li­fé­ra­tion des médias sociaux met à mal les sys­tèmes de cen­sure et de contrôle qui veulent empê­cher les gens de parler aux gens.

Bref, par­tout, une nou­velle bataille pour le commun éclate pour pré­ser­ver les droits et fina­le­ment, la dignité humaine. Ce n’est pas un petit combat. L’offensive des domi­nants est mas­sive, der­rière un gigan­tesque dis­po­si­tif poli­tique et juri­dique, enve­loppé der­rière les notes en bas de page des trai­tés de libre-échange, réper­cuté par des médias-mer­ce­naires et des ins­ti­tu­tions com­plai­santes. De l’autre côté, la résis­tance est dis­per­sée, mais par ailleurs, elle atteint des seuils inédits. De cela émerge un espace créa­tif, plein de valeurs et d’utopies. Le commun devient une pers­pec­tive qu’on asso­cie à un mot qui a été bien gal­vaudé, le commun-isme qui vient au monde, comme le papillon qui sort de son cocon. Parlant papillons, il y en aura plu­sieurs à l’université popu­laire des NCS, qui com­mence le 20 août pro­chain.

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