Organisé par le Réseau Transform

Transformation sociale et politique

FSM 2016: Espace Émancipation

Par Mis en ligne le 07 août 2016

Jeudi 11 août 2016 à 13 h, à l’UQAM, R-M120/h3>

Nuit DeboutNous dis­cu­te­rons des pro­ces­sus de construc­tion des alter­na­tives sociales et poli­tiques qui émergent pour contre­car­rer les pro­po­si­tions poli­tiques natio­na­listes, racistes, xéno­phobes mena­çant le monde entier. Nous ana­ly­se­rons les expé­riences en cours à partir des nou­veaux partis et des nou­velles coa­li­tions sociales et éco­lo­giques. Nous abor­de­rons l’évolution de cam­pagnes élec­to­rales récentes (dont celles de Bernie Sanders, de Jeremy Corbyn, du Sinn Fein, de Podemos, de Syrisa, du mou­ve­ment « Nuit Debout ».

Intervenant-e-s

  • Chantal Delmas (Espaces Marx, Transform!)
  • Maité Mola (Isquierda Unida, Espagne)
  • Natasa Theodorakopoulou (Gauche euro­péenne)
  • Fathi Chamki (Front popu­laire tuni­sien)
  • Gustave Massiah (Intercoll)
  • Pierre Beaudet (NCS)
  • Christian Pilichowski (syn­di­ca­liste Transform!)

Une nuit, debout*

Denis Godard

Nuit Debout est la résul­tante de plu­sieurs dyna­miques, une colère géné­rale, le déve­lop­pe­ment plus ou moins sou­ter­rain de dif­fé­rentes luttes, le sur­gis­se­ment d’une lutte géné­rale contre une loi anti­so­ciale (la loi El Khomri du nom de la ministre du Travail dite aussi « loi tra­vail ») et l’initiative d’occuper la place de la République le soir du 31 mars prise hors des cadres tra­di­tion­nels. Comprendre cela n’est pas faire tra­vail d’archiviste du mou­ve­ment. Cela permet d’anticiper la pro­fon­deur et la capa­cité de réac­tion du mou­ve­ment et donne des pistes sur son avenir. La colère géné­rale contre le sys­tème et le pou­voir s’exprime depuis des mois de dif­fé­rentes manières, désaf­fec­tion vis-à-vis du gou­ver­ne­ment, désaf­fec­tion vis-à-vis de tous les partis domi­nants. Cette colère n’est pas for­cé­ment pro­gres­siste quand elle s’exprime par le vote pour l’extrême-droite. Mais elle n’est pas uni­voque. Elle s’est aussi expri­mée par la popu­la­rité des tra­vailleurs d’Air France moles­tant le direc­teur des res­sources humaines (en déchi­rant sa che­mise) cet automne ou le succès d’une péti­tion de sou­tien aux syn­di­ca­listes de Goodyear condam­nés à de la prison. Et depuis un an les luttes se sont mul­ti­pliées, locales et iso­lées, dans les lieux de tra­vail, signe d’un retour de com­ba­ti­vité après des années de recul depuis l’échec du der­nier grand mou­ve­ment social en sep­tembre 2010. C’est dans ces expé­riences que se recons­truisent pro­gres­si­ve­ment com­ba­ti­vité, confiance et besoin de mou­ve­ment global.

L’avenir n’est pas écrit

Pendant que ce mou­ve­ment avance et se pose des ques­tions, les tra­jec­toires domi­nantes du pou­voir conti­nuent d’opérer dans le sens d’un ren­for­ce­ment de l’État poli­cier, dans le sens du racisme et du natio­na­lisme, dans le sens des attaques sociales. Les monstres ne sont pas tapis dans l’ombre, ils sont là et bien là. Une de leurs formes est l’extrême droite. C’est aussi pour cela que la tra­jec­toire du mou­ve­ment le place néces­sai­re­ment en confron­ta­tion radi­cale avec les poli­tiques de la classe diri­geante et avec l’État. Encore une fois cette confron­ta­tion ne pro­gres­sera pas de manière linéaire. Le mou­ve­ment connaî­tra sans doute des échecs par­tiels et des reflux appa­rents. Sans doute chan­gera-t-il plus d’une fois de forme. Il faudra par­fois qu’il sache s’engouffrer dans des flux mas­sifs et spon­ta­nés, quitte à se taper dans un mur pour apprendre à le démo­lir ou le sauter. Parfois il dépen­dra d’initiatives prises par une mino­rité mais qui font sens pour des nombres plus impor­tants. Ce qui est sûr, c’est qu’après des années d’apparente atonie et de pro­gres­sion de toutes les ten­dances réac­tion­naires dans la société fran­çaise, quelque chose a changé, qui a fait à nou­veau bas­cu­ler l’espoir. Les pierres pré­cieuses enfouies sous la lave durcie des der­niers mou­ve­ments sont reve­nues à la sur­face avec la lave rougie, plus brillantes encore. Les temps qui viennent ne seront pas moins durs. Mais désor­mais nous ne sommes plus condamné•e•s à les subir couché•e•s.

* Extrait d’un texte paru le 16 avril 2016 sur le site de la revue Contretemps : http://www.contretemps.eu/interventions/nuit-debout-faire-briller-pierres-pr%C3%A9cieuses

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