Québec Solidaire et le PQ : une discussion inévitable

Par , Mis en ligne le 30 octobre 2011

Depuis sa fon­da­tion, Québec Solidaire construit patiem­ment son iden­tité de parti de gauche éco­lo­giste et fémi­niste sans man­quer une occa­sion de réaf­fir­mer son adhé­sion à la lutte pour la sou­ve­rai­neté du Québec. Ses deux porte-paroles ont à plu­sieurs reprises laissé entendre qu’ils n’étaient pas fermés à la pers­pec­tive de négo­cier ponc­tuel­le­ment des accords élec­to­raux afin de contri­buer à faire pro­gres­ser cette der­nière idée.

L’éventualité d’une élec­tion à plus ou moins brève échéance relance la ques­tion d’autant plus que les deux partis « his­to­riques », le PLQ et le PQ, sont gra­ve­ment mena­cés. Le projet de François Legault cherche à conso­li­der un pôle de droite en phase avec la révo­lu­tion conser­va­trice de Stephen Harper. Bien que les deux pro­jets puisent en partie à des sources dif­fé­rentes, ils convergent vers un objec­tif : liqui­der l’héritage de la révo­lu­tion tran­quille. Restent les rem­parts de la gauche ancrés dans les mou­ve­ments sociaux et dans le sillon de Québec Solidaire. Plusieurs scé­na­rios sont pos­sibles.

Forces et faiblesses

La gauche qué­bé­coise, malgré ses fai­blesses, a pu mener de grandes luttes de résis­tance contre le néo­li­bé­ra­lisme, au grand dam des élites néo­li­bé­rales et néo­con­ser­va­trices. Au niveau poli­tique, la grande alliance arc-en-ciel qui a permis l’avènement de QS fait conver­ger toutes sortes de pro­gres­sistes, modé­rés et radi­caux. Enfin, il y a ici un mou­ve­ment citoyen qui sait faire sentir sa pré­sence ce qui illustre non seule­ment l’esprit de résis­tance. mais l’attachement de la popu­la­tion aux valeurs de base de l’égalité, du res­pect de l’environnement et de la jus­tice sociale. Le mou­ve­ment étu­diant qui se remet en branle sous nos yeux nous rap­pelle pour­quoi les frais de sco­la­rité sont plus bas ici qu’ailleurs en Amérique : la mobi­li­sa­tion suc­ces­sive de cohortes étu­diantes. Pour autant, tra­duire cette sen­si­bi­lité pro­gres­siste en une pré­sence poli­tique affir­mée est un vaste défi. Une pré­sence poli­tique dans notre sys­tème est une « occu­pa­tion du ter­rain », ce qui veut dire un projet où les gens ordi­naires se recon­naissent et où ils-elles pro­jettent leurs espoirs de chan­ge­ment. Dans un lan­gage un peu intel­lec­tuel, on appelle cela l’« hégé­mo­nie ». René Lévesque et la pre­mière géné­ra­tion du PQ avaient réussi cela au tour­nant des années 1970. On en est très loin main­te­nant du coté péquiste.

Réunir les conditions « gagnantes »

Un tel projet implique de mener de grandes batailles, de résis­ter, d’apparaître comme la force capable de tenir tête autour d’un cer­tain nombre de grands prin­cipes qui semblent non seule­ment légi­times mais réa­listes aux yeux du plus grand nombre. D’une cer­taine manière, c’est ce qu’Amir Khadir assume dans l’enceinte de l’Assemblée natio­nale. Certes, les occa­sions ne sont pas rares où l’impact de QS peut être posi­tif aux côtés de (et non à la place) des citoyens et des citoyennes. Au fil des ans, ces inter­ven­tions doivent deve­nir plus cohé­rentes, mieux orga­ni­sées, et sus­cep­tibles de faire penser que, oui après tout, il y a une alter­na­tive. Ce tra­vail de fourmi est irrem­pla­çable. Mais est-ce assez ? La gauche, même sous ses meilleurs attraits, appa­raît encore beau­coup trop aux yeux de citoyens et citoyennes comme une bande de rêveurs et de chia­leux qui pel­lètent des nuages comme si on n’était pas au Canada et en Amérique du Nord où domine un dis­po­si­tif domi­nant extrê­me­ment puis­sant et sophis­ti­qué. Il faut donc briser cette image de Gaulois sym­pa­thiques et cou­ra­geux mais inef­fi­caces. Avec beau­coup d’efforts et un peu de chance, c’est pen­sable.

Puissances montantes et puissances déclinantes

Pendant quelques décen­nies, le PQ a incarné l’espoir de chan­ge­ment, avant de s’effilocher dans les défaites réfé­ren­daires et les virages néo­li­bé­raux impo­sés par des poli­ti­ciens de peu d’envergure comme Lucien Bouchard. Des géné­ra­tions s’y sont inves­ties même si les jeunes d’aujourd’hui sont moins inté­res­sés. À cause de ces défaillances et de ces contra­dic­tions internes, le PQ (et pas seule­ment Pauline Marois) ne réus­sit plus à capter l’imagination. Mais atten­tion, cette tra­di­tion ne dis­pa­raî­tra pas demain matin. Elle peut encore se réani­mer, sur­tout si les dis­si­dents qui ont fait sortir le chat du sac depuis quelques temps par­viennent à donner au PQ un second souffle. Pour la gauche, le PQ n’est plus, depuis un cer­tain temps au moins, un projet de conver­gence ni une réfé­rence, et c’est ce qui explique la montée de QS. De la manière dont se déve­lop­pe­ront les liens entre ces deux forces, l’une décli­nante et l’autre mon­tante, pour­rait dépendre l’évolution poli­tique dans les pro­chaines années.

Bâtir la convergence

QS peut prendre son envol si et seule­ment si cette jeune for­ma­tion devient le pôle de la conver­gence. Pour cela, QS doit sou­te­nir ses porte-paroles qui réflé­chissent à voix haute sur la per­ti­nence de consti­tuer une alliance ad-hoc avec les ten­dances pro­gres­sistes au sein du PQ. Cette alliance ne peut être « fon­da­men­tale » ou de « prin­cipe », elle doit rester conjonc­tu­relle et axée sur un objec­tif simple et en même temps auda­cieux : faire échec à la droite. Un tel pro­ces­sus cepen­dant ne dépend pas seule­ment de QS. Pour le moment, la direc­tion du PQ reste enfon­cée dans son déni. Pour autant, le départ de Pauline Marois ne réglera rien si c’est pour essayer de détour­ner l’attention sur un ou l’autre « leader cha­ris­ma­tique ». Il fau­drait presque un petit miracle pour que le PQ des­cende de son grand cheval et accepte de ne plus se pré­sen­ter comme le chef de file des forces du chan­ge­ment.

L’impératif immédiat

Alors que les élec­tions ne devraient pas tarder, il n’y a pas 56 000 moyens ni 12 ans et demie pour agir. Il faut rapi­de­ment une astu­cieuse alliance conjonc­tu­relle sur le plan élec­to­ral, ce qui n’est pas facile compte tenu du sys­tème poli­tique en place. Des accords de désis­te­ment mutuel dans cer­tains comtés ciblés sont cepen­dant pen­sables (bien que dif­fi­ciles à réa­li­ser sur­tout… pour le-la can­di­dat-e qui se désiste !). Cela ne lie­rait pas les mains de QS dont le projet reste orienté sur une pers­pec­tive d’émancipation glo­bale. Ni celles du PQ qui doit d’abord et avant tout éviter le sort qui l’attend s’il conti­nue de nier la réa­lité comme l’ont fait ses amis du Bloc Québécois. Si une telle conver­gence cir­cons­tan­cielle fonc­tionne, on pour­rait non seule­ment blo­quer la droite, mais contri­buer à réani­mer le débat poli­tique. Et, pour­quoi pas, remettre un peu d’espoir dans le cœur des gens qui n’en peuvent plus de subir la voyou­cra­tie pré­sen­te­ment au pou­voir et celle qui s’en vient dans le sillon de Quebecor, Talisman Oil et com­pa­gnie.

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