Québec Solidaire et le PQ: une discussion inévitable

Depuis sa fondation, Québec Solidaire construit patiemment son identité de parti de gauche écologiste et féministe sans manquer une occasion de réaffirmer son adhésion à la lutte pour la souveraineté du Québec. Ses deux porte-paroles ont à plusieurs reprises laissé entendre qu’ils n’étaient pas fermés à la perspective de négocier ponctuellement des accords électoraux afin de contribuer à faire progresser cette dernière idée.

L’éventualité d’une élection à plus ou moins brève échéance relance la question d’autant plus que les deux partis « historiques », le PLQ et le PQ, sont gravement menacés. Le projet de François Legault cherche à consolider un pôle de droite en phase avec la révolution conservatrice de Stephen Harper. Bien que les deux projets puisent en partie à des sources différentes, ils convergent vers un objectif : liquider l’héritage de la révolution tranquille. Restent les remparts de la gauche ancrés dans les mouvements sociaux et dans le sillon de Québec Solidaire. Plusieurs scénarios sont possibles.

Forces et faiblesses

La gauche québécoise, malgré ses faiblesses, a pu mener de grandes luttes de résistance contre le néolibéralisme, au grand dam des élites néolibérales et néoconservatrices. Au niveau politique, la grande alliance arc-en-ciel qui a permis l’avènement de QS fait converger toutes sortes de progressistes, modérés et radicaux. Enfin, il y a ici un mouvement citoyen qui sait faire sentir sa présence ce qui illustre non seulement l’esprit de résistance. mais l’attachement de la population aux valeurs de base de l’égalité, du respect de l’environnement et de la justice sociale. Le mouvement étudiant qui se remet en branle sous nos yeux nous rappelle pourquoi les frais de scolarité sont plus bas ici qu’ailleurs en Amérique : la mobilisation successive de cohortes étudiantes. Pour autant, traduire cette sensibilité progressiste en une présence politique affirmée est un vaste défi. Une présence politique dans notre système est une « occupation du terrain », ce qui veut dire un projet où les gens ordinaires se reconnaissent et où ils-elles projettent leurs espoirs de changement. Dans un langage un peu intellectuel, on appelle cela l’« hégémonie ». René Lévesque et la première génération du PQ avaient réussi cela au tournant des années 1970. On en est très loin maintenant du coté péquiste.

Réunir les conditions « gagnantes »

Un tel projet implique de mener de grandes batailles, de résister, d’apparaître comme la force capable de tenir tête autour d’un certain nombre de grands principes qui semblent non seulement légitimes mais réalistes aux yeux du plus grand nombre. D’une certaine manière, c’est ce qu’Amir Khadir assume dans l’enceinte de l’Assemblée nationale. Certes, les occasions ne sont pas rares où l’impact de QS peut être positif aux côtés de (et non à la place) des citoyens et des citoyennes. Au fil des ans, ces interventions  doivent devenir plus cohérentes, mieux organisées, et susceptibles de faire penser que, oui après tout, il y a une alternative. Ce travail de fourmi est irremplaçable. Mais est-ce assez ? La gauche, même sous ses meilleurs attraits, apparaît encore beaucoup trop aux yeux de citoyens et citoyennes comme une bande de rêveurs et de chialeux qui pellètent des nuages comme si on n’était pas au Canada et en Amérique du Nord où domine un dispositif dominant extrêmement puissant et sophistiqué. Il faut donc briser cette image de Gaulois sympathiques et courageux mais inefficaces. Avec beaucoup d’efforts et un peu de chance, c’est pensable.

Puissances montantes et puissances déclinantes

Pendant quelques décennies, le PQ a incarné l’espoir de changement, avant de s’effilocher dans les défaites référendaires et les virages néolibéraux imposés par des politiciens de peu d’envergure comme Lucien Bouchard. Des générations s’y sont investies même si les jeunes d’aujourd’hui sont moins intéressés. À cause de ces défaillances et de ces contradictions internes, le PQ (et pas seulement Pauline Marois) ne réussit plus à capter l’imagination. Mais attention, cette tradition ne disparaîtra pas demain matin. Elle peut encore se réanimer, surtout si les dissidents qui ont fait sortir le chat du sac depuis quelques temps parviennent à donner au PQ un second souffle. Pour la gauche, le PQ n’est plus, depuis un certain temps au moins, un projet de convergence ni une référence, et c’est ce qui explique la montée de QS. De la manière dont se développeront les liens entre ces deux forces, l’une déclinante et l’autre montante, pourrait dépendre l’évolution politique dans les prochaines années.

Bâtir la convergence

QS peut  prendre son envol si et seulement si cette jeune formation devient le pôle de la convergence. Pour cela, QS doit soutenir ses porte-paroles qui réfléchissent à voix haute  sur la pertinence de constituer une alliance ad-hoc avec les tendances progressistes au sein du PQ. Cette alliance ne peut être « fondamentale » ou de « principe », elle doit rester conjoncturelle et axée sur un objectif simple et en même temps audacieux : faire échec à la droite. Un tel processus cependant ne dépend pas seulement de QS. Pour le moment, la direction du PQ reste enfoncée dans son déni. Pour autant, le départ de Pauline Marois ne réglera rien si c’est pour essayer de détourner l’attention sur un ou l’autre « leader charismatique ». Il faudrait presque un petit miracle pour que le PQ descende de son grand cheval et accepte de ne plus se présenter comme le chef de file des forces du changement.

L’impératif immédiat

Alors que les élections ne devraient pas tarder, il n’y a pas 56 000 moyens ni 12 ans et demie pour agir. Il faut rapidement une astucieuse alliance conjoncturelle sur le plan électoral, ce qui n’est pas facile compte tenu du système politique en place. Des accords de désistement mutuel dans certains comtés ciblés sont cependant pensables (bien que difficiles à réaliser surtout… pour le-la candidat-e qui se désiste !). Cela ne lierait pas les mains de QS dont le projet reste orienté sur une perspective d’émancipation globale. Ni celles du PQ qui doit d’abord et avant tout éviter le sort qui l’attend s’il continue de nier la réalité comme l’ont fait ses amis du Bloc Québécois. Si une telle convergence circonstancielle fonctionne, on pourrait non seulement bloquer la droite, mais contribuer à réanimer le débat politique. Et, pourquoi pas, remettre un peu d’espoir dans le cœur des gens qui n’en peuvent plus de subir la voyoucratie présentement au pouvoir et celle qui s’en vient dans le sillon de Quebecor, Talisman Oil et compagnie.