Occupy LSX : l’indignation gagne Londres

Par Mis en ligne le 30 octobre 2011

Le mou­ve­ment Occupy the London Stock Exchange (OccupyLSX – Occuper la Bourse de Londres) s’est ins­tallé sur le parvis de la cathé­drale Saint Paul, le 15 octobre. Quelques 200 tentes, plus de 2000 per­sonnes rem­plissent Paternoster Square. L’espace a été vite saturé et un autre site a été ouvert à Finsbury Square. Reconstruite après le Grand feu de 1666, la nou­velle cathé­drale de Saint Paul n’est pas une église du peuple : c’est le sym­bole de la Grande-Bretagne impé­riale et de la famille royale (le prince Charles et Lady Diana s’y marièrent).

S’organiser pour durer

Les mou­ve­ments d’occupation de lieux publics sont confron­tés aux mêmes pro­blèmes et aléas : com­ment s’organiser pour durer ? Il faut passer l’hiver, tenir jusqu’au prin­temps, me dit-on. Selon les pro­cé­dures éprou­vées sur la Puerta del Sol ou dans le parc Zuccotti, OccupyLSX a créé un espace com­mu­nal, un lieu de vie pour ses habi­tants et de ren­contre avec les visi­teurs. Pendant les vacances sco­laires d’automne, OccupyLSX a invité les enfants et leurs parents à venir par­ta­ger leur expé­rience pen­dant un après-midi (Occupy Half Term).1 Au-delà des tentes indi­vi­duelles, on y trouve un espace média, une uni­ver­sité popu­laire, une can­tine, un poste de secours et une bibliothèque.

A l’ère d’internet et des tweets, cet atta­che­ment aux textes impri­més peut paraître sin­gu­lier. La biblio­thèque est d’ailleurs peu four­nie, pâle imi­ta­tion des 1200 ouvrages recen­sés à New York. On n’y trouve aucun écrit révo­lu­tion­naire : je recense, en vrac, Michael Moore, Stéphane Hessel, Isabel Allende, mais aucune lit­té­ra­ture anar­chiste ou anticapitaliste.

Une assem­blée géné­rale a lieu tous les jours à 13 heures et à 19 heures. Les pro­po­si­tions et textes sont débat­tus et agréés par consen­sus, avec une excep­tion pour les motions « urgentes » : celles-ci sont acquises si elles reçoivent 75% d’approbation. Les occu­pants insistent sur ce point : ce sont des votes réel­le­ment démo­cra­tiques et qui ont un sens ; à l’inverse de la paro­die de vota­tion au par­le­ment ou lors d’élections. Certains confient que le mou­ve­ment est davan­tage mû par des consi­dé­ra­tions d’ordre démo­cra­tique (com­ment créer les condi­tions d’une réelle par­ti­ci­pa­tion des citoyens aux pro­ces­sus déci­sion­nels), qu’économique (cri­tique de la rela­tion entre les banques et le gou­ver­ne­ment). Michael Hardt résume la ques­tion en ces termes : « L’indignation contre la cupi­dité des banques et les inéga­li­tés éco­no­miques est réelle et pro­fonde. Mais la pro­tes­ta­tion contre l’absence, ou l’inadéquate repré­sen­ta­tion poli­tique est aussi impor­tante ».2

Comme à Madrid ou New York aucun leader ne fend les rangs. Plusieurs per­sonnes prennent la parole devant les marches de la cathé­drale : un vieil anar­chiste, une artiste, un jeune alter­mon­dia­liste, un dan­seur irlan­dais. Je croise un musul­man en conver­sa­tion animée avec un mili­tant du Socialist Workers Party (trots­kyste) ; une cho­rale de chré­tiens, des jeunes Espagnols, un ven­deur de jour­naux de la Communist League, des jeunes sala­riés, des retrai­tés, quelques uni­ver­si­taires. J’y retrouve des étu­diants qui ont par­ti­cipé à l’occupation de mon uni­ver­sité l’hiver der­nier pour pro­tes­ter contre la hausse des frais d’inscription.3

dans les esprits

Comment briser le mur du silence des médias domi­nants ? Pendant les pre­miers jours de l’occupation, l’événement n’a guère été men­tionné. La BBC consacre de nom­breux repor­tages au « sau­ve­tage » de la Grèce par l’Union euro­péenne, mais ne montre qua­si­ment aucune image de la rébel­lion qui couve au cœur de la City.

Les acteurs new-yor­kais ont reçu le sou­tien d’intellectuels et de jour­na­listes : Slavoj Žižek et Frances Fox Piven sont venus à Zuccotti Park. Joseph Stiglitz a éga­le­ment fait une appa­ri­tion remar­quée. David Graeber, un anthro­po­logue état­su­nien qui enseigne à Londres, a été l’inspirateur du mou­ve­ment. Ses tra­vaux sur les habi­tants de Madagascar ont servi de réfé­rence à Occupy Wall Street. A Betafo, il a décou­vert une popu­la­tion qui pra­ti­quait la démo­cra­tie directe, sans inter­ven­tion de l’Etat.4 Universitaire et anar­chiste, Graeber a aidé à mettre sur pied le mou­ve­ment. Dès que l’occupation a démarré, il s’en est allé pour ne pas tomber dans le rôle d’« intel­lec­tuel d’avant-garde », un modèle qu’il rejette5. Des syn­di­cats new-yor­kais ont éga­le­ment exprimé leur solidarité.

A Londres, une telle mobi­li­sa­tion est encore à assu­rer. Pas un député tra­vailliste, pas un repré­sen­tant des syn­di­cats du TUC n’a à ce jour fait le dépla­ce­ment à Paternoster Square. Seuls Julian Assange, Peter Thatchell et Polly Toynbee (jour­na­liste pour The Guardian) ont été aper­çus sur les lieux.

On peut en conclure que TINA – There IS No Alternative (au capi­ta­lisme), un jour énoncé par Margaret Thatcher – pèse encore sur les esprits de ceux soumis quo­ti­dien­ne­ment aux assauts du capi­ta­lisme : vie chère, chô­mage, études hors de prix, ser­vices publics défaillants, poli­tiques d’austérité. Les Britanniques souffrent, mais peu encore osent se rebel­ler. Plus de trois décen­nies de that­ché­risme et de blai­risme expliquent dans une large mesure l’apathie ambiante.

Les par­ti­ci­pants à OccupyLSX sont ces citoyens moyens (sala­riés, chô­meurs ou retrai­tés) qui ont décro­ché de la poli­tique tra­di­tion­nelle. Ils forment des bataillons qui ont dura­ble­ment tourné le dos à la social-démo­cra­tie dans toutes ses décli­nai­sons natio­nales : Labour, PS, SPD, PSOE, PASOK, etc. Ces partis sont vigou­reu­se­ment reje­tés par les Indignés. Ils ne sont selon eux que l’autre face du consen­sus néo­li­bé­ral ; les exé­cu­tants de poli­tiques d’austérité dic­tées par les mar­chés (Sócrates au Portugal, Zapatero en Espagne, Papandreou en Grèce et demain peut-être Hollande en France).

Quel pro­gramme ?

S’enquérir du « pro­gramme » ou des « reven­di­ca­tions » auprès des par­ti­ci­pants à OccupyLSX, c’est sus­ci­ter la sur­prise, voire l’incompréhension. Les occu­pants sont indé­pen­dants de toute struc­ture par­ti­sane ou syn­di­cale. Ce sont des mili­tants – nou­veaux ou aguer­ris – qui par­tagent les codes de com­mu­ni­ca­tion et de socia­li­sa­tion liés aux nou­velles tech­no­lo­gies. Que ce soit à Madrid ou à New York, leurs objec­tifs vont au-delà du combat en faveur d’une cause ou d’un thème précis (single-issue cam­paign). Les Indignés veulent limi­ter le pou­voir de la finance sur nos vies (à défaut peut-être de l’abolir) ; construire une société plus juste et démo­cra­tique, qui rejette les orga­ni­sa­tions pyra­mi­dales et les rela­tions hié­rar­chiques des partis de gauche tra­di­tion­nels. Pour com­men­cer, le mou­ve­ment pose les ques­tions les plus impor­tantes du moment : qui paye la crise pro­vo­quée par le monde de la finance ? Quel rôle le pou­voir poli­tique joue-t-il dans la réso­lu­tion de la crise ? Pourquoi rien n’a changé depuis 2008 ?

Contrairement à New-York6, OccupyLSX n’a pas rédigé de mani­feste. Seules quelques mesures de portée géné­rale sont pré­co­ni­sées : refus de payer la crise pro­vo­quée par les banques, ou de consi­dé­rer que les poli­tiques d’austérité sont inévi­tables. La tona­lité d’ensemble de ces mesures n’est pas pro­pre­ment anti­ca­pi­ta­liste, loin s’en faut. Les occu­pants lon­do­niens expriment le sou­hait, par exemple, que les régu­la­teurs des mar­chés soient « véri­ta­ble­ment indé­pen­dants » des banques et des gou­ver­ne­ments. Une large majo­rité de per­sonnes asso­ciées au sys­tème capi­ta­liste pour­rait sous­crire à un tel vœu.

Je demande à des par­ti­ci­pants si leurs objec­tifs sont de nature « anti­ca­pi­ta­liste ». Les réponses sont très variables, mais avant tout incer­taines. Une grande ban­nière est pour­tant ins­tal­lée au cœur de la place. Sur fond vert et en lettres roses, elle ne laisse aucun doute sur l’origine du mal : « Capitalism is crisis ». Le mot « reven­di­ca­tion » (demand) est banni du voca­bu­laire usuel. On parle plutôt d’« objec­tifs » (goals). Ces der­niers peuvent être ache­vés de manière plu­rielle et auto­nome, tandis que les reven­di­ca­tions impliquent une rela­tion d’attente et de dépen­dance vis-à-vis des pou­voirs constitués.

Le mou­ve­ment des Indignés est l’expression publique d’une colère sourde qui croît : chez les 99% qui pâtissent du sys­tème contre les 1% qui en tirent le plus grand profit. Le récit d’une mon­dia­li­sa­tion néo­li­bé­rale triom­phante – le lumi­neux TINA – est aujourd’hui dis­cré­dité. Les mar­chés livrés à eux-mêmes ne sont que des forces aveugles qui détruisent les éco­no­mies natio­nales, avant de s’autodétruire ; les banques ne sont pas la solu­tion, mais la clé du pro­blème puisqu’elles pri­va­tisent les pro­fits et socia­lisent les pertes ; les sommes argents soi-disant introu­vables pour reva­lo­ri­ser les salaires ou sauver des ser­vices publics, ont pu être trou­vées rapi­de­ment pour remettre à flot les banques. Les Indignés nous inter­pellent : pour­quoi accep­ter de tels men­songes et lais­ser notre monde courir à sa perte ?

Une poli­ti­sa­tion de gauche

Les Indignés pour­suivent l’action du mou­ve­ment alter­mon­dia­liste des années 90 et du début des années 2000. Le Forum social mon­dial n’a-t-il pas contri­bué à dis­cré­di­ter les poli­tiques infli­gées par le FMI ou la Banque mon­diale en Asie ou en Amérique latine ? Les Indignés conti­nuent aujourd’hui le tra­vail de désen­chan­te­ment du néo­li­bé­ra­lisme au cœur du vieux monde industrialisé.

La poli­ti­sa­tion en cours est clai­re­ment de gauche, mais cette manière de faire et de voir les choses ne peut être rat­ta­chée à une idéo­lo­gie par­ti­cu­lière. Aucun parti de gauche tra­di­tion­nel ne pour­rait se trou­ver spon­ta­né­ment à l’aise dans un tel mou­ve­ment. Toute ten­ta­tive de « récu­pé­ra­tion » appa­raît par consé­quent vouée à l’échec. On peut trou­ver cela réduc­teur et insuf­fi­sant. Dans une logique poli­tique court-ter­miste et élec­to­ra­liste, ce mou­ve­ment ne peut en effet que déce­voir. Mais les effets sur le long terme sont indis­cu­ta­ble­ment posi­tifs. Pour la pre­mière fois depuis trente ans, des citoyens aux par­cours dif­fé­rents se ras­semblent pour exiger plus d’égalité éco­no­mique, plus de jus­tice sociale, plus de soli­da­rité. Il faut le recon­naître : ces actions sont plus effi­caces pour démys­ti­fier le néo­li­bé­ra­lisme que les cen­taines d’ouvrages mili­tants et savants parus sur le sujet.

Sur la Paternoster Square, je croise les « Anonymous ». Ces per­sonnes portent le masque de Guy Fawkes. Cette réfé­rence ren­voie à « V » (V comme Vendetta), héro d’une bande des­si­née à la fin des années 80. « V » est un anar­chiste qui évolue dans une Angleterre épar­gnée par une guerre ato­mique qui a détruit le monde. Le pays est sous la coupe d’un régime fas­ciste qui a pro­cédé à une épu­ra­tion eth­nique, poli­tique et sociale. « V », qui porte le masque du plus célèbre membre de la Conspiration des poudres, est un jus­ti­cier qui entre­prend de résis­ter à ce régime totalitaire.

Certains rica­ne­ront de ces mani­fes­ta­tions car­na­va­lesques. D’autres ne ver­ront dans ces occu­pa­tions que des mises en scène théâ­trales de gens nantis et dés­œu­vrés.7 On leur accor­dera que les Indignés de Londres ne sont pas ceux de la place Tahrir ou de la place Syntagma. Les enjeux et les situa­tions natio­nales sont en effet très dif­fé­rents. Il y a incon­tes­ta­ble­ment un fond dadaïste dans ce mou­ve­ment ; une dimen­sion intel­lec­tuelle qui s’adresse avant tout aux « esprits » et non aux « ventres ».8 Soit. Mais avec les Indignés, la ques­tion des inéga­li­tés éco­no­miques – si long­temps négli­gée par la « gauche gou­ver­ne­men­tale » – est reve­nue sur le devant de la scène. La gauche ne peut plus être réduite à la pro­mo­tion des ques­tions post-maté­rielles, aussi impor­tantes soient-elles.

La démo­cra­tie hori­zon­tale et ses limites

Des obser­va­teurs l’ont déjà sou­li­gné : la démo­cra­tie en jeu à OccupyLSX et ailleurs est de type hori­zon­tal, par oppo­si­tion à une démo­cra­tie de type ver­ti­cal. La démo­cra­tie hori­zon­tale encou­rage l’action directe et la par­ti­ci­pa­tion de tous les membres. Les par­ti­ci­pants doivent être res­pec­tueux des opi­nions diverses, et cette plu­ra­lité est perçue comme un enri­chis­se­ment pour le groupe, et non comme une menace ou une déviance. La démo­cra­tie ver­ti­cale ren­voie à la forme par­ti­sane et syn­di­cale clas­sique, c’est-à-dire une struc­tu­ra­tion pyra­mi­dale : au sommet, une oli­gar­chie qui décide et à la base des mili­tants char­gés de répandre la parole autorisée.

Les désa­van­tages de la démo­cra­tie directe sont connus : lour­deur déci­sion­nelle et, in fine, iner­tie sur le plan de l’action. Le débat et le dilemme ne sont pas nou­veaux. Lénine avait cri­ti­qué le tra­vail « arti­sa­nal » de révo­lu­tion­naires qui s’écartaient du mili­tan­tisme poli­tique de longue durée et misaient sur le sou­lè­ve­ment spon­tané des masses. Le père de la Révolution d’Octobre qua­li­fiait cette stra­té­gie d’« oppor­tu­niste », car ces révo­lu­tion­naires renon­çaient à déve­lop­per au sein du peuple une conscience de classe.9

Dans quelle mesure les peuples occi­den­taux ont-ils conscience que le sys­tème capi­ta­liste des­sert leurs inté­rêts par­ti­cu­liers ? Deux son­dages réa­li­sés aux Etats-Unis par Rasmussen nous apportent un début de réponse. En décembre 2008, 15% des sondés décla­raient que les Etats-Unis seraient un meilleur pays s’ils adop­taient un sys­tème « socia­liste ». En 2011, la même ques­tion a enre­gis­tré 20% de réponses favo­rables au socia­lisme. Plus inté­res­sants encore sont les résul­tats par classe d’âge : chez les 15-25 ans, une courte majo­rité déclarent pré­fé­rer le capi­ta­lisme au socia­lisme (37% vs. 33%). Comme 30% des jeunes ne se pro­noncent pas, on peut en déduire qu’une majo­rité par défaut serait prête à envi­sa­ger un sys­tème autre que le capi­ta­lisme. Ce résul­tat est d’autant plus éton­nant dans un pays où le terme « socia­lisme » n’est employé dans la bouche des poli­ti­ciens et des jour­na­listes domi­nants que de manière péjo­ra­tive ou condes­cen­dante.10

Cette ten­dance, qui devra se conso­li­der, est encou­ra­geante et permet d’entretenir un cer­tain opti­misme. Loin d’aller à contre-cou­rant de ce que pensent les peuples, les opi­nions des Indignés sont main­te­nant majo­ri­taires dans la popu­la­tion. Il ne faut pas en déduire que le capi­ta­lisme est à l’agonie. Mais c’est assu­ré­ment un coup dur porté au cœur du système.

Philippe Marlière
Professeur de sciences poli­tiques à University College London

Notes

1. http://​occu​pylsx​.org/​?​o​c​c​u​p​y​h​a​l​fterm

2. http://​chro​nicle​.com/​a​r​t​i​c​l​e​/​I​n​t​e​l​l​e​c​t​u​a​l​-​R​o​o​t​s​-​o​f​-​W​a​l​l​/​1​2​9428/

3. http://​blogs​.rue89​.com/​p​h​i​l​i​p​p​e​-​m​a​r​l​i​e​r​e​/​2​0​1​0​/​1​2​/​0​2​/​l​u​t​t​e​s​-​e​t​u​d​i​a​n​t​e​s​-​a​-​l​o​n​d​r​e​s​-​u​n​-​m​o​m​e​n​t​-​d​e​-​b​o​n​h​e​u​r​-​c​o​l​l​e​c​t​i​f​-​1​78858

4. D. Graeber, Lost people. Magic and the legacy of sla­very in Madagascar, Indiana Unversity Press, 2007.

5. http://​chro​nicle​.com/​a​r​t​i​c​l​e​/​I​n​t​e​l​l​e​c​t​u​a​l​-​R​o​o​t​s​-​o​f​-​W​a​l​l​/​1​2​9428/

6. https://​sites​.google​.com/​s​i​t​e​/​t​h​e​9​9​p​e​r​c​e​n​t​d​e​c​l​a​r​a​tion/

7. http://​www​.guar​dian​.co​.uk/​c​o​m​m​e​n​t​i​s​f​r​e​e​/​2​0​1​1​/​o​c​t​/​2​0​/​o​c​c​u​p​y​-​w​a​l​l​-​s​t​r​e​e​t​-​t​a​h​r​i​r​-​s​c​enery

8. http://​www​.nybooks​.com/​a​r​t​i​c​l​e​s​/​a​r​c​h​i​v​e​s​/​2​0​1​1​/​n​o​v​/​1​0​/​z​u​c​c​o​t​t​i​-​park/

9. Lénine, Que faire ?, Pékin, Editions en Langues Etrangères, 1975.

10. http://www.opendemocracy.net/ourkingdom/david-graeber/on-playing-by-rules-%E2%80%93-strange-success-of-occupywallstreet

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