Le printemps de force

Quelques réflexions sur ce qui commence [1]

Par Mis en ligne le 26 mai 2012

Un phi­lo­sophe ita­lien, par ailleurs com­mu­niste, a dit d’une crise qu’elle se mani­feste quand le vieux se meurt et le nou­veau refuse de naître. [2]

La grève étu­diante du prin­temps 2012 appa­raît comme une crise sociale pré­ci­sé­ment parce qu’elle a engen­dré un moment de déchi­re­ment social, mais aussi d’incertitude et de pola­ri­sa­tion inédite. Or ce moment, est, à cer­tains égards, le pro­lon­ge­ment de la crise éco­no­mique et finan­cière plus géné­rale qui se mani­feste depuis 2007-2008 au Québec et ailleurs en Amérique du Nord et en Europe. Nous assis­tons tous à l’épuisement d’un mode de déve­lop­pe­ment, d’une éco­no­mie poli­tique et de son régime d’accumulation, bref à une fin de cycle à la fois éco­no­mique et poli­tique. Mon objec­tif ici est d’analyser cette fin dans le moment de flot­te­ment qui marque la mitan du prin­temps 2012. Je pour­rais insis­ter sur les dérives auto­ri­taires et sécu­ri­taires qui carac­té­risent actuel­le­ment le vieux qui meurt, mais je pré­fère concen­trer mon regard sur ce qui pour­rait naitre de ce prin­temps comme forces de chan­ge­ment social au Québec.

Le paradigme néolibéral et son hégémonie

Ce qui meurt s’est imposé il y a trois décen­nies, dans les suites d’une autre crise, celle des années 1970 – où infla­tion et chô­mage pro­gres­saient simul­ta­né­ment – où l’économie stag­nait et l’État pro­vi­dence sem­blait s’embourber dans des poli­tiques pater­na­listes. Le néo­li­bé­ra­lisme nous pro­met­tait alors une sortie de crise vers une éco­no­mie plus dyna­mique, une société lais­sant plus de place à la liberté indi­vi­duelle et à l’initiative privée, un monde com­mer­cial plus ouvert et sur­tout une har­mo­nie sociale par la répres­sion des groupes capables d’engendrer des conflits et ainsi “empê­cher” le pro­grès, en par­ti­cu­lier les syn­di­cats et les mou­ve­ments sociaux [3]. Telles fut quelques-unes des idées phares qui ont ins­piré ceux et celles qui depuis trois décen­nies nous ont gou­verné.

En épou­sant le marché déré­gle­menté, en reti­rant mas­si­ve­ment l’État de la société, en tolé­rant une cer­taine répres­sion de l’expression poli­tique dans la rue, une ère de liberté et de pros­pé­rité glo­bale devait s’ouvrir devant nous. Rappelez-vous du triom­pha­lisme et du jovia­lisme qui accom­pa­gnait le dis­cours sur la mon­dia­li­sa­tion, le libre échange et la réduc­tion du rôle de l’État il y a 20 ans [4] chez les Mulroney, Paul Martin, Bernand Landry et Jean Charest.

La crise de 2008 fut la crise de l’économie promue par ce para­digme néo­li­bé­ral. Or, les réponses poli­tiques et éco­no­miques à la crise de 2008 ont toutes [5] pui­sées leurs idées, leurs solu­tions, leur voca­bu­laire à ce même para­digme usé et épuisé. Au Québec, la crise actuel est le fait de cette usure, mais aussi de l’incertitude quand à ce qui pour­rait naître pour le dépas­ser.

Il y a 20, et même 30 ans s’opposait à ce triom­pha­lisme un dis­cours cri­tique, un dis­cours de résis­tance, de défenses d’acquis sociaux, de refus du déman­tè­le­ment de l’État pro­vi­dence ; de refus du recul que repré­sen­tait la perte de notre sou­ve­rai­neté éco­no­mique par notre entrée dans l’Accord de Iibre échange et puis dans l’ALÉNA, par notre adhé­sion à l’OMC, par l’indépendance concé­dée à la banque cen­trale et la réduc­tion de son mandat au seul contrôle de l’inflation○ [6]. C’était une période de refus d’entrer dans un nou­veau modèle d’économie poli­tique au nom de ce qui était ; de ce que le modèle d’État pro­vi­dence, du capi­ta­lisme à crois­sance key­né­sienne (c’est-à-dire avec répar­ti­tion de la richesse sociale) pou­vait encore pro­mettre.

Nous ne sommes plus là. Ce n’est plus le contexte socio­po­li­tique, à la fois de ceux qui font la pro­mo­tion du néo­li­bé­ra­lisme et ceux qui le contestent et le cri­tiquent actuel­le­ment. Nous sommes ensemble ailleurs.

Ceux qui pro­meuvent le néo­li­bé­ra­lisme, pour prendre l’expression convenu ici au Québec, ont “les deux mains sur le volant” de nos des­ti­nées col­lec­tives, que ce soit au Québec, au Canada, ailleurs en Amérique du Nord et en Europe. Ils ne sont plus en ascen­sion, ils sont hégé­mo­niques depuis main­te­nant presque deux décen­nies. Ils n’ont pas seule­ment déman­telé et remo­delé l’État et ses poli­tiques sociales et éco­no­miques, ils sont res­pon­sables du contexte d’économie poli­tique dans lequel nous nous trou­vons actuel­le­ment.

Leur para­digme a réussi à péné­trer et à s’endiguer dans l’opinion publique, et sur­tout au sein de ceux qui la pro­duisent, les médias de masse. Leur para­digme c’est même imposé à la gauche : de la pensée social démo­crate à la pensée envi­ron­ne­men­tale et a réussi à trans­for­mer des pans entiers de sa vision et de ses pro­grammes. Ce qu’on appelle le social libé­ra­lisme (ou libé­ra­lisme social), la troi­sième voie, la nou­velle sociale démo­cra­tie est main­te­nant la pers­pec­tive domi­nante de la gauche qui se tient près du centre. Même ceux et celles qui se tiennent hors de ce consen­sus peinent à se dépar­tir du fata­lisme éco­no­mique du para­digme néo­li­bé­ral :

Le capitalisme est indépassable comme système économique ?

La mon­dia­li­sa­tion des mar­chés, de la pro­duc­tion et de la finance est irré­ver­sible ? Aux mieux il est pos­sible de redé­fi­nir les règles du jeu et ponc­tion­ner adé­qua­te­ment les fruits de la crois­sance pour sou­te­nir la péren­nité de nou­velles poli­tiques sociales pro­vi­den­tia­listes.

Il est hors de ques­tion d’orienter col­lec­ti­ve­ment le déve­lop­pe­ment éco­no­mique, par exemple en socia­li­sant comme le pro­po­sait Keynes, l’investissement capi­ta­liste ; il est hors de ques­tion de pro­mou­voir d’autres formes de pro­priété que la forme privée et action­na­riale ; il est hors de ques­tion de penser une contri­bu­tion pro­duc­tive à la société hors du tra­vail sala­rié où de ses ava­tars flexi­bi­li­sés ; il est hors de ques­tion de vou­loir limi­ter la crois­sance et le temps de tra­vail ainsi que la consom­ma­tion mas­si­fiée ?

La fin d’un cycle idéologique du néolibéralisme

Nous sommes ailleurs et ce sont ces tabous qui aujourd’hui tombent. Ces ques­tions sont sou­le­vées en ce prin­temps au Québec par ceux qui marchent tous les soirs dans les rues de nos villes, carré rouge à la poi­trine. Ce sont ces ques­tions qui sont sou­le­vées par ceux qui contestent et dénoncent le plan Nord et le déve­lop­pe­ment du gaz de schiste. Ce sont ces ques­tions que sou­lèvent les sala­riés vic­times de délo­ca­li­sa­tion. Bref, ce sont ces ques­tions qui sont sou­le­vées en ce prin­temps 2012, relayant celles que posaient les occu­pants de l’automne à New York et ailleurs, ainsi que les indi­gnés de l’Espagne, du Portugal et de la Grèce.

« Je ne suis pas revenu pour reve­nir Je suis arri­vée à ce qui com­mence »

écri­vait Miron et c’est dans cet esprit là que ces tabous tombent. Nous ne lut­tons pas pour réta­blir ce qui était, nous ne lut­tons plus à l’intérieur du cadre de ce qui est. Il n’y a pas de modèle de rechange à appli­quer, de solu­tion toute faite, pays ou régime à imiter. Nous ne regar­dons pas le passé avec nos­tal­gie et l’avenir avec crainte. Une période où l’imagination, la créa­ti­vité et la recherche de nou­velles alter­na­tives propres au 21e siècle s’ouvrent pour ceux et celles qui ne se recon­naissent pas dans le statu quo et l’immobilisme néo­li­bé­ral. Les valeurs demeurent celles qui ont animé les mou­ve­ments pro­gres­sistes depuis deux siècles, l’égalité com­bi­née à la liberté, la démo­cra­tie poli­tique conju­guée à la démo­cra­tie sociale et éco­no­mique ; de nou­velles valeurs se sont ajou­tées – fémi­nisme – éco­lo­gisme et sont main­te­nant indis­so­ciables du projet de trans­for­ma­tion sociale qu’implique à terme le dépas­se­ment du capi­ta­lisme.

Mais reve­nons à ceux qui nous gou­vernent, ici et ailleurs en Amérique du Nord et en Europe. Depuis 2008, leur réponse à la crise finan­cière et sa réces­sion fut simple, effi­cace et una­nime : 1. socia­li­ser les pertes finan­cières pour sta­bi­li­ser la finance privée et main­te­nir le sys­tème dans son état de déré­gle­men­ta­tion, 2. et répondre à la réces­sion et la crise des finances publiques que ces évé­ne­ments (la crise finan­cière, le sau­ve­tage des banques et la réces­sion) ont engen­dré par des poli­tiques d’austérité [7].

Les poli­tiques d’austérité, d’ici ou d’ailleurs, ont, dans le contexte éco­no­mique actuel, un effet réces­sif impor­tant, elles main­tiennent l’économie dans un mode stag­na­tion­niste. La stag­na­tion implique une éco­no­mie dont la crois­sance est ané­mique, dont le taux d’investissement est faible, dont le sen­ti­ment d’insécurité des ménages est élevé et dont les reve­nus fis­caux pour finan­cer l’État sont incer­tains et chan­ce­lants. Bref, une éco­no­mie qui, malgré des booms sec­to­riels, comme dans le sec­teur minier, demeure glo­ba­le­ment tou­jours sur le bord de la réces­sion. Le second effet des poli­tiques d’austérité, plus évident, et lié au pre­mier, est le main­tient d’un climat poli­tique pro­pice à la trans­for­ma­tion des poli­tiques sociales et la conso­li­da­tion du régime finan­cier déré­gle­menté. Rien n’indique qu’il y aura, venant de ceux qui adhèrent de près (Jean Charest) ou de loin (Pauline Marois) au para­digme domi­nant, un chan­ge­ment de cap ou de direc­tion. L’austérité et la stag­na­tion sont le point d’arrivée de ce long mou­ve­ment du néo­li­bé­ra­lisme qui triom­phait il y a trois décen­nies.

C’est ainsi que nous sommes arrivé à une fin de cycle d’économie poli­tique.

Lignes de fractures de la crise actuelle

Comment penser les divi­sions sociales qui se mani­festent dans cette fin de cycle ? Les luttes du prin­temps érable ont été inter­pré­tées par plu­sieurs à tra­vers le prisme des géné­ra­tions, et donc l’âge serait un fac­teur impor­tant de divi­sion sociale. Celui-ci joue effec­ti­ve­ment, en par­ti­cu­lier en ce qui a trait aux modes de com­mu­ni­ca­tion et de mobi­li­sa­tion col­lec­tive, où chez les jeunes pré­do­minent l’usage des médias sociaux. Mais une frac­ture plus impor­tante et pro­fonde me semble déter­mi­nante, elle a été expri­mée avec élo­quence par le mou­ve­ment Occupy, sous la forme de la fameuse pola­rité entre une élite du 1% et une masse de 99%. Elle se tra­duit par des tra­jec­toires sociales et éco­no­miques dis­tinctes entre l’élite éco­no­mique atta­chée maté­riel­le­ment et sym­bo­li­que­ment aux cycles d’accumulation finan­cière dont celui qui a culminé en la crise de 2008 et le nou­veau qui se déploie grâce au sou­tient public à la finance privée depuis. Face à cette élite, à laquelle est rat­ta­chée une part appré­ciable de la classe poli­tique et des fai­seurs d’opinion dans les médias de masse, on retrouve une nébu­leuse de gens défi­nis par la condi­tion sala­riale et ses ava­tars flexi­bi­li­sés. Une masse qu’on assi­mile à la classe moyenne et dont les condi­tions maté­rielles et sym­bo­liques dépendent, elles, prin­ci­pa­le­ment de l’économie réelle qui stagne et de l’État qui se retire. Cette classe a main­tenu son niveau de vie en Amérique du Nord par un endet­te­ment crois­sant alors que ses reve­nus stag­naient. Ces der­niers stag­naient parce que sa juste part des gains de la crois­sance éco­no­mique dimi­nuait d’année en année, et ça conti­nue.

Cette part dimi­nue d’année en année parce que le régime d’accumulation finan­cière aspire les gains de la crois­sance et les dis­tri­buent sous la forme de reve­nus finan­ciers captés par l’élite éco­no­mique. Cette méca­nique repose essen­tiel­le­ment sur le carac­tère déré­gle­menté de la puis­sance finan­cière et elle fonc­tionne même en contexte de stag­na­tion, sauf que la pres­sion pour déga­ger des plus values finan­cières pèsent encore plus lour­de­ment sur les condi­tions sala­riales de ceux qui se recon­naissent comme les “tra­vailleurs de la classe moyenne”. Classe moyenne qui subit de plein fouet les poli­tiques d’austérité autant que ceux de la stag­na­tion.

Printemps érable, d’une révolution culturelle à une autre ?

On peut dire que l’acte de nais­sance du prin­temps dit érable est le refus, par une partie impor­tante de la jeu­nesse qué­bé­coise, les enfants de cette classe moyenne, de la révo­lu­tion cultu­relle que nous pro­po­sait le ministre des finances libé­ral, Raymond Bachand lors de son budget phare de 2010. C’est d’ailleurs une ironie de l’histoire que ce mou­ve­ment de contes­ta­tion sociale ait pour ori­gine un pro­gramme d’austérité pré­senté sous la forme de “révo­lu­tion cultu­relle” auquel devait adhé­rer l’ensemble de la société qué­bé­coise. La hausse des droits de sco­la­rité, avec la fran­chise santé, étaient au coeur des mesures visant à refon­der les poli­tiques sociales et éco­no­miques au Québec sur les prin­cipes de la tari­fi­ca­tion et de l’utilisateur – payeur. Il faut se rap­pe­ler que le sou­hait du gou­ver­ne­ment était, et est tou­jours, d’étendre et d’approfondir cette révo­lu­tion cultu­relle au rap­port géné­ral à l’État dans les années de stag­na­tion à venir. Il faut se rap­pe­ler qu’en 2009, au moment où nous étions encore dans l’incertitude des impacts de la crise finan­cière de l’année pré­cé­dente sur notre éco­no­mie, ce gou­ver­ne­ment man­data quatre experts, éco­no­mistes et ges­tion­naires (Luc Godbout, Pierre Fortin, Claude Montmarquette et Robert Gagné) pour donner une légi­ti­mité et une cau­tion scien­ti­fique à cette révo­lu­tion et aux poli­tiques d’austérité qu’elle implique.

Une cau­tion repo­sant sur deux prin­cipes inter­dé­pen­dants et typiques du para­digme néo­li­bé­ral : le prin­cipe de panique et le prin­cipe de la solu­tion unique [8] Le prin­cipe de panique s’est pré­senté sous la forme d’un dis­cours alar­miste, voire catas­tro­phiste sur la dette, pas la dette éco­lo­gique et encore moins celles des ménages, non la dette publique. Par de savants cal­culs, l’accroissement de celle-ci appa­raît sou­dai­ne­ment au seuil de la sou­te­na­bi­lité. Le prin­cipe de panique est aussi simple et qu’efficace. Comme corps poli­tique, nous devons réagir immé­dia­te­ment avec la vio­lence propre aux situa­tions catas­tro­phiques afin de nous infli­ger à nous même une aus­té­rité que nous infli­ge­raient la vio­lence et les sanc­tions d’une éven­tuelle panique des mar­chés finan­ciers. Il s’agit d’anticiper leur panique et d’agir avant, maîtres chez nous par l’austérité. Évidemment, la Grèce sert d’exemple, et il faut saluer le génie subtil des cal­culs et ana­lyses de nos éco­no­mistes qui, après un long tra­vail sur les don­nées, ont réussi à “démon­trer” que la dette publique du Québec se situait en pro­por­tion du PIB, légè­re­ment en deçà de celle de la Grèce, parmi un pal­ma­rès des prin­ci­paux pays de l’OCDE.

« On pro­pose une révo­lu­tion cultu­relle de la manière de dépen­ser. Il faut avoir un peu d’espoir pour le contrôle des dépenses. Ne rien faire n’est pas une option. Il faut regar­der en avant. »
— Luc Godbout, membre du comité consul­ta­tif FM 98,5, 23 février 2010

Second principe, la solution unique.

La seconde étape consiste ainsi à pré­sen­ter comme seule et unique solu­tion à cette catas­trophe émi­nente une radi­ca­li­sa­tion du carac­tère néo­li­bé­ral des poli­tiques éco­no­miques et sociales, plus de marché, plus de déré­gle­men­ta­tion, plus d’austérité. Comme si la crise de 2008 était celle d’États inca­pables de sou­te­nir finan­ciè­re­ment leurs enga­ge­ments sociaux. Le jeu de l’ironie se déploie aussi ici quand les poli­tiques d’austérité se légi­ti­ment à partir d’un état de crise engen­dré par les poli­tiques néo­li­bé­rales elles-mêmes.

Le retour de l’idéologie pour dénouer la crise ?

Or, s’il y a prin­temps érable – et non pas seule­ment un mou­ve­ment pour le gel des droits de sco­la­rité, contre leur hausse ou pour la gra­tuité sco­laire – c’est que des jeunes au Québec n’ont pas du tout adhéré en masse à cette révo­lu­tion cultu­relle. C’est qu’ils ont très bien saisi que la lutte pour l’accessibilité aux études supé­rieures est une lutte d’idées et de valeurs, que la hausse s’inscrit dans ce para­digme usé du néo­li­bé­ra­lisme. Les étu­diants en grève sont les pre­miers à qua­li­fier leur lutte sociale d’idéologique. Mot honni par les intel­lec­tuels et ani­ma­teurs de débats sociaux depuis une ving­taine d’année, tous se disaient “prag­ma­tiques”, mot banni donc de l’espace public car asso­cié au tota­li­ta­risme, au conflit, à la dog­ma­tique. Il revient pour­tant jour après jour dans la bouche des gré­vistes et de ceux qui les appuis pour mar­quer l’écart de valeurs et les lignes du conflit social au delà des chiffres. Curieuse réha­bi­li­ta­tion, sans grande pompe, ni grand ouvrage ou débat théo­rique entre phi­lo­sophes, le mot s’impose dans la pra­tique au quo­ti­dien pour tout sim­ple­ment donner sens au conflit.

Et c’est peut-être là un des lègues impor­tants de ce mou­ve­ment, la capa­cité de dépas­ser le prag­ma­tisme hérité des trente der­nières années d’hégémonie du para­digme néo­li­bé­ral à droite comme à gauche. La conscience, chez ceux qui luttent, d’agir à partir d’une idéo­lo­gie, idéo­lo­gie en construc­tion, ouverte, ima­gi­na­tive et cer­tai­ne­ment au plu­riel d’ailleurs, sans petit livre rouge, malgré la pré­sence du carré. Cette idéo­lo­gie redonne effec­ti­ve­ment vie aux idéaux de jus­tice sociale et d’égalité, à l’esprit de soli­da­rité et de rap­port cri­tique au capi­ta­lisme qui a carac­té­risé les mou­vances socia­listes de la moder­nité. Mais elle y ajoute les thèmes contem­po­rains de l’écologisme et du fémi­nisme, l’expérience pra­tique de la démo­cra­tie directe et la méfiance envers les sys­tèmes d’idées trop enfer­més dans les mots du passé. Ainsi ce lègue est pro­fon­dé­ment iro­nique. Car oui, le Budget Bachand a pro­vo­qué une révo­lu­tion cultu­relle, mais pas celle que lui, et ses conseillers, sou­hai­tait.

Du printemps érable au printemps de force

Accompagner la nais­sance du nou­veau, la révo­lu­tion cultu­relle qui se mani­feste ce prin­temps, celle née de la crise sociale résul­tant du refus idéo­lo­gique de l’austérité, d’un refus en valeur des poli­tiques néo­li­bé­rales, doit main­te­nant se tra­duire et se déployer sur le ter­rain des mul­tiples enjeux qui confrontent notre société. Dans le même esprit d’égalité, de démo­cra­tie et de jus­tice sociale qui carac­té­rise la lutte pour l’accès à l’éducation supé­rieure et contre la mar­chan­di­sa­tion de l’université. Un large spectre du mou­ve­ment étu­diant actuel­le­ment mobi­lisé appel à cet élar­gis­se­ment, mais nous sommes encore dans ce moment de flot­te­ment, de brumes entre le vieux et le nou­veau.

Dans ce contexte de tâton­ne­ment, plu­sieurs com­mencent à évo­quer la néces­sité d’une nou­velle révo­lu­tion tran­quille. Or, il m’apparaît que si nous pou­vons nous ins­pi­rer de son esprit de déter­mi­na­tion poli­tique, d’affirmation et d’effervescence sociale, elle ne peut pas être la source de nos idées et nos valeurs. La réponse à la stag­na­tion inéga­li­taire de notre éco­no­mie ne peut pas être un nou­veau com­pro­mis por­tant sur le par­tage entre capi­tal et tra­vail, élite et masse, des gains d’une crois­sance accé­lé­rée, d’une pro­duc­tion pour la pro­duc­tion, cela est éco­lo­gi­que­ment inte­nable. La réponse au pro­blème des emplois pré­caires et du chô­mage des jeunes ne peut pas être une poli­tique basée sur le plein emploi indus­triel mas­cu­lin. La réponse à la perte de notre sou­ve­rai­neté éco­no­mique par l’intégration de notre éco­no­mie et de nos com­mu­nau­tés dans des cir­cuits pro­duc­tifs contrô­lés par des grandes cor­po­ra­tions mon­dia­li­sées, qu’elles soient finan­cières, indus­trielles ou “infor­ma­tion­nelles et bio­tech­no­lo­giques”, ne sera pas l’étatisation inté­grale de notre éco­no­mie. Ce qui com­mence, devra trou­ver son propre voca­bu­laire de trans­for­ma­tion sociale.

Revenons, en ter­mi­nant sur la ques­tion de la nature de la crise sociale actuelle. Nous sommes arri­vés à ce qui com­mence parce qu’un cycle s’épuise. Le vieux, mou­rant, se crispe autour de ce qu’il lui reste de pos­sibles. Pour ce para­digme, l’austérité et le main­tient coûte que coûte de l’état de déré­gle­men­ta­tion éco­no­mique sont les seuls poli­tiques envi­sa­geables et maniables. L’élite qui s’accroche à ce para­digme est prête à sacri­fier même cette crois­sance éco­no­mique qu’elle a pour­tant vénéré pour main­te­nir ses pri­vi­lèges. Elle est prête, sans sur­prise, à défendre avec vio­lence et répres­sion toute contes­ta­tion “en valeur”, “en idée” de son pro­gramme, alors qu’elle sait se mon­trer accom­mo­dante pour ceux et celles qui acceptent le cadre de l’austérité, qui se résignent et font preuve de “rési­lience” dans le contexte éco­no­mique dif­fi­cile qu’est l’état de stag­na­tion.

Cela consti­tue fort pro­ba­ble­ment l’élément le plus impor­tant qui actuel­le­ment freine l’expansion du mou­ve­ment de contes­ta­tion effec­tif du néo­li­bé­ra­lisme en ce prin­temps 2012. Par delà la dés­in­for­ma­tion usuelle et la stra­té­gie de ges­tion du conflit par pro­pa­gande (ce qu’on appel les rela­tions publiques), l’isolation rela­tive du mou­ve­ment tient essen­tiel­le­ment au fait que d’autres acteurs sociaux, en par­ti­cu­lier le mou­ve­ment syn­di­cal et aussi une part impor­tante de la mou­vance envi­ron­ne­men­tale, n’ont pas pu rompre avec l’attitude prag­ma­tique qui struc­turent les conflits sociaux depuis trois décen­nies. Si ces acteurs ont et cultivent la for­ma­tion de nou­velles valeurs sociales, celles-ci ne sont pas le prin­cipe qui domine l’orientation de leurs actions dans les moments de conflits sociaux. Bien qu’affirmant des valeurs en rup­ture avec le néo­li­bé­ra­lisme, ces acteurs ont accepté le cadre néo­li­bé­ral de réso­lu­tion des conflits sociaux. On peut espé­rer que l’ère de “fin de régime” qui marque le début du prin­temps 2012 les amè­nera à sortir éven­tuel­le­ment de ce cadre. Peut-être, alors, pour­ront-ils servir de relais pour les “doléances” de la classe moyenne contem­po­raine, c’est-à-dire cette part impor­tante de la popu­la­tion qui s’y iden­ti­fie et subit dans la rési­lience la crois­sance des inéga­li­tés, le sur­en­det­te­ment, l’érosion des ser­vices sociaux, la cor­rup­tion, le bra­dage des richesses natu­relles et la dégra­da­tion envi­ron­ne­men­tale. Mais l’absence de relais struc­tu­rels [9] du mou­ve­ment du prin­temps main­tient, pour le moment, la crise dans son moment de sus­pen­sion d’équilibre des forces sociales.

Et ce vieux qui ago­nise court-il à sa propre perte ? L’élite en place pré­side-t-elle au déploie­ment des forces qui mène­ront à sa propre des­truc­tion ? – comme le veut cer­tains relents escha­to­lo­giques et mil­lé­na­ristes héri­tés d’un Marx, Bakounine ou Jaurès, pour prendre les figures de proues du mou­ve­ment socia­liste du XIXe siècle. Il est clair que sur le plan de l’équilibre éco­lo­gique de la pla­nète, l’élite atta­chée au néo­li­bé­ra­lisme et à sa doc­trine envi­ron­ne­men­tale de “lais­sez faire, lais­sez pol­luer” met en péril la survie de la vie sur terre. Il est clair aussi que la situa­tion de déré­gle­men­ta­tion exces­sive des pro­ces­sus finan­ciers et la poli­tique de sou­tient par la liqui­dité publique des acteurs finan­ciers privés, dont les grandes banques, engendrent une situa­tion d’instabilité endé­mique qui pour­rait résul­ter en une nou­velle crise finan­cière encore plus grave que celle de 2008. Cela étant ni une nou­velle crise finan­cière, ni le spectre de la crise éco­lo­gique pou­vant, en eux-mêmes, pro­vo­quer la mort du vieux.

Au contraire, nous le voyons main­te­nant, les inté­rêts en place sont près à sus­pendre des liber­tés civiles, à déployer l’arsenal répres­sif d’un état auto­ri­taire pour main­te­nir ce qui est. Dans cet élan répres­sif, il jouit d’un appuis franc et assumé des groupes sociaux qui sont les plus atta­chés au vieux para­digme néo­li­bé­ral et à son régime d’accumulation, pen­sons ici au Conseil du patro­nat. L’élite et sa cote­rie de relayeurs et de fai­seurs d’opinion dans les mass médias se mani­feste dès lors – socio­lo­gi­que­ment – et socia­le­ment, comme classe domi­nante en acte [10]. L’élan répres­sif jouit d’un appui mou, mais pré­sent, auprès de cette masse indé­cise qu’est la “popu­la­tion en géné­ral” consti­tuée socio­lo­gi­que­ment comme un public spec­ta­teur de la contes­ta­tion ainsi que de la vio­lence qu’elle engendre dans ce contexte répres­sif. Ce “public” qui est capable d’apporter un appui rai­sonné, un à un, aux enjeux sou­le­vés lors de ce prin­temps érable : la lutte contre la hausse, le Plan Nord, les pro­jets d’exploitation gazière et pétro­lier des for­ma­tions schis­teuses, la pro­blé­ma­tique de notre sou­ve­rai­neté ali­men­taire, le besoin de pla­ni­fier éco­lo­gi­que­ment le déve­lop­pe­ment de nos ter­ri­toires, à la néces­sité de dé-finan­cia­risé notre éco­no­mie, la tran­si­tion de notre base éner­gé­tique hors du pétrole et des hydro­car­bures, l’importance de déve­lop­per des cir­cuits éco­no­miques courts, la réduc­tion des inéga­li­tés et de socia­li­ser la pro­priété pro­duc­tive ainsi que l’investissement.

Mais qui, en tant que “classe moyenne”, est inca­pable de tra­duire cette adhé­sion en agir poli­tique pour l’ensemble. Par manque de relais ins­ti­tu­tion­nels et struc­tu­rels en par­ti­cu­lier comme nous l’avons expli­qué plus haut. Ceux donc, qui ont fait du prin­temps 2012, ce qu’on doit main­te­nant nommer le Printemps de force, peuvent pour le moment comp­ter sur le frac­tion­ne­ment et la pas­si­vité poli­tique de la classe moyenne élar­gie qué­bé­coise, sur le tra­vail de repré­sen­ta­tions des luttes sociales dans les mass médias qui ren­force cette pas­si­vité et conforte l’adhésion à la répres­sion. Alors même que ce sont leurs enfants ou ceux de leurs voi­sins et amis, oncles, tantes, cou­sins, qui subissent et résistent à cette répres­sion.

Le défi auquel nous sommes confronté actuel­le­ment est ce “conflit de classe” qui tra­verse la société qué­bé­coise, entre l’élite du pou­voir et de l’accumulation et les enfants des sala­riés de la classe moyenne élar­gie. Le voca­bu­laire et la culture poli­tique du Québec se sont consti­tués pen­dant les trente der­nières années en refou­lant entiè­re­ment les notions de classes sociales et de conflit social pour­tant omni­pré­sentes tout le long du ving­tième siècle avant l’hégémonie du néo­li­bé­ra­lisme. Il est vrai que pen­dant la période char­nière des années 1970 – 1980 les mou­ve­ments dits “mar­xiste léni­niste” ont com­plè­te­ment déformé et tra­ves­tie ce voca­bu­laire des classes et du conflit social par le biais d’un ima­gi­naire poli­tique somme toute déli­rant, ce qui effec­ti­ve­ment, aida à sa dis­pa­ri­tion. De plus, l’unanimisme autour de la ques­tion natio­nale, l’idée d’un “modèle” et des “valeurs qué­bé­coises”, ont ren­forcé ce refou­le­ment de la divi­sion de la société et du conflit que cela a engen­dré. Le voca­bu­laire poli­tique et l’imaginaire du mou­ve­ment sou­ve­rai­niste est encore entiè­re­ment pris dans cette vision una­ni­miste de la société qui nie les conflits d’économie poli­tique.

Et, pour­tant, confronté au Printemps de force, nous devons de nou­veaux donner sens au conflit d’économie poli­tique, aux classes, à la trans­for­ma­tion sociale et la résis­tance. Pour nommer la pola­ri­sa­tion qui se mani­feste dans notre société, les mots actuels en vogue tels que “col­lu­sion” et “cor­rup­tion” sont à la fois trop faibles et trop forts. Trop faible pour saisir l’unité idéo­lo­gique, éco­no­mique et poli­tique de notre classe domi­nante autour du para­digme néo­li­bé­ral ; trop fort, car asso­cié à un voca­bu­laire de la cri­mi­na­li­sa­tion du pou­voir, du com­plot et délit, alors que l’hégémonie néo­li­bé­rale est bien plus ordi­naire, banale et repose fina­le­ment sur une cer­taine léga­lité.

À la mitan du prin­temps 2012, ce qui se mani­festa dans un esprit de lutte fes­tive, avec géné­ro­sité et ouver­ture, doit main­te­nant appri­voi­ser avec la même ima­gi­na­tion et refus des mots et idées usés, tant à gauche qu’à droite, le conflit social et la pola­ri­sa­tion de classe qui défi­nissent la situa­tion poli­tique du Québec actuel­le­ment. Voilà, pour moi, le défi que pose le Printemps de force, voilà le sens que prend, pour moi, la crise sociale actuelle.

Notes

[1] Une réflexion à partir des notes de confé­rence “Quelles alter­na­tives au capi­ta­lisme finan­cia­risé en crise ? L’espoir d’une grande tran­si­tion.” Société Gatineau Monde, Gatineau, 2 mai, 2012. Le texte fut revu, com­menté et cor­rigé par Daphnée Poirier. Le titre ini­tial du texte était “Heureux d’un prin­temps”. Les cir­cons­tances font que ce titre ne cor­res­pond plus à l’esprit des temps. [2] Gramsci fut témoin, depuis sa cel­lule de prison, de la monté du fas­cisme en Italie. Penseur de la puis­sance des idées et de la culture dans les conflits sociaux. On doit à Gramsci le concept d’hégémonie pour penser la puis­sance déter­mi­nante des idéo­lo­gies sur l’histoire de nos socié­tés. [3] Il faut se rap­pe­ler que le tout fit l’objet d’une expé­rience poli­tique au Chili après le coup d’État contre Allende. La dic­ta­ture de Pinochet fut une ver­sion hard, piloté depuis Chicago, de ce qui s’imposera au Royaume Uni, aux États-Unis et puis ailleurs à partir des années 1980. [4] Il faut aussi se rap­pe­ler que tous les partis poli­tiques ont adopté ce dis­cours à leur manière, par­ti­cu­liè­re­ment ici au Québec où les Libéraux et le Parti Québécois prô­naient le libre échange et la libe­ra­li­sa­tion. Au fédé­ral seul le NDP fai­sait excep­tion. [5] Sauf peut-être dans le cas de l’Islande. [6] Or, cette cri­tique et contes­ta­tion ini­tiale du néo­li­bé­ra­lisme nais­sant s’est fait en per­dant un allié de taille, la voix des éco­no­mistes. Il est tout à fait fas­ci­nant de consta­ter com­ment rapi­de­ment s’effondra au tour­nant des années 1980, l’hégémonie du key­né­sia­nisme modéré qui carac­té­ri­sait la pensée éco­no­mique des trente glo­rieuses. Certes des poches de résis­tance demeu­rèrent, des éco­no­mistes refu­sèrent d’abdiquer à la pensée unique. En fait, ce fut même une période rela­ti­ve­ment impor­tante de recons­truc­tion de la pensée éco­no­mique cri­tique ou hété­ro­doxe sur des nou­velles bases plus solides, plus radi­cales. Un moment où s’opéra des syn­thèses entre Marx, Keynes et Veblen, entre éco­lo­gie, éco­no­mie et fémi­nisme. Nous avons aujourd’hui une éco­no­mie poli­tique du capi­ta­lisme avancé plus riche, plus diver­si­fié dans ses approches et plus péné­trante dans ses ana­lyses qu’il y a trente ans. [7] À cela il faut ajou­ter ici au Québec et aussi au Canada, une variante natio­nale rat­ta­chée au déve­lop­pe­ment de notre éco­no­mie sur la base de l’exploitation des res­sources natu­relles s’ajouta à ce modèle de l’austérité. Nos variantes qué­bé­coise et cana­dienne visent de plus à créer un envi­ron­ne­ment pour que le boom de res­sources deviennent le nou­veau moteur de notre déve­lop­pe­ment éco­no­mique. Sables bitu­mi­neux à l’ouest et mines ainsi que gaz et pétrole de schiste à l’est. Dans les deux cas, on met en place, en plus de l’austérité, les condi­tions d’économie poli­tique pour un boom de res­sources ayant le moins de régle­men­ta­tion pos­sible, le moins de condi­tio­na­li­tés pos­sibles, le moins de retom­bées pos­sibles, qui visent la plus petite rente socia­le­ment accep­table. Le modèle d’économie de res­sources se fie presque uni­que­ment sur les retom­bées sala­riales, excluant d’emblée toute ponc­tion, limite ou ancrage du capi­tal, d’ici ou d’ailleurs. [8] Les deux sont presque des copies de ce qu’on peut lire dans les pages de la “Stratégie du choc” de Noami Klein [9] Les cen­trales syn­di­cales et syn­di­cats de base sont – en tant que struc­tures – en pos­ture d’appui, mais un appui qui se consti­tue à l’intérieur du cadre décrit ci-haut. Malgré cela des indi­vi­dus à l’intérieur de celles-ci, incluant sou­vent les têtes diri­geantes des cen­trales, sont très actifs et adhère au mou­ve­ment. Mais cette adhé­sion indi­vi­duelle ne trans­cende pas le cadre du conflit néo­li­bé­ral dans lequel est pris le mou­ve­ment syn­di­cal. Cela appa­raît en par­ti­cu­lier dans l’incapacité de tra­duire ce prin­temps en action les man­dats de grève social que plu­sieurs syn­di­cats ont voté dans la denière année. [10] Il faut recon­naître qu’il y avait des mani­fes­ta­tions pré­coces de ceci dans les mul­tiples pré­sences à Sagard de divers acteurs poli­tiques.

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