Le moment républicain

Mercredi 10 août 2016 à 13 h, à l’UQAM, DS-3375

 

Celui qui ne sait pas d’où il vient ne peut savoir où il va.
Antonio Gramsci

Rébellion 37-38Outre ses figures légendaires, tels Louis-Joseph Papineau et Robert Nelson, le mouvement patriote a été un mouvement populaire dont l’originalité renvoie à une coalition inédite de paysans, d’urbains et de membres éclairés de l’élite, tous portés par l’idéal républicain. Outre la séparation de l’Église et de l’État, la déclaration d’indépendance de 1838 affirmait « les droits égaux pour les Blancs et les autochtones, l’abolition du régime seigneurial, la liberté de presse et l’égalité des langues française et anglaise ». Comment en expliquer l’échec ? Comment le moment républicain allait-il transfigurer notre rapport au politique et, partant, poser les jalons d’une identité nationale ?

Les intervenant-e-s

• Gilles Laporte (historien et professeur au cégep du Vieux-Montréal)
• Claire Portelance (historienne et professeure au cégep Lionel-Groulx)
• Jean-Claude Germain (auteur et conteur)
• Danic Parenteau (Collège militaire royal de Saint-Jean
• Julien Vadeboncoeur (Collège Kiuna)

 

 

Pourquoi se souvenir ?

Mes ancêtres sont arrivés ici, lui comme soldat dans le Régiment de Carignan-Salières et elle comme Fille du Roy. Comme bien d’autres, ils fuyaient la pauvreté, la peste, la misère des paysans. Ils y étaient aussi poussés par l’appétit sans bornes des rois qui n’en avaient que pour la conquête de territoires aux dépens de soldats, de pauvres gens, chair à canon. Suite à une traversée sans confort ni plaisir, ils construisirent des forts pour barrer la route aux Iroquois, un peuple fier qui ne faisait que défendre ses lieux d’habitation et de commerce, si petits sur un territoire si grand. Ils construisirent des cabanes pour loger leurs espoirs sur des terres devenues propriété des communautés religieuses et des nouveaux seigneurs d’un pays à construire. Une fois la paix intervenue avec les Premières Nations, plusieurs choisirent de demeurer ici, dans ce qui leur semblait un paradis de liberté comparé aux campagnes françaises. Plusieurs rencontrèrent la véritable liberté en côtoyant ces premiers habitants qui occupaient le territoire depuis des millénaires, y vivant très près de la nature. Ils y découvrirent une autre logique, une autre façon de vivre dans l’harmonie et dans la solidarité, en affrontant un climat aussi hostile qu’accueillant. Pour tous, les difficultés furent nombreuses : maladies, sécheresses, froid brûlant, feux de forêts ou de leurs pauvres maisons. Mais pour eux, il n’était pas question de revivre la misère d’alors de leur pays natal. L’abandon par la France et la domination anglaise qui s’en suivit furent une raison supplémentaire de repli sur soi, sur sa religion, sa langue, sa culture. On leur permit une certaine liberté, illusion d’une enclave franco-catholique en Amérique protestante. Aussi, les Patriotes tentèrent de réveiller le peuple et de lui rappeler ce qu’était la liberté. Ceux qui voyaient l’avenir de ce peuple français en terre d’Amérique s’étioler et qui comprenaient que sans relever la tête elle finirait par tomber au sol, ceux-là tentèrent de soulever une rébellion qui incluait tout autant les immigrants anglophones opposés au roi d’Angleterre. Cependant, lutter contre cet empire ne pouvait réussir sans l’appui d’une autre grande nation. C’était un échec annoncé. Mais, pour l’histoire, les échecs ne sont souvent que la semence d’une future victoire. Sans la rébellion de 1837, il n’y aurait peut-être pas eu cette remontée d’une nouvelle volonté de liberté dans ce qu’on a appelé la Révolution tranquille et ses suites politiques.

Extrait d’un texte de Louis Roy, 2016 (https://louismroy.org/)

 

Pour comprendre davantage

• LAPORTE, Gilles, Patriotes et Loyaux. Leadership régional et mobilisation politique en 1837 et 1838, Québec, Éditions du Septentrion, 2004
• RYERSON, Stanley-Bréhaut, Le capitalisme et la Confédération. Aux sources du conflit Canada-Québec (1760-1873), Montréal, Parti pris, 1972
• Nouveaux Cahiers du socialisme, La question canadienne, n° 9, printemps 2013