Après Bernie : Débats et perspectives de la gauche américaine

Mercredi 10 août 2016 à 9 h, à l’UQAM, DS-4375

 

La campagne de Bernard Sanders a été une bouffée d’air frais dans un paysage politique disloqué par l’incapacité de l’administration Obama de sortir des sentiers battus depuis huit ans, tant par rapport aux enjeux sociaux internes que par rapport à la politique extérieure. La montée du populisme de droite, aux accents fascistes et racistes, semble capter l’attention d’une partie importante des couches populaires et moyennes. Quelles sont les options pour les progressistes américains, non seulement en vue de l’élection présidentielle d’octobre prochain, mais à moyen et long terme ? Est-ce qu’une convergence progressiste est possible ?

 

Les intervenant-e-s

 

 

Bhaskar Sunkara

Bhaskar Sunkara (éditeur du magazine Jacobin)

 

Immanuel Wallerstein

Immanuel Wallerstein (Université Yale)

 

Rose M Brewer

Rose M. Brewer (Université du Minnesota)

 

Donald Cuccioletta

Donald Cuccioletta (NCS)

 

L’Empire en déclin

Immanuel Wallerstein[1]

 

Les États-Unis vivent actuellement une campagne présidentielle que tout le monde ou presque décrit comme inhabituelle et de nature à changer l’ordre des choses. Un très grand nombre d’électeurs et d’électrices se sont mobilisés contre l’establishment. Dans le processus de désignation du candidat du Parti républicain, Donald J. Trump, a construit sa conquête de l’investiture en sachant incarner cette vague de mécontentement. Au sein du Parti démocrate, un obscur sénateur du Vermont, Bernie Sanders, a été capable d’incarner le mécontentement populaire, mais en le formulant dans les termes d’une rhétorique de gauche.

Il faut aussi prendre en compte un autre changement en cours aux États-Unis.

À mesure qu’augmentent les morts violentes, la possibilité qu’un tel phénomène puisse s’étendre au-delà des ghettos noirs vers des zones non noires, où vivent beaucoup des « déçus du système », n’est pas inconcevable. Après tout, ces déçus ont raison sur une chose ; la vie aux États-Unis n’est plus aussi bonne qu’elle le fut. Donald Trump le dit bien dans son slogan : « Rendre à l’Amérique sa grandeur ». Ce « rendre » renvoie à un âge d´or. Bernie Sanders, lui aussi, semble se référer à une époque bénie où les emplois n’étaient pas exportés vers le Sud. Hillary Clinton elle-même semble maintenant se tourner vers quelque chose de perdu.

Le problème qui se pose est que ni le gouvernement fédéral ni les autorités locales ne savent très bien comment répondre à cette situation. Il n’est pas ici question de « droitisation », mais bien d’un penchant pour une forme de protestation plus violente, qui conduit à la guerre civile.

Parallèlement, l’autorité des États-Unis dans le monde n’a fait que décliner. En réalité, ce pays n’est plus hégémonique. Les mécontents et leurs candidats l’ont noté, mais estiment ce phénomène réversible, ce qu’il n’est pas. Les États-Unis sont désormais considérés comme un partenaire mondial faible et incertain.

 

[1] Extrait du texte publié le 1er juin, « Des États-Unis de plus en plus instables », sur le site Mémoire des luttes, < http://www.medelu.org/Des-Etats-Unis-toujours-plus >