La « guerre de position »

Par Mis en ligne le 17 avril 2012

Gramsci avait uti­lisé cette image dans ses « Lettres de prison » pour décrire les contra­dic­tions du mou­ve­ment social ascen­dant en Europe du ving­tième siècle, qui était cepen­dant dans une impasse. Le « coup fumant » de la révo­lu­tion russe, pen­sait Gramsci, ne pou­vait tout sim­ple­ment pas être répété : la struc­ture de classe euro­péenne était en mesure de résis­ter aux coups de bou­toir et la rup­ture révo­lu­tion­naire n’était pas à l’ordre du jour. D’une « guerre de mou­ve­ment » offen­sive et jusqu’au-boutiste comme l’avaient défini les mili­tants russes, le mou­ve­ment devait bifur­quer et passer à une « guerre de posi­tion ». Celle-ci impli­quait un mou­ve­ment lent, un gri­gno­tage des posi­tions de l’adversaire, une longue série de com­bats labo­rieux, épui­sants, aussi bien sur le plan des forces que sur le plan des idées.

Dans cette vision, l’État contrai­re­ment à une per­cep­tion bien ancrée n’était pas un « objet » ou un « lieu » à cap­tu­rer tel un « palais d’hiver », mais un rap­port mul­ti­di­men­sion­nel de forces à trans­for­mer. Aujourd’hui une nou­velle explo­ra­tion du thème s’impose. Intuitivement, le mou­ve­ment social sait qu’il doit éviter la défaite et trou­ver une façon de garder ses forces, son ascen­dant moral, et de main­te­nir ses efforts pour construire une nou­velle hégé­mo­nie.

Envahir les tranchées de l’adversaire

Aux confins de la pla­nète se jouent des enjeux consi­dé­rables. Au Népal par exemple, un mou­ve­ment paysan orga­nisé par un parti qui se défi­nit comme maoïste est par­venu aux portes du pou­voir. Aux portes seule­ment, car son lea­der­ship a l’intelligence de consta­ter que la rup­ture est hors de portée. Pas seule­ment sur une base stric­te­ment mili­taire. Mais du fait que la montée des groupes subal­ternes (pay­sans, mino­ri­tés eth­niques, femmes) que repré­sente cette coa­li­tion doit poli­ti­que­ment se négo­cier un espace avec une frac­tion des domi­nants et une partie des classes popu­laires urbaines.

Les for­mi­dables avan­cées du mou­ve­ment popu­laire ont réussi en ren­ver­sant la dic­ta­ture à trans­for­mer le rap­port de forces. Le mou­ve­ment des subal­ternes, essen­tiel­le­ment com­posé de pay­sans armés ne se pré­sente pas « en ville » les « mains vides ». Il entoure, tant géo­gra­phi­que­ment que poli­ti­que­ment, la ville qui n’est pas seule­ment une urba­nité mais aussi une culture, un rap­port social et une manière de gérer le pou­voir. Il cherche à déta­cher de cet espace des classes popu­laires semi-pro­lé­ta­ri­sées pour leur pro­po­ser une autre utopie. C’est bien sûr un immense pari qui peut débou­ler en sens inverse et rien n’est donné d’avance.

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