Produire autrement

Marx écrit que le capitalisme «  épuise les deux seules sources de toute richesse : la terre et le travailleur  ». En effet, c’est bien la même logique capitaliste, le «  produire toujours plus pour générer toujours plus de profits  » qui use et détruit les travailleurs et les travailleuses, épuise les ressources naturelles et dérègle le climat. Les impératifs sociaux comme les impératifs écologiques exigent d’en finir avec le capitalisme et de rompre avec sa logique sur trois plans : la fin de la propriété privée des moyens de production, une planification démocratique qui permette à la société de définir ses choix et ses priorités en matière de production et la transformation radicale tant du travail que des structures de production.

La révolution de l’appareil productif suppose une révolution du travail. La réduction drastique du temps de travail est centrale dans notre projet de société. L’objectif de l’abolition du chômage et de la précarité, un plein emploi réel, prend radicalement le contre-pied de la situation actuelle où les salariéEs traitéEs comme la variable d’ajustement sont en permanence mis en concurrence. L’augmentation du temps libre est aussi une condition pour que les travailleurEs s’emparent de la discussion nécessaire à une gestion démocratique de l’économie comme de la société. Mais plus encore, nous revendiquons avec Marx «  la prédominance de “l’être” sur “l’avoir” dans une société sans classes sociales ni aliénation capitaliste, c’est-à-dire la primauté du temps libre sur le désir de posséder d’innombrables objets : la réalisation personnelle par le biais de véritables activités, culturelles, sportives, ludiques, scientifiques, érotiques, artistiques et politiques  ».

Mais il ne suffit pas de réduire la durée du travail, il faut aussi contester sa finalité, son contenu, son organisation et sa division, s’attaquer au travail contraint, aliéné, à ce que Marx appelle un travail «  pour ainsi dire dénué de toute qualité  ». Les salariéEs n’endurent pas seulement l’usure physique, mais aussi la souffrance générée par ce travail mal fait qui n’a pas de sens. Les mal nommées «  procédures qualité  », omniprésentes dans toutes les entreprises et les services sont emblématiques de ce «  mal travail  ». Elles ne sont que l’instrument des dominants pour expliquer aux dominéEs qu’ils ne savent pas travailler et sont juste bons à respecter les procédures. Procédures impossibles à suivre pour faire réellement le travail mais à l’aune desquelles ils sont jugés, évalués, dévalorisés.

Produire autrement c’est aussi sortir du cercle infernal «  travail aliéné, loisirs aliénés et consommation aliénée  », c’est aussi vivre autrement !

 

* Extraits d’un texte publié dans la Revue Tout est à nous ! 30 mars 2012