Produire autrement

Par Mis en ligne le 15 avril 2012

Marx écrit que le capi­ta­lisme « épuise les deux seules sources de toute richesse : la terre et le tra­vailleur ». En effet, c’est bien la même logique capi­ta­liste, le « pro­duire tou­jours plus pour géné­rer tou­jours plus de pro­fits » qui use et détruit les tra­vailleurs et les tra­vailleuses, épuise les res­sources natu­relles et dérègle le climat. Les impé­ra­tifs sociaux comme les impé­ra­tifs éco­lo­giques exigent d’en finir avec le capi­ta­lisme et de rompre avec sa logique sur trois plans : la fin de la pro­priété privée des moyens de pro­duc­tion, une pla­ni­fi­ca­tion démo­cra­tique qui per­mette à la société de défi­nir ses choix et ses prio­ri­tés en matière de pro­duc­tion et la trans­for­ma­tion radi­cale tant du tra­vail que des struc­tures de pro­duc­tion.

La révo­lu­tion de l’appareil pro­duc­tif sup­pose une révo­lu­tion du tra­vail. La réduc­tion dras­tique du temps de tra­vail est cen­trale dans notre projet de société. L’objectif de l’abolition du chô­mage et de la pré­ca­rité, un plein emploi réel, prend radi­ca­le­ment le contre-pied de la situa­tion actuelle où les salariéEs traitéEs comme la variable d’ajustement sont en per­ma­nence mis en concur­rence. L’augmentation du temps libre est aussi une condi­tion pour que les travailleurEs s’emparent de la dis­cus­sion néces­saire à une ges­tion démo­cra­tique de l’économie comme de la société. Mais plus encore, nous reven­di­quons avec Marx « la pré­do­mi­nance de “l’être” sur “l’avoir” dans une société sans classes sociales ni alié­na­tion capi­ta­liste, c’est-à-dire la pri­mauté du temps libre sur le désir de pos­sé­der d’innombrables objets : la réa­li­sa­tion per­son­nelle par le biais de véri­tables acti­vi­tés, cultu­relles, spor­tives, ludiques, scien­ti­fiques, éro­tiques, artis­tiques et poli­tiques ».

Mais il ne suffit pas de réduire la durée du tra­vail, il faut aussi contes­ter sa fina­lité, son contenu, son orga­ni­sa­tion et sa divi­sion, s’attaquer au tra­vail contraint, aliéné, à ce que Marx appelle un tra­vail « pour ainsi dire dénué de toute qua­lité ». Les salariéEs n’endurent pas seule­ment l’usure phy­sique, mais aussi la souf­france géné­rée par ce tra­vail mal fait qui n’a pas de sens. Les mal nom­mées « pro­cé­dures qua­lité », omni­pré­sentes dans toutes les entre­prises et les ser­vices sont emblé­ma­tiques de ce « mal tra­vail ». Elles ne sont que l’instrument des domi­nants pour expli­quer aux dominéEs qu’ils ne savent pas tra­vailler et sont juste bons à res­pec­ter les pro­cé­dures. Procédures impos­sibles à suivre pour faire réel­le­ment le tra­vail mais à l’aune des­quelles ils sont jugés, éva­lués, déva­lo­ri­sés.

Produire autre­ment c’est aussi sortir du cercle infer­nal « tra­vail aliéné, loi­sirs alié­nés et consom­ma­tion alié­née », c’est aussi vivre autre­ment !

* Extraits d’un texte publié dans la Revue Tout est à nous ! 30 mars 2012

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