Un printemps ouvrier en Chine

Dans ce pays où la force de travail est la plus nombreuse au monde (évaluée à environ 300 millions d’individus), les conflits ouvriers retiennent rarement l’attention des médias occidentaux. Selon le magasine officiel chinois Outlook Weekly, il y aurait eu 280 000 conflits du travail recensés en 2008 et ceux-ci auraient augmenté de 30% durant le premier semestre 2009 par rapport à l’année précédente.  

Honda Foshan, une grève exemplaire

La vague de grève a débuté à l’usine Honda Foshan. Malgré le licenciement des dirigeants grévistes et les tentatives de divisions de la direction, les ouvriers de Honda sont restés unis pendant les deux semaines qu’a duré le conflit. Dans cette usine, 80% des travailleurs sont des étudiants d’écoles techniques soumis à un contrat de travail « maison ». Ils ne sont pas protégés par les lois du travail en vigueur et leur salaire est très nettement inférieur à celui des ouvriers réguliers.

Le conflit a été initié par ces jeunes étudiants nés après 1980 et qui n’ont jamais connu l’ère maoïste. Leur grève a montré leur détermination à faire respecter leur dignité d’être humain en commençant par imposer des conditions de travail décentes. Plus question de sacrifier sa vie et d’accepter les pires injustices au nom de l’intérêt de l’entreprise et du sens de la hiérarchie. Ils n’ont pas hésité à dénoncer un modèle de croissance qui repose sur le travail bon marché et l’exploitation féroce de la force de travail mais aussi sur l’indécence des grandes entreprises qui leur payent des salaires extrêmement bas alors qu’elles font des profits mirobolants. Fait sans précédent, les jeunes employés de Honda, se sont mobilisés non pas pour obtenir le paiement des salaires où l’application de leurs droits, comme c’est en général le cas dans les conflits ouvriers en Chine, mais pour obtenir une réelle augmentation des salaires. Ils revendiquaient une augmentation immédiate substantielle de 800 yuans sur le salaire de base, c’est-à-dire hors heures supplémentaires, et une augmentation annuelle minimum de 15%.

Cette grève a forcé Honda à arrêter la production dans tout le pays pendant plusieurs jours du fait de la pénurie de pièces détachées occasionnée par le conflit. La direction de Honda a du négocier avec les représentants désignés par les grévistes et accepter des augmentations significatives de salaire ainsi que l’amélioration des conditions de travail. Les nouvelles générations d’ouvriers ont montré qu’elles sont prêtes à s’organiser collectivement et à revendiquer une réelle part des fruits de la croissance.

La classe ouvrière chinoise n’est en rien docile, elle a su montrer sa force et sa combativité.