Un printemps ouvrier en Chine

Par Mis en ligne le 17 avril 2012

Dans ce pays où la force de tra­vail est la plus nom­breuse au monde (éva­luée à envi­ron 300 mil­lions d’individus), les conflits ouvriers retiennent rare­ment l’attention des médias occi­den­taux. Selon le maga­sine offi­ciel chi­nois Outlook Weekly, il y aurait eu 280 000 conflits du tra­vail recen­sés en 2008 et ceux-ci auraient aug­menté de 30% durant le pre­mier semestre 2009 par rap­port à l’année pré­cé­dente. 

Honda Foshan, une grève exemplaire

La vague de grève a débuté à l’usine Honda Foshan. Malgré le licen­cie­ment des diri­geants gré­vistes et les ten­ta­tives de divi­sions de la direc­tion, les ouvriers de Honda sont restés unis pen­dant les deux semaines qu’a duré le conflit. Dans cette usine, 80% des tra­vailleurs sont des étu­diants d’écoles tech­niques soumis à un contrat de tra­vail « maison ». Ils ne sont pas pro­té­gés par les lois du tra­vail en vigueur et leur salaire est très net­te­ment infé­rieur à celui des ouvriers régu­liers.

Le conflit a été initié par ces jeunes étu­diants nés après 1980 et qui n’ont jamais connu l’ère maoïste. Leur grève a montré leur déter­mi­na­tion à faire res­pec­ter leur dignité d’être humain en com­men­çant par impo­ser des condi­tions de tra­vail décentes. Plus ques­tion de sacri­fier sa vie et d’accepter les pires injus­tices au nom de l’intérêt de l’entreprise et du sens de la hié­rar­chie. Ils n’ont pas hésité à dénon­cer un modèle de crois­sance qui repose sur le tra­vail bon marché et l’exploitation féroce de la force de tra­vail mais aussi sur l’indécence des grandes entre­prises qui leur payent des salaires extrê­me­ment bas alors qu’elles font des pro­fits miro­bo­lants. Fait sans pré­cé­dent, les jeunes employés de Honda, se sont mobi­li­sés non pas pour obte­nir le paie­ment des salaires où l’application de leurs droits, comme c’est en géné­ral le cas dans les conflits ouvriers en Chine, mais pour obte­nir une réelle aug­men­ta­tion des salaires. Ils reven­di­quaient une aug­men­ta­tion immé­diate sub­stan­tielle de 800 yuans sur le salaire de base, c’est-à-dire hors heures sup­plé­men­taires, et une aug­men­ta­tion annuelle mini­mum de 15%.

Cette grève a forcé Honda à arrê­ter la pro­duc­tion dans tout le pays pen­dant plu­sieurs jours du fait de la pénu­rie de pièces déta­chées occa­sion­née par le conflit. La direc­tion de Honda a du négo­cier avec les repré­sen­tants dési­gnés par les gré­vistes et accep­ter des aug­men­ta­tions signi­fi­ca­tives de salaire ainsi que l’amélioration des condi­tions de tra­vail. Les nou­velles géné­ra­tions d’ouvriers ont montré qu’elles sont prêtes à s’organiser col­lec­ti­ve­ment et à reven­di­quer une réelle part des fruits de la crois­sance.

La classe ouvrière chi­noise n’est en rien docile, elle a su mon­trer sa force et sa com­ba­ti­vité.

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