Contrôle ouvrier : l’expérience de l’Argentine

Les lois capitalistes consistent en la séparation des producteurs salariés d’avec les produits de leur travail et du contrôle sur les conditions de ce travail. « L’aliénation de l’ouvrier dans son produit signifie non seulement que son travail devient un objet, une existence extérieure, mais que son travail existe en dehors de lui, indépendamment de lui, et devient une puissance autonome vis-à-vis de lui, que la vie qu’il a prêtée à l’objet s’oppose à lui, hostile ou étrangère. » Aliénation par rapport au produit, mais aussi par rapport au processus de production lui-même : « Le produit n’est rien d’autre que le résultat de l’activité, de la production. Cependant, si le produit du travail est l’aliénation, la production même devient l’aliénation active ; l’activité de l’aliénation. Dans l’extériorité du produit du travail se reflète l’extériorité, l’aliénation de l’activité du travail lui-même. » Le contrôle ouvrier à l’intérieur d’une usine commence à mettre en question cette séparation. L’occupation de l’entreprise le fait aussi, par la mise en question du pouvoir à l’intérieur de l’usine.

En Argentine depuis quelques temps, les expériences se multiplient, tel les cas de l’usine Zanon où les ouvriers organisent la gestion par des résolutions en assemblées générales et assemblées d’ateliers, où l’on décide de la durée du travail, comment préparer de nouveaux modèles de céramiques, comment se procurer les matières premières, comment assurer la sécurité, etc. Les ouvriers établissent de nouvelles formes de solidarité entre eux qui leur permettent de commencer à faire des pas vers l’autodétermination de classe. Au cours de ces mois, on a démontré la véritable fonction de la majorité des superviseurs ou chefs mis en place par le patron de l’usine en temps « normal » : plus que diriger la production, leur rôle était de maintenir un despotisme permanent sur les travailleurs et leurs tâches. Le contrôle ouvrier dévoile les secrets de l’exploitation capitaliste. Par exemple, en deux jours de travail, les ouvriers de Zanon ont produit des céramiques d’une valeur supérieure aux coûts salariaux de tout un mois. En même temps, il démontre à l’échelle d’un établissement, que les travailleurs peuvent contrôler leur propre destin et se gouverner eux-mêmes.

Est-ce que des expériences de ce genre peuvent se maintenir indéfiniment ? Pour y arriver, il faut développer une véritable unité entre les travailleurs et le peuple pauvre, faire face à la division existante et devenue « naturelle » entre eux, qui sert à la reproduction des rapports d’exploitation capitalistes. Dans le cas des travailleurs de Zanon, leur proposition est d’organiser une coordination régionale de travailleurs et de sans-emploi, à partir d’assemblées et avec des mandats de la base. Leur revendication d’étatisation de l’usine sous contrôle ouvrier et d’une politique de travaux publics pour créer des emplois et couvrir les besoins fondamentaux de la population contribue aussi à solidifier cette alliance avec d’autres secteurs populaires.

 

Extrait de « La experiencia de fabricas ocupadas y el control obrero », article publié le juillet 2002 sur le site RISAL.