Contrôle ouvrier : l’expérience de l’Argentine

Par Mis en ligne le 15 avril 2012

Les lois capi­ta­listes consistent en la sépa­ra­tion des pro­duc­teurs sala­riés d’avec les pro­duits de leur tra­vail et du contrôle sur les condi­tions de ce tra­vail. « L’aliénation de l’ouvrier dans son pro­duit signi­fie non seule­ment que son tra­vail devient un objet, une exis­tence exté­rieure, mais que son tra­vail existe en dehors de lui, indé­pen­dam­ment de lui, et devient une puis­sance auto­nome vis-à-vis de lui, que la vie qu’il a prêtée à l’objet s’oppose à lui, hos­tile ou étran­gère. » Aliénation par rap­port au pro­duit, mais aussi par rap­port au pro­ces­sus de pro­duc­tion lui-même : « Le pro­duit n’est rien d’autre que le résul­tat de l’activité, de la pro­duc­tion. Cependant, si le pro­duit du tra­vail est l’aliénation, la pro­duc­tion même devient l’aliénation active ; l’activité de l’aliénation. Dans l’extériorité du pro­duit du tra­vail se reflète l’extériorité, l’aliénation de l’activité du tra­vail lui-même. » Le contrôle ouvrier à l’intérieur d’une usine com­mence à mettre en ques­tion cette sépa­ra­tion. L’occupation de l’entreprise le fait aussi, par la mise en ques­tion du pou­voir à l’intérieur de l’usine.

En Argentine depuis quelques temps, les expé­riences se mul­ti­plient, tel les cas de l’usine Zanon où les ouvriers orga­nisent la ges­tion par des réso­lu­tions en assem­blées géné­rales et assem­blées d’ateliers, où l’on décide de la durée du tra­vail, com­ment pré­pa­rer de nou­veaux modèles de céra­miques, com­ment se pro­cu­rer les matières pre­mières, com­ment assu­rer la sécu­rité, etc. Les ouvriers éta­blissent de nou­velles formes de soli­da­rité entre eux qui leur per­mettent de com­men­cer à faire des pas vers l’autodétermination de classe. Au cours de ces mois, on a démon­tré la véri­table fonc­tion de la majo­rité des super­vi­seurs ou chefs mis en place par le patron de l’usine en temps « normal » : plus que diri­ger la pro­duc­tion, leur rôle était de main­te­nir un des­po­tisme per­ma­nent sur les tra­vailleurs et leurs tâches. Le contrôle ouvrier dévoile les secrets de l’exploitation capi­ta­liste. Par exemple, en deux jours de tra­vail, les ouvriers de Zanon ont pro­duit des céra­miques d’une valeur supé­rieure aux coûts sala­riaux de tout un mois. En même temps, il démontre à l’échelle d’un éta­blis­se­ment, que les tra­vailleurs peuvent contrô­ler leur propre destin et se gou­ver­ner eux-mêmes.

Est-ce que des expé­riences de ce genre peuvent se main­te­nir indé­fi­ni­ment ? Pour y arri­ver, il faut déve­lop­per une véri­table unité entre les tra­vailleurs et le peuple pauvre, faire face à la divi­sion exis­tante et deve­nue « natu­relle » entre eux, qui sert à la repro­duc­tion des rap­ports d’exploitation capi­ta­listes. Dans le cas des tra­vailleurs de Zanon, leur pro­po­si­tion est d’organiser une coor­di­na­tion régio­nale de tra­vailleurs et de sans-emploi, à partir d’assemblées et avec des man­dats de la base. Leur reven­di­ca­tion d’étatisation de l’usine sous contrôle ouvrier et d’une poli­tique de tra­vaux publics pour créer des emplois et cou­vrir les besoins fon­da­men­taux de la popu­la­tion contri­bue aussi à soli­di­fier cette alliance avec d’autres sec­teurs popu­laires.

Extrait de « La expe­rien­cia de fabri­cas ocu­pa­das y el control obrero », article publié le juillet 2002 sur le site RISAL.

Les commentaires sont fermés.