Que Haïti redevienne Haïti

Mis en ligne le 24 janvier 2010

Devant le drame qui frappe Haïti, Jacques Depelchin s’élève contre les soli­da­ri­tés et l’humanitarisme de façade qui cachent toutes les exploi­ta­tions ayant fra­gi­lisé ce pays et rendu le désastre plus lourd encore. Selon lui, les ravages causés par les trem­ble­ments de terre du 13 jan­vier « sont peu de choses en com­pa­rai­son avec ceux créés, infli­gés, cal­cu­lés et dis­til­lés par les par­rains d’un sys­tème qui est devenu actuel­le­ment tel­le­ment pré­da­teur ». Haïti est fra­gile et son mal­heur est à la mesure de la pré­ca­rité que vivent les Haïtiens. Pour Depelchin, il est temps de rame­ner enfin Haïti à la vie, à la mesure de ce que fut son his­toire.

Nous expri­mons nos plus sin­cères condo­léances à tous ceux qui ont perdu des êtres aimés et par­ti­cu­liè­re­ment à ceux qui avant le trem­ble­ment de terre souf­fraient énor­mé­ment pour avoir pour­suivi une lutte com­men­cée deux siècles aupa­ra­vant. Aux défunts nous sou­hai­tons la paix éter­nelle et l’accueil cha­leu­reux du Créateur et des ancêtres.

Nous vou­lons expri­mer notre soli­da­rité avec Haïti, un pays, où de 1791 à 1804, les Africains se sont défaits de leurs chaînes au nom de la fidé­lité à l’humanité. Des Africains, en avance sur leur temps, qui ont donné une leçon à ceux qui habi­tuel­le­ment s’attribuent ce rôle, les révo­lu­tion­naires auto­pro­cla­més d’une révo­lu­tion pré­pa­rée par les phi­lo­sophes des Lumières, nous dit-on. Mais comme l’a ample­ment démon­tré Louis Sala-Molins dans le Code des Noirs, pas un seul phi­lo­sophe ne s’est élevé contre le Code des Noirs, pro­mul­gués en 1685 et aboli en 1848.

Les des­truc­tions cau­sées par la nature sont peu de choses en com­pa­rai­son avec celles créées, infli­gées, cal­cu­lées et dis­til­lées par les par­rains d’un sys­tème qui est devenu actuel­le­ment tel­le­ment pré­da­teur que les des­cen­dants bio­lo­giques et idéo­lo­giques (des escla­va­gistes), comme s’ils étaient sur pilo­tage auto­ma­tique, ne peuvent rien faire de mieux que de réagir par des mesures cha­ri­tables éma­nant d’une conscience défor­mée, domi­née par une men­ta­lité aigui­sée par la quête constante de vio­la­tion de l’humanité tout en don­nant l’impression de l’aimer.

Dans les jours à venir, la souf­france résul­tant de la des­truc­tion causée par la nature enter­rera encore plus pro­fon­dé­ment celle causée par les pré­da­teurs et leurs admi­ra­teurs. Mais la fidé­lité à la vérité que ‘’ tout le monde est monde’’ sera tou­jours plus forte que l’oubli. Cette espèce de fidé­lité ne s’apaise pas par les larmes de cro­co­diles ver­sées par les cor­res­pon­dants des médias qui res­sassent des sta­tis­tiques accu­mu­lées par la com­mu­nauté huma­ni­taire dont s’est la mis­sion de cacher le résul­tat du crime contre l’humanité en met­tant l’accent sur le destin du ‘’ plus pauvre pays de la pla­nète’’. Cette fidé­lité a résisté, résiste et conti­nuera de résis­ter contre la plus bru­tale et la plus douce forme de tor­ture, ima­gi­née par ceux, qui au nom de la liberté du capi­tal, ont pro­grammé la lente liqui­da­tion de l’humanité.

Ces mêmes cor­res­pon­dants, avec des larmes dans les yeux, sou­lignent ‘’l’instabilité poli­tique de Haïti’’ tout en refu­sant de recon­naître son ori­gine, directe ou indi­recte, parce que, s’ils creu­saient davan­tage, ils devraient recon­naître qu’en dépit de l’adversité, la fidé­lité aux valeurs de la liberté, de l’égalité, de la fra­ter­nité sont aussi vibrantes que jamais.

Face à cette incom­men­su­rable tra­gé­die, Haïti pourra le mieux guérir en étant de nou­veau entière. Il doit être permis au pré­sident Jean Bertrand Aristide de retour­ner parmi les siens. Parce que c’est face à de telle tra­gé­die que l’on doit faire appel à la soli­da­rité et s’élever au-dessus des divi­sions et cli­vages poli­tiques et idéo­lo­giques. Haïti a eu plus que sa part de souf­france. Haïti mérite d’être de nou­veau entier et mérite les gestes de soli­da­rité les plus géné­reux en tant que nation.

Que tous ces membres puissent se retrou­ver pour recons­truire leur vie. Jusqu’à quel point allons-nous lais­ser Haïti se vider de son sang ? Il sera dif­fi­cile dans les jours et semaines qui viennent de ne pas deman­der à ces orga­ni­sa­tions qui se drapent dans des habits huma­ni­taires afin d’éviter la fidé­lité à l’humanité, de nous faire connaître le sort de Pierre Antoine Lovinsky qui a été kid­nappé pour avoir demandé avec insis­tance le retour du pré­sident Jean Bertrand Aristide.

* Jacques Depelchin est le co-fon­da­teur de l’Alliance Otabenga pour la paix et la dignité en RD Congo.

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