Pauvreté, inégalités et exclusion sociale : que savons-nous et que pouvons-nous faire ?

Par Mis en ligne le 01 août 2013

«(..)il n’est pas simple de comprendre et de prendre la mesure de ces problématiques sociales ; plusieurs questions doivent être résolues pour permettre une intervention politique efficace. »

Pauvreté, inéga­li­tés et exclu­sion sociale-Format PDF

Les inéga­li­tés et l’exclusion sociale sont à l’ordre du jour. Les nou­velles locales, natio­nales et inter­na­tio­nales nous le rap­pellent presque quo­ti­dien­ne­ment. Mais même si cette vaste mobi­li­sa­tion pour­rait nous inci­ter à penser le contraire, il n’est pas simple de com­prendre et de prendre la mesure de ces pro­blé­ma­tiques sociales ; plu­sieurs ques­tions doivent être réso­lues pour per­mettre une inter­ven­tion poli­tique effi­cace.

Ce rap­port résume les prin­ci­pales conclu­sions de recherches récentes menées au Québec, au Canada et à l’étranger sur la pau­vreté et l’exclusion sociale et aborde le rôle des poli­tiques publiques dans la lutte contre ces fléaux sociaux.

Résultats

Le niveau de pau­vreté dans une société peut être mesuré de plu­sieurs manières. On peut mettre l’accent sur la satis­fac­tion des besoins essen­tiels, sur la réa­li­sa­tion par chacun de ses capa­ci­tés ou sur le revenu dis­po­nible sur une base indi­vi­duelle ou fami­liale. La plu­part du temps, le revenu est choisi comme indi­ca­teur prin­ci­pal parce qu’il donne une bonne idée des niveaux de vie et demeure rela­ti­ve­ment simple à mesu­rer, à com­prendre et à com­pa­rer.

Le Canada n’a jamais adopté une mesure offi­cielle de la pau­vreté, mais Statistique Canada pro­duit trois mesures de faible revenu qui sont sou­vent uti­li­sées à cette fin : le seuil de faible revenu (SFR), la mesure de faible revenu (MFR) et la mesure du panier de consom­ma­tion (MPC). Chaque mesure a ses forces et fai­blesses. Il importe de les uti­li­ser judi­cieu­se­ment et pour les fins pour les­quelles elles ont été créées car autre­ment elles pour­raient induire en erreur, comme c’est le cas par exemple lorsqu’on uti­lise le SFR pour des com­pa­rai­sons inter­pro­vin­ciales. Autrement, dit, il est impor­tant de savoir ce qu’on veut mesu­rer pré­ci­sé­ment avant de choi­sir l’une ou l’autre mesure.

  • En dépit du fait qu’elles reposent sur des bases dis­tinctes, les dif­fé­rentes mesures de faible revenu ne donnent pas des résul­tats radi­ca­le­ment dif­fé­rents les uns des autres. À cet égard, elles semblent indi­quer une norme sociale impli­cite mais très répan­due dans les pays indus­tria­li­sés.
  • Les recherches tendent à mon­trer que le niveau d’emploi et la dis­tri­bu­tion des reve­nus de marché jouent un rôle pré­pon­dé­rant dans l’évolution des taux de pau­vreté et d’inégalité et que l’éducation a tou­jours un effet pro­tec­teur.
  • Certains groupes ne semblent tou­te­fois pas pro­fi­ter autant de ces oppor­tu­ni­tés même à des niveaux d’éducation com­pa­rables. Au Canada, par exemple, les femmes, les jeunes, les per­sonnes avec des limi­ta­tions, les Premières nations et les immi­grants récents sont plus sus­cep­tibles de connaître des épi­sodes de pau­vreté. Et les enfants qui gran­dissent en situa­tion de pau­vreté sont plus sus­cep­tibles d’en vivre aussi, une fois deve­nus adultes.
  • Bon nombre d’études sur ces ques­tions s’intéressent aux déter­mi­nants indi­vi­duels du faible revenu, comme la tra­jec­toire fami­liale, le niveau d‘éducation et la par­ti­ci­pa­tion au marché du tra­vail. Aussi per­ti­nents soient-ils, ces déter­mi­nants n’expliquent pas pour­quoi, à richesse à peu près égale, cer­taines socié­tés connaissent plus de pau­vreté ou sont carac­té­ri­sées par de plus grandes inéga­li­tés sociales que d’autres. L’analyse com­pa­ra­tive permet de révé­ler ces rai­sons. Elle permet notam­ment de mettre au jour le rôle cru­cial que jouent les ins­ti­tu­tions et les poli­tiques publiques.

Implications de politiques

  • Aucun indi­ca­teur n’étant par­fait, les gou­ver­ne­ments devraient prendre en consi­dé­ra­tion plu­sieurs indi­ca­teurs de manière à obte­nir une vision plus com­plète de la pau­vreté ainsi qu’on le fait en Europe où trois mesures com­plé­men­taires sont main­te­nant consi­dé­rées, la pre­mière concer­nant le revenu, la deuxième, la pri­va­tion maté­rielle, la troi­sième, l’emploi.

  • Au Canada, le SFR est une mesure obso­lète à plu­sieurs égards. On devrait lui pré­fé­rer la MPC pour les com­pa­rai­sons inter­pro­vin­ciales et la MFR pour les com­pa­rai­sons inter­na­tio­nales.
  • Les gou­ver­ne­ments devraient adop­ter des plans de lutte contre la pau­vreté com­por­tant des objec­tifs précis et mesu­rables. Ce genre de plan indique une direc­tion géné­rale et favo­rise la mobi­li­sa­tion de tous les acteurs. En énon­çant des objec­tifs tan­gibles, les gou­ver­ne­ments se donnent un défi et s’obligent à chan­ger leurs façons de faire habi­tuelles.

  • Trois balises pour­raient guider une démarche sérieuse. En bref, les gou­ver­ne­ments devraient 1) énon­cer leurs prio­ri­tés avec une cer­taine pré­ci­sion ; 2) iden­ti­fier les chan­ge­ments poli­tiques et ins­ti­tu­tion­nels qui contri­bue­ront à la réa­li­sa­tion des prio­ri­tés éta­blies ; et 3) ins­tau­rer des méca­nismes de dif­fu­sion de l’information et de red­di­tion de comptes qui assu­re­ront la trans­pa­rence et la vigi­lance néces­saires à l’atteinte des objec­tifs annon­cés.
  • On recom­mande d’utiliser la pré­sen­ta­tion du budget pour faire le point chaque année sur la pau­vreté et les inéga­li­tés.

À propos de ce docu­ment

Ce numéro d’En évi­dence est tiré de Alain Noël. 2012. « Combattre la pau­vreté, les inéga­li­tés et l’exclusion sociale : rap­port de confé­rence ». Montréal : CIQSS et CRDCN.

Ce rap­port résume les conclu­sions de la confé­rence inter­na­tio­nale « Statistiques sociales, pau­vreté, et exclu­sion sociale : pers­pec­tives qué­bé­coises, cana­diennes et inter­na­tio­nales » orga­ni­sée par le Centre inter­uni­ver­si­taire qué­bé­cois de sta­tis­tiques sociales (CIQSS) et le minis­tère qué­bé­cois de la Santé et de la Solidarité sociale (MSSS) à l’automne 2011.

Il a été pré­paré en col­la­bo­ra­tion avec l’auteur par Sarah Fortin, coor­don­na­trice-trans­fert des connais­sances au Réseau cana­dien des Centres de don­nées de recherche (RCCDR), une infra­struc­ture créée afin de donner aux cher­cheurs un meilleur accès aux micro-don­nées détaillées de Statistiques Canada, d’élargir le bassin de cher­cheurs qua­li­fiés en sta­tis­tiques sociales et d’améliorer la com­mu­ni­ca­tion entre les cher­cheurs et les uti­li­sa­teurs de la recherche.

***Ce texte a d’abord été publié sur le site du Réseau cana­dien des Centres de don­nées de recherche (http://​www​.rdc​-cdr​.ca/​s​i​t​e​s​/​d​e​f​a​u​l​t​/​f​i​l​e​s​/​f​a​i​t​s​_​s​a​i​l​l​a​n​t​s​_​a​l​a​i​n​_​n​o​e​l.pdf) en juin 2012

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