Montréal, l’incorrigible : Mise sous tutelle deux fois, la Ville a été l’objet de cinq enquêtes publiques depuis 100 ans

Par Mis en ligne le 01 août 2013

«(…)voici l’histoire des cinq commissions d’enquêtes publiques et des deux mises en tutelle qui ont marqué au fer rouge l’histoire de Montréal depuis un siècle. Elle met en lumière des faits extrêmement révélateurs où les scandales se succèdent sans arrêt. »

Montréal, l’incorrigible : Mise sous tutelle deux fois, la Ville a été l’objet de cinq enquêtes publiques depuis 100 ans-Format PDF

En ce début de cam­pagne élec­to­rale à Montréal, voici l’histoire des cinq com­mis­sions d’enquêtes publiques et des deux mises en tutelle qui ont marqué au fer rouge l’histoire de Montréal depuis un siècle. Elle met en lumière des faits extrê­me­ment révé­la­teurs où les scan­dales se suc­cèdent sans arrêt. L’axiome veut que « le passé soit garant de l’avenir ». Espérons que ce ne soit pas le cas pour la métro­pole du Québec suite aux résul­tats élec­to­raux du 3 novembre pro­chain.

L’enquête Cannon :

La pre­mière com­mis­sion d’enquête, déclen­chée en 1909 sous la pres­sion d’un groupe de citoyens qui ont dénoncé 12 conseillers, a été pré­si­dée par le juge Lawrence John Cannon. Son rap­port a décrit l’administration muni­ci­pale comme étant « satu­rée de cor­rup­tion pro­ve­nant sur­tout de la plaie du patro­nage ».

Médéric Martin, un maire populiste et corrompu[i]:

Malgré qu’il ait été un des conseillers muni­ci­paux accu­sés de mal­ver­sa­tion de fonds à cette occa­sion, Médéric Martin, un popu­liste ayant un sens aiguisé de la répar­tie, a par la suite été maire pen­dant 12 ans avant d’être défait en 1926 par un autre popu­liste, Camillien Houde. Pendant son règne il s’est trouvé mêlé à des scan­dales après avoir accor­dés des contrats à des entre­pre­neurs. A noter que Martin, un fabri­cant de cigares, avait débuté sa car­rière poli­tique comme député libé­ral fédé­ral. Il l’a ter­miné comme conseiller légis­la­tif libé­ral non élu à Québec

La tutelle de 1918 :

C’est d’ailleurs pen­dant le deuxième mandat du maire Martin que Montréal a été mise sous tutelle à cause de sa situa­tion finan­cière désas­treuse par le gou­ver­ne­ment de Lomer Gouin. Pour réta­blir la situa­tion, on a tenu un réfé­ren­dum qui a approuvé, en 1921, la créa­tion d’un comité exé­cu­tif chargé de mettre de l’ordre dans l’administration. Incidemment, lors de ce réfé­ren­dum qui a éga­le­ment porté sur le choix d’un mode de scru­tin, les élec­teurs mont­réa­lais ont appuyé à 38% la repré­sen­ta­tion pro­por­tion­nelle.

L’enquête Coderre :

C’est aussi à la fin d’un des mandat du maire Martin qu’une deuxième com­mis­sion d’enquête, pré­si­dée par le juge Louis Coderre, a été déclen­chée en 1924 encore sous la pres­sion popu­laire. Son rap­port n’a pu que consta­ter que rien n’avait changé depuis l’enquête Cannon : les pots-de- vin étaient tou­jours pra­tique cou­rante et la police tou­jours aussi cor­rom­pue. Ce rap­port n’a pas eu de suites. Sous l’œil com­plai­sant du gou­ver­ne­ment libé­ral d’Alexandre Taschereau, il été vite tabletté par le comité exé­cu­tif de la Ville qui avait pour­tant été créé quelques années plus tôt pour mettre de l’ordre dans l’administration.

La tutelle de 1940 :

En 1940, pen­dant le deuxième mandat du maire Adhémar Raynault, un ex-député de l’Union natio­nale, le gou­ver­ne­ment libé­ral d’Adélard Godbout a imposé une deuxième tutelle à Montréal qui a duré jusqu’en l944. La dété­rio­ra­tion de la situa­tion finan­cière de la métro­pole au cours des années 1930 avait alors incité les milieux d’affaires à exer­cer des pres­sions pour obte­nir des chan­ge­ments au niveau de l’administration. En réponse à ces pres­sions, le gou­ver­ne­ment a imposé à Montréal une réforme d’envergure en met­tant en place le « régime des 99 ». Le Conseil de Ville comp­tera doré­na­vant 99 membres divi­sés en droit caté­go­ries de 33 membres cha­cune. Il s’agit de la classe A, formée des conseillers élus par les pro­prié­taires ; de la classe B, formée des conseillers élus par l’ensemble des élec­teurs, pro­prié­taires et loca­taires, puis de la classe C, formée par des repré­sen­tants des asso­cia­tions ou corps publics tels que la Chambre de com­merce, etc. Ce régime en partie cor­po­ra­tiste a duré jusqu’en 1960 alors qu’il a été aboli par le gou­ver­ne­ment Lesage.

L’enquête Caron :

En 1950, après plu­sieurs année de cam­pagne du Comité de mora­lité publique dont un des avo­cats était le futur maire Jean Drapeau, une com­mis­sion, pré­si­dée par le juge François Caron, a été créée pour enquê­ter sur les liens qu’entretenaient la police, le crime orga­nisé et le monde muni­ci­pal pour main­te­nir les bor­dels et les mai­sons de jeux en acti­vité. Dénonçant le règne de la pègre, son rap­port a été déposé en 1954 à trois semaines des élec­tions où Drapeau a été élu maire, Camillien Houde ne se repré­sen­tant pas. Suite à cette enquête des accu­sa­tions ont été por­tées et 20 per­sonnes ont été décla­rées cou­pables.

L’enquête Malouf :

Mise sur pied en 1977 par le gou­ver­ne­ment Lévesque afin de faire la lumière sur les dépas­se­ments de coûts astro­no­miques engen­drés par l’organisation des Jeux olym­piques de 1976, cette com­mis­sion d’enquête a été pré­si­dée par le juge Robert Malouf. Des fraudes, des vols, des actes de van­da­lisme et des détour­ne­ments de maté­riaux ont été mis en preuve devant la com­mis­sion qui a duré plus de trois ans. Il a même été démon­tré que le pré­sident du comité exé­cu­tif, Gérard Niding, s’était fait construire une maison aux frais des contri­buables. Le maire Jean Drapeau a été blâmé pour sa méga­lo­ma­nie. Selon le rap­port, il a fait preuve « d’une incroyable incu­rie ». Cette perte de contrôle est devenu le sym­bole de la mau­vaise ges­tion de la Ville. Pourtant le maire Drapeau avait déclaré en 1975 qu’il « est aussi impos­sible pour les Jeux olym­piques de Montréal de pro­duire un défi­cit que pour un homme de deve­nir enceinte ». Quant au Parti libé­ral du Québec, il a pro­fité de ce chan­tier chao­tique pour rem­plir sa caisse élec­to­rale grâce à des firmes d’ingénierie.

L’enquête Charbonneau :

Cette com­mis­sion d’enquête por­tant sur l’octroi et la ges­tion des contrats publics dans l’industrie de la construc­tion a été créée en 2012 par le gou­ver­ne­ment Charest pour calmer les pres­sions venant de toutes parts. Elle est pré­si­dée par le juge France Charbonneau. Le pre­mier volet de son inves­ti­ga­tion a été consa­cré à la Ville de Montréal. Comme on le sait, les révé­la­tions qui y ont été faites -sur les­quelles on ne s’étendra pas ici- ont pro­vo­qué la démis­sion du maire Gérald Tremblay. Elles ont aussi contri­bué à l’arrestation du maire par interim Michael Applebaum.


[i] Toute réfé­rence à un can­di­dat actuel à la mairie de Montréal est évi­dem­ment défen­due. Mais la ten­ta­tion est grande d’établir cer­tains rap­pro­che­ments…

Les commentaires sont fermés.