L’université populaire des NCS

Le nouveau projet républicain Avec Ronald Cameron, Nora Loreto, Emiliano Arpin-Simonetti, Jean-Marie Van der Maren, Niki Ashton et André Frappier

Axe 1 - Le Canada, d’hier à aujourd’hui : capitalisme, patriarcat et colonialisme

Par Mis en ligne le 22 septembre 2019

Des dyna­miques dis­tinctes

La gauche sociale du « Reste du Canada » (ROC) est faible, frag­men­tée sur une base pro­vin­ciale et concen­trée dans les prin­ci­pales villes. Elle n’a pas de pers­pec­tive glo­ba­li­sante. Pour cette gauche, la défense du droit à l’autodétermination se mani­feste par un appui réservé aux Premières Nations, et son sup­port à l’autodétermination du Québec reste mar­gi­nal. Ce blo­cage repose sur le refus de tenir une réflexion et de prendre posi­tion sur la réa­lité du fédé­ra­lisme cana­dien. La dis­per­sion et la frag­men­ta­tion des luttes sociales et de cette gauche consti­tuent la base maté­rielle sur laquelle repose cette atti­tude. Le Québec, pour sa part, est un maillon faible de l’État cana­dien en raison de son double statut de pro­vince et de ter­ri­toire natio­nal d’un peuple opprimé dans cet État. Cette situa­tion assure un cadre natio­nal à la résis­tance popu­laire qui faci­lite la cen­tra­li­sa­tion, le ren­for­ce­ment et l’impact des luttes sociales. Au Québec, le mou­ve­ment sou­ve­rai­niste dirigé par le Parti qué­bé­cois (PQ) qui a struc­turé le mou­ve­ment indé­pen­dan­tiste depuis 50 ans est en déroute. Il a repris à son compte les poli­tiques néo­li­bé­rales et la défense du libre-échange. Il s’est replié sur une poli­tique iden­ti­taire faute de stra­té­gie concrète de lutte pour l’indépendance.

Quelques pistes

La place de la lutte démo­cra­tique sur l’enjeu de l’indépendance du Québec reste au centre de la redé­fi­ni­tion d’un projet répu­bli­cain tant pour le Québec que pour le ROC. La place des nations autoch­tones dans un tel projet doit aussi faire partie de la dis­cus­sion. En effet, la réa­li­sa­tion de l’indépendance va ouvrir une crise majeure de l’État cana­dien. C’est pour­quoi la lutte pour l’indépendance ne concerne pas uni­que­ment le Québec, mais éga­le­ment l’État cana­dien. Cette crise peut débou­cher sur une redé­fi­ni­tion des rap­ports entre les peuples dans cet État. La lutte pour l’indépendance et le projet répu­bli­cain exigent donc des alliances au-delà du Québec. Finalement, la classe ouvrière cana­dienne va se retrou­ver face à un choix : soit elle recon­naît le droit à l’autodétermination du Québec, soit elle décide d’appuyer sa propre bour­geoi­sie pour défendre l’unité cana­dienne. Le choix en faveur de l’autodétermination sera gran­de­ment faci­lité si la bataille pour l’indépendance s’inscrit dans une lutte pour un projet de société éga­li­taire et pour la défense du droit à l’autodétermination des peuples autoch­tones.

Souveraineté popu­laire

Pour gagner la majo­rité, la lutte pour l’indépendance doit aspi­rer à la sou­ve­rai­neté popu­laire. L’élection d’une assem­blée consti­tuante, qui pour­rait être la concré­ti­sa­tion de cette exi­gence, aurait l’avantage de mettre le peuple en marche pour qu’il puisse déga­ger les bases de ses valeurs com­munes et donner à la diver­sité qué­bé­coise des ins­ti­tu­tions per­met­tant le vivre-ensemble. Une consti­tuante per­met­trait de se donner une consti­tu­tion répu­bli­caine, fon­de­ment d’un État plu­ri­na­tio­nal déco­lo­nisé où il y aurait une éga­lité des nations. Dans une démarche consti­tuante, il faut lier la lutte pour l’indépendance et la réa­li­sa­tion d’un projet de société éga­li­taire : recon­nais­sance des droits sociaux, recon­nais­sance dans les faits de l’égalité des hommes et des femmes, démo­cra­tie éco­no­mique. La par­ti­ci­pa­tion des peuples autoch­tones sous la forme qu’ils choi­si­ront est essen­tielle à la réus­site d’une telle démarche.

Synthèse de Bernard Rioux[1]

Notes

  1. Ronald Cameron est coor­don­na­teur du Réseau qué­bé­cois sur l’intégration conti­nen­tale. Nora Loreto est une mili­tante syn­di­cale et com­mu­nau­taire. Emiliano Arpin-Simonetti est secré­taire de rédac­tion de la revue Relations. Jean-Marie Van der Maren pré­side le NPD au Québec. Niki Ashton est dépu­tée du NPD. André Frappier est res­pon­sable élu des com­mu­ni­ca­tions à Québec soli­daire. Bernard Rioux est rédac­teur à Presse-toi à gauche.


Vous appréciez cet article ? Soutenez-nous en vous abonnant au NCS ou en faisant un don.

Vous pouvez nous faire parvenir vos commentaires par courriel ou à notre adresse postale :

cap@​cahiersdusocialisme.​org

Collectif d’analyse poli­tique
CP 35062 Fleury
Montréal
H2C 3K4

Les commentaires sont fermés.