L’université populaire des NCS

Canada-Québec : comment penser la convergence des gauches ?

Axe 1 - Le Canada, d’hier à aujourd’hui : capitalisme, patriarcat et colonialisme

Par Mis en ligne le 23 septembre 2019

Avec Andrea Levy, Richard Fidler, Corvin Russel et André Frappier

Les tra­vailleuses et les tra­vailleurs, comme les mou­ve­ments pro­gres­sistes et les syn­di­cats, sont confron­tés à l’État cana­dien et à ses agences qui servent à struc­tu­rer et à ins­ti­tu­tion­na­li­ser la domi­na­tion du capi­ta­lisme sur le pays. Si les gauches du Québec et du Canada anglais s’entendent pour recon­naître cette réa­lité, les approches des der­nières décen­nies n’ont pas permis de dépas­ser l’isolement dans lequel cha­cune a envi­sagé son action et même sa réflexion poli­tique et stra­té­gique. D’un côté, le mou­ve­ment natio­nal qué­bé­cois a ébranlé les fon­de­ments de l’État cana­dien ; de l’autre, la gauche du Canada a eu une nette pro­pen­sion à s’identifier à cet État comme l’armature de sa résis­tance contre l’impérialisme amé­ri­cain. Alors que la montée popu­laire au Québec mena­çait l’État du capi­ta­lisme au Canada, la gauche cana­dienne confé­rait à cet État un rôle cen­tral. S’il est vrai que depuis quelque temps un esprit cri­tique face à l’État cana­dien appa­raît dans la gauche cana­dienne, les ponts sont tou­jours peu déve­lop­pés. Cela dit, il est vrai que d’un côté comme de l’autre, on res­sent davan­tage le besoin d’une réflexion conjointe et d’une coor­di­na­tion dans l’action, face à la montée de l’extrême droite, l’hégémonie poli­tique et idéo­lo­gique du néo­li­bé­ra­lisme, les reculs sociaux mul­tiples qui incitent à l’unité, aux ren­contres et au tra­vail en commun.

Cela dit, les dif­fi­cul­tés héri­tées du passé sont pro­fondes et remontent aux rap­ports d’inégalité étayés par l’histoire et l’architecture consti­tu­tion­nelles. La gauche cana­dienne voit la ques­tion de la sépa­ra­tion du Québec comme un pro­blème, alors qu’elle devrait être consi­dé­rée posi­ti­ve­ment comme la clef du déman­tè­le­ment de l’État cana­dien. Voilà pour­quoi, d’ailleurs, la bour­geoi­sie au Québec, qu’elle soit de langue anglaise, fran­çaise ou qu’elle soit étran­gère, craint elle-même les effets d’un éven­tuel déman­tè­le­ment de l’État au Canada. Il faut ajou­ter que la sépa­ra­tion du Québec pour­rait contri­buer à ren­for­cer la posi­tion de la classe ouvrière au Canada vis-à-vis « sa » propre bour­geoi­sie.

La conver­gence entre les deux gauches aujourd’hui pour­rait se réa­li­ser autour de pro­blèmes criants et concrets : dans la lutte contre les poli­tiques d’austérité et les luttes pour sauver la pla­nète, notam­ment. Un pro­blème demeure néan­moins récur­rent dans toutes les actions unis­sant les deux gauches. Lors des réunions syn­di­cales pan­ca­na­diennes, par exemple, il est cou­rant que la masse des délé­gué-e-s de langue anglaise ne prenne pas la peine d’utiliser l’équipement d’interprétation simul­ta­née mis à sa dis­po­si­tion, de sorte que les inter­ven­tions des fran­co­phones sou­vent ne comptent pas ou très peu… Autre pro­blème : au Canada, la gauche est écla­tée, ce qui rend abs­traite l’idée de conver­gence. Des mili­tantes et mili­tants cana­diens songent pré­sen­te­ment néan­moins à sur­mon­ter ce pro­blème de la dis­per­sion.

Synthèse par Serge Denis[1]


Notes

  1. Andrea Levy est une cher­cheuse indé­pen­dante et rédac­trice à Canadian Dimension. Richard Fidler anime le site Life on the left. Corvin Russel milite avec les mou­ve­ments autoch­tones en Ontario. André Frappier est res­pon­sable élu des com­mu­ni­ca­tions à Québec soli­daire. Serge Denis est pro­fes­seur émé­rite en études poli­tiques de l’Université d’Ottawa.


Vous appréciez cet article ? Soutenez-nous en vous abonnant au NCS ou en faisant un don.

Vous pouvez nous faire parvenir vos commentaires par courriel ou à notre adresse postale :

cap@​cahiersdusocialisme.​org

Collectif d’analyse poli­tique
CP 35062 Fleury
Montréal
H2C 3K4

Les commentaires sont fermés.