La stratégie de positionnement mondial de la bourgeoisie canadienne à l’ère des réseaux (1 de 4)

Voici la première partie d’un article qui analyse un document qui présente les orientations que préconisent les intellectuels organiques de la classe dominante canadienne. Ces orientations tracent en pointillés les attaques qui seront menées contre les classes ouvrière et populaires afin d’imposer ces orientations à l’ensemble de la population canadienne.

Le Canadian International Council vient de publier un document d’orientation sur la stratégie du positionnement que devrait adopter la bourgeoisie canadienne face aux problèmes essentiels qui lui sont posées pour se développer dans le contexte mondial actuel. Le CIC regroupe des hauts fonctionnaires de l’appareil d’État canadien, des représentants de grandes entreprises du secteur privé et du secteur public et des universitaires de renom liés à ces milieux. Le CIC invite les gouvernements, les entreprises, les médias, l’armée, les ONGs et les universités à discuter des orientations qu’il avance. Il s’agit dans ce document d’identifier les intérêts de la bourgeoisie canadienne comme bourgeoisie nationale. Comment permettre à la bourgeoisie canadienne de défendre ses intérêts et de réaliser ses ambitions ? Voilà ce qui guide la réflexion du CIC.

La bourgeoisie canadienne veut un pays qui sera faire sa place sur la scène mondiale, qui saura la situer dans la cour des plus grands lui permettant de participer comme leader à la gouvernance mondiale. « Une nation présente sur la scène mondiale possède des intérêts nationaux à défendre. » (page 9)

Quelles sont les grandes transformations économiques identifiées par le CIC sur la scène mondiale ?

Le Canada (la bourgeoisie canadienne en fait) fait face à des bouleversements essentiels au niveau économique :

  • Les États-Unis connaissent un déclin économique relatif ; • La Chine et l’Inde deviennent des acteurs de premier plan sur la scène économique mondiale ; • Les grands centres d’accumulation en Amérique se déplacent d’Est en Ouest et la zone Asie-Pacifique devient un centre d’investissement essentiel ; • Avec le réchauffement climatique, l’Arctique s’ouvre à l’exploitation minière et pétrolière et rend le passage du nord-ouest navigable ; • La crise climatique rend la compétition pour les ressources alimentaires féroce ce qui provoque des migrations vers le nord exerçant des pressions des populations du sud sur les frontières canadiennes ; • La compétition exacerbée s’exerce également au niveau des ressources – énergie, minerais et eau-, ce qui pose des enjeux géostratégiques dans lequel le Canada devra définir son rôle.
  • Le recul relatif des États-Unis fait que le Canada ne peut plus compter sur les seuls États-Unis pour assurer sa croissance économique. Et d’autant plus que depuis le 11 septembre 2001, les frontières américaines peuvent se fermer très rapidement suite à des actes terroristes remarque le document du CIC. Pour parer aux caprices politiques des États-Unis ou au durcissement des frontières, le CIC propose de construire des postes frontaliers communs ; de construire un NORAD du contrôle frontalier…En bref, le Canada doit renforcer ses liens avec les Américains tout en élargissant son portefeuille économique pour l’éloigner de l’extrême dépendance à un marché unique.
  • La Chine et l’Inde occupent une place désormais centrale dans l’économie internationale tant comme centre d’investissement qu’éventuellement comme marché pour les produits des entreprises canadiennes sans parler de leurs besoins en matières premières et particulièrement en pétrole. C’est dans cette direction que l’État canadien doit diversifier son économie.
  • L’ouverture de l’Arctique provoquée par le réchauffement climatique va faciliter l’exploration minière et pétrolière. Sans compter que l’ouverture du passage du Nord Ouest et les possibilités de commerce avec la Russie vont multiplier les possibilités d’investissement. La lutte pour la souveraineté canadienne à ce niveau ne relève pas d’abord d’une démarche patriotique mais de la protection de champs d’investissements considérables.
  • Pour le CIC, la compétition pour les ressources minières, pétrolières, alimentaires et pour l’eau nécessitera que le Canada participe à la gouvernance mondiale de façon de s’assurer l’accès soutenu à ces ressources.

Sécurité au cœur de la gouvernance néolibérale

Dans un tel contexte, comment se pose pour la bourgeoisie canadienne la politique sécurité et ses modes de collaboration avec les principaux acteurs étatiques agissant sur la scène internationale ?

Nous devons collaborer, écrit le CIC, avec nos alliés pour assurer que les intérêts économiques du Canada ne soient pas compromis par des conflits qui ont lieu ailleurs. Ce qui se passe en dehors de nos frontières n’a jamais été si important pour le Canada à cette époque de mondialisation.

Pour ce think tank, le Canada peut être défini comme une « nation de diasporas ». Cette réalité de la nation canadienne permet au Canada d’attirer les talents nécessaires à une économie d’innovation.

Ce multiculturalisme canadien s’inscrit donc dans des nécessités économiques immédiates. Et le CIC invite l’État canadien à défendre de façon combative cette réalité de la nation canadienne. Au-delà de la rhétorique, les objectifs de de l’État canadien dans les prochaines décennies sont clairs : être reconnu comme superpuissance énergétique, une puissance de l’Arctique et du Pacifique tout en affaiblissant sa dépendance du seul marché américain.