La stratégie de positionnement mondial de la bourgeoisie canadienne à l’ère des réseaux (1 de 4)

Par Mis en ligne le 06 juillet 2010

Voici la pre­mière partie d’un article qui ana­lyse un docu­ment qui pré­sente les orien­ta­tions que pré­co­nisent les intel­lec­tuels orga­niques de la classe domi­nante cana­dienne. Ces orien­ta­tions tracent en poin­tillés les attaques qui seront menées contre les classes ouvrière et popu­laires afin d’imposer ces orien­ta­tions à l’ensemble de la popu­la­tion cana­dienne.

Le Canadian International Council vient de publier un docu­ment d’orientation sur la stra­té­gie du posi­tion­ne­ment que devrait adop­ter la bour­geoi­sie cana­dienne face aux pro­blèmes essen­tiels qui lui sont posées pour se déve­lop­per dans le contexte mon­dial actuel. Le CIC regroupe des hauts fonc­tion­naires de l’appareil d’État cana­dien, des repré­sen­tants de grandes entre­prises du sec­teur privé et du sec­teur public et des uni­ver­si­taires de renom liés à ces milieux. Le CIC invite les gou­ver­ne­ments, les entre­prises, les médias, l’armée, les ONGs et les uni­ver­si­tés à dis­cu­ter des orien­ta­tions qu’il avance. Il s’agit dans ce docu­ment d’identifier les inté­rêts de la bour­geoi­sie cana­dienne comme bour­geoi­sie natio­nale. Comment per­mettre à la bour­geoi­sie cana­dienne de défendre ses inté­rêts et de réa­li­ser ses ambi­tions ? Voilà ce qui guide la réflexion du CIC.

La bour­geoi­sie cana­dienne veut un pays qui sera faire sa place sur la scène mon­diale, qui saura la situer dans la cour des plus grands lui per­met­tant de par­ti­ci­per comme leader à la gou­ver­nance mon­diale. « Une nation pré­sente sur la scène mon­diale pos­sède des inté­rêts natio­naux à défendre. » (page 9)

Quelles sont les grandes transformations économiques identifiées par le CIC sur la scène mondiale ?

Le Canada (la bour­geoi­sie cana­dienne en fait) fait face à des bou­le­ver­se­ments essen­tiels au niveau éco­no­mique :

  • Les États-Unis connaissent un déclin éco­no­mique rela­tif ; • La Chine et l’Inde deviennent des acteurs de pre­mier plan sur la scène éco­no­mique mon­diale ; • Les grands centres d’accumulation en Amérique se déplacent d’Est en Ouest et la zone Asie-Pacifique devient un centre d’investissement essen­tiel ; • Avec le réchauf­fe­ment cli­ma­tique, l’Arctique s’ouvre à l’exploitation minière et pétro­lière et rend le pas­sage du nord-ouest navi­gable ; • La crise cli­ma­tique rend la com­pé­ti­tion pour les res­sources ali­men­taires féroce ce qui pro­voque des migra­tions vers le nord exer­çant des pres­sions des popu­la­tions du sud sur les fron­tières cana­diennes ; • La com­pé­ti­tion exa­cer­bée s’exerce éga­le­ment au niveau des res­sources – éner­gie, mine­rais et eau-, ce qui pose des enjeux géos­tra­té­giques dans lequel le Canada devra défi­nir son rôle.
  • Le recul rela­tif des États-Unis fait que le Canada ne peut plus comp­ter sur les seuls États-Unis pour assu­rer sa crois­sance éco­no­mique. Et d’autant plus que depuis le 11 sep­tembre 2001, les fron­tières amé­ri­caines peuvent se fermer très rapi­de­ment suite à des actes ter­ro­ristes remarque le docu­ment du CIC. Pour parer aux caprices poli­tiques des États-Unis ou au dur­cis­se­ment des fron­tières, le CIC pro­pose de construire des postes fron­ta­liers com­muns ; de construire un NORAD du contrôle frontalier…En bref, le Canada doit ren­for­cer ses liens avec les Américains tout en élar­gis­sant son por­te­feuille éco­no­mique pour l’éloigner de l’extrême dépen­dance à un marché unique.
  • La Chine et l’Inde occupent une place désor­mais cen­trale dans l’économie inter­na­tio­nale tant comme centre d’investissement qu’éventuellement comme marché pour les pro­duits des entre­prises cana­diennes sans parler de leurs besoins en matières pre­mières et par­ti­cu­liè­re­ment en pétrole. C’est dans cette direc­tion que l’État cana­dien doit diver­si­fier son éco­no­mie.
  • L’ouverture de l’Arctique pro­vo­quée par le réchauf­fe­ment cli­ma­tique va faci­li­ter l’exploration minière et pétro­lière. Sans comp­ter que l’ouverture du pas­sage du Nord Ouest et les pos­si­bi­li­tés de com­merce avec la Russie vont mul­ti­plier les pos­si­bi­li­tés d’investissement. La lutte pour la sou­ve­rai­neté cana­dienne à ce niveau ne relève pas d’abord d’une démarche patrio­tique mais de la pro­tec­tion de champs d’investissements consi­dé­rables.
  • Pour le CIC, la com­pé­ti­tion pour les res­sources minières, pétro­lières, ali­men­taires et pour l’eau néces­si­tera que le Canada par­ti­cipe à la gou­ver­nance mon­diale de façon de s’assurer l’accès sou­tenu à ces res­sources.

Sécurité au cœur de la gouvernance néolibérale

Dans un tel contexte, com­ment se pose pour la bour­geoi­sie cana­dienne la poli­tique sécu­rité et ses modes de col­la­bo­ra­tion avec les prin­ci­paux acteurs éta­tiques agis­sant sur la scène inter­na­tio­nale ?

Nous devons col­la­bo­rer, écrit le CIC, avec nos alliés pour assu­rer que les inté­rêts éco­no­miques du Canada ne soient pas com­pro­mis par des conflits qui ont lieu ailleurs. Ce qui se passe en dehors de nos fron­tières n’a jamais été si impor­tant pour le Canada à cette époque de mon­dia­li­sa­tion.

Pour ce think tank, le Canada peut être défini comme une « nation de dia­spo­ras ». Cette réa­lité de la nation cana­dienne permet au Canada d’attirer les talents néces­saires à une éco­no­mie d’innovation.

Ce mul­ti­cul­tu­ra­lisme cana­dien s’inscrit donc dans des néces­si­tés éco­no­miques immé­diates. Et le CIC invite l’État cana­dien à défendre de façon com­ba­tive cette réa­lité de la nation cana­dienne. Au-delà de la rhé­to­rique, les objec­tifs de de l’État cana­dien dans les pro­chaines décen­nies sont clairs : être reconnu comme super­puis­sance éner­gé­tique, une puis­sance de l’Arctique et du Pacifique tout en affai­blis­sant sa dépen­dance du seul marché amé­ri­cain.

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