Dick Cheney : le terroriste américain à l’état brut

Par Mis en ligne le 11 septembre 2011

Il a sim­ple­ment déclaré : «  Il ne fait aucun doute que Saddam Hussein a main­te­nant des armes de des­truc­tion mas­sive ».
— Dick Cheney.

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Dick Cheney, vice-pré­sident des USA, le 20 juin 2007 Photo : Doug Mills/​The New York Times

Maintenant, cela va de soi : quand quelqu’un quitte le ser­vice du gou­ver­ne­ment, sur­tout après un poste bien en vue, il écrit un livre. Tous ils le font, par­fois même plu­sieurs. Richard Nixon en est le prin­ci­pal exemple en publiant une apo­lo­gie en plu­sieurs volumes ; quand le moment vint de le mettre en terre, il avait écrit assez de livres pour rem­plir une bien longue éta­gère. Henry Kissinger fut tout aussi pro­li­fique, ce qui conduit à s’interroger sur la rela­tion entre acti­vi­tés cri­mi­nelles et page impri­mée. Nixon a été chassé de son poste après une série de crimes qui, à l’époque, n’avaient pas de pré­cé­dent, et Kissinger est tou­jours si tris­te­ment célèbre qu’il ne peut se rendre à l’étranger de crainte de se faire arrê­ter. A eux deux, ils ont écrit assez de livres pour occu­per la moitié du rayon Sciences poli­tiques de toutes les librai­ries du pays, peut-être pour essayer, en vain, de trou­ver des jus­ti­fi­ca­tions aux dom­mages irré­pa­rables que leurs actes ont causé à la république.

A propos de dom­mages à la répu­blique, Dick Cheney vient de sortir ses mémoires (*). Je suis sûr que main­te­nant vous en avez entendu parler ; il en a fait la pro­mo­tion en annon­çant que son contenu allait faire explo­ser des têtes à Washington, ce qui en a conduit beau­coup qui doivent être mieux infor­més main­te­nant à dire, « Ouh ! ça devrait être bon ». Or ça ne l’est pas ça, mais pas du tout, et je dois vous avouer que j’ai été très près de prendre la fuite… pas à cause de son contenu, mais parce que je me confron­tais à la réa­lité rance d’un Dick Cheney libre et non condamné, appa­rais­sant sur la scène publique une fois encore.

S’il y avait la moindre jus­tice dans ce pays dérangé, Dick Cheney aurait écrit ses mau­dites mémoires égo­cen­triques éclairé par une ampoule nue au fond d’une cel­lule de prison fédé­rale. S’il y avait la moindre jus­tice, Mr Cheney aurait à se confron­ter avec la « Son of Sam Law » (Loi Fils de Sam) qui selon World Law Direct « se réfère à ces lois qui visent à éviter que les cri­mi­nels ne pro­fitent finan­ciè­re­ment de leurs crimes, sou­vent en ven­dant leurs propres mémoires à des édi­teurs. De telles lois auto­risent sou­vent l’État à saisir l’argent gagné avec de tels contrats et s’en sert pour indem­ni­ser les vic­times du cri­mi­nel ».

Le Fils de Sam, allias David Berkowitz, a tué six per­sonnes et blessé plu­sieurs autres au cours de sa célèbre folie de tout un été à New York. Berkowitz est un minable absolu à côté de Dick Cheney, dont les actes ont direc­te­ment causé des morts et des bles­sés se comp­tant par cen­taines de mil­liers. En fait, il est même res­pon­sable de meurtres qui se pour­suivent encore aujourd’hui. S’il y avait une jus­tice, quels que soient les pro­fits qu’il tirera de ses mémoires, ils seraient répar­tis entre les familles des sol­dats tués et bles­sés qu’il a envoyés faire la guerre en Irak, entre les familles des civils ira­kiens tués et bles­sés, entre les Américains comme Valerie Plame et bien d’autres agents des ren­sei­gne­ments qui eurent leur vie détruite par huit ans de sac­cages de Cheney, grâce à notre sys­tème de gou­ver­ne­ment (agent de la CIA, Valerie Plame fut grillée publi­que­ment, quelques mois après le début de la guerre en Irak, par un conseiller de Cheney qui avait balancé son nom à la presse – ndt).

Certes, cela revien­drait à remettre une somme bien déri­soire à chaque partie lésée – il y en a tant ! – mais ce serait une sorte de jus­tice tout de même, quelques cents de béné­fice qui n’iraient pas dans les poches déjà bien pleines de Dick Cheney.

Hélas, les géné­ra­tions à venir seront contraintes de comp­ter avec l’un des grands et durables échecs de l’Administration Obama : le simple fait incroyable que Dick Cheney soit tou­jours libre. Lui et ses aco­lytes ont commis des crimes suf­fi­sam­ment éhon­tés pour occu­per deux pro­cu­reurs fédé­raux pen­dant les vingt ans à venir, et pour­tant, Mr Cheney n’est nul­le­ment inquiété par le sys­tème judi­ciaire qu’il a si éner­gi­que­ment dédai­gné. D’après Wikileaks, non seule­ment l’Administration Obama n’a demandé aucun compte à Cheney, mais elle a œuvré fer­me­ment, en cou­lisses, pour s’assurer que cela ne lui arrive jamais.

Et donc nous voilà avec Dick et ses mémoires, et encore une fois avec une autre dure leçon de la carence de la jus­tice. Il va tirer un peu d’argent de son livre, qu’il pourra dépo­ser en banque à côté des mil­lions qu’il a gagné indé­cem­ment chez l’infâme pro­fi­teur de guerre Halliburton (mul­ti­na­tio­nale de ser­vices aux entre­prises d’exploitation pétro­lière, basée à Houston, Texas, et dont Cheney fut le PDG de 1995 à 2000 – ndt). Et il conti­nuait d’être payé par Halliburton pen­dant ses fonc­tions au gou­ver­ne­ment. Vous vous rap­pe­lez ? Ils ont appelé cela une « pen­sion retraite dif­fé­rée », un chèque annuel avec six zéros à gauche de la vir­gule, et pen­dant ce temps, Cheney diri­geait pure­ment et sim­ple­ment vos impôts sur les coffres de la Halliburton sous une bour­rasque de men­songes sur des armes de des­truc­tion mas­sive en Irak.

Il y a tant à se sou­ve­nir à propos de Dick Cheney du temps où il était au gou­ver­ne­ment. Il y a eu le Bureau des pro­jets spé­ciaux qu’il avait créé pour pou­voir inven­ter les men­songes les plus effi­caces pos­sibles sur l’Irak, sur les ADM, et sur le 11 Septembre. Il y a eu les tor­tures à Abu Ghraib et ailleurs, ce qu’il appe­lait le « côté obscur » (de la poli­tique – ndt) et qu’il a défendu avec beau­coup de vigueur. Il y a eu son refus de prendre en compte les assi­gna­tions à com­pa­raître du Congrès, ordon­nées léga­le­ment, et aussi son atta­che­ment à l’idée d’un « Exécutif uni­taire » qui n’est rede­vable de rien ni à per­sonne. Il y a eu son vaste projet pour espion­ner sans mandat des mil­lions d’Américains, projet qu’il a voulu main­te­nir même après qu’il fut déclaré illé­gal. Il y a eu (et qui dure encore) le pro­gramme de déten­tion à durée indé­ter­mi­née sans pro­cé­dure judi­ciaire régu­lière, qui fut son bébé, et il y a eu sa pro­tec­tion de son copain, l’agent double et cri­mi­nel Ahmed Chalabi (placé par les USA à la tête du Congrès ira­kien pour légi­ti­mer l’invasion de l’Irak en 2003, c’est lui qui dif­fusa les fausses infor­ma­tions sur la pré­sence d’ADM et d’Al-QaIda en Iraq- ndt).

Il y a eu tout cela, et bien plus encore, mais il y a un fait qui se démarque dans mon esprit, par-dessus tout. Ce n’est qu’un accent dans la sym­pho­nie des méfaits que Cheney a commis depuis son bureau, et qui fut à peine remar­qué à l’époque, mais je ne l’oublierai jamais.

C’est une simple chose, vrai­ment : les Archives natio­nales, en vertu de deux lois fédé­rales dis­tinctes, doivent rece­voir chaque année les docu­ments offi­ciels de la Branche exé­cu­tive, aux fins d’informer les futurs his­to­riens, cher­cheurs et offi­ciels de gou­ver­ne­ment. Ce n’est, nor­ma­le­ment, qu’une obli­ga­tion sans pro­blème, un petit pignon dans tout le rouage gou­ver­ne­men­tal, mais pas cette fois.

Dick Cheney a dit non. Non, vous n’aurez pas le moindre docu­ment du bureau du vice-pré­sident, et pour une bonne raison : le bureau du vice-pré­sident, parce que c’est moi qui le dis, ne fait pas partie de la Branche exécutive.

Cela mérite d’être écrit une seconde fois : Dick Cheney a effec­ti­ve­ment pré­tendu, à visage décou­vert et devant tout le monde, que le bureau du vice-pré­sident ne fai­sait pas partie de la Branche exé­cu­tive. L’impudence abso­lue qu’il fal­lait pour pro­fé­rer une telle affir­ma­tion, spé­cia­le­ment après avoir tant parler de l’« Exécutif uni­taire », est sans pareille dans l’histoire moderne des États-Unis.

Ca, et rien que ça, c’est ce que vous devez savoir à propos de l’individu. Dick Cheney est le ter­ro­riste à l’état brut des États-Unis, un ter­ro­riste qui non seule­ment manque au res­pect des lois et gou­ver­ne­ment amé­ri­cains, mais qui a passé huit ans à œuvrer acti­ve­ment dans un bureau pour détruire et déman­te­ler les fonc­tions de ce gou­ver­ne­ment. Il a sac­cagé le lieu, déli­bé­ré­ment et avec pré­mé­di­ta­tion, parce qu’il haïs­sait la loi, et le gou­ver­ne­ment qu’elle sou­te­nait, et il nous faudra beau­coup de temps pour nous remettre de ses méfaits. Il est direc­te­ment et per­son­nel­le­ment res­pon­sable de mil­liers de morts et bles­sés. Si ce n’est pas du ter­ro­risme à l’état brut, alors ce mot n’a aucun sens.

Dick Cheney a du sang sur les mains, mais il va encore rester libre pen­dant un temps impré­vi­sible, parce que l’Administration qui a suivi manque d’honneur, d’intégrité et de cœur au ventre pour s’attaquer à ce qu’il a fait. Jusqu’à ce qu’une telle confron­ta­tion se pro­duise, tout ce que je peux dire, c’est de rap­pe­ler à Mr Cheney, et à qui veut l’entendre, qu’une autre jus­tice, si Dieu le veut, lui sera oppo­sée, un jour.

Il n’y aucune pres­crip­tion pour l’assassinat, et assas­si­ner, c’est exac­te­ment ce qu’il a fait.

(*) : In My Time : A Personal and Political Memoir

31 août 2011 – Truthout – tra­duc­tion : JPP

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