Résumé d'une présentation à venir dans le cadre de l’Université populaire d’été des NCS

Comprendre le capitalisme aujourd’hui

L’État et le capitalisme

Par Mis en ligne le 22 août 2011

Depuis tou­jours, les mou­ve­ments socia­listes ont entre­tenu une sorte d’ « ambigüité » sur la ques­tion de l’État. Pour la gauche, la lutte contre le capi­ta­lisme est sou­vent pré­sen­tée comme une lutte « contre l’État », un État vu comme l’ « outil des classes domi­nantes ». L’avènement d’une société post-capi­ta­liste doit ouvrir la porte, après le ren­ver­se­ment de cet État des domi­nants, à une société « sans État », à plus ou moins longue échéance. L’objectif n’est donc pas de sub­sti­tuer une domi­na­tion éta­tique par une autre. Éventuellement affirme Marx,

À la place de l’ancienne société bour­geoise, avec ses classes et ses anta­go­nismes de classes, surgit une asso­cia­tion où le libre déve­lop­pe­ment de chacun est la condi­tion du libre déve­lop­pe­ment de tous.

Les socia­listes doivent alors « accé­lé­rer » cette tran­si­tion par une lutte sans com­pro­mis contre le dis­po­si­tif capi­ta­liste qui inclut l’État. Certes, des batailles « par­tielles » peuvent et doivent être menées pour mar­quer des gains et amé­lio­rer la vie des classes popu­laires, mais l’objectif « final » ne doit pas être perdu de vu, car sans cela, le mou­ve­ment social être coopté par le sys­tème capitaliste.

Mais peu à peu appa­raît une deuxième pers­pec­tive, qui appar­tient éga­le­ment à la tra­di­tion socia­liste. Pour celle-ci, l’enjeu est moins la des­truc­tion de l’État que sa « trans­for­ma­tion » ou sa « recon­ver­sion, en le met­tant « au ser­vice » des domi­nés. La des­truc­tion de l’État, comme des classes sociales qui en sont la base, reste un objec­tif vague et loin­tain, rela­ti­ve­ment peu per­ti­nent pour la lutte immé­diate. Éventuellement, la des­truc­tion espé­rée en ques­tion peut-être contre-pro­duc­tive dans la mesure où elle néces­site une véri­table guerre civile avec tout ce que cela com­porte de chaos. Il devient alors plus « réa­liste » de pro­cé­der « à petits pas, d’imposer des réformes par­tielles et de donner « du temps au temps », jusqu’à ce que le capi­ta­lisme meurt de sa belle mort pour lais­ser la place à une nou­velle société qui aura été, grâce aux réformes et aux mou­ve­ments socia­listes, lon­gue­ment préparée.

Globalement, cette « oscil­la­tion a « habité la grande majo­rité de la « famille » socia­liste, aussi bien ses cou­rants radi­caux que ses cou­rants réfor­mistes. Pendant long­temps, la grande majo­rité des mou­ve­ments de gauche, aussi bien ceux qui vou­laient détruire l’État que ceux qui vou­laient le trans­for­mer, se sont glo­ba­le­ment retrou­vés ensemble dans de vastes coa­li­tions de gauche. Mais au tour­nant du ving­tième siècle, deux grands cou­rants ont émergé et sont deve­nus rela­ti­ve­ment hos­tiles l’un à l’autre, la « social-démo­cra­tie » d’un côté, et le « com­mu­nisme » de l’autre. Cela serait sim­pliste de s’arrêter là, car d’un côté comme de l’autre, les social-démo­crates que les com­mu­nistes se sont frac­tion­nés en de mul­tiples ten­dances adop­tant des points de vue fort dif­fé­rents sur l’État et sur la tran­si­tion au socialisme.

Pourquoi reve­nir sur ces « vieux « débats ? D’une part, ces débats ont une per­ti­nence dans le contexte actuel des luttes pour la trans­for­ma­tion. Les mou­ve­ments socia­listes contem­po­rains, dans une large mesure, res­tent confron­tés à des ques­tions fon­da­men­tales et trans­ver­sales qui occupent leur his­toire d’hier à aujourd’hui et pro­ba­ble­ment même, demain. Le but donc de ce texte est de car­to­gra­phier l’évolution des posi­tions et des débats sur l’État, et d’en com­prendre le sens en liant ces débats au contexte et aux luttes de classes. Pour que les lec­teurs ne soient pas sur­pris, j’annonce ma conclu­sion : l’ambigüité de la gauche sur l’État, loin d’être une « défaillance » ou une « tare », a été et reste un reflet des luttes de classes et du mou­ve­ment social « réel­le­ment exis­tant », face à l’amplitude et aux contra­dic­tions de ces luttes jus­te­ment. Sur la durée, dans le « temps long », les socia­listes doivent faire deux choses en même temps, lutter contre l’État et lutter dans l’État.

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