Quel avenir pour le PQ ?

Par , Mis en ligne le 22 août 2011

Étrangement, l’écho média­tique ren­con­tré par le mani­feste « Brisons l’impasse » ne tient qu’à une phrase qui cri­tique ver­te­ment un PQ confus et usé. La dure cri­tique diri­gée contre le projet de François Legault est à peine évo­quée. Rien non plus sur les pro­po­si­tions pro­gram­ma­tiques lar­ge­ment ins­pi­rés des idées de Québec Solidaire, par exemple sur la réforme du mode de scru­tin ou sur l’importance de recen­trer le combat indé­pen­dan­tiste autour d’une démarche de réap­pro­pria­tion citoyenne (l’assemblée consti­tuante). Si l’état de confu­sion au PQ fait couler tant d’encre, c’est sans doute qu’il reflète des frac­tures qui ne pour­ront pas être « répa­rées » avec des appels bien inten­tion­nés à se « res­ser­rer les coudes ». Il y a peut-être der­rière ces tumultes une pro­fonde muta­tion, laquelle ferme et ouvre des portes en même temps. Mais les rythmes poli­tiques étant dif­fi­ciles à pré­voir et le PQ ayant tra­versé tant de bou­le­ver­se­ments, mieux vaut rester pru­dent sur le plan des pré­vi­sions !

Le grand projet

À l’origine, le PQ est né d’une volonté de mettre en place une grande coa­li­tion sociale et natio­nale. Il fal­lait com­plé­ter de vastes réformes sociales et créer un État indé­pen­dant dans le cadre d’une nou­velle alliance avec le reste du Canada. Autour de ce projet se sont regrou­pés les nou­velles géné­ra­tions issues de l’université et du sec­teur public, ainsi que la majo­rité des couches popu­laires. Cependant, malgré les espoirs de René Lévesque et de Jacques Parizeau, les élites éco­no­miques qué­bé­coises (à l’époque un bien petit « Québec inc ») ont pré­féré le confort rela­tif et la solide sta­bi­lité du capi­ta­lisme cana­dien et de l’État fédé­ral. De cette pola­ri­sa­tion se sont déve­lop­pés les com­bats poli­tiques des années 1980-1990.

L’échec

Contre la coa­li­tion animée par le PQ, les élites cana­diennes et qué­bé­coises avec l’appui de l’impérialisme états-unien ont alterné menaces et pro­messes, et ils ont vaincu le camp du chan­ge­ment. Plus encore, ils ont détourné le projet du PQ vers la ges­tion néo­li­bé­rale d’une part, et l’autonomisme pro­vin­cial d’autre part. L’« apo­théose » de ce détour­ne­ment de sens est sur­ve­nue sous la gou­verne de Lucien Bouchard. Bon nombre de mili­tants péquistes de la pre­mière heure sont encore sous le choc de ce qu’ils ont perçu comme une tra­hi­son. Parallèlement, Québec inc en est venu à être le défen­seur tout azimut de l’« espace » nord-amé­ri­cain (et les poli­tiques néo­li­bé­rales qui vont avec) qui est selon nos élites un « acquis » qu’il faut pro­té­ger à tout prix, ce qui exclut non seule­ment la sou­ve­rai­neté (ou l’indépendance), mais le retour du com­pro­mis de l’époque key­né­sienne.

Dos au mur

En per­dant pied devant l’élite, le PQ a perdu ses deux rai­sons d’être. Ses bases élec­to­rales ont fondu, pas tel­le­ment à cause d’une montée du PLQ, mais parce qu’une grande partie de ses élec­teurs a choisi la voie de l’abstention (ou est allée à l’ADQ). Aujourd’hui, le projet est bloqué. Le frac­tion­ne­ment du PQ en de « mini PQ » qui vou­draient retrou­ver le projet « ori­gi­nel » nous semble moins porté par la nos­tal­gie que pro­cé­dant d’une volonté mili­tante de retour à un « âge d’or » un peu mythique où le « parti-mou­ve­ment » car­bu­rait encore aux idées. Serait-ce assez pour redy­na­mi­ser le PQ et même à faire échouer les ambi­tions élec­to­rales du PLQ et de la Coalition de François Legault ? C’est pro­blé­ma­tique. Certes en poli­tique, on ne peut rien pré­voir avec cer­ti­tude (citons en exemple la remon­tée inat­ten­due de l’Union natio­nale à la fin des années 1960).

Reconstruire un bloc social

Il faut poser une ques­tion : qui porte main­te­nant les valeurs d’émancipation au Québec ? On constate comme Pierre Curzi et d’autres une extra­or­di­naire mobi­li­sa­tion citoyenne trai­tée de « nui­sance » par le dis­cours hai­neux des élites. De gros grains de sable sont jetés dans l’engrenage du néo­li­bé­ra­lisme. Ces mobi­li­sa­tions, en pour­sui­vant sur les acquis des pré­cé­dentes géné­ra­tions, explorent de nou­velles valeurs et de nou­velles iden­ti­tés. Le fémi­nisme, l’altermondialisme, l’écologisme, notam­ment, ne sont plus des « ajouts » à l’idée de construire un pays, mais des fon­de­ments orga­niques. Le pays auquel des jeunes, des femmes, des immi­grants, des com­mu­nau­tés de régions mar­gi­na­li­sées et d’autres rêvent est un « projet de société », beau­coup plus donc qu’un « acte consti­tu­tion­nel » ou une sépa­ra­tion d’avec le reste du Canada. Ce sont ces couches popu­laires qui refe­ront un bloc social qui pourra éven­tuel­le­ment chan­ger le rap­port de forces contre des élites agres­sives de plus en plus inaptes à gou­ver­ner. Il faudra du temps cepen­dant.

Changer de posture

On retrouve encore au PQ une partie de ces « forces vives ». Des dis­si­dents admettent à quel point le dis­cours domi­nant au PQ est décon­necté de la popu­la­tion. Qu’ils et elles réus­sissent à secouer la cage est une bonne chose pour faire échec au projet des élites (qué­bé­coises et cana­diennes) de « révo­lu­tion » à droite. Pour autant, il serait pré­fé­rable qu’un éven­tuel « nou­veau » PQ, cesse de se prendre pour le nom­bril du monde. Il y a au Québec des mou­ve­ments sociaux qui ont non seule­ment des forces pour résis­ter, mais des idées pour recons­truire. Moins d’arrogance est donc à l’ordre du jour.

Si on parle « réformes »

Mais il faut aller plus loin. Il y a un nouvel acteur poli­tique avec Québec Solidaire. C’est encore un petit parti à l’influence limi­tée, mais il est de plus en plus en phase avec les mou­ve­ments citoyens. Aussi, le PQ comme les dis­si­dents seraient avisés de prendre QS au sérieux, y com­pris dans ses pro­po­si­tions de réforme du sys­tème poli­tique : ce sys­tème, dans lequel le PQ a évolué en alter­nance au pou­voir, est pourri jusqu’à la moelle et il faut le chan­ger. Parallèlement, il fau­drait dia­lo­guer avec QS sur des ques­tions fon­da­men­tales comme le pillage des res­sources, que le PQ, mal­heu­reu­se­ment, a laissé s’aggraver depuis plu­sieurs années.

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