L’université populaire des NCS

Colonialisme et apartheid Avec Julien Vadeboncoeur, Shannon Chief, Myriam Thirnish et Pierre Trudel

Axe 1 - Le Canada, d’hier à aujourd’hui : capitalisme, patriarcat et colonialisme

Par Mis en ligne le 20 septembre 2019

L’anthropologue Pierre Trudel a d’abord rap­pelé que la ren­contre se tenait sur un ter­ri­toire non cédé occupé pen­dant plu­sieurs mil­lé­naires par des com­mu­nau­tés autoch­tones.

La mili­tante algon­quine Shannon Chief (dont le nom tra­di­tion­nel est la Femme-Ourse) a relaté les pénibles pro­blèmes d’abus de pou­voir et de mau­vaise ges­tion des fonds par les conseils de bande. Elle dénonce ces struc­tures admi­nis­tra­tives non autoch­tones impo­sées par l’État colo­nial, qui pro­voquent, constam­ment, de la divi­sion parmi la com­mu­nauté. Elle fait pré­sen­te­ment des recherches, conjoin­te­ment avec les Anciens (Elders) de sa com­mu­nauté, sur la façon dont les Algonquins se diri­geaient dans le passé afin de pro­po­ser des alter­na­tives à la situa­tion pré­sente. La défo­res­ta­tion et l’industrie minière incitent de même plu­sieurs chefs algon­quins du Nord de l’Ontario à s’unir pour affron­ter ces pro­blèmes.

Julien Vadeboncoeur, Innu ensei­gnant au col­lège Kiuna[2], a expli­qué la genèse de la Loi sur les Indiens (1876), qui a imposé aux « Indiens enre­gis­trés » du Canada des règles contrai­gnantes et avi­lis­santes à leur mode de fonc­tion­ne­ment, à leurs pra­tiques cultu­relles, à l’éducation de leurs enfants, en plus de les dépos­sé­der de leurs terres. Au XIXe siècle, l’État colo­nial pre­nait conscience qu’il n’avait plus besoin des Indiens. D’une part, le com­merce des four­rures, qui néces­si­tait leur aide, était en déclin. D’autre part, après la guerre de 1812 contre les États-Unis, les Autochtones n’étaient plus utiles en tant que sol­dats de réserve et chair à canon. Au même moment, l’État cana­dien, sui­vant la ten­dance impé­ria­liste bri­tan­nique, ins­ti­tuait le régime de pro­priété privée sur le ter­ri­toire, entre autres pour construire le train entre l’est et l’ouest du pays. Les Autochtones deve­naient alors un obs­tacle au déve­lop­pe­ment (du capi­ta­lisme), et le nouvel objec­tif était de les faire dis­pa­raître afin de s’approprier leurs terres.

Après la Confédération en 1867, l’État a uti­lisé pour les réduire une méthode d’assimilation radi­cale et à grande échelle en kid­nap­pant des mil­liers d’enfants autoch­tones et en les envoyant dans des pen­sion­nats où leur culture et leur langue étaient inter­dites. Cette dépor­ta­tion pro­vo­qua une décons­truc­tion socio­cul­tu­relle impor­tante dans les com­mu­nau­tés, qui per­dure encore, ainsi qu’un géno­cide main­te­nant reconnu comme tel.

Pour Vadeboncoeur, il est impor­tant de dénon­cer et de remettre en ques­tion l’historiographie natio­nale visant à pré­sen­ter l’assimilation forcée des Autochtones comme une triste chose du passé et les invi­tant à deve­nir des « citoyens cana­diens à part entière » dans un grand Canada mul­ti­cul­tu­rel et uni, un des « meilleurs pays au monde ». Cette pro­po­si­tion, relan­cée par l’actuel gou­ver­ne­ment Trudeau, rejette toute idée de dis­cus­sion réelle autour du par­tage du ter­ri­toire, de Nation à Nation, alors que, selon lui, la négo­cia­tion des reven­di­ca­tions ter­ri­to­riales est la clé d’une véri­table nou­velle alliance entre les peuples coha­bi­tant sur le ter­ri­toire cana­dien.

Myriam Thernish, Innue ori­gi­naire d’Uashat sur la Côte-Nord, est char­gée de projet au Centre cultu­rel et com­mu­nau­taire Montréal Autochtone (MA). En plus d’y ensei­gner la langue innue, elle est porte-parole d’un projet dont le but est « d’autochtoniser » Montréal. Montréal consti­tue en effet la plus grande ville autoch­tone du Québec avec ses quelque 20 000 rési­dentes et rési­dents autoch­tones, mais elle est en retard par rap­port à d’autres villes cana­diennes. Dans un pre­mier temps, MA a sol­li­cité la com­mu­nauté autoch­tone de Montréal et a reçu plus d’une cen­taine de pro­jets, en lien avec la topo­ny­mie, les œuvres d’art public, la créa­tion d’emploi ou le loge­ment social. Les pro­jets en lien avec le loge­ment social valo­ri­saient un type de déve­lop­pe­ment urbain dans lequel la qua­lité des espaces natu­rels et des espaces publics autour et à proxi­mité du bâti­ment était aussi impor­tante que le bâti­ment lui-même.

Synthèse de Geneviève Beaudet[1]

Notes

  1. PierreTrudel est anthro­po­logue et enseigne à l’UQÀM. Shannon Chief est une mili­tante algon­quine. Myriam Thirnish est char­gée de projet au Centre cultu­rel et com­mu­nau­taire Montréal autoch­tone. Julien Vadeboncoeur enseigne au col­lège Kiuna. Geneviève Beaudet est une mili­tante pour la soli­da­rité avec les Autochtones.
  2. C’est un ins­ti­tut post­se­con­daire bilingue des Premières Nations situé à Odanak en Mauricie.


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