Perspectives

Se souvenir du Che

Par Mis en ligne le 19 septembre 2019

L’année 2017 a marqué le 50e anni­ver­saire de l’assassinat d’Ernesto « Che » Guevara, com­mandé par la CIA[2]. À la lumière d’un regain récent des dénon­cia­tions du Che et de la révo­lu­tion cubaine, il importe de dépar­ta­ger les faits des fic­tions. Voici cinq points saillants dont il faut tenir compte.

  • Il y a un cercle crois­sant de gens qui tapent sys­té­ma­ti­que­ment sur Cuba, et qui recherchent effec­ti­ve­ment le ren­ver­se­ment de la révo­lu­tion cubaine, y com­pris chez cer­tains qui se pro­clament de gauche. Dans leur exi­gence de la per­fec­tion, ils ont ten­dance à ne voir que les échecs de la révo­lu­tion cubaine et de ses diri­geants. Ils déforment la vérité et fondent leurs argu­ments sur des men­songes, tels que qua­li­fier le Che de « sta­li­nien zélé », atta­ché aux « pra­tiques auto­ri­taires », notam­ment celles des comi­tés de défense de la révo­lu­tion (CDR) taxés d’organismes « d’espionnage » et de « contrôle ». En réa­lité, les CDR étaient et demeurent des ins­ti­tu­tions clés de la démo­cra­tie socia­liste et par­ti­ci­pa­tive, en évo­lu­tion et loin de la per­fec­tion, que les jeunes révo­lu­tion­naires[3] cher­chaient à éta­blir en 1959, face à l’agression état­su­nienne per­sis­tante sou­te­nue par les par­ti­sans irré­duc­tibles de l’ancienne dic­ta­ture de Batista. Aujourd’hui, cette agres­sion conti­nue par le blocus éco­no­mique, la main­mise sur Guantánamo, des actions ter­ro­ristes, des menaces mili­taires, une offen­sive cultu­relle orches­trée et les sub­ven­tions aux « dis­si­dents » (mer­ce­naires), aux agents de la CIA et à cer­taines ONG à Cuba, sans comp­ter les men­songes et la dés­in­for­ma­tion des médias de masse, éga­le­ment ceux de cer­tains médias sociaux[4].
  • Che a com­pris la cen­tra­lité d’une poli­tique fondée sur l’éthique avec une pré­va­lence des fac­teurs sub­jec­tifs, d’où découle la trans­for­ma­tion de la société cubaine en une école géante pour recon­qué­rir la culture et les valeurs éthiques du pays. D’où les cam­pagnes d’alphabétisation et de « tra­vail volon­taire », les pro­grès de l’enseignement, de la méde­cine, de la par­ti­ci­pa­tion popu­laire, des réformes agraires, de la construc­tion d’habitations, etc. Ces pro­grès ont trans­formé les objec­tifs idéa­listes pro­po­sés à l’origine par Martí, Mella, Guiteras et d’autres révo­lu­tion­naires de l’histoire cubaine, en réa­li­tés sur le ter­rain alors qu’elles sem­blaient impos­sibles, même dans les rêves les plus fous !
  • En refu­sant le recours aux méthodes capi­ta­listes pour com­battre le capi­ta­lisme, Che et Fidel ont mis en œuvre les méthodes dia­lec­tiques du mar­xisme-léni­nisme pour réa­li­ser une révo­lu­tion socia­liste de libé­ra­tion natio­nale, trans­for­ma­trice des ins­ti­tu­tions et des rap­ports sociaux et humains, par une praxis orga­ni­sée et consciente qui – malgré les erreurs qu’eux-mêmes et leurs héri­tiers ont recon­nues – per­dure aujourd’hui.
  • Comme on le savait à l’époque et ce qui a été confirmé dans ses écrits pos­té­rieurs à son assas­si­nat, le Che a émis plu­sieurs aver­tis­se­ments quant aux périls venant des carences du « socia­lisme exis­tant » et de la reprise méca­nique des manuels et méthodes sovié­tiques[5]. Il a observé qu’au « dog­ma­tisme intran­si­geant de l’ère sta­li­nienne a suc­cédé un prag­ma­tisme incon­sis­tant… un retour au capi­ta­lisme ». Il a perçu les actions et pro­po­si­tions de la révo­lu­tion cubaine comme « contraires à ce qu’on lit dans les manuels [sovié­tiques] » et a contri­bué aux cri­tiques mar­xistes pers­pi­caces des socié­tés capi­ta­listes et socia­listes, et de leurs théo­ries.
  • Che, comme Fidel, était pro­fon­dé­ment engagé en faveur de la paix, mais mal­heu­reu­se­ment, il a dû prendre les armes pour que le monde se rap­proche de cet objec­tif éphé­mère. Pour la pos­si­bi­lité d’un monde sans guerre, Che a donné sa vie, comme Fidel y a consa­cré la sienne. On a beau­coup à apprendre de leurs exemples.

James D. Cockcroft[1]

Notes

  1. Historien, acti­viste, poète, auteur de plus de 50 ouvrages, membre de la Table de concer­ta­tion Québec-Cuba. Texte tra­duit par Marie Stewart.
  2. CIA : Central Intelligence Agency (Agence cen­trale du ren­sei­gne­ment) des États-Unis.
  3. Au moment de la révo­lu­tion, Fidel Castro avait 33 ans et le Che, 31.
  4. Arnold August, Cuba–U.S. Relations. Obama and Beyond, Winnipeg, Fernwood Publishing, 2017.
  5. Che Guevara, Critical Notes on Political Economy, Melbourne, Ocean Press, 2007 et Che Guevara, Philosophical Notebooks. Writings on Marxism and Revolutionary Humanism, Melbourne, Ocean Press, 2008.


Vous appréciez cet article ? Soutenez-nous en vous abonnant au NCS ou en faisant un don.

Vous pouvez nous faire parvenir vos commentaires par courriel ou à notre adresse postale :

cap@​cahiersdusocialisme.​org

Collectif d’analyse poli­tique
CP 35062 Fleury
Montréal
H2C 3K4

Les commentaires sont fermés.