Cinq mythes de base sur l’immigration : déconstruction

Par Mis en ligne le 11 août 2011

Une jour­née sans Mexicains : Et main­te­nant, qui va faire tout le boulot ?

Dans la plu­part des pays et à tra­vers dif­fé­rentes époques, les classes les plus conser­va­trices se sont tou­jours situées aux extré­mi­tés de la pyra­mide sociale. Aux USA la rhé­to­rique conser­va­trice s’est employée à capter une partie des couches les plus basses de la société, non pas en dimi­nuant les impôts des riches (pour cela, il y a l’idéologie du « tri­ckle down »*) mais en créant le démon de l’immigrant illé­gal. Rien de plus effi­cace pour cana­li­ser les frus­tra­tions des popu­la­tions défa­vo­ri­sées, que de fabri­quer des enne­mis tri­baux au sein même de leur classe sociale.

Ainsi, en Arizona et en Géorgie, des lois ont été votées qui cri­mi­na­lisent « les sans-papiers », inci­tant de nom­breux tra­vailleurs « illé­gaux » à fuir d’un État à l’autre. Cela a entraîné chez les petits et moyens entre­pre­neurs une pénu­rie de main d’œuvre, notam­ment dans les sec­teurs de la construc­tion et sur­tout de l’agriculture où l’on manque de bras pour les récoltes. Sur la seule côte ouest, plus de cent mille emplois de tra­vailleurs agri­coles sai­son­niers pour les récoltes n’ont pas trouvé pre­neurs. Bien sûr, il faut tra­vailler sans cli­ma­ti­sa­tion !

De nom­breuses études (ex. Damian Stanley et Peter Sokol-Hessner, NYU ; Mahzarin Banaji, Harvard Univ., etc..) ont démon­tré que la peur de l’autre est pré­his­to­rique et que la pré­sen­ta­tion d’images de dif­fé­rents faciès pro­voque des réac­tions néga­tives, même chez l’individu le plus paci­fique.

Cependant, ceux d’entre nous qui croient en l’existence d’une cer­taine évo­lu­tion chez l’être humain, ne se feront pas les chantres d’un com­por­te­ment mil­lé­naire au seul pré­texte qu’il est mil­lé­naire. Nous conce­vons que l’amour, la haine, la peur ou la soli­da­rité sont des émo­tions irré­duc­tibles, non quan­ti­fiables par prin­cipe ou défi­ni­tion et vrai­sem­bla­ble­ment imma­nentes à tous les êtres humains au cours de l’histoire. Mais cette per­sis­tance ne devrait en prin­cipe pas se retrou­ver dans les formes sous les­quelles les indi­vi­dus et les socié­tés éta­blissent des rela­tions pour se déve­lop­per et évo­luer.

Si la notion de pro­grès his­to­rique n’est pas for­cé­ment intrin­sèque à chacun de nous (un Tibétain du Ve siècle pou­vait être socia­le­ment et mora­le­ment plus évolué que cer­tains indi­vi­dus vivant aujourd’hui à Río ou à Philadelphie), nous pou­vons en revanche espé­rer que ce pro­grès existe dans une société qui se donne la capa­cité de mettre à profit sa propre expé­rience his­to­rique et celle acquise hors de sa struc­ture sociale. Si le men­songe, l’exploitation, les hié­rar­chies sociales et poli­tiques se retrouvent chez les pri­mates (Frans de Waal, etc..), ce n’est pas l’indice que ces struc­tures (cultu­relles) ne peuvent pas être dépas­sées, mais exac­te­ment le contraire, si l’on s’attache à dis­tin­guer ce qui dif­fé­ren­cie les hommes de l’orang-outang.

Dans la pro­blé­ma­tique de l’immigration, ces élé­ments pri­mi­tifs jouent inévi­ta­ble­ment, bien que maquillés par des rhé­to­riques char­gées de pré­ceptes idéo­lo­giques dépour­vus de la moindre ratio­na­lité. Par consé­quent ce sont des mythes, des croyances indis­cu­tables (donc, des réa­li­tés), qui dans des groupes déter­mi­nés, font l’objet de réité­ra­tions, sur­tout média­tiques.

Mythe I : Les immigrés font monter la criminalité

Faux. Diverses études de dif­fé­rentes uni­ver­si­tés (Robert Sampson, Harvard University ; Daniel Mears, Floride State University ; Public Policy Institute of California , PPIC, etc..) ont clai­re­ment démon­tré qu’une aug­men­ta­tion de l’immigration est suivie d’une baisse de la cri­mi­na­lité. On a éga­le­ment observé que la pre­mière géné­ra­tion d’immigrés est moins encline à la vio­lence que la troi­sième et ce malgré les grandes dif­fi­cul­tés éco­no­miques aux­quelles cette pre­mière géné­ra­tion a géné­ra­le­ment été expo­sée. Concernant l’immigration latine, il peut sem­bler para­doxal que son niveau de vio­lence soit inver­se­ment pro­por­tion­nel à la vio­lence bru­tale ren­con­trée dans les socié­tés dont sont ori­gi­naires ces immi­grants. Mais cette contra­dic­tion appa­rente est évi­dem­ment très faci­le­ment expli­cable.

Mythe II : Les immigrés prennent le travail des nationaux

Faux. Dans tous les pays du monde on a tou­jours eu recours à une mino­rité fra­gi­li­sée pour éva­cuer toutes les frus­tra­tions engen­drées par les crises. Aux USA cer­tains chô­meurs peuvent accu­ser les immi­grants illé­gaux de prendre leur tra­vail ; ce com­por­te­ment démontre une faible capa­cité d’analyse, si ce n’est de la mau­vaise foi : il est en effet pré­fé­rable de rester chez soi ou d’aller dans un res­tau­rant avec l’argent de l’État, plutôt que de tra­vailler à des tâches ingrates, que seuls les pauvres (les riches n’émigrent pas) immi­grants acceptent d’effectuer.

Les immi­grés les plus pauvres ne parlent pas anglais (par­fois, les Mexicains et les habi­tants de l’Amérique cen­trale ne parlent même pas espa­gnol), ne connaissent pas les lois, n’ont pas de papiers pour tra­vailler, ils sont pour­sui­vis ou vivent en se cachant et malgré cela, ils obtiennent du tra­vail au détri­ment des « pauvres amé­ri­cains ». Comment font-ils ?

Des études sérieuses démontrent a contra­rio que l’immigration aide à créer de nou­veaux emplois (Gianmarco Ottaviano, Università Bocconi, Italie ; Giovanni Peri, University of California). Selon une étude du Pew Research Center, l’immigration illé­gale latino-amé­ri­caine aux USA a chuté de 22 pour cent dans les trois der­nières années, sans que cela entraîne une baisse du taux de chô­mage. En réa­lité, les immi­grés sans papiers repré­sentent annuel­le­ment à eux seuls plus d’un demi-mil­lion de consom­ma­teurs.

Mythe III. Les immigrants illégaux sont une charge car ils utilisent des services publics qu’ils ne payent pas

Faux. Tout citoyen au chô­mage ou gagnant moins de 18 000 dol­lars par an, béné­fi­cie d’un accès gra­tuit à l’ensemble des ser­vices médi­caux et à de nom­breux autres ser­vices publics ou privés, comme le loge­ment et les retraites. Les tra­vailleurs sans papiers ne se pré­sentent dans un ser­vice de santé qu’en der­nière ins­tance (The American Journal of Public Health) et sou­vent ils paient pour les consul­ta­tions et les trai­te­ments. Nombreux sont ceux qui ne dénoncent même pas les vols et les abus dont ils sont vic­times.

Aucun camion­neur ne pré­ten­drait réa­li­ser des béné­fices avec son véhi­cule sans le faire révi­ser de temps à autre, mais beau­coup de citoyens uti­li­sant les ser­vices de tra­vailleurs sans papiers, espèrent que ceux-ci n’auront jamais recours à l’hôpital, alors qu’ils leur confient habi­tuel­le­ment les tra­vaux les plus dan­ge­reux et insa­lubres.

Selon l’Académie natio­nale des sciences des USA, les chiffres montrent que ces immi­grants apportent à l’économie natio­nale plus qu’ils ne lui prennent. D’après l’économiste Benjamin Powell, ces tra­vailleurs rap­por­te­raient 22 mil­liards de dol­lars par an et leur léga­li­sa­tion aug­men­te­rait faci­le­ment ce chiffre.

Le prin­ci­pal fac­teur don­nant l’avantage aux USA sur les autres éco­no­mies déve­lop­pées (y com­pris la Chine émer­gente) réside dans son poten­tiel tou­jours impor­tant de jeunes tra­vailleurs, lequel se main­tient en grande partie grâce au taux élevé de nata­lité dans la popu­la­tion his­pa­no­phone et dans les popu­la­tions immi­grées en géné­ral, sans les­quelles des pro­grammes comme le Social Security seraient insou­te­nables dans un proche avenir.

Mythe IV. Les sans-papiers ne payent pas d’impôts

Faux. Les sans-papiers paient des impôts directs ou indi­rects, sous diverses formes. Selon les cal­culs effec­tués sur les der­nières années, chaque immi­grant illé­gal paie des mil­liers de dol­lars en impôts, beau­coup plus que nombre de citoyens inac­tifs. Au total, la Social Security reçoit plus de 9 mil­liards de dol­lars par an de ces contri­buables, qui ne récla­me­ront pro­ba­ble­ment jamais de rem­bour­se­ment sous forme de retraites ou autres avan­tages. Actuellement, des cen­taines de mil­liards de dol­lars sont four­nis par des tra­vailleurs fan­tômes (Eduardo Porter, New York Times ; William Ford, Middle Tennessee State University ; Marcelo Suárez-Orozco, New York University).

Mythe V. Les immigrants illégaux peuvent exercer un pouvoir réel en tant que groupe

Faux. Les immi­grants non natu­ra­li­sés, sur­tout les illé­gaux, ne votent dans aucune élec­tion. Dans beau­coup de cas ils ne peuvent même pas voter dans les élec­tions de leurs pays d’origine, bien que les mil­lions repré­sen­tés par leurs trans­ferts d’argent n’aient jamais été reje­tés, ni mépri­sés.

Le slogan « lati­nos unidos » est une bonne affaire pour les grandes chaînes de médias his­pa­no­phones aux USA, mais cette union est très rela­tive. Bien que les « non his­pa­niques », puissent avoir le sen­ti­ment de l’existence d’une « his­pa­nité », il ne fait aucun doute que les riva­li­tés, les ran­cœurs et le chau­vi­nisme sour­nois resur­gissent dès que l’autre « non-his­pa­nique », dis­pa­raît de l’horizon tribal. De même, dans cer­tains cas, les sta­tuts légaux et idéo­lo­giques sont radi­ca­le­ment incon­ci­liables. Il suffit de consta­ter la dif­fé­rence de statut entre un tra­vailleur mexi­cain illé­gal et un bal­sero (boat people) cubain en pro­tégé par loi.

Note

* La théo­rie du ruis­sel­le­ment (tra­duc­tion de l’anglais « tri­ckle down theory ») est une théo­rie éco­no­mique d’inspiration libé­rale selon laquelle, sauf des­truc­tion ou thé­sau­ri­sa­tion (accu­mu­la­tion de mon­naie), les reve­nus des indi­vi­dus les plus riches sont in fine réin­jec­tés dans l’économie, soit par le biais de leur consom­ma­tion, soit par celui de l’investissement (notam­ment via l’épargne), contri­buant ainsi, direc­te­ment ou indi­rec­te­ment, à l’activité éco­no­mique géné­rale et à l’emploi dans le reste de la société. Cette théo­rie est notam­ment avan­cée pour défendre l’idée que les réduc­tion d’impôt y com­pris pour les hauts reve­nus ont un effet béné­fique pour l’économie glo­bale. L’image uti­li­sée est celle des cours d’eau qui ne s’accumulent pas au sommet d’une mon­tagne mais ruis­sellent vers la base.(wikipedia).


Traduit par  Alain Caillat-Grenier
Edité par  Fausto Giudice فاوستو جيوديشي

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Date de paru­tion de l’article ori­gi­nal : 23/07/2011
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