Les Etats-Unis : prochain refuge des pays à bas salaires

Par Mis en ligne le 07 août 2011

La hausse des salaires en Chine, en consé­quence des grèves ouvrières de la der­nière période, est conco­mi­tante avec la baisse des salaires obser­vée aux États-Unis. Les coûts du tra­vail ont donc ten­dance à conver­ger entre les deux pays, États-Unis et Chine. La publi­ca­tion mili­tante nord-amé­ri­caine « Labor Notes » consacre un article à cette ques­tion. Il montre com­ment les grands cabi­nets de consul­tants conseillent aujourd’hui à leurs clients d’examiner une relo­ca­li­sa­tion de leur pro­duc­tion aux États-Unis. Le seul motif est bien la recherche du profit dans une situa­tion où les salaires des ouvriers nord-amé­ri­cains connaissent des baisses considérables.

Les plai­san­te­ries sur les États-Unis en train de deve­nir le Mexique de l’Europe étaient déjà deve­nues fré­quentes, mais les « consul­tants » des entre­prises nord-amé­ri­caines déve­loppent à leur tour très sérieu­se­ment cette idée. Ils pré­disent que d’ici à 5 ans cer­tains États amé­ri­cains du Sud des USA seront parmi les loca­li­sa­tions indus­trielles les moins chères du monde déve­loppé, et devien­dront com­pé­ti­tifs avec la Chine.

Pendant des années, des consul­tants comme le Boston Consulting Group ( BCG) ont conseillé à leurs clients de pro­duire en Chine. Maintenant, ils expliquent que la hausse des salaires nour­rie par l’agitation ouvrière en Chine doit être com­pa­rée aux bas salaires pra­ti­qués dans le Mississipi, l’Alabama et la Caroline du Sud, et qu’en consé­quence délo­ca­li­ser les pro­duc­tions à l’extérieur des États unis n’en vau­drait plus la peine.

Certes, les salaires des ouvriers d’usine chi­nois ne sont pas prêts d’atteindre les niveaux des salaires pra­ti­qués aux USA. Ainsi, en 2015 ils ne devraient repré­sen­ter que 17% du salaire horaire nord-amé­ri­cain, celui-ci étant de 26 $ en moyenne. Mais les tra­vailleurs amé­ri­cains ayant aujourd’hui une plus grande pro­duc­ti­vité et l’augmentation du prix des car­bu­rants ren­dant de plus en plus oné­reuse l’expédition de mar­chan­dises à tra­vers le monde, les coûts entre les deux pays – Chine et États-Unis – convergent rapidement.

Par exemple, le BCG estime que dans 4 ans, les tra­vailleurs chi­nois du delta de fleuve Yang Tsé coû­te­ront seule­ment 31% de moins que les tra­vailleurs du Mississipi. Dan Luria, direc­teur du centre de recherche tech­no­lo­gique de l’industrie du Michigan indique que beau­coup de consul­tants qui, jusqu’à l’année der­nière, conseillaient à leurs clients d’ « asie­fier » leur pro­duc­tion leur demandent main­te­nant d’ y réflé­chir à deux fois.

De fait, les employeurs qui pré­parent la pro­duc­tion de nou­velles lignes de pro­duits ne regardent plus seule­ment vers le Sud des États-Unis. Beaucoup d’emplois dans les États du Nord des États-Unis, et même dans les anciens bas­tions de l’industrie auto­mo­bile, sont déjà « com­pé­ti­tifs ». Dans l’usine phare de Ford Truck, à Deaborn située en dehors de Detroit, les contrats de tra­vail des ouvriers de main­te­nance non syn­di­qués se font sur la base d’un salaire horaire de 10 $. C’est plus que la moyenne chi­noise d’aujourd’hui, mais moins que ce qui est prévu pour 2015.

Parmi les entre­prises qui envi­sagent une relo­ca­li­sa­tion de leur pro­duc­tion, il y a Ford, Cartepillar, et Wham-O Inc qui est retourné en Californie et dans le Michigan pour pro­duire des fris­bee. MasterLock rapa­trie du tra­vail effec­tué en Chine dans le Milwaukee. General Electric, attiré par les sub­ven­tions d’administration fédé­rale, va construire des réfri­gé­ra­teurs aux normes éco­lo­giques dans l’Indiana au lieu du Mexique

Le syn­di­cat nord-amé­ri­cain des métal­lur­gistes s’est long­temps battu pour une renais­sance de la pro­duc­tion indus­trielle aux États-Unis, arguant qu’une éco­no­mie qui ne fabrique pas est une éco­no­mie faible et non durable. En 2007, le syn­di­cat a noué avec le patro­nat une alliance pour la Production aux États-Unis (AAM, Alliance for American Manufacturing).

Pour le direc­teur exé­cu­tif de cette alliance, Scott Paul, Il n’y a pas de preuve tan­gible que les entre­prises de retour de Chine vers les États-Unis consti­tuent aujourd’hui une ten­dance signi­fi­ca­tive. Il énu­mère tou­te­fois les fac­teurs qui peuvent réel­le­ment concou­rir à cette tendance.

Il indique que si les entre­prises nord-amé­ri­caines choi­sissent de s’installer vers les États des USA à bas coût sala­rial, comme l’avaient fait les construc­teurs auto­mo­biles japo­nais il y a trente ans, cela devien­dra vite une com­pé­ti­tion entre États, à qui aura les salaires les plus bas. Et si la Caroline du Sud offre les salaires les plus bas, le Mexique pourra pro­po­ser encore moins cher. Le fait demeure que les entre­prises prennent leur déci­sion en fonc­tion du plus grand profit qu’elles peuvent en espé­rer dans ce monde de concur­rence féroce.

Comme le déclare à Labor Notes, Michael Zinser, l’un des co-auteurs du rap­port du BCG cité au début de l’article, « le choix de la loca­li­sa­tion est agnos­tique : c’est seule­ment une ques­tion de ce que le marché peut accep­ter ». Dan Luria, du Michigan, pré­voit lui aussi que des fabri­cants quit­te­ront effec­ti­ve­ment la Chine, mais pour plutôt s’installer au Mexique ou en Europe de l’Est.

L’Alliance pour la Production aux États Unis, asso­ciant syn­di­cat et patro­nat, vou­drait que le gou­ver­ne­ment inter­vienne et influence les déci­sions des entre­prises. La loi de 2009 sur les exi­gences d’un contenu « natio­nal » de pro­duc­tion s’est ainsi appli­quée à la construc­tion du train à grande vitesse et a contraint Siemens à ins­tal­ler son usine à Sacramento en Californie.

Au contraire, l’administration Obama a adopté une approche non inter­ven­tion­niste dans les choix des entre­prises. Banques et entre­prises auto­mo­biles ont été ren­floués sans aucun contrôle sur leurs activités

Pour les dis­si­dents de l’UAW, le plan de sau­ve­tage de l’industrie auto­mo­bile a été une gigan­tesque occa­sion man­quée pour amener l’industrie auto­mo­bile amé­ri­caine à fabri­quer aux États Unis des pro­duits « propres » avec des salaires décents pour les ouvriers. Les entre­prises ayant été lais­sées libres de leurs poli­tiques, les tra­vailleurs confron­tés à la course aux salaires les plus bas n’ont plus rien à négocier.

Jane Slaughter


* Adaptation en fran­çais de l’article publié par Labour Notes et dis­po­nible en ver­sion inté­grale sur ESSF (article 22517) : Next Low-Wage Haven : USA.

* Version fran­çaise par Auto Critique :
http://​www​.npa​-auto​-cri​tique​.org/ar…

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