« 100 jours de gouvernance : bilan et perspectives pour la Grèce »

Vision pour une Europe en mutation

Extraits du Discours prononcé par A. Tsipras lors du colloque organisé par The Economist

Par Mis en ligne le 05 juin 2015

Nous appe­lons aussi au ral­lie­ment vous toutes et vous tous, et en par­ti­cu­lier la grande majo­rité sociale qui nous fait confiance et dont les inté­rêts et les aspi­ra­tions guident et motivent tous les jours notre tra­vail. Ensemble, nous pou­vons non seule­ment défendre les lignes natio­nales de négo­cia­tion, mais aussi construire l’avenir d’une société juste et une éco­no­mie qui se redresse et se déve­loppe. Parce que notre pays dis­pose d’un poten­tiel pro­duc­tif inépui­sable, que nous devons mettre en valeur pour sortir de la crise avec dignité et avec la tête haute.

Mesdames et Messieurs,

Les élec­tions du 25 jan­vier ont donné au gou­ver­ne­ment, que nous avons défini dès le départ comme le gou­ver­ne­ment du salut social et de la reprise éco­no­mique, un mandat clair : le chan­ge­ment de la poli­tique mémo­ran­daire qui a ter­rassé la société grecque et l’a conduit au bord du déses­poir.

Le nou­veau gou­ver­ne­ment a une vision com­plè­te­ment dif­fé­rente concer­nant l’organisation de l’économie et de la société grecque. Une appré­cia­tion tout à fait dif­fé­rente des condi­tions néces­saires pour arri­ver à une tra­jec­toire de crois­sance durable, qui per­met­tra de réduire et non pas d’augmenter les inéga­li­tés. Parce que si la crois­sance ne sert qu’à repro­duire sim­ple­ment l’état actuel des choses, lais­sant intact le fossé social, voire en exa­cer­bant les divi­sions sociales, alors quelque chose ne va pas dans le « royaume de l’Europe. »

Ce mandat donc, ce mandat qui nous a été confié pour chan­ger les choses dans le pays, nous l’avons mis en œuvre quo­ti­dien­ne­ment et dès le pre­mier de nos cent jours de gou­ver­nance comme nous met­tons aussi au centre du débat public d’une Europe vieillis­sante une nou­velle vision, une nou­velle approche, la nôtre.

Nous légi­fé­rons et nous négo­cions au nom de la grande majo­rité sociale qui nous fait confiance, mais aussi au nom de grandes valeurs et d’aspirations, au nom de la jus­tice sociale, de la crois­sance, pour pro­mou­voir l’égalité.

Parce que l’égalité est l’une des pierres angu­laires de l’Europe unie et nous ne devons pas la lais­ser éroder par ceux qui tout en ayant sans cesse le mot liberté à la bouche oublient la condi­tion qui rend cette liberté pos­sible : et qu’est-ce d’autre que cette condi­tion, sinon l’Égalité ?

Nous légi­fé­rons et nous négo­cions donc, guidés par le souci de la pro­tec­tion des inté­rêts et des aspi­ra­tions de cette majo­rité sociale, com­po­sée par tous les sala­riés, par toutes ces per­sonnes de la classe moyenne qui ont été écra­sées par quatre ans de défer­le­ments mémo­ran­daires. Et notre objec­tif est une réédi­fi­ca­tion du prin­cipe de la jus­tice sociale, qui per­met­tra la trans­mu­ta­tion de la société grecque et euro­péenne de l’état de masse d’individus isolés à celui de véri­table com­mu­nauté.

Notre objec­tif est de redon­ner à la poli­tique son sens ori­gi­nel afin d’atteindre l’objectif ultime que nous par­ta­geons tous : assu­rer la pré­va­lence et la via­bi­lité du prin­cipe de l’intérêt social en apai­sant les ten­sions et en per­met­tant au poten­tia­li­tés humaines d’atteindre le bien être. Nous légi­fé­rons et négo­cions, tou­te­fois, dans un contexte sin­gu­liè­re­ment défa­vo­rable. Nous avan­çons, je dirais, sur un ter­rain miné, soi­gneu­se­ment pré­paré par le gou­ver­ne­ment sor­tant des défen­seurs du Mémorandum.

Je sais qu’il est de cou­tume dans notre pays, que les nou­veaux diri­geants d’un gou­ver­ne­ment disent qu’ils ont trouvé à leur arri­vée une terre brûlée. Mais dans notre cas précis, il ne s’agit ni de la repro­duc­tion d’un lieu commun, ni d’une emphase. C’est parler avec modé­ra­tion que de le dire.

Non seule­ment nous avons reçu une terre brûlée par nos pré­dé­ces­seurs, non seule­ment nous avons reçu un pays para­lysé, tota­le­ment inca­pable de fonc­tion­ner, mais nous avons reçu un pays dont l’incapacité à assu­rer le paie­ment des salaires et des pen­sions un mois après les élec­tions, à savoir en février 2015, était bien connue du gou­ver­ne­ment pré­cé­dent.

Dans des condi­tions dif­fi­ciles, nous avons réussi à garder le pays debout.

Nous avons réussi à assu­rer plei­ne­ment le bon fonc­tion­ne­ment de l’État et à garan­tir ses obli­ga­tions alors que nous livrons en même temps un combat de négo­cia­tions dif­fi­ciles avec nos par­te­naires. Et malgré tout cela, malgré ce contexte de pres­sion finan­cière, malgré le fait que la majo­rité des médias repro­duit quo­ti­dien­ne­ment de sinistres scé­na­rios de faillite, la confiance des citoyens non seule­ment n’a pas dimi­nué, mais elle a aug­menté, et c’est cette confiance qui a permis d’enregistrer une aug­men­ta­tion signi­fi­ca­tive des recettes pour les caisses publiques.

Pendant l’exercice de près de quatre mois de notre gou­ver­ne­ment, l’excédent pri­maire a atteint 2,164 mil­lions d’euros alors que l’ excé­dent pri­maire pour la même période en 2014 était de 1,046 mil­lions et un défi­cit pri­maire de 287 mil­lions € était prévu pour les 4 pre­miers mois de 2015. Et pen­dant la période du mois d’avril, nous avons aug­menté les recettes nettes du budget ordi­naire de 15,3% par rap­port à l’objectif men­suel.

Et ainsi, nous avons non seule­ment évité le krach pré­mé­dité par le gou­ver­ne­ment pré­cé­dent en février, mais nous avons pu aussi assu­rer le rem­bour­se­ment de toutes les dettes internes et externes du pays, malgré le fait qu’aucune autre tranche de prêt n’a été débour­sée depuis août 2014. Et je tiens à assu­rer qu’il n’y a aucun risque pour les ver­se­ments des salaires et des pen­sions.

Et là, surgit un pro­blème, d’ordre, je dirais, moral. L’accord, il ne fait aucun doute, doit être conclu rapi­de­ment. Et la condi­tion néces­saire pour y arri­ver est d’opter pour un accord loyal et mutuel­le­ment béné­fique. Envisager par ailleurs que plus le temps passe, plus s’affaiblira la résis­tance de la partie grecque et s’estomperont ses lignes rouges est gro­tesque. Et si vrai­ment cer­tains le pensent sérieu­se­ment, ils feraient mieux de l’oublier, parce que cette option abou­tira exac­te­ment à l’effet contraire.

Depuis août 2014, nous n’avons pas reçu de nos créan­ciers la tranche de 7,2 mil­liards consen­tie dans le cadre du pro­gramme de prêt en cours, ni le 1,9 mil­liard cor­res­pon­dant aux béné­fices des banques cen­trales sur les obli­ga­tions grecques. Ni d’ailleurs le 1,2 mil­liard payé par l’argent du peuple grec qui a été versé au budget grec et trans­féré par la FSF à l’ESM. Et cepen­dant, au même moment, et pen­dant que nous négo­cions et nous reven­di­quons le ver­se­ment de 7.2 mil­liards, alors que nous sommes privés des ver­se­ments aux­quels nous avons droit, nous avons versé aux mêmes ins­ti­tu­tions, des sommes à hau­teur de 17,5 mil­liards d’euros.

Et je pour­rais à la rigueur com­prendre le rai­son­ne­ment des per­sonnes qui estiment cela légi­time en fai­sant valoir que la loi est la loi du prê­teur. Si tou­te­fois quelqu’un pré­tend que cela est moral, il est clair qu’il manque vrai­ment d’impartialité.

Mesdames et Messieurs,

Plusieurs per­sonnes cri­tiquent le nou­veau gou­ver­ne­ment. Nombreux sont ceux qui disent que, malgré le peu de temps qui nous sépare des élec­tions, nous avons déjà oublié nos enga­ge­ments élec­to­raux et que nous avons retiré le pro­gramme de Thessalonique. En guise de réponse je vou­drais faire le résumé de ce qui a été fait par notre gou­ver­ne­ment pen­dant les cent pre­miers jours en lais­sant ainsi les faits parler d’eux-mêmes. Plus pré­ci­sé­ment donc :

Pendant les cent pre­miers jours le gou­ver­ne­ment

  • a fait le pre­mier pas pour enrayer la crise huma­ni­taire avec le pre­mier projet de loi adopté par le nou­veau Parlement : le pro­gramme est mis en œuvre en s’élargissant pro­gres­si­ve­ment et couvre les domaines de la nour­ri­ture, du loge­ment, de l’accès à l’électricité en apai­sant déjà les souf­frances de mil­liers de familles qui en avaient un besoin immé­diat.
  • Il a pris des mesures immé­diates pour relan­cer l’économie et res­tau­rer la jus­tice fis­cale : la faci­lité de cent ver­se­ments pour le rem­bour­se­ment des obli­ga­tions fis­cales et de sécu­rité sociale des citoyens est déjà en cours d’application en per­met­tant à des cen­taines de mil­liers d’entreprises de régler leurs dettes, et à des mil­liers de ménages d’échapper à l’étau du sur­en­det­te­ment. Parallèlement, par cette mesure les fonds publics reçoivent des injec­tions de liqui­dité dont ils ont vrai­ment besoin.
  • Le 11 mai déjà, c’est à dire 24 jours après [la mise en œuvre de cette mesure], envi­ron 380.000 emprun­teurs avaient demandé un ajus­te­ment aux auto­ri­tés fis­cales du pays. Le mon­tant total des dettes régu­la­ri­sées s’élève à 2,8 mil­liards €. Pendant la même période qui s’étend jusqu’au 12 mai, envi­ron 144.000 assu­rés avaient réglé leurs dettes aux fonds de sécu­rité sociale, leur régu­la­ri­sa­tion repré­sen­tant au total, envi­ron 3,4 mil­liards €. Il est par ailleurs inté­res­sant de com­pa­rer ces mon­tants, c’est à dire la par­ti­ci­pa­tion des contri­buables et des assu­rés, avec res­pec­ti­ve­ment les mon­tants et la par­ti­ci­pa­tion citoyenne limi­tée qu’avaient essuyés les régu­la­ri­sa­tions pro­po­sées par le gou­ver­ne­ment pré­cé­dent, pour consta­ter que le peuple grec a su démê­ler l’essor véri­table du piège caché.

Pendant les 100 pre­miers jours, le gou­ver­ne­ment a voté et mis en exé­cu­tion la déci­sion prise pour lutter contre les échanges tri­an­gu­laires pour mettre fin à l’une des tech­niques d’évasion fis­cale les plus cou­rantes.

  • En outre, a été adop­tée la pre­mière loi pour la démo­cra­ti­sa­tion de l’administration publique qui entre autres efface cer­taines des injus­tices fla­grantes de la période mémo­ran­daire comme le licen­cie­ment des femmes de ménage du minis­tère des finances, des gar­diens sco­laires et d’autres fonc­tion­naires.
  • On a mis en appli­ca­tion le pro­gramme pour la reprise de l’emploi qui sera cofi­nancé par les fonds versés dans le cadre de l’initiative Juncker à hau­teur de 2 mil­liards en 2015. Et même si nous avons encore quelques dif­fi­cul­tés à résoudre liées aux mau­vaises orien­ta­tions des pro­grammes pré­sen­tés par le gou­ver­ne­ment pré­cé­dent qui ne peuvent plus être révo­qués, nous pour­rons les adap­ter et les réorien­ter en les asso­ciant à nos propres pro­jets prévus pour le second semestre de 2015.
  • Pendant les 100 pre­miers jours a éga­le­ment été adopté le projet de loi pour la réou­ver­ture de l’ERT, réou­ver­ture hau­te­ment sym­bo­lique. Nous avons créé les condi­tions néces­saires pour que l‘audiovisuel public soit dégagé des tutelles par­ti­sanes, de la cor­rup­tion poli­tique et des gas­pillages du passé. Pour un orga­nisme d’information public qui sera le reflet de la nou­velle éthique publique et de l’attachement de la culture poli­tique de la nou­velle gou­ver­nance à la démo­cra­tie.
  • Pendant les 100 pre­miers jours, nous avons pro­cédé au décompte des sommes dues par les chaînes de télé­vi­sion qui était en sus­pens pen­dant des années pour des rai­sons non déter­mi­nées ou peut être bien déter­mi­nées, tandis que la pré­pa­ra­tion du projet de loi sur l’octroi de leurs licences en est à l’étape finale.
  • Pendant les 100 pre­miers jours, nous avons entamé des consul­ta­tions avec les par­te­naires sociaux et l’Organisation inter­na­tio­nale du Travail, afin que bien­tôt, dans les pro­chains mois, soit soumis au vote du Parlement un projet de loi pour réta­blir l’acquis euro­péen dans les rela­tions du tra­vail, la res­tau­ra­tion des négo­cia­tions col­lec­tives et du prin­cipe de la pro­ro­ga­tion des conven­tions col­lec­tives au delà de leur expi­ra­tion, la res­tau­ra­tion pro­gres­sive du salaire mini­mum à 751 euros. Et il est agréable de noter qu’aujourd’hui, après la ren­contre du Ministre du Travail avec le Directeur géné­ral de l’OIT, l’organisation a publié une décla­ra­tion saluant les efforts du gou­ver­ne­ment grec et des par­te­naires sociaux pour pro­mou­voir les négo­cia­tions col­lec­tives et l’amélioration du marché du tra­vail en Grèce.
  • Pendant ces 100 jours, a com­mencé éga­le­ment son tra­vail la Commission d’enquête sur les condi­tions de la mise en place des mémo­ran­dums.
  • Pour la pre­mière fois, la reven­di­ca­tion natio­nale des répa­ra­tions alle­mandes et du prêt d’occupation a été noti­fiée offi­ciel­le­ment et au plus haut niveau.
  • Pour la pre­mière fois les per­sonnes dont le nom figu­rait dans la « liste Lagarde » et par consé­quent soup­çon­nées d’avoir commis une fraude fis­cale ont été invi­tées à payer et à régu­la­ri­ser leur situa­tion fis­cale, tandis que les contrôles se pour­suivent en s’intensifiant et en s’élargissant.
  • Pendant les 100 pre­miers jours des groupes de tra­vail ont aussi exa­miné les condi­tions dou­teuses de la conclu­sion de cer­tains accords publics éta­blis par le passé comme par exemple l’accord abusif por­tant sur le recours au règle­ment extra­ju­di­ciaire des litiges avec la société Siemens.

Mesdames et Messieurs,

Voici donc quelques pre­miers exemples révé­la­teurs du tra­vail tita­nesque que nous avons entamé pour rompre défi­ni­ti­ve­ment avec le passé vicieux et en même temps afin d’assurer la redis­tri­bu­tion des res­sources et du pou­voir de l’oligarchie – qui demeure et se per­pé­tue par la cor­rup­tion et l’évasion fis­cale – à la grande majo­rité sociale qui nous fait confiance et attend avec impa­tience les fruits de nos efforts. Et je tiens à vous dire :

  • Tout d’abord que nous en sommes encore au début.
  • Deuxièmement, que nous avons fait tout cela, alors que – je dois l’avouer – je consacre le plus clair de mon temps à la négo­cia­tion. J’espère qu’il n’en est pas de même dans tous les minis­tères, mais vous com­pre­nez bien qu’un gou­ver­ne­ment qui doit d’abord résoudre ce nœud, voit ses capa­ci­tés réduites pour accom­plir son œuvre.

Cependant et malgré ces obs­tacles, nous avons fait beau­coup et ce n’est qu’un début. Nous pour­rions faire plus. Nous en sommes au début, nous avan­çons, nous n’oublions pas. Nous avan­çons en lais­sant dans la pous­sière du temps les forces d’hier, les forces de la cor­rup­tion, mais en même temps nous lut­tons pour ne pas perdre, dans la pous­sière du temps, la mémoire des grandes inéga­li­tés, de la pau­vreté, de la dépen­dance, du mal­heur, des fléaux qui se sont mul­ti­pliés au cours de ces der­nières années dans notre pays.

Et per­met­tez moi ici, avant de conclure, d’insister sur le pro­blème de la négo­cia­tion. Comme je l’ai déjà dit nous menons une négo­cia­tion dif­fi­cile depuis trois mois. Nous négo­cions pour notre peuple, nous négo­cions pour notre pays, mais nous négo­cions aussi pour l’Europe. Parce que le résul­tat de cette négo­cia­tion sera aussi déter­mi­nant pour l’avenir de l’ensemble de l’Europe. Entraînera-t-il la conti­nua­tion de la stra­té­gie de la dis­ci­pline bud­gé­taire et de la sanc­tion ou bien de nou­velles voies s’ouvriront-elles pour la crois­sance et le retour de la démo­cra­tie en Europe ?

Les pre­miers jours de la négo­cia­tion, nous avons été confron­tés au pro­blème de la vitesse acquise du Mémorandum.

Nous nous sommes trou­vés face à l’exigence des créan­ciers d’accomplir la cin­quième éva­lua­tion et de mettre en œuvre les enga­ge­ments pris par le gou­ver­ne­ment pré­cé­dent avec le reten­tis­sant e-mail Hardouvelis. Mais nous aussi, nous avons exigé de nos par­te­naires un double res­pect : celui des règles de l’Europe mais aussi le res­pect du prin­cipe de la sou­ve­rai­neté popu­laire qui est la pierre angu­laire de l’organisation démo­cra­tique de l’Union euro­péenne.

Nous avons reven­di­qué et nous avons obtenu, par la déci­sion de l’Eurogroupe du 20 février, comme cela appa­raît dans les textes offi­ciels, de faire évo­luer les créan­ciers préa­la­ble­ment atta­chés au res­pect du mémo­ran­dum et de la cin­quième éva­lua­tion vers la recherche d’un ter­rain commun éla­boré à partir de nos propres pro­po­si­tions. Cette déci­sion, nous, nous la res­pec­tons dans le cadre du débat engagé. Mais pour par­ve­nir à un accord mutuel­le­ment béné­fique – et non pas à un accord qui repro­duit des impasses – toutes les par­ties concer­nées doivent s’en sou­ve­nir et res­pec­ter cette déci­sion. Le blo­cage créé par la répé­ti­tion inces­sante des récla­ma­tions des mesures qui obéissent à la logique mémo­ran­daire qui entraîne auto­ma­ti­que­ment la répé­ti­tion aussi inces­sante de notre demande logique de sortir du cercle des mesures conve­nues avec le gou­ver­ne­ment pré­cé­dent n’aide pas à l’avancement des négo­cia­tions en cours.

Nous, le gou­ver­ne­ment grec, nous conti­nuons de négo­cier pour obte­nir un accord loyal, éco­no­mi­que­ment et socia­le­ment viable, avec nos par­te­naires. Un accord qui mettra fin à l’austérité, qui assu­rera la liqui­dité à l’économie réelle et ouvrira une pers­pec­tive de crois­sance au pays. Et cela implique l’accord des par­te­naires sur quatre points :

  • Des excé­dents pri­maires bas, en par­ti­cu­lier cette année et en 2016 afin de rompre le méca­nisme de repro­duc­tion de l’austérité et retrou­ver l’espace bud­gé­taire néces­saire.
  • Ne pas ajou­ter des enga­ge­ments et des obli­ga­tions por­tant sur de nou­velles coupes. Aucune nou­velle baisse des salaires et des pen­sions, pas de mesures qui vont inten­si­fier les inéga­li­tés sociales et rame­ner l’économie dans une spi­rale de réces­sion.
  • Restructuration de la dette afin de mettre un terme au cercle vicieux des cinq der­nières années qui oblige le pays à obte­nir sans cesse de nou­veaux prêts pour rem­bour­ser les pré­cé­dents.
  • Un sérieux pro­gramme d’investissements, coor­di­na­tion des finan­ce­ments des inves­tis­se­ments, notam­ment dans les infra­struc­tures et les nou­velles tech­no­lo­gies.

À ce stade, un ter­rain d’entente avec les ins­ti­tu­tions est en train de se créer sur une série de ques­tions, et cela nous rend opti­mistes pour les pos­si­bi­li­tés d’un accord très proche. On a trouvé un ter­rain d’entente sur des ques­tions telles que les objec­tifs bud­gé­taires, les chan­ge­ments mar­gi­naux dans la TVA qui devraient fonc­tion­ner dans le sens de la redis­tri­bu­tion en faveur des couches infé­rieures, mais aussi sur d’autres ques­tions qui touchent au fonc­tion­ne­ment de cer­taines ins­ti­tu­tions pour ren­for­cer l’administration du recou­vre­ment fiscal et sur un cer­tain nombre d’autres ques­tions. En même temps, des ques­tions res­tent encore ouvertes : cer­tains membres des ins­ti­tu­tions insistent sur des pro­po­si­tions qui visent au chan­ge­ment du cadre ins­ti­tu­tion­nel qui défi­nit le fonc­tion­ne­ment du marché du tra­vail, déjà déré­gle­menté. Ces chan­ge­ments ne peuvent pas être accep­tés.

Le para­doxe est que les mêmes per­sonnes qui posent la ques­tion de la via­bi­lité du sys­tème des retraites sont éga­le­ment celles qui insistent sur la néces­sité de pour­suivre les mesures mémo­ran­daires qui pré­voyaient des coupes sup­plé­men­taires. Oubliant peut-être l’une des prin­ci­pales causes de la fai­blesse de notre sys­tème de sécu­rité sociale d’aujourd’hui : le célèbre PSI, la décote des fonds d’assurance qui a été réa­li­sée selon leurs propres choix. Et aussi, bien sûr, le chô­mage massif lié à la crise de ces der­nières années.

Ces pro­chains jours, cepen­dant, nous devons dou­bler nos efforts afin de par­ve­nir à une éva­lua­tion com­mune des tailles réelles du sys­tème d’assurances pour éviter le pro­blème des pro­po­si­tion ou des esti­ma­tions basées sur une vision erro­née de la situa­tion finan­cière des fonds d’assurance. En tous cas, je veux, depuis cette tri­bune, assu­rer au peuple grec qu’il n’y a aucune pos­si­bi­lité, aucune pro­ba­bi­lité que le gou­ver­ne­ment grec fasse marche arrière sur la ques­tion des salaires et des retraites. Les employés et les retrai­tés ont assez souf­fert. Il est venu main­te­nant le temps de la redis­tri­bu­tion et du par­tage équi­table des charges. Il est venu le temps pour ceux qui jusqu’à pré­sent ne payaient pas, de payer main­te­nant.

Mesdames et Messieurs,

Nous négo­cions avec per­sé­vé­rance et déter­mi­na­tion pour arri­ver à un accord global incluant l’ensemble des mesures néces­saires pour assu­rer la crois­sance et l’accès rapide de la Grèce aux mar­chés. Ceci est le plan de réformes que nous dis­cu­tons. Nous n’avons rien à cacher au peuple grec. Nous sommes francs. Il n’y a pas de bluff et nous avons des objec­tifs précis.

Toute autre pro­po­si­tion consti­tue­rait une répé­ti­tion des impasses et des erreurs déli­bé­rées que cer­tains membres des ins­ti­tu­tions ont par ailleurs admis publi­que­ment par le passé – je rap­pelle le débat sur les mul­ti­pli­ca­teurs- dans le cadre d’une ten­ta­tive de réduire les réac­tions sociales. Mais l’aveu public, pour être cré­dible, doit être exprimé dans la pra­tique et non seule­ment en paroles.

Le plan pré­senté par notre gou­ver­ne­ment dans le cadre des négo­cia­tions, je l’avoue, n’est ni radi­cal, ni pré­somp­tueux, ni agres­sif. Le plan de négo­cia­tion de notre gou­ver­ne­ment est tout sim­ple­ment réa­liste et viable. Nous invi­tons la partie d’en face, après cinq années consé­cu­tives d’objectifs irréa­listes et d’échecs conti­nus, à rejoindre fina­le­ment le réa­lisme.

Nous appe­lons aussi au ral­lie­ment vous toutes et vous tous, et en par­ti­cu­lier la grande majo­rité sociale qui nous fait confiance et dont les inté­rêts et les aspi­ra­tions guident et motivent tous les jours notre tra­vail. Ensemble, nous pou­vons non seule­ment défendre les lignes natio­nales de négo­cia­tion, mais aussi construire l’avenir d’une société juste et une éco­no­mie qui se redresse et se déve­loppe. Parce que notre pays dis­pose d’un poten­tiel pro­duc­tif inépui­sable, que nous devons mettre en valeur pour sortir de la crise avec dignité et avec la tête haute.

Traduction : Vassiliki Papadaki

15.05.2015

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