Résistances autochtones

Par Mis en ligne le 08 juin 2015

La pro­chaine uni­ver­sité popu­laire des NCS accorde beau­coup d’attention à la ques­tion autoch­tone qui sera dis­cu­tée sous l’angle de l’histoire, de l’État, du capi­ta­lisme et des résis­tances.

Depuis 2006, Stephen Harper a entre­pris de mettre de l’avant son projet de refon­der l’État cana­dien autour d’un capi­ta­lisme « pur et dur » doté d’une arma­ture reli­gieuse conser­va­trice. Tel qu’évoqué au début, les nations autoch­tones n’existent pas dans cet ima­gi­naire néo­con­ser­va­teur, au-delà d’images folk­lo­ri­sées. Les reven­di­ca­tions ter­ri­to­riales sont inac­cep­tables. Plus encore, le sys­tème des admi­nis­tra­tions autoch­tones doit être déman­telé. Pour jus­ti­fier ce tour­nant, le gou­ver­ne­ment avec l’appui des médias déclenche une vaste cam­pagne de déni­gre­ment. Pour autant, les peuples autoch­tones per­sistent et signent, comme la nation ati­ka­mekw qui bloque des routes sur ses ter­ri­toires pour limi­ter l’accès des exploi­tants aux res­sources fores­tières.

Aujourd’hui, les autoch­tones occupent une place par­ti­cu­lière, mais non unique, dans le dis­po­si­tif stra­té­gique mis en place par l’État cana­dien. En théo­rie en tout cas, cette réa­lité indique qu’une conver­gence entre le mou­ve­ment autoch­tone et le mou­ve­ment popu­laire au Québec et au Canada est néces­saire. Mais on le sait, les obs­tacles sont impor­tants. D’emblée, les mou­ve­ments sociaux doivent partir de la réa­lité colo­niale struc­tu­rée par les États et impo­sée aux peuples autoch­tones. La reven­di­ca­tion autoch­tone n’est pas seule­ment pour récla­mer de meilleures condi­tions et même des droits, mais pour briser le rap­port qui conti­nue de les sub­ju­guer comme peuples. À un autre niveau, il faut accep­ter que les Blancs, y com­pris le peuple qué­bé­cois, ne sont pas « pro­prié­taires » du ter­ri­toire. Il n’y a pas de rela­tion durable qui parte de cette réa­lité, ce qui impose de dia­lo­guer de peuple sou­ve­rain à peuple sou­ve­rain, d’égal à égal.

Une bataille opi­niâtre

On le sait et on le voit, impo­ser un tel dia­logue d’égal à égal n’est pas une mince tâche. Les élites et les poli­tiques éta­tiques tentent tou­jours de divi­ser par la déma­go­gie, le men­songe et la coop­ta­tion. Mais dans l’histoire récente, il y a eu des luttes et des conver­gences. Souvenons-nous de la cam­pagne cou­ra­geuse du Réseau de soli­da­rité avec les autoch­tones au moment de la crise d’Oka, ou encore aux inter­ven­tions per­sis­tantes de la Ligue des droits et liber­tés. Encourageons-nous du fait que des intel­lec­tuels, des artistes, des ensei­gnants blancs et autoch­tones réus­sissent à se mettre ensemble pour éveiller et édu­quer, comme la revue Recherches amé­rin­diennes, le Festival « Présence autoch­tone »), sans comp­ter les ini­tia­tives étu­diantes qui abondent à l’UQAM et à Concordia, de même qu’au campus de Val d’Or de l’UQAT par exemple. Ces efforts sont admi­rables pour chan­ger la per­cep­tion du « peuple invi­sible », selon la belle et triste expres­sion du poète et cinéaste Richard Desjardins.

Aujourd’hui, il faut aller plus loin. Est-ce fai­sable ? Sur un registre poli­tique, c’est exac­te­ment ce que Françoise David vient de dire en appui aux actions d’Idle no More et en oppo­si­tion aux poli­tiques de Harper qui mènent à l’érosion des normes envi­ron­ne­men­tales, l’exploitation accé­lé­rée des res­sources natu­relles, au non-res­pect de la sou­ve­rai­neté des nations autoch­tones.

Pour vrai­ment concré­ti­ser tout cela, on peut écou­ter les popu­la­tions autoch­tones, qui ont une autre concep­tion du monde. La pré­sence humaine sur la terre n’est pas sépa­rée de cette terre. Les humains sont une com­po­sante d’une réa­lité plus vaste où ils coexistent dans une dépen­dance mutuelle et per­pé­tuelle avec les autres formes de vie et même de non-vie. Cette néces­saire soli­da­rité, c’est ce que veulent dire les Quechuas et les Aymaras des Andes par la PACHAMAMA, un terme qu’on a de la dif­fi­culté à tra­duire (la « terre mère »). Les diverses réa­li­tés, l’humain, la vie non humaine et l’environnement natu­rel ne peuvent se déve­lop­per dans la conflic­tua­lité. Cette idée, qui sem­blait éso­té­rique il n’y a pas si long­temps, resur­git dans un monde où la voix des autoch­tones résonne de plus en plus for­te­ment.

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