Syndiquer les plus précaires : un droit et un devoir syndical

Depuis le début de 2011, les salarié(e)es de quatre succursales du dépanneur Couche-Tard se sont syndiqués afin d’améliorer leurs conditions de travail. Une 5e succursale de la région de Montréal (Pierrefonds) obtenait son accréditation et s’ajoutait en février 2012.

Des négociations pour obtenir une première convention collective pour les salarié(e)s de la succursale Couche-Tard de Saint-Liboire ainsi que pour la succursale de Saint-Hubert ont débuté à la même époque.

Rappelons que la grande majorité des 5000 employé(e)s d’Alimentation Couche-Tard au Québec travaille au salaire minimum. Ils n’ont aucune journée de maladie payée. Les normes minimales du travail et les dispositions relatives à la santé et à la sécurité sont régulièrement bafouées, ce qui génère énormément de plaintes à la CSST et à la Commission des normes du travail, même plus que Wal-Mart qui compte pourtant deux fois plus d’employé(e)s au Québec que Couche-Tard.

Les Couche-Tard ne sont pas des franchisés mais appartiennent tous à un propriétaire unique extrêmement vorace et farouchement antisyndical, M. Alain Bouchard. Sa voracité l’a fait se hisser au 86e rang des hommes les plus riches du Canada. En contrepartie, il règne sans gène sur des esclaves salariés parmi les plus pauvres au pays.

Cette année, son chiffre d’affaire annuel a atteint pas moins de 23 milliards$, en hausse de 24%. Pour l’ensemble de l’exercice financier, il a fait des profits nets absolument scandaleux dans les circonstances de 458 millions$, en hausse de 23,9 % par rapport aux 370 millions$ de l’année précédente.

Pourtant, Bouchard n’hésite pas à utiliser les pires bassesses pour empêcher ses employé(e)s de se syndiquer et obtenir un minimum de conditions salariales et de travail. Rappelons que l’an passé, Bouchard a même décidé de fermer deux de ses dépanneurs à Montréal dont les employé(e)s s’étaient syndiqués, et bien qu’ils fussent pourtant très rentables, dans le seul but d’intimider tous ses employé(e)s des autres magasins et ainsi stopper le mouvement de syndicalisation. Il a même réalisé une vidéo le mettant en vedette et dans laquelle il fait ouvertement des menaces à ses employé(e)s qui souhaiteraient se syndiquer.

Une première victoire

Pour la première fois au Québec, deux Couche-Tard auront d’ici quelques temps, une convention collective et pourront ainsi améliorer leurs conditions de travail. En effet, comme l’employeur refusait de négocier de bonne foi, les syndiqué(e)s ont obtenu que la ministre du Travail nomme un arbitre pour la succursale de Saint-Liboire et pour celle du boulevard Édouard à Saint-Hubert. C’est une grande victoire.

Leurs demandes sont raisonnables : augmentation du salaire jusqu’à 12,50 $ l’heure après quatre ans, des journées de maladie, alors qu’ils n’en ont aucune présentement, le respect des normes du travail, du soutien psychologique et des congés après une agression armée, le respect de l’ancienneté pour le choix des vacances et des horaires, la flexibilité de pouvoir échanger leurs quarts de travail entre eux. Plusieurs travaillent pour Couche-Tard depuis deux, six, dix ans. Ils connaissent leur réalité quotidienne. Ils aiment leur travail, leurs clients, mais ils n’aiment pas leurs conditions de travail.

Les plus précaires

La Confédération des syndicats nationaux continue la syndicalisation parce que ce sont les travailleuses et les travailleurs eux-mêmes qui la réclament. Contrairement aux prétentions de monsieur Bouchard, la CSN ne fait pas d’argent avec cette syndicalisation. Eh non, ce n’est pas payant ! Mais c’est le rôle essentiel des organisations syndicales que de défendre les plus précaires, les plus mal payés de notre société, comme elle le fait depuis quelques mois à la Commission des relations du travail pour faire reconnaître les droits de ces employé(e)s.