La campagne de syndicalisation chez Couche-Tard

Syndiquer les plus précaires : un droit et un devoir syndical

Par , Mis en ligne le 11 juillet 2012

Depuis le début de 2011, les salarié(e)es de quatre suc­cur­sales du dépan­neur Couche-Tard se sont syn­di­qués afin d’améliorer leurs condi­tions de tra­vail. Une 5e suc­cur­sale de la région de Montréal (Pierrefonds) obte­nait son accré­di­ta­tion et s’ajoutait en février 2012.

Des négo­cia­tions pour obte­nir une pre­mière conven­tion col­lec­tive pour les salarié(e)s de la suc­cur­sale Couche-Tard de Saint-Liboire ainsi que pour la suc­cur­sale de Saint-Hubert ont débuté à la même époque.

Rappelons que la grande majo­rité des 5000 employé(e)s d’Alimentation Couche-Tard au Québec tra­vaille au salaire mini­mum. Ils n’ont aucune jour­née de mala­die payée. Les normes mini­males du tra­vail et les dis­po­si­tions rela­tives à la santé et à la sécu­rité sont régu­liè­re­ment bafouées, ce qui génère énor­mé­ment de plaintes à la CSST et à la Commission des normes du tra­vail, même plus que Wal-Mart qui compte pour­tant deux fois plus d’employé(e)s au Québec que Couche-Tard.

Les Couche-Tard ne sont pas des fran­chi­sés mais appar­tiennent tous à un pro­prié­taire unique extrê­me­ment vorace et farou­che­ment anti­syn­di­cal, M. Alain Bouchard. Sa vora­cité l’a fait se hisser au 86e rang des hommes les plus riches du Canada. En contre­par­tie, il règne sans gène sur des esclaves sala­riés parmi les plus pauvres au pays.

Cette année, son chiffre d’affaire annuel a atteint pas moins de 23 mil­liards$, en hausse de 24%. Pour l’ensemble de l’exercice finan­cier, il a fait des pro­fits nets abso­lu­ment scan­da­leux dans les cir­cons­tances de 458 mil­lions$, en hausse de 23,9 % par rap­port aux 370 mil­lions$ de l’année pré­cé­dente.

Pourtant, Bouchard n’hésite pas à uti­li­ser les pires bas­sesses pour empê­cher ses employé(e)s de se syn­di­quer et obte­nir un mini­mum de condi­tions sala­riales et de tra­vail. Rappelons que l’an passé, Bouchard a même décidé de fermer deux de ses dépan­neurs à Montréal dont les employé(e)s s’étaient syn­di­qués, et bien qu’ils fussent pour­tant très ren­tables, dans le seul but d’intimider tous ses employé(e)s des autres maga­sins et ainsi stop­per le mou­ve­ment de syn­di­ca­li­sa­tion. Il a même réa­lisé une vidéo le met­tant en vedette et dans laquelle il fait ouver­te­ment des menaces à ses employé(e)s qui sou­hai­te­raient se syn­di­quer.

Une première victoire

Pour la pre­mière fois au Québec, deux Couche-Tard auront d’ici quelques temps, une conven­tion col­lec­tive et pour­ront ainsi amé­lio­rer leurs condi­tions de tra­vail. En effet, comme l’employeur refu­sait de négo­cier de bonne foi, les syndiqué(e)s ont obtenu que la ministre du Travail nomme un arbitre pour la suc­cur­sale de Saint-Liboire et pour celle du bou­le­vard Édouard à Saint-Hubert. C’est une grande vic­toire.

Leurs demandes sont rai­son­nables : aug­men­ta­tion du salaire jusqu’à 12,50 $ l’heure après quatre ans, des jour­nées de mala­die, alors qu’ils n’en ont aucune pré­sen­te­ment, le res­pect des normes du tra­vail, du sou­tien psy­cho­lo­gique et des congés après une agres­sion armée, le res­pect de l’ancienneté pour le choix des vacances et des horaires, la flexi­bi­lité de pou­voir échan­ger leurs quarts de tra­vail entre eux. Plusieurs tra­vaillent pour Couche-Tard depuis deux, six, dix ans. Ils connaissent leur réa­lité quo­ti­dienne. Ils aiment leur tra­vail, leurs clients, mais ils n’aiment pas leurs condi­tions de tra­vail.

Les plus précaires

La Confédération des syn­di­cats natio­naux conti­nue la syn­di­ca­li­sa­tion parce que ce sont les tra­vailleuses et les tra­vailleurs eux-mêmes qui la réclament. Contrairement aux pré­ten­tions de mon­sieur Bouchard, la CSN ne fait pas d’argent avec cette syn­di­ca­li­sa­tion. Eh non, ce n’est pas payant ! Mais c’est le rôle essen­tiel des orga­ni­sa­tions syn­di­cales que de défendre les plus pré­caires, les plus mal payés de notre société, comme elle le fait depuis quelques mois à la Commission des rela­tions du tra­vail pour faire recon­naître les droits de ces employé(e)s.

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