Solidaires des damnées de la terre

Ateliers de misère au Bangladesh

Par Mis en ligne le 30 novembre 2013

Au récent congrès de la FTQ, l’occasion était belle de ren­con­trer une mili­tante du Bangladesh pour entendre de sa voix le récit de ses démê­lées avec les employeurs de son pays et les trans­na­tio­nales de ce monde. Cela se pro­dui­sait juste après le ter­rible écrou­le­ment d’un ate­lier de misère qui a pro­vo­qué des mor­ta­li­tés par mil­liers. Dure réa­lité dont nous appren­drons sans doute que c’est encore les plus mal-pris qui écopent.

Loin du compte-rendu de Radio-Canada sur cet acci­dent qui se pen­chait sur les inquié­tudes et les angoisses d’un dési­gner de vête­ments cher­chant les coûts les moins chers, ce que nous a raconté Madame Kalpona Akter était le por­trait de ce qu’on pré­fé­re­rait nous cacher. Le témoi­gnage de cette mili­tante a été des plus élo­quent pour les syn­di­ca­listes, sur­tout des femmes, qui avaient réservé dans leur horaire chargé une période où ils-elles enten­draient une ver­sion moins édul­co­rée de la résis­tance des tra­vailleur-euse-s du Bangladesh.

Madame Kalpona Akter a été empri­son­née, tor­tu­rée, dis­cré­di­tée au nom de la pré­ser­va­tion de l’image mon­diale de ce pays accueillant encore les plus voraces trans­na­tio­nales du monde, y com­pris les cana­diennes, et dont l’offre de tra­vail pénible permet aussi de nour­rir et d’habiller les mil­lions de bras labo­rieux de ce pays. C’est cela qui, en fait, révèle la dignité de leur lutte : celle qui depuis des siècles permet aux subal­ternes du capi­ta­lisme de s’approprier les moyens modestes d’acquérir un esprit et des moyens d’indépendance qui les auto­risent à ques­tion­ner ce que le sys­tème leur demande de sacri­fices.

Ce que nous avons su, entre autre, c’est que de ces mul­ti­tudes émergent la classe ouvrière inter­na­tio­nale d’aujourd’hui et de demain pour les­quelles la soli­da­rité appelle les Québécois, non au boy­cott pater­na­liste, mais aux pres­sions à exer­cer sur « nos » trans­na­tio­nales pour faire appli­quer ce qu’elles nomment pudi­que­ment des « codes de conduite » pour leurs sous-trai­tants. Cette auto­ré­gle­men­ta­tion par les employeurs du Canada et du Bangladesh n’a pas très bien servi à éviter la catas­trophe d’il y a quelques semaines où près d’un mil­lier de tra­vailleur-euse-s de ces ate­liers de misère ont été englouti-e-s par ce qui devien­drait leur tom­beau.

Cette ren­contre a été un autre moment d’enseignements autour de ce qui pro­voque l’accumulation de ces grandes forces qui tarau­de­ront de l’intérieur tout l’impérialisme moderne à l’échelle de la pla­nète. Rarement la modes­tie et la joie de vivre qui éma­naient du dis­cours de Madame Kalpona Akter n’avaient été pour moi cette révé­la­tion de la contes­ta­tion des condi­tions pour­tant ter­ribles qu’impose la recherche de profit à tout prix des trans­na­tio­nales. Celles-ci sont tou­jours enga­gées dans des guerres com­mer­ciales qui les obligent à cher­cher sans cesse les pays qu’ils vou­dront comme alliés dans la quête constante de pro­fits vite faits.

Malgré les dif­fi­cul­tés énormes dans la vie mili­tante de Madame Kalpona Akter, il m’a semblé que cette visite rap­pro­chée nous per­met­tait de consta­ter « en direct » le cou­rage qui avait à ce jour, le nom d’une femme. Son enga­ge­ment syn­di­cal pré­voyait un retour dans son pays qui ne lui épar­gne­rait rien de ce qui carac­té­rise ces vies entières enga­gées à faire du monde un lieu plus sain et moins risqué pour leur sécu­rité, la santé, le revenu et fina­le­ment la dignité et le res­pect qu’elles imposent aux employeurs dans des condi­tions fort pré­caires.

La façon dont la soli­da­rité s’exprime dans la FTQ, ou dans d’autres syn­di­cats, n’attire pas beau­coup les jour­na­listes des médias de droite qui hésitent encore à faire des révé­la­tions sur les condi­tions de vie de ces dam­nées la terre et de la façon dont les couches subal­ternes trans­forment leur uni­vers en s’érigeant aussi en murs de résis­tance à l’empiètement des trans­na­tio­nales. Des vies sont encore et tou­jours sacri­fiées au nom des pro­fits et de l’exploitation des plus vul­né­rables. La preuve est faite que le « capi­ta­lisme sau­vage et cri­mi­nel » ne mérite plus que les révoltes des forces popu­laires et, à terme, la révo­lu­tion, paci­fique si pos­sible, qui l’éjectera hors de la pla­nète avant que celle-ci ne devienne invi­vable pour les hommes et les femmes, tra­vailleur-euse-s, qui par mil­lions s’éduquent à deve­nir « ses fos­soyeur-e-s ». Ils-elles auront peut-être acquis, au cours de leurs affron­te­ments, les ins­tru­ments conscients d’un pou­voir ouvrier au contact direct avec l’enfer de ce sys­tème. Celui-ci pour­tant se pro­clame comme la seule alter­na­tive … avec les pro­messes non tenues de réformes. Malgré toutes les condi­tions extrêmes, à nos yeux, dans les­quelles se fait la lutte, celles-ci, au lieu de pro­vo­quer la rési­gna­tion, sti­mule le combat. Et la conscience de faire partie d’une classe révo­lu­tion­naire semble encore s’imposer comme une néces­sité de l’ultime appren­tis­sage qui pour­rait mener Madame Kalpona Akter et ses com­pa­gnons de tra­vail à s’insurger en masse contre un impé­ria­lisme qui ali­mente leur misère, mais aussi leurs aspi­ra­tions à un monde supé­rieur à ce sys­tème qu’ici au Québec le parti com­mu­niste nomme encore et tou­jours le socia­lisme.

Les commentaires sont fermés.