Les socialistes et l’État

Par Mis en ligne le 10 juin 2015

La pro­chaine uni­ver­sité popu­laire des NCS (21-23 août 2015) aborde plu­sieurs thé­ma­tiques sur la ques­tion de la tran­si­tion post­ca­pi­ta­liste, dont celle de l’État

Aujourd’hui, les mou­ve­ments popu­laires tentent de sur­mon­ter la contra­dic­tion appa­rente entre la néces­saire des­truc­tion de l’État et l’institutionnalisation de méca­nismes par les­quels la société peut se régu­ler. Fondamentalement, l’État, pas plus que le capi­ta­lisme, ne peut être privé d’autorité. Il repose sur des rap­ports sociaux com­plexes dont il arti­cule les modes d’organisation et régule les alliances de classes. L’abolition de cet outil, comme celle du capi­ta­lisme, est une œuvre de longue haleine qui requiert l’essor de nou­veaux rap­ports sociaux, tel que l’évoque Marx :

Dans une phase supé­rieure de la société com­mu­niste, lorsqu’auront dis­paru l’asservissante subor­di­na­tion des indi­vi­dus à la divi­sion du tra­vail, et, avec elle, l’opposition entre le tra­vail intel­lec­tuel et le tra­vail cor­po­rel, lorsque le tra­vail sera devenu non seule­ment le moyen de vivre, mais vrai­ment le pre­mier besoin de la vie, alors seule­ment l’étroit hori­zon du droit bour­geois pourra être com­plè­te­ment dépassé et la société pourra écrire sur ses dra­peaux : « de chacun selon ses capa­ci­tés à chacun selon ses besoins ».

Aujourd’hui, les nou­velles explo­ra­tions partent de l’idée qu’il faut éviter une trop grande éta­ti­sa­tion de la société dans le cadre d’une tran­si­tion vers le socia­lisme. Mieux vaut dimi­nuer et contrô­ler le contrôle éta­tique et élar­gir le cadre poli­tique per­met­tant aux acteurs de la société d’intervenir. On parle alors, selon David Harvey, de « sys­tèmes de coor­di­na­tion entre des col­lec­tifs de pro­duc­teurs et de consom­ma­teurs orga­ni­sés de manière auto­nome, struc­tu­rés en réseaux hori­zon­taux et non plus en sys­tème hié­rar­chique de déci­sions des­cen­dantes ». Ceci peut être faci­lité, tou­jours selon Harvey, par les nou­velles tech­no­lo­gies de la com­mu­ni­ca­tion.

Certes, cela dit, un État conduit dans une pers­pec­tive socia­liste doit dis­po­ser des leviers essen­tiels, avoir une capa­cité d’orienter les « hau­teurs domi­nantes » de l’économie (le sys­tème finan­cier par exemple), ce qui implique de l’arracher des mains des classes domi­nantes. On ne peut pas s’échapper, « fuir » l’État comme s’il exis­tait à « l’extérieur » des luttes de classes. « Naviguer » dans cet État, éviter les nom­breux écueils, c’est l’art de la poli­tique. D’autres inno­va­tions sont néces­saires pour élar­gir la par­ti­ci­pa­tion des masses à l’exercice du pou­voir autre­ment que selon le mode tra­di­tion­nel (et par­tiel) de la repré­sen­ta­tion. Les exer­cices de décen­tra­li­sa­tion du pou­voir au niveau local, l’ouverture des pro­ces­sus de déci­sions concer­nant l’allocation des res­sources (les « bud­gets par­ti­ci­pa­tifs »), la mise en place de méca­nismes pour impo­ser la rota­tion des pre­neurs de déci­sions et la red­di­tion de comptes sont autant de ten­ta­tives visant à défi­nir un État qui n’est plus un lieu « exté­rieur », coupé des masses.

Les commentaires sont fermés.